VRAI OU FAUX ? PLUS DE LA MOITIÉ DES RÉACTEURS NUCLÉAIRES FRANÇAIS SERONT-ILS À L’ARRÊT CET ÉTÉ, COMME L’AFFIRME JEAN-LUC MÉLENCHON ?

Actuellement, 27 des 56 réacteurs nucléaires français sont indisponibles. Une sécheresse ou une canicule pourraient entraîner d’autres ralentissements ou mises à l’arrêt.

« La moitié des réacteurs du pays sont fermés et je vous annonce que, cet été, il y en a encore d’autres qui vont être fermés ». Dimanche 22 mai, Jean-Luc Mélenchon a rappelé, lors d’un passage dans l’émission « Le Grand Jury« , sur RTL et LCI, qu’il n’était pas un adepte du nucléaire. Il a fustigé le recours à cette énergie, quelques jours après la publication du rapport annuel de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), le 17 mai, qui revenait sur les « problèmes de corrosion » repérés dans la tuyauterie de plusieurs réacteurs.

Dans ce même passage du « Grand Jury« , le « candidat Premier ministre de la Nouvelle Union populaire », selon ses propres termes, met en garde contre « l’intermittence » de l’énergie nucléaire et enjoint à la France de développer l’énergie éolienne offshore pour faire face au réchauffement climatique. Selon lui, la sécheresse qui touche d’ores et déjà la France menace le bon fonctionnement des réacteurs dans les semaines à venir. « La moitié [des réacteurs] est déjà fermée, dont une partie pour des problèmes de corrosion, mais cet été ça va être à cause de la chaleur, de la baisse du niveau des fleuves et du réchauffement de l’eau. On ne refroidit pas une centrale nucléaire avec de l’eau chaude ! » a-t-il renchéri. 

En effet, les centrales nucléaires sont situées au bord de fleuves, de rivières ou de la mer car elles ont besoin d’eau pour refroidir leurs réacteurs. Certaines centrales sont équipées de tours aéroréfrigérantes (TAR) mais nécessitent tout de même de l’eau pour faire fonctionner leur système de refroidissement. Alors, Jean-Luc Mélenchon dit-il vrai ou fake ?

Environ 50% des réacteurs à l’arrêt en mai

Au 24 mai, 27 des 56 réacteurs nucléaires français étaient effectivement à l’arrêt, selon EDF, soit près de la moitié. D’un jour à l’autre, le nombre de réacteurs en fonctionnement peut varier. Le 16 mai, 29 réacteurs étaient arrêtés. (NDLR : donc plus de la moitié !) Sur le mois de mai, ce sont bien environ 50% des réacteurs qui ont été hors de fonctionnementPour 12 d’entre eux, il s’agit d’un arrêt inattendu à cause d’un « problème de corrosion »

En revanche, pour les autres, les arrêts sont prévus de longue date pour effectuer des opérations de maintenance ou de rechargement de combustible. Ces suspensions, qui peuvent durer entre un et six mois, sont prévues au printemps car les besoins en électricité sont moins importants qu’en hiver. Un cas particulier est à signaler à Chinon (Indre-et-Loire) : un réacteur est à l’arrêt en raison d’une fissure repérée sur une soudure de son circuit de refroidissement.

Un été menacé par la canicule et la sécheresse

Qu’en sera-t-il alors cet été, puisque Jean-Luc Mélenchon se projette sur cette période ? Impossible de dire avec certitude si d’autres réacteurs seront mis à l’arrêt en raison de la sécheresse ou de la canicule. Le risque existe, compte tenu des prévisions météorologiques estivales. Dans 22 des 96 départements de l’Hexagone, le ministère de la Transition écologique estime « très probable » le risque de sécheresse d’ici à la fin de l’été 2022 (PDF). Dans la lignée d’un mois de mai aux températures record. Olivier Dubois, directeur adjoint de l’expertise en sûreté à l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) juge aussi « difficile de faire des prédictions. Tout va dépendre de la météo de l’été. Il est possible que des réacteurs soient mis à l’arrêt, en cas de canicule ou de sécheresse, cela arrive assez régulièrement. » 

