GUERRE EN UKRAINE : TORTURES, KIDNAPPINGS… QUE SAIT-ON DES PRISONNIERS DE LA CENTRALE NUCLÉAIRE DE ZAPORIJJIA ?

Une cinquantaine d’employés de la centrale nucléaire de Zaporijjia, en Ukraine, sont toujours détenus par la Russie, qui a kidnappé des hauts responsables du site de production énergétique. Les conditions de détention de ces prisonniers soulèvent des inquiétudes. 

Le directeur de l’entreprise publique ukrainienne de production d’énergie nucléaire, Energoatom, a annoncé le 19 octobre qu' »environ cinquante» employés de la centrale nucléaire de Zaporijjia, occupée militairement par la Russie depuis mars, sont « toujours prisonniers » L’état de la centrale, visée par des bombardements récurrents, est toujours préoccupant, alors que l’Agence internationale de l’énergie atomique (IAEA) a noté l’explosion de mines dans l’entourage de l’installation nucléaire le 18 octobre.

À lire aussi : Guerre en Ukraine : que prévoit la loi martiale instaurée par Poutine dans les territoires annexés ?

Des employés « torturés » et « tués »

« Plus de 150 employés de la centrale ont été capturés» depuis le début de l’invasion russe a affirmé Petro Kotine. Selon lui, « certains ont ensuite été relâchés, mais il y a ceux dont on ignore toujours le sort […] Environ 50 personnes sont toujours prisonnières ».

« Nous ferons appel à la communauté internationale pour aider à les libérer », a revendiqué Petro Kotine, qui a expliqué que parmi les prisonniers dont on connaît le sort se trouvent des employés « qui ont été tués, et d’autres qui ont été torturés« . Le patron d’Energoatom affirme que l’opérateur nucléaire publiera dans les prochains jours la liste des employés toujours aux mains des Russes.

Plusieurs dysfonctionnements sont par ailleurs recensés dans la centrale, qui a été relancée le 18 octobre, après 3 pannes en 10 jours. Pendant les pannes, des générateurs diesel assurent l’alimentation électrique nécessaire au maintien de la sécurité de la centrale.

Le kidnapping de plusieurs responsables

Le 18 octobre, Enerogatom a également accusé l’armée russe d’avoir « enlevé » deux cadres de la centrale de Zaporijjia : le directeur informatique de la centrale, Oleg Kostioukov, et le directeur général adjoint Oleg Ocheka. Petro Kotine affirme « ne pas savoir où ils se trouvent » pour le moment.

Le dirigeant de l’opérateur nucléaire est aussi revenu sur l’enlèvement d’Igor Mourachov, ex-directeur général de la centrale de Zaporijjia, kidnappé puis libéré par la Russie en septembre. « Ils l’ont gardé dans un sous-sol pendant trois jours », affirme le chef d’Energoatom. « N’est-ce pas de la torture s’il devait s’asseoir sur une chaise pendant une journée entière avec un sac sur la tête ? ». Petro Kotine a aussi indiqué que les Russes ont « enregistré avec M. Mourachov des vidéos à des fins de propagande ».

Publié le 21/10/2022 à 07h00

Photo en titre : La centrale de Zaporijjia est soumises à des tirs réguliers dont la provenance est contestée par l’Ukraine et la Russie / PxHere

https://www.ladepeche.fr/2022/10/21/guerre-en-ukraine-tortures-kidnappings-que-sait-on-des-prisonniers-de-la-centrale-nucleaire-de-zaporijjia-10750879.php

ÉNERGIE : CE QUE L’ON SAIT DU SUICIDE D’UN AGENT DE RTE

Malaise à RTE. Après le suicide d’un salarié et la garde à vue de quatre grévistes, les syndicats dénoncent un « management par la terreur » au sein du gestionnaire du réseau électrique.

« C’est un garçon qui était précieux pour l’équipe, pour le boulot, pour tout. Il va nous manquer, il nous manque déjà. » D’une voix enrouée par le chagrin, Pascal Tournecuillert, secrétaire général de la CGT Mines-Énergie 49, décrit son collègue Mathieu P. Âgé de 29 ans, ce dernier était agent RTE (Réseau transport d’électricité) au groupe maintenance réseau d’Anjou, à Saumur (Maine-et-Loire). Il s’est suicidé le 17 octobre.

Mathieu P. revenait d’un mois d’arrêt maladie. Il avait cessé le travail après une convocation au commissariat de police, au début du mois de septembre. Selon les mots de la CGT Mines-Énergie, Mathieu P. était « injustement » accusé par RTE, son employeur, d’avoir commis des « actions sur le réseau électrique » pendant qu’il était en grève [1].

Revenons quelques mois en arrière pour comprendre. Le 21 février, une quarantaine d’agents RTE ont commencé à faire grève à Nantes (Loire-Atlantique). Leur objectif : obtenir une augmentation de salaire de 5 %, pour faire face à l’inflation. « Aujourd’hui, un agent avec dix ans d’expérience gagne à peine 1 500 euros nets par mois. C’est juste pas possible », affirme Pascal Tournecuillert. « Les salariés veulent une meilleure reconnaissance de leurs métiers, qui sont très qualifiés, indique Francis Casanova, délégué syndical central pour la CGT de RTE. Ce sont tout de même eux qui assurent la maintenance et la fiabilité du réseau électrique en France. »

En outre, l’entreprise se porte bien : trois jours avant le début de la grève, RTE annonçait dans un communiqué qu’elle avait réalisé en 2021 « un chiffre d’affaires de 5 254 millions d’euros, en hausse de 11 % par rapport à 2020 ». Le résultat net 2021 s’établit à 661 millions d’euros. D’après les calculs des syndicats, une augmentation de 5 % des salaires ne représenterait donc que 0,5 % des bénéfices de l’entreprise.

