LE NUCLÉAIRE, ALLIÉ OU ENNEMI DU CLIMAT ?

Moins émetteur de CO2 que les énergies fossiles mais producteur de déchets radioactifs… Alors qu’une dizaine de pays européen viennent de signer un plaidoyer soutenant le nucléaire, l’impact environnemental de cette énergie continue de diviser.

Dix États membres de l’Union européenne, dont la France, ont publié dimanche une tribune soutenant l’énergie nucléaire, soulignant notamment qu’elle a un rôle à jouer contre le réchauffement climatique. Mais cette énergie, qui n’émet pas de gaz à effet de serre, peut-elle réellement sauver le climat, ou au moins faire gagner du temps en attendant le développement d’énergies nouvelles ? La question continue de diviser les spécialistes comme les nations.

Une énergie qui rejette très peu de CO2

Un des gros avantages de l’énergie nucléaire, source d’environ 10% de l’électricité mondiale, est qu’elle n’émet en effet pas directement de CO2, mais uniquement de la vapeur d’eau, liée au système de refroidissement des centrales. (NDLR : donc beaucoup de chaleur anthropique)

Même en analysant l’ensemble de son cycle de vie – en prenant en compte les émissions liées à l’extraction de l’uranium ou au béton des centrales – elle émet moins de gaz à effet de serre que le charbon, le gaz et même moins que le solaire, comme on l’observe sur le graphique ci-dessous, issu des données du Giec :

A Flourish chart

L’énergie nucléaire augmente ainsi sa part dans « la plupart » des scénarios que le Giec, les experts climats de l’ONU, a élaboré pour limiter le réchauffement de la planète à 1,5°C par rapport à la fin du XIXe siècle. Alors que le monde aura besoin de plus d’électricité pour remplacer les énergies fossiles – comme dans les transports routiers – le nucléaire semble avoir une carte à jouer. (NDLR : vrai si on veut absolument poursuivre vers une croissance infinie, laquelle nous mène tout droit à la catastrophe)

Un doublement de la puissance nucléaire d’ici 2050

L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a d’ailleurs relevé ses projections, pour la première fois depuis la catastrophe de Fukushima en 2011, et prévoit désormais un doublement de la puissance installée d’ici à 2050 dans le scénario le plus favorable. (NDLR : le but de l’AIEA est de développer l’énergie nucléaire, son avis ne peut donc pas être impartial !)

C’est en Chine que l’on compte le plus de nouveaux réacteurs. Et « de nombreux pays envisagent l’introduction de l’énergie nucléaire pour soutenir la production d’énergie fiable et propre« , note l’agence viennoise. (NDLR : le terme de propre est pour le moins très exagéré compte tenu des diverses pollution du nucléaire : thermique, radioactive principalement)

Son directeur général, Rafael Mariano Grossi, y voit une prise de conscience que l’énergie nucléaire « est absolument vitale pour atteindre » la neutralité carbone en milieu de siècle. Un objectif central de la prochaine grande conférence climat, la COP26, en novembre.

« Tout ce qui fait baisser les émissions est une bonne nouvelle« , estime quant à lui le directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), Fatih Birol, interrogé sur le rôle de l’atome comme des renouvelables. « Toutes les sources d’électricité propres me satisfont« .

La question des déchets nucléaires

Toutefois, les scientifiques du Giec reconnaissent aussi que « le déploiement futur du nucléaire peut être contraint par des préférences sociétales« . S’il rejette très peu de CO2 et contribue ainsi moins au réchauffement de l’atmosphère que le gaz ou le charbon, cela ne signifie pas que l’atome n’est pas polluant. Le nucléaire continue ainsi à avoir mauvaise presse dans certains pays, en raison des risques d’accidents catastrophiques ou du problème, irrésolu et de très long terme, des déchets.

Le nucléaire produit en effet des déchets radioactifs plus ou moins dangereux et avec une durée de vie plus ou moins longue, que de nombreux pays décident de traiter en les enfouissant profondément dans le sol. Ce que dénonce auprès de France Inter Yves Marignac, expert en énergie et porte-parole de l’association négaWatt, qui défend un scénario 100% énergies renouvelables pour la France :

« L’argument climatique et le débat sur cette urgence ont réduit toute la question nucléaire à cette capacité de produire sans carbone… En occultant complètement d’autres dimensions, tels que les risques et les déchets. C’est un vieux réflexe, hérité de la période gaullienne, de rapport entre ce recours au nucléaire et une forme de souveraineté. » (Yves Marignac)

L’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) estime que les déchets à vie courte (31 ans ou moins pour disparaître) représentent plus de 90% du volume total des déchets radioactifs en France, mais seulement 0,03% de la radioactivité totale. (NDLR : erreur !! Au bout de 31 ans, la radioactivité des déchets ne disparait pas mais est seulement divisée par 2. C’est ce qu’on appelle la période. Il faut 10 périodes pour que la radioactivité initiale soir divisée par 1 000) À l’inverse, les déchets à vie longue représentent 10% du volume total pour 99,9% de la radioactivité totale. (NDLR :

De quoi susciter des polémiques sur l’enfouissement des déchets, cristallisées par le projet d’enfouissement à Bure, dans le Meuse, que de nombreux opposants au nucléaire perçoivent comme une bombe à retardement laissée aux générations futures. Là encore, sur cette question de la dangerosité des déchets enfouis à plusieurs centaines de mètres, les scientifiques sont divisés.

