NUCLÉAIRE : ÇA SENT LE SAPIN… ET ÇA VA NOUS COÛTER BONBON !

Pour tous les candidats de droite ou d’extrême droite à l’élection présidentielle, le nucléaire constitue la réponse universelle aux problèmes d’approvisionnement en énergie du pays. Pourtant, leurs idées en la matière pourraient bien se révéler inapplicables.

Selon Ouest France, quatre réacteurs français ont été arrêtés, suites à des problèmes de corrosion. Trois autres viennent de suivre le même chemin (source).

Fin 2021, 17 des 56 réacteurs nucléaires français étaient déjà arrêtés (source).

Les partisans du nucléaire évoquent régulièrement l’intermittence des énergies renouvelables pour dénigrer celles-ci. Mais aujourd’hui, c’est bien l’énergie nucléaire qui se révèle intermittente !

La ministre de la transition énergétique s’inquiétait de la sécurité d’approvisionnement en électricité pour cet hiver (source). On peut la rassurer : nous avons presque passé l’hiver. Par contre, le prochain risque d’être très problématique !

En effet, le chauffage électrique est très répandu en France (source ). Si un hiver rigoureux s’ajoutait à de nombreuses centrales en rade, les choses pourraient très mal se passer. Les difficultés ont d’ailleurs déjà commencé. Le 24 novembre, la perfide Albion a secouru la France, dont plusieurs centrales étaient en panne, en lui exportant de l’électricité d’origine éolienne (source). Cela vaut bien quelques poissons !

Les difficultés ne s’arrêtent pas là. Non seulement il devient difficile d’assurer le fonctionnement des centrales existantes, mais en plus, on n’arrive pas à en fabriquer de nouvelles.

En effet, c’est l’E.P.R (Evolutionary Power Reactor), initialement un projet de réacteur nucléaire franco-allemand, lancé dans les années 90 qui était censé prendre le relais des vieilles centrales (source). Mais là aussi, les difficultés s’accumulent.

Plusieurs E.P.R sont en chantier ou en service :

  1. Olkiluoto (Finlande) : en construction depuis 2004. Mise en service prévue initialement pour 2009, mais reportée en 2022. Le budget prévu départ : 3,2 milliards d’€ a été triplé (source).
  2. Flamanville 3 (France) : en construction depuis 2007. Mise en service initialement prévue pour 2012, mais reportée en 2023. Budget de départ : 3.4 milliards d’€ a dérivé jusqu’à 19,1 milliards d’€ (source 1, source 2).
  3. Taishan (Chine) : deux réacteurs. Construction et mise en service de 2008 à 2019. Le coût serait de 12,2 milliards d’€. L’un des réacteurs est à l’arrêt depuis juillet 2021 à la suite d’un incident (source).
  4. Hinkley Point C (Angleterre) : En chantier depuis fin 2019. Coût initialement prévu de 24,5 milliards d’€, dont 65,5% à la charge d’EDF. Un retard de 15 mois et un surcoût de 10% sont d’ores et déjà annoncés (source).

Les déboires de l’E.P.R ne sont peut-être pas terminés. En effet, selon la CRIIRAD, l’incident qui a provoqué la mise à l’arrêt de Taishan 1 serait dû à un défaut de conception de la cuve du réacteur. Ce défaut pourrait frapper tous les réacteurs de la filière E.P.R (source).

Le 9 décembre, l’Autorité de Sûreté Nucléaire réagissait sur le sujet en conditionnant l’autorisation de mise en service de l’EPR de Flamanville au “retour d’expérience de l’écart de l’EPR Taishan 1” (source). 

L’alerte est donc sérieuse. Dans la suite de l’article, je vais examiner les conséquences de son éventuelle confirmation.

Vers l’abandon du nucléaire

En raison des dérives financières et des retards déjà pris, la confirmation éventuelle de l’alerte de la CRIIRAD signerait l’arrêt de mort de tous les EPR déjà construits ou encore en chantier. Plus personne ne voudrait prendre le risque de nouveau dérapages budgétaires et de retards supplémentaires de longues durées.

