BIDEN : WASHINGTON REJOINDRA L’ACCORD SUR LE NUCLÉAIRE SI L’IRAN S’Y CONFORME

Le président élu dit que les groupes terroristes mandataires de l’Iran doivent être freinés et s’inquiète d’une course à l’armement nucléaire au Moyen-Orient

Le président-élu Joe Biden a déclaré que les États-Unis réintégreraient l’accord nucléaire avec l’Iran si Téhéran se conformait totalement aux termes de l’accord et s’engageait à prendre des mesures pour freiner l’influence des alliés régionaux de la République islamique.

Biden a déclaré au New York Times dans une interview publiée dans la nuit de mardi que l’on « parle beaucoup des missiles de précision et de tout un tas d’autres choses qui déstabilisent la région » mais « le meilleur moyen d’obtenir la stabilité dans la région » c’est de gérer les choses ayant trait au programme nucléaire.

« En consultation avec nos alliés et partenaires, nous allons engager des négociations et des accords de suivi pour renforcer et étendre les contraintes nucléaires de l’Iran, ainsi que pour aborder le programme balistique », a-t-il déclaré, notant que les États-Unis ont toujours la possibilité de revenir à des sanctions si nécessaire.

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Il a soulevé des inquiétudes sur le fait que si l’Iran devait se doter d’une bombe nucléaire, cela augmenterait la pression sur l’Arabie Saoudite, la Turquie, l’Égypte et d’autres nations de la région pour qu’elles acquièrent de telles armes.

Le président-élu Joe Biden au Queen Theater, à Wilmington, dans le Delaware, le 25 novembre 2020. (Crédit :AP Photo/Carolyn Kaster)

« Et la dernière chose dont nous avons besoin dans cette partie du monde est une augmentation de la capacité nucléaire », a déclaré Biden.

« Cela va être difficile, mais oui », a déclaré Biden au Times lorsqu’on lui a posé des questions précises sur un essai qu’il a écrit et qui a été publié en septembre.

Biden a écrit dans un article pour CNN avant l’élection que « si l’Iran revient à un respect strict de l’accord nucléaire, les États-Unis rejoindront l’accord comme point de départ pour des négociations de suivi ».

Selon l’article paru dans le Times , Biden et son équipe travaillent en prenant pour hypothèse que si l’accord devait être une nouvelle fois conclu entre les deux parties, il devrait y avoir de nouvelles négociations sur la durée des restrictions appliquées sur la production des matériaux fossiles nécessaires pour produire une bombe – une durée qui était de 15 ans dans le JCPOA (Joint Comprehensive Plan of Action) qui avait été signé en 2015.

Les États-Unis avaient imposé des sanctions écrasantes sur la république islamique après le retrait unilatéral du président américain Donald Trump du pacte, en 2018. En réponse, Téhéran avait commencé à ouvertement outrepasser les limites stipulées dans l’accord, disant que l’Iran se conformerait rapidement et une nouvelle fois aux dispositions de ce dernier si les États-Unis faisaient de même.

De plus, a dit Biden, des initiatives devront être prises pour s’attaquer aux activités terroristes de la république islamique menées par ses groupes mandataires au Liban, en Syrie, en Irak et au Yémen.

L’article a ajouté que la future administration Biden souhaiterait que les pourparlers avec l’Iran ne se contentent pas d’inclure les parties qui avaient intégré initialement l’accord – l’Iran, les États-Unis, la Russie, la Chine, la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne et l’Union européenne – mais aussi des acteurs régionaux déterminants, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis.

Le président iranien Hassan Rohani prononce un discours lors de la session inaugurale du nouveau parlement à Téhéran, le 27 mai 2020. (Crédit : AFP)

Ces propos ont été tenus alors que le président iranien Hassan Rohani a rejeté, mercredi, un projet de loi approuvé au Parlement qui aurait suspendu les inspections faites par les Nations unies et renforcé les travaux d’enrichissement de l’uranium, disant que le texte était « préjudiciable » aux efforts diplomatiques visant à restaurer l’accord sur le nucléaire de 2015 et à alléger les sanctions américaines.

