DANS LA HAGUE, LE COLLECTIF ANTI-PISCINE NUCLÉAIRE D’EDF NE RELÂCHE PAS LA PRESSION

Alors que la concertation publique doit reprendre le 20 juin 2022, l’opposition au projet de construction d’une piscine nucléaire par EDF sur le site d’Orano La Hague se poursuit.

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« Piscines nucléaires, non merci ! » ; « À 250 m des maisons, non merci »…, des pancartes de ce type fleurissent dans le Cotentin, surtout dans La Hague (Manche). Certaines apparaissent, d’autres disparaissent. « C’est la preuve que le sujet n’indiffère personne, non ? », sourit Marylise, qui fait partie de ceux qui les posent.

Des ateliers de création de pancartes

À ses côtés, des membres du comité local d’Auderville – Jobourg du collectif anti-piscine nucléaire d’EDF. Chaque commune déléguée de La Hague compte en effet son comité local ou presque. Tous ont décidé d’afficher leur opposition au projet d’EDF. Après un carnaval et des réunions publiques, la mobilisation ne semble pas faiblir. Et depuis plusieurs semaines, elle s’affiche sur des panneaux. Car les comités organisent des ateliers de création et de pose de pancartes. 

« Nous étions une douzaine à chaque fois. »

Des membres à Jobourg

L’objet de leur protestation ? Le projet de construction d’une piscine nucléaire par EDF sur le site d’Orano La Hague pour stocker des combustibles usés. Son coût est estimé à 1,25 milliard d’euros, sa superficie occuperait un terrain de 10 hectares et sa capacité permettrait d’entreposer sous l’eau jusqu’à 6 500 tonnes de combustibles usés.

> > Gréville-Hague, Vauville – Biville, les deux Omonville avec Digulleville, Bretteville – Fermanville, Auderville – Jobourg, Cherbourg-en-Cotentin, Carentan, Saint-Lô, Coutances, Teurthéville – Sideville – Virandeville et même… Montreuil.

Au total, onze comités, entités locales du comité anti-piscine nucléaire d’EDF ont été montés. Une association a aussi été créée sous le nom de Centaurium Portense.

10 ans de travaux « au minimum »

« Nous n’en voulons pas ! Je crois que la Hague est assez nucléarisée. Pourquoi mettre tout ici, à proximité des habitations. Certaines ne seront qu’à 250 mètres… », peste Fabrice, un agriculteur de Jobourg, lui aussi membre du comité local.

« Avec ces pancartes, nous voulons alerter et avertir la population de ce qui se prépare. Certains habitants en ont à peine entendu parler. Ils n’imaginent pas la taille du bâtiment qui va pousser là dans quelques années. Ils ne se rendent pas compte du temps de travaux. C’est 10 ans, au minimum ! », insiste Jean-Paul Lecouvey, de Jobourg.

Reprise de la concertation

La mobilisation ne se manifeste pas que sur les pancartes. Réunions d’information, carnaval dans les rues de Beaumont-Hague, intervention devant les élus de La Hague…, le collectif « Piscine nucléaire EDF Stop », multiplie les actions. Le samedi 18 juin, une grande manifestation est ainsi programmée à Cherbourg. Parallèlement, la concertation publique doit reprendre du 20 juin au 8 juillet. Une décision qui ne satisfait pas le collectif, qui demande une concertation de trois mois, à partir de septembre, avec des informations qui « ne proviennent pas uniquement de l’exploitant EDF, mais aussi d’autres sources expertes sur le sujet ».

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« Le rôle de David contre Goliath »

Ils en sont persuadés, le message commence à passer. 

« Nous n’affichons plus sur le domaine public pour éviter que nos pancartes soient arrachées, nous les accrochons désormais sur les barrières de particuliers. Et quand on les contacte, peu refusent aujourd’hui. » Jean-Paul Lecouvey

Mais ils trouvent qu’ils sont encore peu nombreux à s’opposer au projet. « 450, peut-être, en cumulant les membres des onze collectifs, comptent-ils. Nous avons un peu l’impression de jouer le rôle de David contre Goliath. » Alors inlassablement, ils placardent, en espérant que le message passe. « Les pancartes sont là pour rappeler à chacun de se sentir concerné par ce qui se passe ici », conclut Marylise.