La France n’aurait donc plus aucune possibilité de renouveler ses centrales nucléaires.

Suivraient des faillites en cascade dans le secteur nucléaire. À cause de la perte de savoir-faire qui en résulterait, il faudrait accélérer la fermeture des anciennes centrales nucléaires, faute de pouvoir en assurer la sécurité.

La France se retrouverait donc avec une production d’électricité nucléaire fortement réduite, vouée à disparaître à plus ou moins court terme.

Cette situation serait d’autant plus catastrophique que nous avons mis tous nos œufs dans le même panier. Les alternatives ne sont pas prêtes.

Nous produisons quatre fois moins d’électricité éolienne ou photovoltaïque que l’Allemagne (source).

En matière photovoltaïque, nous sommes même derrière le Royaume-Uni, qui n’est pourtant pas réputé pour son ensoleillement

La France est devenue le cancre européen des énergies renouvelables (source). Ce n’est pourtant pas le souhait des citoyens, qui sont par exemple largement favorables à l’éolien (source) !

Pendant que la France s’enlise dans le nucléaire, l’Écosse met le paquet sur les éoliennes (source). Nous sommes largués.

Quelles conséquences ?

Si les difficultés actuelles du nucléaire se confirment c’est donc une véritable pénurie d’électricité qui attend notre pays au plus mauvais moment. En effet, la France consomme actuellement environ 450 TWh d’électricité par an, et les prévisions pour 2050 se situent entre 600 et 800 TWh (source).

En situation de pénurie, il est évident que le prix de l’électricité va fortement augmenter. En effet, l’électricité est un bien qui ne se stocke pas. Tout déséquilibre du marché se traduit donc par de fortes variations de prix. Le site eco2mix permet de suivre en temps réel l’évolution du prix de gros de l’électricité. En été, la demande ralentit. Le prix de gros se situe alors vers 7 ou 9 centimes au kWh. Par contre, en hiver, la demande est forte, et le prix navigue entre 20 et 40 centimes du kWh. On parle ici des prix de gros et non du prix de livraison au particulier. Pour ce dernier, le tarif réglementé est d’environ 16 centimes par kWh (source).

Lorsqu’il y a une forte demande, le tarif actuel de livraison de l’électricité au particulier est donc deux ou trois fois inférieur à son prix de gros.

Si EDF devait acheter toute son électricité au lieu de la produire, il est donc clair qu’en hiver, elle devrait la vendre au moins deux ou trois fois plus cher qu’actuellement.

Concrètement, prenons une famille qui habite un logement de 80m², chauffé à l’électricité, étiquette D (environ 200 KWh par an et par m²). Cette famille consomme donc 16 000 KWh par an pour son logement. Pour le moment, cela coûte 2560 € par an.

Si le prix venait à tripler, la facture monterait à 7680 € par an. Autant dire que la plupart d’entre nous ne pourraient plus payer.

C’est pourtant bien ce qui risque d’arriver. Nous allons payer très cher l’imprévoyance de nos dirigeants, qui ont tout misé sur le nucléaire !

Quelles solutions ?

Solution n°1 : le doigt d’honneur

  • Nos centrales sont dangereuses et il faut les arrêter ? Qu’importe ! Faisons un doigt d’honneur à toute l’Europe et maintenons les quand même en service. De toute façon, les vents dominants vont d’ouest en est. En cas d’accident, la radioactivité sera donc évacuée vers la Belgique, les Pays Bas, la Scandinavie, l’Allemagne, la Pologne, l’Autriche, etc.
  • Nous sommes tout de même obligés d’arrêter les centrales nucléaires et nous ne pouvons pas passer au charbon à cause du réchauffement climatique ? Qu’importe ! Faisons un doigt d’honneur au monde entier et installons quand même des centrales à charbon pour les remplacer ! De toute façon la France ne représente que 1% de la population mondiale, ce sera une goutte d’eau dans la mer.