« On s’est fait traiter comme des bandits »

En quelques semaines, le mouvement social nantais s’est propagé dans l’ouest de la France, puis dans tout le pays. À Saumur, le site où travaillait Mathieu P., un blocage de site était organisé pour empêcher la sortie des engins de travaux. Mais ce moyen de pression n’a pas entraîné l’ouverture de négociations entre RTE et les grévistes. Au contraire. Le 22 mars, RTE a assigné Pascal Tournecuillert en référé, devant le tribunal de Saumur, l’accusant d’avoir organisé le blocage. Quelques jours plus tard, les forces de l’ordre ont expulsé les grévistes – de même qu’à Nantes et Ingré (Loiret). « On s’est fait traiter comme des malpropres et des bandits », dénonce Pascal Tournecuillert, évoquant une « répression syndicale ». « Il n’y a absolument aucun dialogue social dans l’entreprise, confirme Francis Casanova. Juste une forme de management très autoritaire. »

RTE a annoncé avoir réalisé en 2021 « un chiffre d’affaires de 5 254 millions d’euros, en hausse de 11 % par rapport à 2020 ». Pxhere / CC

La situation a empiré le 2 juin. Ce qui était censé être une occupation de site à Angers a dégénéré. La veille, les grévistes venaient d’apprendre la convocation de plusieurs de leurs collègues de Saumur auprès de la police nationale. « Ça a été la goutte d’eau », a justifié après coup Jean-Marc Bozzani, responsable régional CGT Mines-Énergie, lors d’une conférence de presse. Des coupures de courant ont soudainement été décidées. « Ce n’était pas prévu. On a été dépassé par les événements », défend Pascal Tournecuillert. 175 000 foyers de la région d’Angers se sont retrouvés sans électricité, pendant presque deux heures. RTE a porté plainte.

Une dizaine de salariés ont été accusés d’être à l’origine de ces coupures – dont Mathieu P. Il a été auditionné librement par la police le 7 septembre. Il a ensuite été placé en arrêt maladie pendant un mois, avant de se suicider. « Notre collègue, qui était quelqu’un de discret, sensible, perfectionniste et pointilleux dans ce qu’il faisait, a sûrement eu du mal à supporter tout ça », suppose Pascal Tournecuillert. Il poursuit, très ému : « C’est un désastre. On est choqués, abasourdis. Jamais on n’aurait pu penser qu’une telle chose arriverait. » Une enquête devrait déterminer s’il y a un lien entre le suicide de Mathieu P. et ses conditions de travail à RTE.

Garde à vue dans les locaux de la DGSI

Une autre affaire récente montre, selon la CGT Mines-Énergie, la volonté de RTE de « faire taire les revendications salariales des agents ». Le 4 octobre, quatre salariés en poste au groupe maintenance réseau de Flandres-Hainaut, à Valenciennes (Nord), ont été interpellés à leur domicile par la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). « Ça a pris des proportions incroyables, maintenant les services antiterroristes viennent s’occuper des grévistes à RTE ! », s’exclame Francis Casanova.

Les quatre agents sont soupçonnés d’avoir « passé des postes en local » entre juin et juillet, alors qu’ils faisaient grève. Concrètement, cela signifie qu’ils auraient, via un ordinateur, fait en sorte que le centre de conduite ne puisse plus télécommander à distance les postes électriques. L’intervention d’un agent sur place devenait donc nécessaire pour rétablir la connexion. Mais cette manipulation n’a pas provoqué de coupure de courant. « C’est seulement une action symbolique pour dire « On prend les manettes« . Mais si vous n’actionnez pas ces manettes, il ne se passe rien », explique Francis Casanova, rappelant que ce type d’action est traditionnel en temps de grève.

« Être menotté, embarqué à la DGSI, c’est hyper traumatisant »

L’opérateur n’a pas souhaité s’exprimer publiquement sur cette affaire, mais l’a fait dans un communiqué interne dont le journal Le Monde a obtenu une copie. La direction de RTE y évoque des « agissements graves ». Selon une source proche de l’enquête, citée par le quotidien du soir, le parquet de Paris a décidé de saisir la DGSI en raison de « la sensibilité des infrastructures touchées », « du risque majeur que ces dégradations auraient pu entraîner » et « du fait du statut d’opérateur d’importance vitale de RTE ». En particulier dans un contexte de risque de pénurie d’électricité en France.

Un argument qui ne convainc pas Francis Casanova. « Quand on met ces moyens-là pour enquêter sur des faits de grève sans conséquences, c’est qu’on est dans un État policier », affirme le délégué syndical. Il poursuit : « Se retrouver menotté, perquisitionné et embarqué à la DGSI, c’est hyper traumatisant. C’est un message que la direction veut faire passer à tous les salariés : voilà ce qui vous attend si vous contestez. C’est du management par la terreur. » Les quatre salariés seront jugés devant le tribunal correctionnel le 28 février.

« Une entreprise de service public comme RTE devrait appartenir à l’État »

La grève à RTE a duré jusqu’au mois de juin, sans que les salariés ne réussissent à obtenir une augmentation de salaires de 5 %. Depuis, le mouvement social s’est essoufflé. « Tout ça a coûté très cher aux grévistes, financièrement et psychologiquement », souligne Francis Casanova. Mais la garde à vue des agents de Valenciennes, perçue comme une criminalisation de l’action syndicale et une atteinte au droit de grève, ainsi que le décès de Mathieu P. incitent les salariés à reprendre la lutte, d’une façon ou d’une autre. Une journée de mobilisation sera organisée le 28 octobre, jour de la première commission de discipline des quatre agents de Valenciennes.

Si aucune augmentation n’a été accordée, deux primes ont toutefois été versées cette année aux salariés. « Cela ne répond pas à la problématique de l’inflation », objecte Francis Casanova. Cette semaine, un accord de branche pour les industries électriques et gazières a été signé par trois organisations syndicales (CGT, CFDT, FO). Celui-ci prévoit notamment une augmentation de 3,3 % du salaire national de base sur 2022 et 2023, dont 2,3 % au titre de 2023.

Depuis 2017, RTE appartient à EDF à 50,1 % et à un consortium associant la Caisse des dépôts et consignations et CNP assurances à 49,9 %. « L’ultralibéralisme est entré dans les services publics, estime Pascal Tournecuillert. Selon moi, une entreprise de service public comme RTE devrait appartenir à l’État, et pas nourrir des actionnaires. » Surtout dans un contexte politique de crise de l’énergie. « Le directoire de RTE est adoubé par le gouvernement, et placé au centre médiatique de la transition énergétique, estime Francis Casanova. Donc ils se sentent tout permis, comme s’ils n’avaient de comptes à rendre à personne. Mais il faut arrêter l’hécatombe, arrêter les procédures disciplinaires internes, les plaintes déposées en externe… RTE doit apaiser tout ça, il y a quand même eu un mort ! »

Par Justine Guitton-Boussion, publié le 22 octobre 2022 à 09h16

https://reporterre.net/Energie-ce-que-l-on-sait-du-suicide-d-un-agent-de-RTE?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=nl_quotidienne

Message de Reporterre

… nous avons un petit service à vous demander. Chaque mois, plus d’un million de personnes font confiance au travail des journalistes de Reporterre pour se tenir informées sur l’urgence écologique. Plus de 27 000 de ces lectrices et lecteurs financent le journal par des dons. Ce soutien permet à Reporterre de rester en accès libre, sans aucune publicité, et totalement indépendant. Contrairement à de nombreux autres médias, Reporterre n’a pas d’actionnaires ni de propriétaire milliardaire. Le journal, à but non lucratif, est libre de toute influence commerciale ou politique.