Selon un rapport du Réseau de Transport d’électricité (RTE), le nucléaire a fourni en 2020 67% de la production de l’électricité. Les éoliennes en ont quant à elle produit 7,9% et l’hydraulique 13%. Les énergies fossiles comptaient pour 7,5% de la production.

Vers un nucléaire de plus en plus cher ?

La ligne de fracture traverse l’Union européenne : tandis que l’Allemagne a décidé une sortie progressive du nucléaire après Fukushima, des pays d’Europe centrale comme la Pologne et la République tchèque y voient un moyen de moins dépendre du charbon, extrêmement polluant.

Avec des opinions publiques aux sensibilités souvent différentes. « En République tchèque, l’énergie nucléaire est perçue comme une source d’électricité fiable et relativement bon marché« , souligne Wadim Strielkowski, expert de l’énergie à la Prague Business School. Cette ligne de partage se retrouve dans le débat à Bruxelles autour de l’inclusion ou non du nucléaire dans la « taxonomie » verte, la classification des activités jugées bonnes pour le climat et l’environnement.

Une tribune pour soutenir le nucléaire

Dix États membres de l’Union européenne, dont la France, ont publié dimanche une tribune soutenant l’énergie nucléaire. Outre l’Hexagone, elle a été signée par la Roumanie, la République tchèque, la Finlande, la Slovaquie, la Croatie, la Slovénie, la Bulgarie, la Pologne et la Hongrie.

Les signataires affirment que l’énergie nucléaire « protège les consommateurs européens de la volatilité des prix« , alors que les tarifs du gaz sont en forte hausse depuis plusieurs mois par exemple, dans cette tribune publiée dans plusieurs journaux européens, dont Le Figaro en France.

Ils considèrent « absolument indispensable que l’énergie nucléaire soit incluse dans le cadre de la taxonomie européenne avant la fin de cette année« , c’est-à-dire dans la liste des énergies considérées comme vertueuses à la fois pour le climat et l’environnement que la Commission doit proposer dans les prochains mois.

Les opposants à l’atome, souvent héritiers du pacifisme, à l’image de Greenpeace, ont pour leur part mis de côté leurs arguments traditionnels, pour se concentrer sur des calculs d’efficacité.

Les coûts des renouvelables n’ont cessé de baisser pendant que les grands projets nucléaires sont devenus longs et coûteux, avec parfois d’importants dépassements, comme le chantier de l’EPR de Flamanville en France. De nombreux experts craignent ainsi que la France fasse face à une importante facture dans les années à venir pour renouveler son parc nucléaire, ou simplement le maintenir à flot.

« Le nouveau nucléaire est beaucoup plus cher et beaucoup plus lent que les renouvelables. Dépenser de l’argent aujourd’hui dans le nouveau nucléaire aggrave la crise climatique, car les investissements ne sont pas placés dans ce qui est moins cher, plus rapide, donc plus efficace. » (Mycle Schneider, auteur d’un rapport annuel critique sur le nucléaire

À l’inverse, l’Allemagne, qui a délaissé le nucléaire, a massivement investi dans les énergies renouvelables. Ces dernières ont d’ailleurs fourni plus d’électricité en 2020 que les énergies fossiles chez nos voisins. Et là où les émissions de CO2 de la France ont baissé de 12% entre 1990 et 2017, celles de l’Allemagne ont diminué d’un quart, rappelait franceinfo l’année dernière selon les données publiées par l’Organisation de coopération et de développement économiques.

L’industrie nucléaire estime toutefois ne pas avoir dit son dernier mot. Depuis quelques années, elle parie beaucoup sur les petits réacteurs modulaires (SMR en anglais) : plus simples, fabriqués en série en usine, ils sont moins susceptibles de dérives que les chantiers pharaoniques. Mais malgré l’intérêt marqué de plusieurs nations, seule la Russie a pour l’instant mis en service une centrale flottante utilisant cette technologie.

Par Ju. M., avec AFP, publié le 11 octobre 2021 à 09h20, mis à jour le 11 octobre 2021 à 09h25

Photo en titre : La centrale nucléaire de Cruas-Meysse, en Ardèche. Photo Julio PELAEZ

https://www.leprogres.fr/environnement/2021/10/11/le-nucleaire-allie-ou-ennemi-du-climat