[CLIMATO-ÉTHIQUE] PAS DE RÉINDUSTRIALISATION NI DE SOUVERAINETÉ ÉNERGÉTIQUE SANS SOBRIÉTÉ

Pour sortir des énergies fossiles, l’efficacité énergétique et l’électrification des transports, de l’industrie et des bâtiments, risquent de ne pas suffire, surtout si la France veut, en même temps, se réindustrialiser.

Construire de nouveaux réacteurs nucléaires en France ne va pas suffire. «Agir sur la consommation grâce à l’efficacité énergétique, voire la sobriété, est indispensable pour atteindre les objectifs climatiques», a expliqué le transporteur RTE lors de la présentation de son rapport Futurs énergétiques 2050, sur lequel le gouvernement s’est appuyé pour décider de lancer un nouveau programme nucléaire en France. C’est même le premier des dix-huit enseignements de son étude, le dernier étant «l’urgence à se mobiliser».

De fait, pour suivre la trajectoire de consommation de stratégie nationale bas carbone et parvenir à la neutralité en 2050, il va falloir réduire de 40 % la consommation d’énergie finale, grâce à l’efficacité énergétique, croit la SNBC. Ce qui est colossal même avec l’électrification des transports, de l’industrie et du chauffage, qui va avoir comme conséquence de porter la part de l’électricité dans le mix de 27 % aujourd’hui à 55 %.

Et la demande grimperait à 645 TWh, efficacité énergétique comprise, contre environ 460 TWh, aujourd’hui. Et encore, est-ce sans compter avec la réindustrialisation profonde voulue par le politique, ou une production d’hydrogène décarboné renforcée. Ce qui augmenterait encore d’environ 100 TWh la demande.

Le nucléaire limité

Pour la satisfaire, il faudrait que la France soit capable de développer encore plus de capacités nucléaires et renouvelables que dans le scénario de référence de RTE à 645 TWh. Ce qui n’a rien de garanti vu les problèmes d’acceptabilité et le défi industriel que représente le nouveau nucléaire. EDF semble fixer d’ailleurs comme un maximum la construction de 14 réacteurs EPR d’ici à 2050 ce qui ne suffirait même pas à rester à 50 % de nucléaire dans le mix électrique en 2050. Il faudrait construire aussi quelques SMR.

Autant dire qu’il va falloir sacrément maitriser la consommation, voire apprendre à la réduire encore. RTE, qui a travaillé aussi sur un scénario de sobriété qui réduirait de 90 TWh la demande, pense que la sobriété pourrait absorber les besoins énergétiques d’une industrialisation renforcée. Et ce sans décroissance, mais en partageant plus notre habitat, en réduisant de 1 °C le chauffage, en développant massivement le télétravail, en réduisant les équipements numériques et le nombre de véhicules individuels, en privilégiant les circuits courts, y compris dans l’industrie, etc…

Réduire les émissions importées

Ce qui au passage réduirait nos émissions importées et donc l’empreinte carbone de la France. Mais RTE ne dit rien des 285 TWh d’énergie décarbonée non électrique qu’il va aussi falloir produire. Dans son scénario avec 96 % de renouvelables en 2050, négaWatt, lui, en tient compte, ainsi que de l’impact carbone des matériaux bruts nécessaires à l’économie française. Et il propose un chemin de sobriété un peu différent, avec quand même une réindustrialisation, mais sur des critères de durabilité plus exigeants.

Un message qui passe mal, a observé RTE lors de sa consultation. Le sujet de la sobriété serait même devenu une sujet plus «clivant» que celui, stérile, opposant le nucléaire aux renouvelables. Pourtant, quelle que soit la manière, consommer mieux et moins va devenir indispensable pour concilier neutralité carbone, réindustrialisation et souveraineté énergétique.

Par Aurélie Barbaux, publié le 15 novembre 2021 à 10h00

Photo en titre : © Photo by Kate Trysh on Unsplash. Même pour l’industrie, il va falloir privilégier les circuit courts.

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