Nous avons la conviction que le ravage écologique est l’enjeu principal de ce siècle. À ce titre, il nous semble que ce sujet doit être mis en avant chaque jour dans le débat public. Les articles, reportages et enquêtes que vous pouvez lire sur le site sont vitaux pour la démocratie, pour la prise de conscience écologique, et pour exiger mieux de nos dirigeants.

Tous nos articles sont en accès libre, pour tous. Nous le faisons parce que nous croyons en l’égalité de l’accès à l’information. Ainsi, davantage de personnes peuvent suivre l’actualité de l’écologie, comprendre l’impact du désastre en cours sur la population, et agir. Tout le monde peut bénéficier d’un accès à des informations de qualité, quelle que soit sa capacité à payer pour cela.

S’il y a bien un moment pour nous soutenir, c’est maintenant. Chaque contribution, grande ou petite, renforce notre capacité à porter l’écologie au cœur de l’agenda médiatique et politique, et assure notre avenir. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Si vous le pouvez, soutenez le journal avec un don mensuel. Merci.

Soutenir Reporterre

📨 S’abonner gratuitement aux lettres d’info

Abonnez-vous en moins d’une minute pour recevoir gratuitement par e-mail, au choix tous les jours ou toutes les semaines, une sélection des articles publiés par Reporterre.

S’abonner

L’EPR DE FLAMANVILLE PROMIS À LA PUISSANCE MAXIMALE !

Lors de la CLI Flamanville du 20 Octobre, EDF a indiqué que l’EPR était autorisé à fonctionner la puissance maximale de 1650 MW.

C’est faire fi des défauts qui affectent la cuve et le couvercle pour ne parler que de ces deux éléments majeurs

Le CRILAN est intervenu en séance :

« La cuve reconnue comme défectueuse n’aurait jamais dû être validée par dérogation.

L’annonce de son fonctionnement à 100 % des capacités initiales de l’EPR est inimaginable pour le CRILAN.

C’est un risque accidentel inacceptable pour la population. 

Le CRILAN renouvelle donc sa demande d’expertise indépendante sur l’EPR afin de vérifier son aptitude au démarrage. »

La presse n’a repris que partiellement cette déclaration…

Et pourtant le CRILAN et d’autres associations ont fait un recours en Conseil d’État qui a été perdu. Il portait sur la dérogation aux équipements sous pression et sur l’annulation du décret ministériel de validation de la Cuve

Voir notre dossier technique sur: http://crilan.fr/expertise-independante-sur-lepr-de-flamanville-apres-le-refus-du-conseil-departemental-de-la-manche-le-crilan-engage-un-recours-au-tribunal-administratif/

Aujourd’hui EDF confirme que l’EPR pourra fonctionner au maximum de ses capacités, ce serait le réacteur défectueux le plus puissant de France.

EDF a rappelé en séance que le pays a besoin de l’énergie de l’EPR dès 2023.

Quoi qu’il en coûte ???

FUKUSHIMANCHE NON MERCI !

Par André JACQUES, publié le 22 octobre 2022

Image en titre : Image Sortir du Nucléaire

http://crilan.fr/lepr-promis-a-la-puissance-maximale/

NUCLÉAIRE, RENOUVELABLE… DONNEZ VOTRE AVIS SUR NOTRE FUTUR MIX ÉNERGÉTIQUE !

Jeudi 20 octobre, Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition énergétique, et Olivier Véran, ministre délégué chargé du Renouveau démocratique, ont lancé une « concertation sur l’avenir du mix énergétique français ». Une plateforme participative, organisée selon des modalités proposées par la Commission nationale du débat public (CNDP), a été ouverte en ligne pour l’occasion. Il est possible d’y participer jusqu’au 31 décembre 2022.

Un tel projet s’inscrit dans le cadre de la révision de la Stratégie française sur l’énergie et le climat (SFEC), qui constitue la feuille de route de la France pour « atteindre la neutralité carbone en 2050 ». « Les orientations de la concertation contribueront à l’élaboration du projet de loi de programmation sur l’énergie et le climat de 2023 et à la révision de la programmation pluriannuelle de l’énergie », a en outre indiqué le ministère de la Transition énergétique, arguant vouloir prendre en compte l’avis des citoyens sur « ces choix de société importants ».

Des choix de société tellement importants que le gouvernement a lancé cette consultation publique… après avoir présenté son projet de loi visant à accélérer la construction de six nouveaux réacteurs nucléaires. C’était le 26 septembre, et, à l’époque, plusieurs membres de la Commission nationale de la Transition écologique (CNTE), sollicitée pour avis, avait dénoncé « le passage en force » de l’État et une « parodie de consultation » concernant le nucléaire. Mercredi 19 octobre, rebelote : plusieurs organisations faisant partie de la CNTE ont dénoncé le caractère « non démocratique » de ce projet de loi, qui doit être présenté en Conseil des ministres début novembre.

Publié le 21 octobre 2022 à 09h45

https://reporterre.net/Nucleaire-renouvelable-Donnez-votre-avis-sur-notre-futur-mix-energetique

Note de Nucléaire Infos: si la contestation du choix nucléaire est forte, le gouvernement aura plus de mal à expliquer son choix pro-nucléaire, donc contestez et proposez les alternatives renouvelables (thème 2)

Message de Reporterre

… nous avons un petit service à vous demander. Chaque mois, plus d’un million de personnes font confiance au travail des journalistes de Reporterre pour se tenir informées sur l’urgence écologique. Plus de 27 000 de ces lectrices et lecteurs financent le journal par des dons. Ce soutien permet à Reporterre de rester en accès libre, sans aucune publicité, et totalement indépendant. Contrairement à de nombreux autres médias, Reporterre n’a pas d’actionnaires ni de propriétaire milliardaire. Le journal, à but non lucratif, est libre de toute influence commerciale ou politique.