Ainsi, entre le 9 et le 15 mai, la centrale du Blayais (Gironde) a dû ralentir sa production d’électricité en raison d’un pic de chaleur. Situés au bord de l’estuaire de la Gironde, les réacteurs de cette centrale dépendent de son eau pour se refroidir. Or, en période de canicule, la température de l’eau est trop élevée pour être utilisée par leur système de refroidissement. En cas de sécheresse, c’est le débit des cours d’eau qui est insuffisant. D’autant que les problèmes de sécheresse et de canicule peuvent se cumuler. Lors de la canicule de juillet 2020, EDF avait décidé de mettre à l’arrêt l’un de ses réacteurs à Golfech (Tarn-et-Garonne).

Les centrales les plus sujettes aux arrêts « sont celles du Tricastin (Drôme), de Saint-Alban (Isère) et du Bugey (Ain), car elles sont situées sur le Rhône, un fleuve dont la température augmente significativement durant l’été. Mais la centrale de Golfech, qui a une tour aéroréfrigérante, pourrait aussi être sujette à une mise à l’arrêt, car l’été, le débit de la Garonne est parfois trop faible », explique Olivier Dubois.

Le fournisseur d’énergie sera-t-il obligé, cette année encore, d’opter pour de telles procédures ? Les prédictions de Jean-Luc Mélenchon ne pourront être vérifiées qu’à la fin de l’été. Pour autant, vu les prévisions météorologiques de l’été à venir et les antécédents de mises à l’arrêt lors des dernières canicules, la mise en garde de Jean-Luc Mélenchon n’est pas infondée.

Une mesure de protection de l’environnement

En réalité, même si l’eau des cours d’eau est « chaude« , elle pourrait être utilisée par le système de refroidissement de la centrale. Mais une telle opération réchaufferait encore davantage les fleuves ou rivières dans lesquels l’eau est prélevée puis rejetée, ce qui pose un problème environnemental. Il ne s’agit donc pas d’un problème technique mais de réglementation. Afin de protéger l’écosystème des cours d’eau, des températures maximales de rejet de l’eau, utilisée pour le refroidissement des réacteurs nucléaires, sont fixées spécifiquement pour chaque centrale, selon les conditions définies par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN).

Ainsi, lorsque la température de l’eau utilisée pour le refroidissement des réacteurs nucléaires dépasse la limite fixée par arrêté interministériel, les réacteurs sont arrêtés. Ces limites dépendent également de la saison. Par exemple, dans le cas de la Gironde, « avant le 15 mai, la réglementation hivernale s’applique avec un niveau de température de l’eau maximale autorisée de 30 degrés. Après le 15 mai, ce seuil passe à 36,5 °C », explique Fabrice Guillon, énergéticien de la CGT EDF, aux Echos.

Une eau trop chaude peut en effet favoriser la prolifération d’algues et perturber la reproduction des poissons. Toutefois, en cas de canicules mettant en péril la capacité du réseau électrique à répondre à la demande en électricité, l’ASN peut autoriser EDF à dépasser temporairement les températures maximales de rejet de l’eau. Une surveillance renforcée de l’environnement est alors mise en place, selon l’ASN. 

Par Pauline Lecouvé (France Télévisions), publié le 28/05/2022 à 07h40, mis à jour le 28/05/2022 à 12h48

Photo en titre : La centrale nucléaire de Golfech, dans le Tarn-et-Garonne, le 6 janvier 2022. (BARRERE JEAN-MARC / HEMIS.FR / AFP)

https://www.francetvinfo.fr/meteo/climat/vrai-ou-fake-plus-de-la-moitie-des-reacteurs-nucleaires-francais-seront-ils-a-l-arret-cet-ete-comme-l-affirme-jean-luc-melenchon_5154343.html