Le problème du doigt d’honneur, c’est que celui-ci serait adressé à des pays puissants, de plus en plus soucieux de transition énergétique, qui pourraient facilement mettre à genoux un pays désindustrialisé, déficitaire et endetté.

Nous ne pourrons donc pas recourir à cette solution.

Solution n°2 : les énergies renouvelables

Cette option est tout à fait réaliste, car la France dispose d’un fort potentiel solaire et éolien. Mais comme nous l’avons vu plus haut, nous avons pris un énorme retard dans ce domaine et le rattrapage prendra des décennies. De plus, une présidente ou un président de droite sera élu au printemps, et nous savons dores et déjà que son programme repose sur le nucléaire, donc sur du sable. Nous pouvons donc prévoir une longue période d’atermoiements supplémentaires avant de nous lancer dans les renouvelables.

Solution n°3 : les économies

On peut isoler les bâtiments pour économiser le chauffage, remplacer les chauffe-eaux à résistance par des appareils thermodynamiques, substituer le chauffage au gaz au chauffage électrique (mais on fait le contraire). Tout cela est possible, mais les entreprises qui font ce travail ont des capacités limitées, il faudra donc beaucoup de temps.

Solution n°4 : le rationnement

À court terme, ce sera donc la seule solution. Il faudra rationner l’électricité. Et comme on avait prévu de remplacer du pétrole par de l’électricité qui ne viendra pas, il faut prévoir aussi une forte augmentation des produits pétroliers, voire leur rationnement.

Pour ceux qui en douteraient, voici une information intéressante : pour extraire du pétrole, il faut de plus en plus de… pétrole (source).

En plus de la pénurie d’électricité, on peut donc prévoir une pénurie de pétrole !

Vers un confinement énergétique

En raison de l’imprévoyance de nos gouvernants, notamment de ceux de droite et d’extrême-droite, qui continuent à tout miser sur le nucléaire en dépit du bon sens, le rationnement énergétique sera la seule solution possible dans un premier temps. À plus long terme, les énergies renouvelables et les économies d’énergie prendront le relais, mais en attendant, c’est un véritable “confinement énergétique” qui nous attend.

En hiver, dans les logements, la température descendra à 15°C. Nous devrons prendre l’habitude de nous habiller chaudement à l’intérieur. La nuit, on coupera le chauffage. On installera partout des dispositifs pour limiter les douches à 5 litres.

Dans les bureaux et les écoles, il faudra instaurer des pauses toutes les 30 minutes pour que les gens puissent se réchauffer un peu en bougeant.

En été, les climatisations seront mises à l’arrêt et remplacées par des ventilateurs. Ceux qui ont un balcon au soleil y mettront à chauffer des jerricans d’eau pour leur toilette. On défoncera le bitume pour planter des arbres et limiter ainsi le réchauffement des villes en panne de climatisation.

L’utilisation de l’internet et du téléphone portable reculeront, ainsi que les téléchargements de vidéos.

Les voitures rouleront moins souvent. Les automobilistes redécouvriront la marche à pied, le vélo, le train et l’autobus.

Chacun devra se rapprocher de son lieu de travail, faute de pouvoir payer le transport.

Les voitures particulières seront interdites dans les centres villes.

Il sera défendu de rouler seul dans sa voiture. Les automobilistes pendront les stoppeurs pour éviter les amendes.

Sur les autoroutes, la vitesse sera limitée à 80 km/h.

Les SUV ne se vendront plus. Les constructeurs sortiront en catastrophe des petites voitures à essence.

Les camping-cars resteront au garage, puis ils seront revendus bon marché à de jeunes couples qui les transformeront en « tiny houses« .

Vous n’y croyez pas ? Et si en 2019 on vous avait dit que vous resteriez confinés chez vous pendant plus d’un mois, vous y auriez cru ? Et pourtant, c’était moins prévisible que la pénurie qui s’annonce !

Par Désintox, publié mercredi 9 février 2022

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