Nous avons la conviction que le ravage écologique est l’enjeu principal de ce siècle. À ce titre, il nous semble que ce sujet doit être mis en avant chaque jour dans le débat public. Les articles, reportages et enquêtes que vous pouvez lire sur le site sont vitaux pour la démocratie, pour la prise de conscience écologique, et pour exiger mieux de nos dirigeants.

Tous nos articles sont en accès libre, pour tous. Nous le faisons parce que nous croyons en l’égalité de l’accès à l’information. Ainsi, davantage de personnes peuvent suivre l’actualité de l’écologie, comprendre l’impact du désastre en cours sur la population, et agir. Tout le monde peut bénéficier d’un accès à des informations de qualité, quelle que soit sa capacité à payer pour cela.

S’il y a bien un moment pour nous soutenir, c’est maintenant. Chaque contribution, grande ou petite, renforce notre capacité à porter l’écologie au cœur de l’agenda médiatique et politique, et assure notre avenir. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Si vous le pouvez, soutenez le journal avec un don mensuel. Merci.

Soutenir Reporterre

📨 S’abonner gratuitement aux lettres d’info

Abonnez-vous en moins d’une minute pour recevoir gratuitement par e-mail, au choix tous les jours ou toutes les semaines, une sélection des articles publiés par Reporterre.

S’abonner

LETTRE OUVERTE PAR PLUS DE 30 ORGANISATIONS DE LA SOCIÉTÉ CIVILE : « LA FRANCE DOIT SORTIR DU TRAITÉ SUR LA CHARTE DE L’ÉNERGIE »

Par Collectif, Collectif Stop CETA/Mercosur

Le gouvernement français va devoir se prononcer d’ici à mi-novembre sur le maintien de la France au sein du très décrié Traité sur la charte de l’énergie, ce Traité nocif qui retarde, renchérit ou bloque la transition énergétique. Alors que le Haut conseil pour le climat vient de publier un avis qui recommande « un retrait coordonné du TCE par la France et les États-membres de l’UE », que l’Espagne, les Pays-Bas et la Pologne ont annoncé s’en retirer – après l’Italie dès 2015 – et que la France est désormais poursuivie par un investisseur allemand au titre du TCE, plus d’une trentaine d’organisations de la société civile écrivent à plusieurs ministres du gouvernement pour les appeler à ce que la France se retire au plus vite du Traité sur la charte de l’énergie et vote contre le projet de TCE rénové lors du prochain vote du Conseil des ministres de l’UE. À quelques semaines de la COP27 sur le climat (6 nov-18 nov), et alors que le GIEC a mis à l’index le TCE comme un frein aux politiques climatiques ambitieuses, les organisations invitent également toutes celles et ceux qui le souhaitent à se joindre à cette action en envoyant la même lettre par cet outil électronique.

Lettre : « La France doit sortir du Traité sur la charte de l’énergie »

Cette lettre ouverte est publiée conjointement ce jeudi 20 octobre par :

  • Médiapart,
  • Reporterre,
  • Basta et ici sur twitter
  • L’Humanité
  • Politis et ici sur twitter

Le 20 octobre 2022

« Destinataires » :
. Bruno Le Maire, Ministre de l’économie et des finances
. Christophe Béchu, Ministre de la transition écologique
. Agnès Pannier-Runacher, Ministre de la transition énergétique
. Olivier Becht, Ministre délégué au commerce extérieur
. Laurence Boone, secrétaire d’État chargée de l’Europe

À l’heure où la catastrophe climatique s’aggrave, les tensions géopolitiques s’accentuent et les prix de l’énergie s’envolent, comment la France pourrait-elle rester membre d’un traité, le Traité sur la charte de l’énergie, qui retarde, renchérit ou bloque la transition énergétique d’ampleur dont le besoin et l’urgence se font sentir de toute part ? Comment accepter de rester membre d’un traité qui permet à des industriels de poursuivre des États pour leurs politiques de fermeture de centrales au charbon (Pays-Bas), d’interdiction de forages pétroliers (Italie), de restriction sur l’utilisation des techniques d’exploitation les plus néfastes (Slovénie), ou d’adaptation des mesures de soutien aux énergies renouvelables (Espagne, France) [1]

Cela fait désormais de nombreuses années que nos organisations alertent quant aux dangers que représente le Traité sur la charte de l’énergie [2], et plus d’un million de personnes en Europe ont signé une pétition pour demander l’UE et les États-membres à se retirer du TCE [3]. Après avoir été menacée de poursuites au moment de l’examen de la Loi Hulot sur les hydrocarbures, au point que celle-ci soit édulcorée, la France est désormais poursuivie par un investisseur allemand suite à la révision à la baisse des tarifs d’achat de l’électricité photovoltaïque, décidée en 2020 [4]. La France va-t-elle rester sans réagir face à ce traité nocif tant pour la transition énergétique que pour la capacité des pouvoirs publics de réguler finement le secteur ? Nos organisations invitent toutes celles et ceux que ce Traité révolte à nous rejoindre pour appeler solennellement le gouvernement français à ce que la France :

  • se retire du Traité sur la Charte de l’énergie
  • vote contre le projet de nouveau Traité sur la charte de l’énergie lors du prochain vote du Conseil des ministres de l’UE
  • intervienne pour empêcher l’intégration d’autres pays du Sud à ce Traité nocif

Signé en 1994 et entré en vigueur en 1998, le TCE est un vestige du passé : il visait à encourager et à protéger les investissements directs étrangers (IDE) dans le secteur de l’énergie, en particulier dans les pays de l’ex-Union soviétique. Trente ans plus tard, cela n’a plus aucun sens : alors que l’urgence climatique impose une fermeture accélérée d’un certain nombre d’infrastructures fossiles existantes et une régulation fine du secteur de l’énergie, le TCE fragilise considérablement la capacité des pouvoirs publics à assurer à la fois la sécurité énergétique et climatique des populations. Les principes qui fondent le TCE (protection des investisseurs, non-prise en compte des enjeux climatiques, etc) ne tiennent aucun compte des immenses défis climatiques et énergétiques auxquels nous sommes confrontés.