 Qui se cachent derrière ces poseurs d’affiches ?

S’ils n’hésitent pas à s’afficher, les membres du collectif restent largement minoritaires dans la Hague. (©Jean-Paul BARBIER/La Presse de la Manche)

Ils sont peu nombreux, mais s’affichent dans toute la Hague. Les membres du collectif sont Haguais, mais pas que. Et ils ne sont pas tous anti-nucléaire, même si dans leur discours, cette énergie est souvent remise en question. Qui sont ces militants qui refusent l’implantation d’une nouvelle piscine nucléaire ?

« Nous sommes des citoyens qui nous interrogeons », répondent-ils. Ils ne sont habituellement pas militants pour la plupart. « Je n’ai pas manifesté depuis le lycée », lance Fabrice, sourire aux lèvres. « Je ne m’étais jamais engagée réellement pour une cause à titre personnel », précise Jeanne. « Je n’ai jamais manifesté », assure Bernard.

« C’est compliqué de mobiliser ici ! »

Fabrice, un trentenaire qui produit des glaces (Hague La Glace), explique qu’avant ce projet, il ne s’était jamais vraiment intéressé au sujet nucléaire : « Je n’étais ni pour, ni contre. C’est vrai que je ne m’étais jamais tellement posé de questions. Mais quand le projet est sorti, je me suis renseigné. Et pas seulement en écoutant les arguments d’EDF, mais aussi ceux des associations antinucléaires. C’est ça qui est important ! » Il en est ressorti gonflé pour se mobiliser contre le projet.

Ce nouveau projet nucléaire sur le site de la Hague a aussi poussé Jeanne à s’investir personnellement : 

« J’ai toujours été sensible à la question du nucléaire, sa dangerosité m’interpelle. La chape de plomb entourant le projet a ensuite commencé à m’alerter, et le lobbying orchestré par les entreprises qui décident avant même d’informer la population a fini par me convaincre. »

Comme eux, il y a Jean-Paul, Marylise, Michel, Bernard… Nombreux n’osent pas donner leur nom. « Ici, dans la Hague, beaucoup nous disent qu’ils ne veulent pas cracher dans la soupe. D’autres n’osent pas manifester leur opposition parce qu’ils travaillent à Orano. C’est compliqué de mobiliser ! », assurent-ils.

Rappelons qu’un tiers des emplois dans le Cotentin sont liés de près ou de loin à une entreprise de la filière du nucléaire. « Nous posons des pancartes qui sont parfois arrachées dès le lendemain. Le débat est difficile… », confirme Jeanne. 

« J’essaie de faire des émules. Mais à Cherbourg, on pense que c’est trop loin, que le projet ne concerne que la Hague. Ici, c’est compliqué, car les enjeux sont énormes. Même dans ma famille, cela peut créer des tensions… » (Jeanne)

Des contre et surtout des pour

Quand la question de l’implantation de la piscine est posée, de nombreux arguments favorables au projet se font surtout entendre : « Nos compétences et expériences dans ce domaine sont un atout pour l’économie de la région » ; « Le nucléaire est très utile dans le Cotentin. Il permet en toute sécurité de développer les infrastructures, le commerce, de diminuer le chômage sur le territoire » ; « Il y a une logique à créer une nouvelle piscine de stockage ici. »

EDF semble déjà avoir gagné la bataille des idées, mais le débat est encore loin d’être clos. Il agite d’ailleurs le territoire depuis 50 ans.

Par Solène Lavenu, publié le 27 Mai 22 à 20h35 

Photo en titre : À Jobourg, comme ailleurs dans le Cotentin, des pancartes sont mises en place pour s’opposer au projet de piscine de stockage porté par EDF.

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