CIVAUX : LES PETITES MAINS INVISIBLES DE LA CENTRALE NUCLÉAIRE EN GRÈVE

Les femmes de ménage de la centrale nucléaire de Civaux sont en grève depuis le 10 janvier 2023 pour des meilleures conditions de travail, et dénoncent la précarité de leur emploi.

Sur leurs tee-shirts, elles ont inscrit au feutre noir :

« Marre d’être invisibles, on existe ! »

. Ces « invisibles » sont les femmes de ménage de la centrale nucléaire de Civaux. Depuis le mardi 10 janvier 2023, elles se sont mises en grève de manière illimitée. Et elles tiennent bon depuis plus d’une semaine.

« On fait grève pour une augmentation de salaires de 200 € brut mensuel et pour de meilleures conditions de travail », disent-elles à l’unisson. Leurs revendications portent sur le « respect du Code du travail », du matériel adapté, un 13ème mois, ou encore une prime de 500 € pour 2022 pour faire face à l’inflation. Elles donnent leurs salaires : 1.350 € par mois environ pour 35 heures, pour certaines avec trente ans d’ancienneté.

Dans leur combat, elles sont soutenues par la CGT d’EDF-Civaux, mais aussi par une grande partie des 1.300 salariés du site qui alimentent la caisse de grève. Sans cela, elles auraient repris le travail. « La société joue le pourrissement de la situation, compte tenu de leur salaire, pensant qu’elles ne tiendront pas longtemps », estime Sébastien Roumet, de la CGT du CNPE de Civaux.

En période d’essai après sept ans de CDD

Les « invisibles » – dix-neuf salariés (quinze en CDI et quatre CDD) – dénoncent un système de contrat qui les place en situation constante de précarité. Neuf sont en grève, les dix restants assurent un service minimum de nettoyage. « Certaines ont passé sept années en CDD, et elles sont mises en période d’essai d’un mois pour leur passage en CDI ! Faire grève en période d’essai, c’est compliqué », expliquent les grévistes.

Leur première grève en trente ans

La précarité réside dans le renouvellement des entreprises qui les emploient, choisies après appel d’offres lancé par EDF. « Les contrats des prestataires sont négociés à la baisse. Il y a moins de personnel pour autant de surface, et le salaire reste toujours celui du minimum légal », selon la CGT.

La majorité d’entre elles a entre vingt-sept et trente ans d’ancienneté à Civaux. Elles ont connu huit employeurs différents : Top Anjou, Azur Net, Renosol, Veolia, TFN, Samsic, ISS et Elior Services depuis novembre 2022. Dans leurs acquis, elles conservent l’ancienneté dans leur travail. « C’est la première fois en trente ans qu’on fait grève », avouent-elles.

Elles montrent les photos de poubelles qui débordent dans les locaux. Chaque matin, de 6 h à 13 h, leurs mains « invisibles » rendent la vie au travail plus agréable, avec des bureaux, des vestiaires et des sanitaires propres.

Elior : « Nous sommes ouverts à la discussion »

Elior Services réfute l’idée que l’entreprise mise sur le « pourrissement de la situation », indique son service communication. « Ce n’est pas l’esprit de l’entreprise, ce n’est de l’intérêt de personne, et nous sommes ouverts à la discussion. » Elior Services ne donnera pas suite aux demandes de prime et de 13ème mois « dans un souci d’équité » pour les 22.500 collaborateurs du groupe Elior. Et pour des raisons financières : « On appartient au groupe Elior, qui en restauration collective n’est pas dans une période facile, impacté par l’inflation. » Quant aux évolutions de salaires, « nous suivons la convention collective pour le maintenir au-dessus du Smic ». Pour le passage de CDD en CDI après des années dans le même poste, Elior admet que « cette période d’essai est caduque pour des personnes en CDD, même si elle figure sur le contrat type ».

Par Xavier ROCHE-BAYARD (Journaliste, rédaction de la Vienne, @la_nr_xrb ) publié le 17/01/2023 à 18h45

Photo en titre : Depuis plus d’une semaine, les femmes de ménage de la centrale de Civaux sont en grève. © (Photo Xavier Roche-Bayard)

https://www.lanouvellerepublique.fr/vienne/commune/civaux/les-petites-mains-invisibles-de-la-centrale-nucleaire-en-greve

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