Face aux critiques, l’Union européenne a consenti à accepter un processus de modernisation du TCE. Après plusieurs années de négociations, loin de régler les problèmes soulevés, ce traité modernisé prévoit de prolonger la protection des investissements dans les énergies fossiles sur une trop longue période, ainsi que d’étendre la protection des investisseurs à de nouveaux investissements dans l’énergie (captage et stockage du carbone, biomasse, hydrogène, combustibles synthétiques, etc.), et donc, les risques de litiges. Alors que ces nouvelles dispositions pourraient être entérinées d’ici mi-novembre par le Conseil de l’UE, puis lors d’une conférence des États-membres du TCE le 22 novembre prochain, il est plus que nécessaire que le gouvernement français annonce voter contre ce nouveau TCE et, en suivant l’exemple d’autres pays européens tels que l’Espagne, se retire du TCE.

Veuillez recevoir l’expression de nos plus sincères salutations.

Organisations signataires :

  • 350.org
  • Action Non-Violente COP 21
  • ActionAid France
  • Aitec
  • Amis de la Terre
  • Alofa Tuvalu
  • Alternatiba
  • Attac France
  • Bloom
  • CADTM France
  • CCFD-Terre Solidaire
  • Collectif Stop CETA-Mercosur
  • Comité Pauvreté et Politique
  • Confédération Paysanne
  • Droit Au Logement
  • Emmaüs International
  • Energie de Nantes
  • Escape-jobs
  • France Nature Environnement
  • GAFE-FRANCE
  • Générations Futures
  • GERES
  • Greenpeace
  • Institut Veblen
  • LDH (Ligue des droits de l’Homme)
  • Les Amis du Monde Diplomatique
  • Makesense
  • Notre Affaire A Tous
  • Reclaim Finance
  • Réseau Roosevelt IDF
  • Sherpa
  • Pour un réveil écologique
  • Union syndicale Solidaires
  • Unis Pour Le Climat et la biodiversité
  • Youth For Climate

NOTES

[1] Voir ces liens pour avoir plus de détails sur le cas des Pays-Bas, de l’Italie, de la Slovénie.) ?

[2] 280 organisations appellent les États de l’UE à sortir du Traité sur la charte de l’énergie, décembre 2019.

[3] Pétition « Sortez du TCE maintenant » signée par plus d’un million de personnes en Europe.

[4] Voir ces liens sur les pressions de l’entreprise canadienne Vermilion sur la Loi Hulot et sur les poursuites engagées par un investisseur allemand conttre la France

Par Collectif, Collectif Stop CETA/Mercosur, publié le 20 octobre 2022

https://france.attac.org/se-mobiliser/le-grand-marche-transatlantique/article/lettre-ouverte-par-plus-de-30-organisations-de-la-societe-civile-la-france-doit

EDF APPELLE DES SOUDEURS AMÉRICAINS À LA RESCOUSSE POUR RÉPARER SES RÉACTEURS

En manque de main d’œuvre, le groupe fait venir une centaine de salariés de Westinghouse pour intervenir sur ses problèmes de corrosion. EDF a ouvert une école de formation pour y remédier.

Ils débarquent par dizaines par avions, en provenance des États-Unis. Des ouvriers spécialisés dans les soudures de haute précision sont arrivés en France début octobre. Des soudeurs de la société américaine Westinghouse, recrutés en urgence par EDF pour réparer les corrosions sur plusieurs réacteurs nucléaires. Au total, ils sont plus d’une centaine, selon EDF, « en cours d’entrainement« . Les soudures à réaliser sur des tuyaux du système de sécurité sont complexes. Leur niveau de précision nécessite de « répéter le geste« , explique-t-on chez EDF.

Ils interviendront dans les jours qui viennent pour ressouder des tronçons qui ont été découpés et contrôlés. Notamment sur les deux réacteurs de Civaux (Vienne) et Chooz (Ardennes) où ces premières corrosions ont été repérées au début de l’année. Ainsi qu’à Penly en Normandie. Les soudeurs de Westinghouse vont travailler plusieurs mois sur le parc nucléaire. La centrale de Chooz doit être relancée en décembre et celle de Civaux en janvier.

Ces « réparateurs » américains remplaceront les soudeurs français de société comme Endel qui sont déjà occupés sur les réacteurs de Tricastin, Bugey, Cattenom et Chinon. Sur les trois premiers, aucune corrosion n’a été découverte, mais comme les tuyaux ont été découpés pour être contrôlés, il faut les ressouder. En revanche, une petite corrosion a été confirmée à Chinon. Ces quatre réacteurs doivent redémarrer d’ici un mois.

Une école de formation bientôt lancée

Le choix des soudeurs de Westinghouse n’est pas anodin. Selon les experts, ils disposent d’une technique de soudage et d’outils meilleurs qu’en France. L’entreprise est aussi un prestataire historique d’EDF. Sa technologie (eau pressurisée) équipe quasiment tous les réacteurs français d’EDF depuis quarante ans.

EDF manque de soudeurs depuis plusieurs années. Son PDG, Jean-Bernard Levy, avait estimé début septembre que leur formation ne pouvait pas être relancée sans perspective d’un nouveau parc nucléaire en France.

L’an passé, le groupe s’est associé avec Orano (ex-Areva) et Naval Group, constructeur des sous-marins nucléaires, pour mettre sur pied une école de formation aux métiers de soudeurs. Elle est en train d’être créée à Cherbourg, un des berceaux du nucléaire civil et militaire. Les premiers apprentis débuteront leur formation dans quelques semaines, mais ils ne seront pas opérationnels avant plusieurs années. Ils seront toutefois prêts pour la construction des premiers réacteurs EPR à Penly dont le début du chantier est prévu, au plus tôt, pour 2027.

Par Matthieu Pechberty, (Journaliste BFM Business), publié le 21/10/2022 à 6h18

Pour retrouver cet article et la vidéo qui l’accompagne (1mn05s), cliquer sur : https://www.bfmtv.com/economie/edf-appelle-des-soudeurs-americains-a-la-rescousse-pour-reparer-ses-reacteurs_AN-202210210045.html

NUCLÉAIRE, RENOUVELABLE… DONNEZ VOTRE AVIS SUR NOTRE FUTUR MIX ÉNERGÉTIQUE !

