FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM SUR L’URANIUM 2021 : DEUX FILMS DE LARBI BENCHIHA SÉLECTIONNÉS !

Alors que la question des essais nucléaires français dans le Grand Sud algérien est revenue de plus belle au-devant de la scène du débat mémoriel entre l’Algérie et la France, ces quelques derniers mois, deux films-documentaires du cinéaste et documentariste franco-algérien, Larbi Benchiha, sont sélectionnés et programmés au Festival international du film sur l’uranium de Rio de Janeiro (Brésil), qui se tiendra dans sa 10ème édition entre le 20 et 30 mai.

D’une manière quasi-chronologique, étant tous les deux produits par France Télévisions, lesdits films, qui seront à l’honneur, traitent de la problématique des explosions atomiques expérimentales françaises au Sahara et en Polynésie, de 1960 à 1996, ainsi que leurs conséquences sanitaires et environnementales.

Le premier documentaire est intitulé « L’Algérie, de Gaulle et la bombe » (2010), lauréat du Prix de la critique au Festival de Tanger. Il revient sur les premiers pas de la France en tant que quatrième puissance atomique au monde, trouvant dans le territoire algérien un terrain «idéal» pour les 17 premiers essais, entre 1960 et 1966.

Dès la fin des années 1950, les autorités coloniales ont créé une base atomique secrète dans la région de Reggane. Malgré la réticence de ses alliés de la Seconde Guerre mondiale, le général de Gaulle réaffirma les ambitions françaises sur le plan du nucléaire militaire lors d’une conférence de presse tenue en octobre 1958. «Celui qui n’a pas la bombe ne compte pas», a-t-il déclaré.

En novembre 1959, le délégué français auprès des Nations unies, Jules Moch, affirma que le site nucléaire installé en Algérie ne présentait «aucun danger pour la population». Le 13 février 1960, y explosa la première bombe A française, baptisée Gerboise bleue. Trois autres «essais atmosphériques» y seront effectués : Gerboise blanche (avril 1960), Gerboise rouge (décembre 1960) et Gerboise verte (avril 1961).

Puis, de novembre 1961 à février 1966, suivront 13 «essais en galerie» à In Ekker, dans le massif du Hoggar. En 1967, au moment où les autorités françaises restituaient entièrement les sites atomiques au gouvernement algérien, le «mal radioactif» était bien réel, mais on se contenta de l’enfouir sous les sables ! Tel décrit dans le film, la population locale et la nature y souffriront en silence des décennies durant.

Elles attendent toujours des réparations, financières et matérielles : inventorier et indemniser toutes les victimes humaines des essais ; situer et évaluer les effets des déchets nucléaires enfouis ; cartographier tous les sols impactés par la radioactivité et mettre en place un plan ambitieux de nettoyage, particulièrement en ce qui concerne le périmètre touché par l’accident de Béryl, le deuxième essai souterrain (mai 1962).

Le second documentaire est titré « Bons baisers de Moruroa » (2016). Déjà distinguée plusieurs fois – Grand prix au UIFF à Berlin, Prix spécial au Fespaco à Ouagadougou, Prix meilleur documentaire à New York –, cette œuvre est une suite logique de l’histoire racontée dans la précédente. En effet, ne pouvant plus le faire en Algérie une fois les clauses spéciales dans les Accords d’Évian qui le permirent sont devenues caduques, le gouvernement français a été contraint de réaliser les tests de son programme nucléaire ailleurs. Pour ce faire, il choisit les atolls polynésiens. Entre 1966 et 1996, 193 essais nucléaires y ont été réalisés.

Pendant cette période, des milliers de civils et de militaires ont été exposés aux radiations sans le savoir. En conséquence, des dizaines de personnes, parfois leurs enfants également, ont développé toutes sortes de pathologies, singulièrement des cancers à répétition. Ces victimes se battent, encore aujourd’hui, pour arracher à l’État français une reconnaissance pleine et entière envers toutes les victimes des essais nucléaires sans distinction, en Polynésie, en Algérie et partout ailleurs !

Par Samir G., publié le 11 mai 2021 à 10 h 10 min

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