NUCLÉAIRE : MIEUX VAUT RETARD QUE JAMAIS, L’EPR FINLANDAIS DÉMARRE AVEC DOUZE ANS DE RETARD

Après le démarrage, dans la nuit de lundi à mardi, du réacteur construit par le groupe français Areva, la production d’électricité doit commencer à environ 30% de la puissance en janvier, avant une mise en service normale en juin.

Mieux vaut tard que jamais. Le réacteur nucléaire EPR d’Olkiluoto en Finlande a démarré dans la nuit de lundi à mardi pour la première fois, a annoncé ce mardi l’exploitant de la centrale. Soit… douze ans après la date de mise en service prévue initialement.

Après le démarrage du réacteur construit par le groupe français Areva à 3 h 22 (heure locale), la production d’électricité doit commencer à environ 30 % de la puissance en janvier, avant une mise en service normale en juin, indique l’énergéticien finlandais TVO dans un communiqué. «Le moment du démarrage a été historique. La dernière fois qu’un réacteur a été lancé en Finlande remonte à il y a plus de quarante ans, et même en Europe, cet événement remonte à environ quinze ans», souligne l’exploitant de la centrale d’Olkiluoto-3 (le nom officiel de l’EPR), en référence au lancement d’un réacteur en Roumanie en 2007.

1 milliard d’euros de pénalités de retard

Ce chantier lancé en 2005 dans le sud-ouest de la Finlande est devenu pour Areva un chemin de croix miné par les retards et les dérives financières. Une fois terminé, l’EPR finlandais devrait devenir le plus puissant réacteur en opération en Europe. Sa mise en service, à l’origine prévue en 2009, a été plusieurs fois repoussée à cause de problèmes techniques, comme des vannes de commande défectueuses, des fissures sur les tuyaux ou encore à cause de la pandémie de Covid-19. Le coût, estimé à l’origine à 3,2 milliards d’euros, a ainsi triplé. Areva devra notamment s’acquitter d’1 milliard d’euros de pénalités de retard auprès de l’opérateur finlandais, poussant l’État français à renflouer ses caisses en décembre 2020.

«Ce moment restera pour toujours comme la démonstration de la persistance de notre travail pour mettre en service notre nouveau réacteur», a déclaré Marjo Mustonen, vice-président de TVO, qui salue «la plus grande contribution de la Finlande pour le climat». Après le chargement du combustible dans le réacteur en mars, le gendarme finlandais du nucléaire avait autorisé le démarrage du réacteur la semaine dernière. Avec une capacité de production de 1 650 mégawatts, il doit fournir environ 15 % de la consommation du pays nordique.

Conçu pour relancer l’énergie nucléaire après la catastrophe de Tchernobyl en 1986, notamment grâce à une considérable structure de béton, l’EPR a rencontré d’importants problèmes de construction, en particulier en Finlande et à Flamanville en France.

Même déboires pour Flamanville

Lancée en 2006, la construction dans la Manche du premier réacteur français de troisième génération a, lui aussi, multiplié les déboires. Il devrait démarrer fin 2022, soit avec au moins dix ans de retard sur le calendrier initial. L’EPR était censé être connecté au réseau en 2012 et coûter 3,3 milliards d’euros. En réalité, il devrait coûter, selon EDF, 12,4 milliards d’euros. La Cour des comptes estime pour sa part que la facture totale serait plutôt de 19,1 milliards d’euros.

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Avant l’EPR finlandais, seuls deux réacteurs EPR étaient jusqu’à présent entrés en fonctionnement dans le monde : ceux de la centrale de Taishan en Chine. Leur construction avait débuté après celle d’Olkiluoto-3, premier réacteur nucléaire à avoir été commandé au sein de l’Union européenne depuis Tchernobyl.

Par LIBÉRATION et AFP, publié le 21 décembre 2021 à 11h13

Photo en titre : La centrale finlandaise d’Olkiluoto-3, en 2016. (Martti Kainulainen /AFP)

https://www.liberation.fr/environnement/nucleaire/nucleaire-lepr-finlandais-demarre-avec-douze-ans-de-retard-20211221_I4JVYUS4BZEYRG74GFMZ42OG44/