Jeudi 20 octobre, Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition énergétique, et Olivier Véran, ministre délégué chargé du Renouveau démocratique, ont lancé une « concertation sur l’avenir du mix énergétique français ». Une plateforme participative, organisée selon des modalités proposées par la Commission nationale du débat public (CNDP), a été ouverte en ligne pour l’occasion. Il est possible d’y participer jusqu’au 31 décembre 2022.

Un tel projet s’inscrit dans le cadre de la révision de la Stratégie française sur l’énergie et le climat (SFEC), qui constitue la feuille de route de la France pour « atteindre la neutralité carbone en 2050 ». « Les orientations de la concertation contribueront à l’élaboration du projet de loi de programmation sur l’énergie et le climat de 2023 et à la révision de la programmation pluriannuelle de l’énergie », a en outre indiqué le ministère de la Transition énergétique, arguant vouloir prendre en compte l’avis des citoyens sur « ces choix de société importants ».

Des choix de société tellement importants que le gouvernement a lancé cette consultation publique… après avoir présenté son projet de loi visant à accélérer la construction de six nouveaux réacteurs nucléaires. C’était le 26 septembre, et, à l’époque, plusieurs membres de la Commission nationale de la Transition écologique (CNTE), sollicitée pour avis, avait dénoncé « le passage en force » de l’État et une « parodie de consultation » concernant le nucléaire. Mercredi 19 octobre, rebelote : plusieurs organisations faisant partie de la CNTE ont dénoncé le caractère « non démocratique » de ce projet de loi, qui doit être présenté en Conseil des ministres début novembre.

Publié le 21 octobre 2022 à 09h45

Photo en titre : Des éoliennes. – © Herve Hote / EDF Renouvelables

https://reporterre.net/Nucleaire-renouvelable-Donnez-votre-avis-sur-notre-futur-mix-energetique?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=nl_quotidienne

Message de Reporterre

… nous avons un petit service à vous demander. Chaque mois, plus d’un million de personnes font confiance au travail des journalistes de Reporterre pour se tenir informées sur l’urgence écologique. Plus de 27 000 de ces lectrices et lecteurs financent le journal par des dons. Ce soutien permet à Reporterre de rester en accès libre, sans aucune publicité, et totalement indépendant. Contrairement à de nombreux autres médias, Reporterre n’a pas d’actionnaires ni de propriétaire milliardaire. Le journal, à but non lucratif, est libre de toute influence commerciale ou politique.

Nous avons la conviction que le ravage écologique est l’enjeu principal de ce siècle. À ce titre, il nous semble que ce sujet doit être mis en avant chaque jour dans le débat public. Les articles, reportages et enquêtes que vous pouvez lire sur le site sont vitaux pour la démocratie, pour la prise de conscience écologique, et pour exiger mieux de nos dirigeants.

Tous nos articles sont en accès libre, pour tous. Nous le faisons parce que nous croyons en l’égalité de l’accès à l’information. Ainsi, davantage de personnes peuvent suivre l’actualité de l’écologie, comprendre l’impact du désastre en cours sur la population, et agir. Tout le monde peut bénéficier d’un accès à des informations de qualité, quelle que soit sa capacité à payer pour cela.

S’il y a bien un moment pour nous soutenir, c’est maintenant. Chaque contribution, grande ou petite, renforce notre capacité à porter l’écologie au cœur de l’agenda médiatique et politique, et assure notre avenir. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Si vous le pouvez, soutenez le journal avec un don mensuel. Merci.

Soutenir Reporterre

📨 S’abonner gratuitement aux lettres d’info

Abonnez-vous en moins d’une minute pour recevoir gratuitement par e-mail, au choix tous les jours ou toutes les semaines, une sélection des articles publiés par Reporterre.

S’abonner

NUCLÉAIRE : EPR 2 À PENLY, VERS DES RÉACTEURS MADE IN CHINA ?

Dans une émission sur France Inter, le président de l’association « Stop EPR ni à Penly ni ailleurs » a abordé la possible arrivée des Chinois dans le nucléaire français. Détails.

« On veut que les choses soient claires », martèle Alain Correa, président de l’association « Stop EPR ni à Penly ni ailleurs« . À quelques jours du débat public organisé le 27 octobre 2022 à Dieppe (Seine-Maritime), celui qui se documente activement sur le domaine du nucléaire est inquiet.

Et il l’a fait savoir dans le cadre de l’émission phare Le Téléphone Sonne sur France Inter.

Dans une période de crise énergétique où la France n’est pas au mieux de sa forme financièrement parlant, il craint qu’après des centaines de milliards d’euros investis dans le nucléaire, le pays rebondisse totalement sur autre chose.

« On nous fait miroiter l’EPR 2 mais on ne sait pas ce qu’il a dans le ventre et s’il va voir le jour, dit Alain Correa. L’hypothèse que ce soit un réacteur chinois viendrait à point nommé. »

« La Chine a le savoir-faire »

Cette hypothèse, il la doit notamment au journaliste français Marc Enderweld. Dans son ouvrage L’Emprise, ce dernier aborde l’intensification des relations entre la Chine et la France ces dernières années.

Lui ainsi que divers acteurs du nucléaire français pensent que les Chinois finiront par investir dans le nucléaire français. Et ce, en construisant des Hualong, des réacteurs chinois de 1 000 à 1 100 MW.

À lire aussi : PHOTOS. La Farn, une unité d’élite formée à la protection nucléaire près de Dieppe

« La Chine a le savoir-faire au niveau de la construction et de la maintenance, elle en construit régulièrement alors qu’au fil des années, nous avons perdu la main. Elle nous a dépassés sur le sujet même si elle rencontre des difficultés sur certains réacteurs. » (Alain Correa, Président de l’association Stop EPR, ni à Penly ni ailleurs)

Ce qu’il craint : que la France privilégie le gain économique et de temps qu’offriraient les Chinois. Mais aussi la main-d’œuvre. Alors que dans la région de Dieppe, on annonce la création de 10 000 emplois dans le cadre des deux EPR 2, qu’en serait-il si demain on apprenait que 10 000 Chinois allaient investir la région ?

Autre élément d’inquiétude : la présidente de la commission nationale du débat public, Chantal Jouanno, est également membre de France China Foundation, visant à rassembler les hauts potentiels chinois et français d’horizons variés.