Ce bras de fer concernant la loi – un bras de fer qui a pris de l’ampleur après l’assassinat du père du nucléaire iranien, le mois dernier, un meurtre qui a été attribué à Israël – reflète la rivalité entre Rohani et les députés de la ligne dure qui dominent le Parlement et qui favorisent une approche plus conflictuelle face à l’Occident.

Le projet de loi aurait ainsi mis en suspens les inspections réalisées par les Nations unies et aurait exigé du gouvernement qu’il reprenne ses travaux d’enrichissement de l’uranium à 20 %, si les nations européennes devaient échouer à obtenir un allègement des sanctions américaines imposées sur le pétrole et sur le secteur bancaire du pays. Ce seuil de 20 % ne correspond pas à celui qui est nécessaire pour la fabrication d’armes atomiques, mais il est plus élevé que celui qui est requis pour le nucléaire civil.

La centrale nucléaire de Bushehr, à l’extérieur de la ville de Bushehr, dans le sud de l’Iran. (Crédit : AP Photo/Mehr News Agency, Majid Asgaripour)

S’exprimant lors d’une réunion du cabinet, Rohani a déclaré que son administration « n’est pas d’accord et considère ce projet de loi comme préjudiciable aux activités diplomatiques ». Il a laissé entendre que les députés se positionnaient en amont des élections iraniennes qui sont programmées au mois de juin prochain.

Il a ajouté : « Aujourd’hui, nous sommes plus puissants dans le nucléaire que cela n’a jamais été le cas ».

La législation ne devrait avoir que peu d’impact, voire aucun, l’Ayatollah Ali Khamenei, le guide suprême, ayant le dernier mot sur toutes les politiques majeures et notamment sur celles qui sont relatives au programme nucléaire. Elle a plutôt semblé être une démonstration de défiance après l’assassinat de Mohsen Fakhrizadeh, personnalité déterminante du programme nucléaire de l’Iran, dans l’attaque attribuée à l’État juif.

Certains analystes estiment que ce meurtre a eu pour objectif de rendre plus difficile, pour Biden, la réintégration des États-Unis dans l’accord conclu avec l’Iran.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait mis en garde contre la menace posée par Fakhrizadeh dès 2018. Il y a quelques jours, il avait également fait part de sa réticence concernant la réintégration des États-Unis dans l’accord sur le nucléaire souhaitée par la nouvelle administration.

Sur cette photo transmise par le site officiel du ministère iranien de la Défense, des militaires se tiennent aux côtés du cercueil recouvert d’un drapeau de Mohsen Fakhrizadeh, un scientifique qui a été assassiné vendredi, pendant une cérémonie de funérailles à Téhéran, en Iran, le 30 novembre 2020. (Crédit : (Ministère iranien de la Défense via AP)

Fakhrizadeh était à la tête d’un programme qui, selon Israël et les pays occidentaux, se consacrait à la faisabilité de la conception et de la fabrication d’une arme nucléaire. L’Agence internationale de l’énergie atomique avait déclaré que le « programme structuré » s’était achevé en 2003 tandis que l’État juif affirme que l’Iran cherche toujours à se doter d’une arme atomique, soulignant son travail sur les missiles balistiques et autres technologies.

L’Iran insiste sur le fait que son programme nucléaire est entièrement pacifique, même si des archives iraniennes, volées à Téhéran par le Mossad et dont le contenu avait été révélé en 2018 par Netanyahu, ont révélé l’existence de travaux visant à pouvoir attacher une ogive nucléaire sur des missiles balistiques.

La république islamique a subi plusieurs attaques dévastatrices cette année, avec notamment la mort du général Qassem Souleimani dans une frappe américaine au drone, au mois de janvier, et une explosion et un incendie mystérieux qui ont endommagé une usine d’assemblage de centrifugeuses au sein de l’usine d’enrichissement d’uranium de Natanz – qui, selon de nombreux observateurs, auraient résulté d’un acte de sabotage.

Par Times of Israel Staff et AFP, publié le 2 décembre 2020 à 15h26

Photo en titre : Des centrifugeuses au sein de l’usine d’enrichissement de l’uranium de Natanz, dans le centre de l’Iran, le 5 novembre 2019. (Atomic Energy Organization of Iran via AP)

https://fr.timesofisrael.com/biden-washington-rejoindra-laccord-sur-le-nucleaire-si-liran-sy-conforme/