TOURNÉE DE SENSIBILISATION AUX DÉCHETS NUCLÉAIRES DANS LE NORD-OUEST DE L’ONTARIO (CANADA)

« Nous devons garder en tête que l’énergie nucléaire donne de l’électricité pour environ trois générations. Et pourtant, cela produit des résidus toxiques qui vont perdurer pour 300 000 générations », affirme le chercheur Gordon Edwards.

Le groupe « Le Nord sans nucléaire » (We the Nuclear Free North) a organisé cette semaine une série de rencontres publiques dans le Nord-Ouest de l’Ontario pour informer la population au sujet des risques concernant la construction d’un site d’enfouissement des déchets nucléaires dans la région d’Ignace.

Les rencontres étaient animées par Gordon Edwards, président du Regroupement pour la surveillance du nucléaire.

C’est une courte tournée, a confié Brennain Lloyd, l’une des organisatrices, à la veille de la première rencontre, à Ignace. Mais nous sommes vraiment excités d’avoir le Dr Edwards avec nous pour quatre jours.

Brennain Lloyd est impliquée dans le groupe « Le Nord sans nucléaire » en plus d’être la coordonnatrice de Northwatch, un organisme de défense de l’environnement. PHOTO : RADIO-CANADA / BIENVENU SENGA

Outre Ignace, qui pourrait accueillir le site, les autres communautés visitées par la tournée sont Kenora, Dryden, la Première Nation ojibwée de Wabigoon Lake et Thunder Bay.

Elles pourraient aussi être touchées par la création d’un site d’enfouissement, notamment lors du transport des déchets nucléaires.

Site proposé pour l’enfouissement des déchets nucléaires canadiens

Source : Société de gestion des déchets nucléaires du Canada

L’autre emplacement potentiel est dans la région de South Bruce, dans le Sud-Ouest de la province. Plusieurs autres endroits ont été envisagés dans ce processus qui a commencé il y a une dizaine d’années.

Des risques à long terme

Edwards affirme que les communautés qui pourraient potentiellement recevoir le site d’enfouissement n’avaient pas été informées jusqu’à maintenant de tous les risques liés au projet.

Il précise qu’il y a des risques de contamination de l’environnement à toutes les étapes de la gestion des déchets nucléaires, du transport jusqu’à l’enfouissement.

Nous essayons de fournir un autre point de vue aux résidents qui ont été rencontrés par la Société de gestion des déchets nucléaires (SGDN), une organisation qui représente ceux qui produisent les déchets, explique-t-il.

« Nous devons garder en tête que l’énergie nucléaire donne de l’électricité pour environ trois générations. Et pourtant, cela produit des résidus toxiques qui vont perdurer pour 300 000 générations. » (Une citation de Gordon Edwards, président du Regroupement pour la surveillance du nucléaire)

Edwards note par ailleurs que l’électricité produite par l’énergie nucléaire en Ontario a profité au sud de la province. Et pourtant, les déchets pourraient venir dans le Nord et mettre en danger la sécurité des générations à venir.

La directrice de la sélection d’un site pour la SGDN

à Ignace, Joanne Jacyk, rappelle que l’objectif est de trouver l’endroit idéal pour enfouir les déchets nucléaires de haute activité en provenance de partout au Canada.

On peut avoir l’assurance que ça peut être construit en sécurité, affirme-t-elle.

Celle qui est en poste depuis décembre 2022 se dit très motivée par le projet.

La Société de gestion des déchets nucléaires encourage la tenue de consultations publiques comme celles menées par We the Nuclear Free North.

La communauté doit déterminer pour elle-même qu’il y a un bénéfice d’être une communauté hôte, rappelle-t-elle. Alors, nous avons toujours encouragé les perspectives diverses et c’est très important de poser ces questions et de faire la recherche.

Mme Jacyk ajoute que, même après le choix d’un site, il restera encore plusieurs étapes à franchir, incluant le processus d’examen et d’approbation réglementaire, pour démontrer que le projet répond aux normes canadiennes et internationales.

Les Autochtones au cœur des consultations

La première Nation ojibwée de Wabigoon Lake est située près de la route transcanadienne 17, à 70 kilomètres d’Ignace.

Elle a accueilli mercredi Gordon Edwards et d’autres experts de l’énergie nucléaire et de l’environnement.

C’est important d’entendre des gens de tous les points de vue concernant cet enjeu complexe, affirme le chef de Wabigoon Lake, Clayton Wetelainen.

Selon lui, la position initiale des membres de la communauté était de refuser l’arrivée du tombeau nucléaire près de chez eux.

Il ajoute que les opinions de plusieurs ont changé au fur et à mesure qu’ils en ont appris davantage, mais souligne que des inquiétudes persistent.

Il remarque que c’est un défi d’intéresser la population aux enjeux de l’énergie nucléaire. Ce n’est pas sur votre radar quand vous devez vous concentrer sur votre travail et vous assurer de nourrir votre famille.

Wetelainen ajoute que la communauté ne prendra pas de décision hâtive.

Une impasse est possible

Gordon Edwards et Clayton Wetelainen soulignent qu’il est tout à fait possible qu’aucune communauté n’accepte de recevoir le site d’enfouissement, malgré l’intérêt initial.

L’enfouissement des vieux déchets ne contribue donc pas vraiment à éliminer ou à réduire le risque de catastrophe, explique M. Edwards. Dire non n’est donc pas nécessairement une mauvaise chose.

« Ce que cela signifie, c’est que l’industrie doit faire face à l’idée que peut-être devrions-nous simplement arrêter de produire ces déchets. » ( Une citation de Gordon Edwards, président du Regroupement pour la surveillance du nucléaire)

Le président du Regroupement pour la surveillance du nucléaire estime qu’il faut abandonner cette source d’énergie et la remplacer par des sources renouvelables.

Le chef de la Première Nation ojibwée de Wabigoon Lake rappelle que les énergies renouvelables, comme l’hydroélectricité et l’énergie solaire, ne sont pas sans conséquences environnementales.

Il donne en exemple l’extraction des minéraux utilisés pour la fabrication des panneaux solaires, comme le lithium.

À la suite de son passage dans le Nord-Ouest, Gordon Edwards se rendra à Ottawa le 25 avril en compagnie de représentants de groupes de la société civile pour discuter de l’énergie nucléaire avec les députés et le public.

À lire aussi :

  • Le tombeau nucléaire canadien, un projet de 23 milliards
  • Un pas de plus vers l’enfouissement des déchets nucléaires en Ontario
  • Tombeau nucléaire canadien : pas de décision sur l’emplacement avant 2024

Par Miguelle-Éloïse Lachance (accéder à la page de l’auteur), publié le 22 avril 2023 à 13h23

Photo en titre : Le groupe « Le Nord sans nucléaire » s’oppose au projet d’enfouissement des déchets nucléaires. Photo : Charles Faust

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1973528/danger-site-enfouissement-energie-reacteurs

NDLR: la preuve que le problème non résolu des déchets nucléaires n’est pas spécifiquement français!