Bref, beaucoup de paramètres qui renforcent, selon Alain Correa, l’hypothèse du journaliste français. Maintenant, il espère qu’avec la dizaine de débats publics prévus, la situation soit clarifiée. De son côté, avec son association, il compte faire part de ses préoccupations aux Dieppois lors du débat.

Par Maxime Cartier, publié le 20 octobre 2022 à 15h17 

Photo en titre : Alain Correa attend de voir si à Penly (Seine-Maritime), on parlera bien d’EPR 2 ou d’autre chose. (©Les Informations Dieppoises)

https://actu.fr/normandie/petit-caux_76618/nucleaire-epr-2-a-penly-vers-des-reacteurs-made-in-china_54646887.html

DE QUELS PAYS LA FRANCE DÉPEND-T-ELLE POUR L’ÉNERGIE NUCLÉAIRE ?

L’indépendance énergétique française grâce au nucléaire est un argument souvent mis en avant par la filière et les pouvoirs politiques, elle n’en reste pas moins dépendante des mines d’uranium… qui se trouvent hors du pays. Alors, où la France s’approvisionne-t-elle ?

L’uranium est l’élément radioactif naturel indispensable à la production d’énergie nucléaire. Et pour cause, l’extraction d’uranium est la première étape du cycle du combustible nucléaire. Mais si la France ne dispose plus de mines d’uranium depuis 2001, où se le procure-t-elle désormais ?

Quels sont les pays qui fournissent l’uranium à la France ?

En 2020, l’énergie nucléaire est la première source d’énergie en France. Elle est suivie par le pétrole brut (29,3%), le gaz naturel (15,5%); les énergies renouvelables (12,7%), et enfin, les combustibles fossiles solides (2,4 %). Conséquence de la guerre en Ukraine, la part d’énergie renouvelable a augmenté dans l’Union européenne, où près d’un quart de l’électricité produite provient du solaire et de l’éolien. Mais en France, l’énergie nucléaire reste largement dominante puisqu’elle représente 41 % de la production énergétique totale. En février 2021, Emmanuel Macron annonçait même la prolongation de la durée de vie des centrales nucléaires existantes et la construction de six EPR 2, invoquant notamment l’argument de la « souveraineté » nationale.

Selon le ministère de la transition écologique, le taux d’indépendance énergétique du pays atteint 55,3 % en 2020. Autrement dit, la moitié de l’énergie consommée en France serait produite sur le territoire. Oui mais, un petit « tour de passe-passe » statistique, explique Les Décodeurs du Monde, revient à prendre en compte la chaleur émise par le réacteur comme énergie primaire, et non pas le combustible utilisé. Or, la filière reste plus que jamais dépendante des importations d’uranium pour alimenter les 56 réacteurs nucléaires des 18 centrales d’EDF. Et depuis 2001, date à laquelle les dernières mines d’uranium ont fermé sur le territoire français, le métal lourd est intégralement importé. D’après les chiffres obtenus par le Monde auprès du comité technique Euratom (CTE), entre 2005 et 2020, les 138 230 tonnes d’uranium naturel importées vers la France provenaient en grande partie des quatre pays suivants :

  1. Kazakhstan: 27 748 tonnes (soit 20,1 %) ;
  2. Australie: 25 804 (18,7 %) ;
  3. Niger: 24 787 (17,9 %) ;
  4. Ouzbékistan: 22 197 (16,1 %).

Une indépendance énergétique grâce au nucléaire… limitée

Des données qui « montrent néanmoins davantage l’activité d’Orano (ex-Areva) en matière d’enrichissement d’uranium naturel que l’origine précise du combustible chargé dans les centrales françaises« , avertit le quotidien. De fait, le minerai passe par 4 grandes étapes constituant l’aval du cycle du combustible nucléaire :

. l’extraction et la concentration sous forme de yellow cake ;

. la conversion ;

. l’enrichissement ;

. et la fabrication des pastilles de combustible.

Le tour de passe-passe consiste donc à prendre en compte l’origine du pays où il a été enrichi, et non celui dont il est extrait. Difficile donc d’obtenir des statistiques précises et fiables sur la provenance des pays d’extraction et la quantité des importations.

Au-delà de l’uranium, l’alimentation des réacteurs nucléaires française exige également des « assemblages combustibles » importés d’une usine allemande, elle-même alimentée en hexafluorure d’uranium… par la Russie. La France dépend donc également de la Russie pour l’approvisionnement et la transformation de l’uranium. Le territoire russe reçoit d’ailleurs une partie des déchets radioactifs issus du « retraitement des combustibles usés« .

Quelles sont les conséquences de l’exploitation des mines d’uranium ?

L’exploitation des gisements d’uranium n’est pas sans conséquences sur les populations et l’environnement. Depuis 2002, l’ONG Aghir In’man mène un combat pour que soient reconnues et prises en compte les conséquences environnementales et sanitaires de l’exploitation des mines d’Arlit. Interrogé par FranceInfo, son fondateur et président Almoustapha Alhacen pointe du doigt l’impact des activités d’extraction de l’uranium au Niger, dont près de 30% est exploité par la multinationale française par Orano (ex-Areva), et le silence qui règne sur la radioactivité qui persiste.

« Nous avons constaté un certain nombre de maladies à Arlit et dans les campagnes environnantes. Ces maladies, qui touchent les personnes mais aussi les animaux, sont inhabituelles dans cette zone », explique-t-il. « Quarante ans après le début de l’exploitation, Arlit ressemble à des ruines et il y a des millions de résidus exposés à l’air libre, à moins de 5 kilomètres de la ville à vol d’oiseau. Nous avons hérité de la pollution durable », déplore Almoustapha Alhacen. Le film « La colère dans le vent » de la réalisatrice nigérienne Amina Weira, revient sur la menace invisible qui plane dans cette ville ouvrière que l’on appelait autrefois « le second Paris« .

Par Élodie Descamps, publié le 20/10/2022 à 16h25, mis à jour le 20/10/2022

Photo en titre : La totalité de l’uranium est importé depuis 2003 en France. © Laurent Fox

https://www.geo.fr/environnement/de-quels-pays-la-france-depend-t-elle-pour-lenergie-nucleaire-212245

CONTRIBUTION DE SDN BUGEY À L’ENQUÊTE PUBLIQUE SUR LA MODIFICATION N°1 DU SCOT DU BUCOPA

Cette contribution de SDN Bugey n’a pas pour objet de discuter de la politique énergétique de la France ni de sa politique climatique mais bien de présenter les impacts et les conséquences que l’implantation et le fonctionnement de 2 EPR sur le site nucléaire du Bugey entraîneraient sur l’environnement, la qualité de vie et l’économie locale et sur les risques majeurs qu’ils feraient courir à la région.

