NUCLÉAIRE : LA CHINE VEUT TIRER SON ÉPINGLE DU JEU SUR LES PETITS RÉACTEURS

La Chine a entamé la construction d’un petit réacteur nucléaire d’un nouveau genre, un SMR, qui sera « le premier au monde à entrer en service commercial », a assuré mercredi 14 juillet un média d’État. Les enjeux sont majeurs pour Pékin : plus facile à concevoir que les infrastructures nucléaires classiques, la technologie attire de nombreux pays, en compétition pour se faire une place sur le futur marché

C’est un nouveau marché très prometteur, et la Chine compte bien s’y tailler une place de choix. Celui des SMR, pour small modular reactors – ou petits réacteurs modulaires en français – dont la puissance ne dépasse pas les 300 mégawatts (MW), contre plus de 1.000 pour les réacteurs modernes classiques. Car si la technologie est encore peu connue du grand public, les industriels du nucléaire sont persuadés de son essor imminent, notamment pour remplacer les centrales à charbon et « décarboner » le système électrique. Pour cause : elle s’avère bien moins complexe et coûteuse à mettre en place que les grosses infrastructures nucléaires, aux chantiers pharaoniques.

Alors, afin de ne pas perdre cette nouvelle bataille technologique, Pékin a démarré mardi le chantier de ce type de réacteur SMR sur l’île tropicale de Hainan (sud), amené à « devenir le premier au monde à entrer en service commercial », a rapporté l’agence Chine nouvelle – même si la durée des travaux n’a pas été précisée. Et d’ajouter que la centrale de Changjiang sera, à terme, équipée d’un réacteur SMR Linglong One (ACP100), conçu par le géant chinois du nucléaire CNNC. D’une puissance de 125 mégawatts, il doit permettre d’alimenter en électricité 526.000 foyers, selon CNNC.

Compétition mondiale

Car le temps presse : la Chine est loin d’être la seule dans les starting-block. Fin 2020, l’agence internationale de l’énergie atomique (IAEA) dénombrait 72 projets en développement ou en construction à travers 18 pays. Ils sont développés par de nombreux acteurs, allant des entreprises publiques, en Chine mais aussi en Russie, ou encore par une multitude de start-up nord-américaines – où la filière est largement subventionnée par le gouvernement. La Pologne, la République Tchèque ou encore l’Estonie et la Roumanie ont également engagé des investigations sur les petits réacteurs nucléaires.

Si aucun n’est encore en service aujourd’hui, hormis la barge russe de Rosatom, opérationnelle depuis 2020, les projets avancent à toute vitesse. Comme celui porté par l’américain NuScale Power, dont le prototype devrait entrer en service en 2029 – après avoir signé un contrat pour construire une centrale composée de douze SMR et d’une puissance totale de 720 MWe.

La France veut abattre ses cartes

Et la France aussi entend s’imposer dans cette compétition, grâce à son projet « Nuward » (abréviation de Nuclear Forward, soit « en avant le nucléaire ! » en français), spécifiquement pensé pour remplacer les centrales à charbon. Fruit d’une collaboration entre le Commissariat à l’énergie atomique (CEA), l’électricien EDF, le groupe naval militaire Naval Group et le spécialiste des réacteurs compacts TechnicAtome, il se trouve actuellement en phase de design industriel – le consortium se donnant jusqu’à fin 2022 pour déposer un dossier d’option de sûreté auprès de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN).

Enfin, au Royaume-Uni, c’est l’entreprise Rolls-Royce qui espère devenir l’un des pionniers de la filière, et a dévoilé mi-mai le nouveau design de son projet, dont la fin de construction est prévue pour le début de la décennie 2030.

Mais pour tous ces pays, les défis économiques restent majeurs. Car la question de la compétitivité de ces SMR se pose, la baisse de leurs coûts étant conditionnée à des volumes de production importants, afin de permettre d’engranger des économies d’échelle. Ce qui nécessitera une standardisation des pièces plus poussée et une harmonisation de la réglementation à l’échelle internationale.

Par latribune.fr, publié le 14 Juillet 2021 à 12h06

Photo en titre : Pékin a démarré mardi le chantier de ce type de réacteur SMR sur l’île tropicale de Hainan, dans le sud du pays. (Crédits : VASILY FEDOSENKO)

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NDLR : La seule chance que ces projets échouent réside dans la poursuite de la baisse des prix de revient du kWh renouvelable déjà hyper compétitif. Sinon, nous risquons une dissémination généralisée du risque nucléaire. Et la France ne sera pas en retard !!! Quel gâchis!