11 ANS APRÈS FUKUSHIMA, LE JAPON MISE TOUJOURS SUR L’ÉNERGIE NUCLÉAIRE

Pour la première fois, une majorité de Japonais se dit favorable au redémarrage de réacteurs, comme le souhaite le gouvernement nippon afin de réduire la dépendance énergétique de l’archipel et remplir ses objectifs climatiques.

Depuis la catastrophe de Fukushima en 2011, le nucléaire est un sujet sensible au Japon. Dans les années qui ont suivi cet accident traumatisant pour le pays, les différentes enquêtes d’opinion qui se sont succédé ont témoigné d’une franche hostilité de la population à l’égard de l’atome. Mais le contexte actuel semble avoir rebattu les cartes.

Pour la première fois en onze ans, une courte majorité de Japonais (53%) se dit favorable au redémarrage de réacteurs nucléaires, selon un sondage paru dans le principal journal économique de l’archipel et dont les résultats sont relayés par Bloomberg. À l’inverse, 38% des personnes interrogées souhaiteraient les maintenir hors service.

Dans une enquête similaire réalisée en septembre, seuls 44% des Japonais se disaient pour le redémarrage de réacteurs. Mais depuis, la population fait face à la flambée des prix de l’énergie alimentée par la guerre en Ukraine. Ce qui peut sans doute expliquer le basculement de l’opinion. La semaine dernière, le gouvernement a également mis en garde contre de possibles coupures de courant massives dans la région de Tokyo en raison d’une vague de froid et de l’arrêt de centrales à gaz et au charbon après un tremblement de terre.

Redémarrage de réacteurs

Au lendemain de la catastrophe de Fukushima, lorsque la totalité des 54 réacteurs nippons ont été mis à l’arrêt, l’avenir du nucléaire au Japon était clairement compromis. Mais dès son retour au pouvoir fin 2012, le Premier ministre Shinzo Abe, s’est prononcé pour une relance de la filière et a poussé pour redémarrer certains réacteurs.

Aujourd’hui, la filière reste convalescente mais dix réacteurs sur 33 respectant les nouvelles normes de sécurité instaurées après Fukushima ont tout de même été relancés dans le pays. Et pour la première fois, un réacteur nucléaire âgé de plus de 40 ans a été remis en service en juin dernier. Trois réacteurs sont également en construction, selon Le Monde.

Une vingtaine de réacteurs doivent encore être démantelés mais d’autres pourraient être remis en service dans les années qui viennent. C’est en tout cas le souhait de l’actuel Premier ministre Fumio Kishida qui jugeait « crucial » en octobre dernier de « redémarrer les centrales nucléaires » pour permettre au Japon, sixième émetteur mondial de CO2, de remplir ses objectifs climatiques et de réduire sa dépendance énergétique.

Car l’atome ne représentait plus en 2019 que 6,2% de la production d’électricité de l’archipel, contre 30% avant 2011. En conséquence, le pays s’est largement tourné vers les énergies fossiles comme le charbon et le gaz naturel liquéfié dont il est aujourd’hui le premier importateur mondial. Le gouvernement souhaite désormais monter entre 20 et 22% d’énergie nucléaire dans la production électrique à horizon 2030. Objectif: réduire les émissions de CO2 de 26% d’ici la fin de la décennie et atteindre la neutralité carbone d’ici 2050.

Réacteur nucléaire à neutrons

Pour y parvenir, le Japon mise aussi sur les technologies d’avenir. En janvier, l’Agence japonaise de l’énergie atomique et l’industriel nippon Mitsubishi Heavy Industries (MHI) ont annoncé un protocole d’accord avec TerraPower, une société américaine fondée et présidée par Bill Gates projetant de construire un réacteur nucléaire à neutrons rapides aux États-Unis.

MHI va « explorer les possibilités de fournir un soutien technique et de participer au développement » de ce réacteur de quatrième génération censé être construit d’ici 2028 dans le Wyoming (ouest des États-Unis), selon un communiqué du groupe nippon. En collaborant sur ce projet nucléaire de pointe, MHI compte aussi « en tirer de l’expertise et du savoir-faire pour contribuer à la progression de l’innovation nucléaire au Japon« , a-t-il précisé.

D’un coût estimé à 4 milliards de dollars et financé pour moitié par le département américain de l’Énergie, le projet Natrium de TerraPower consiste à fabriquer un réacteur à neutrons rapides refroidis au sodium, d’une puissance de 345 mégawatts. Cette technologie dite de « surgénération » doit permettre de réutiliser le plutonium issu du combustible usagé.

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Malgré tout, la relance du nucléaire au Japon ne se fera pas du jour au lendemain. La population demeure divisée sur cette question. Et les différents projets de réouverture sur l’archipel se heurtent encore souvent à une forte opposition locale et à de lourds contentieux juridiques.

Par Paul Louis, (https://twitter.com/paul_louis_), publié le 1er avril 2022

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