1 –Impacts sur la ressource en eau, les pollutions chroniques et accidentelles.

En quantité : les réacteurs nucléaires consomment beaucoup d’eau. Sur un prélèvement total d’eau douce de 82 m3 par habitant et par an, en France, 30 % est utilisé actuellement pour le refroidissement des centrales. Les EPR étant prévus pour fonctionner en circuit fermé (c’est-à-dire avec une tour de refroidissement), la majorité de l’eau prélevée serait consommée et une petite partie rejetée dans le Rhône. La quantité d’eau consommée est proportionnelle à la puissance du réacteur.

Les EPR ont une puissance électrique de 1 650 MWe, donc pour deux réacteurs c’est deux fois plus, 3 300 MWe. Leur puissance thermique est de l’ordre de 4 500 MWth, soit 9 000 MWth pour deux réacteurs. La puissance thermique totale à évacuer serait donc de l’ordre de 5 700 MWth et nécessiterait un prélèvement dans le Rhône de 6,6 m³/s, c’est-à-dire 1,27 fois plus que la consommation actuelle des 4 réacteurs. Donc sur une journée, 146 880 m³ d’eau serait prélevée dans le Rhône et transformés en vapeur.

L’installation de deux EPR au Bugey augmenterait donc la consommation d’eau par rapport à la situation actuelle déjà tendue dans le périmètre du SCOT pour l’approvisionnement en eau douce.

Il n’y a dans le dossier aucune évaluation chiffrée de cette consommation. Est-ce le rôle du public de faire le calcul ?

L’autorité environnementale également s’en inquiète et demande de compléter l’évaluation environnementale sur une mise à jour de la préservation de la ressource en eau (page 8 de son avis) et de compléter l’analyse des incidences par une synthèse récapitulative décrivant les incidences globales pour chacun des enjeux environnementaux et notamment les enjeux liés à l’eau (page 10 de son avis), ce qui n’a pas été fait.

De plus l’autorité environnementale pointe la modification « M2 » précisant « qu’en cas de projet nucléaire, il devra recourir aux meilleures techniques disponibles et notamment le refroidissement en circuit fermé ». C’est justement le refroidissement en circuit fermé, c’est-à-dire avec tour de refroidissement qui consomme de l’eau, puisque une grande partie de l’eau pompée est vaporisée et ne revient pas à la rivière. Le refroidissement en circuit ouvert ne consomme pas d’eau, par contre il la réchauffe, puisque toute l’eau pompée est rejetée plus chaude dans le Rhône.
Cette prescription prévue de la modification du SCOT démontre que leurs rédacteurs ont une mauvaise connaissance des différentes techniques de refroidissement des réacteurs.

En qualité :

Les 2 EPR rejetteront comme les autres réacteurs en fonctionnement, des éléments radioactifs. EDF prétend que, pour la plupart des radionucléides, les rejets radioactifs seront plus faibles pour les EPR que pour les réacteurs existants, à quantité d’électricité produite équivalente. Mais pour le tritium et le carbone 14 ce ne sera pas le cas. Les rejets seront très largement supérieurs avec les EPR.

Les EPR en fonctionnement rejetteront plus encore que la centrale nucléaire actuelle de Bugey, de grandes quantités d’effluents chimiques qui finiront dans le Rhône :
        – rejets d’acide borique (plusieurs tonnes par an), morpholine, éthanolamine, hydrazine, détergents, phosphates, sodium, chlorures, métaux lourds, sulfates, des composés de chlore etc.

Les limites autorisées actuellement sont régulièrement dépassées lors d’opérations de traitements divers, d’incidents et de rejets non maîtrisés sans que l’on puisse savoir les niveaux atteints. Les incidents sont fréquents, EDF demande encore régulièrement pour le site de Bugey, des autorisations de rejets supplémentaires.

Quoiqu’il en soit, aux pollutions radioactives et chimiques anciennes qui se sont accumulées dans notre environnement, s’ajouteraient de nouvelles pollutions radioactives et chimiques qui auront des conséquences à court, moyen et long terme.

Cette menace sur l’eau et l’air, perdurerait dans notre région, au minimum 60 ans, durée initialement prévue d’exploitation des EPR. Cette durée pourrait être augmentée comme on le voit pour les réacteurs du Bugey qu’EDF prévoit de faire fonctionner jusqu’à 60 ans alors qu’ils ont été conçus pour une durée de vie maximale de 40 ans.

Les besoins en eau potable de la population locale dans 60 ans vont croître très fortement si l’on considère son augmentation actuelle poussée par l’industrialisation croissante de la zone ? L’augmentation prévue dans le SCOT en 2017 était de 13 000 habitants en 15 ans et dans la modification, cette augmentation passe à 21 000 habitants par an.

Comment va évoluer l’étalement urbain de la métropole de Lyon ?

Qui peut dire également que la pollution chronique de l’eau du Rhône par les rejets radioactifs et chimiques, pollution présentée comme acceptable aujourd’hui pour la santé humaine, sera toujours acceptée dans 60 ans, lorsqu’on connaîtra mieux ses effets ? L’innocuité du tritium sur la santé commence à être contestée très sérieusement par des études scientifiques.

2- Impact de la construction des 2 EPR à Bugey sur les consommations d’eau et la pollution qu’elle générerait.

La construction elle-même, celle des logements des personnels, consomment des milliers de de m³ d’eau et entraîne de lourdes pollutions par le laitier de ciment, pour la fabrication de béton nécessaire (enceinte de confinement, tours de refroidissement, piscine bunkérisée, bâtiments divers…)

Or justement les prélèvements d’eau potable de la basse vallée de l’Ain satisfont à peine les besoins actuels et sont sujets d’inquiétude. Un SAGE (Schéma d’Aménagement et de Gestion des Eaux) a été créé pour protéger la ressource ; la commission locale de l’eau qui en est responsable, demande dans son avis, que cela soit pris en compte dans ce projet de modification du SCOT.

Là encore, l’Autorité environnementale va dans le même sens et demande de mener une réflexion plus approfondie en se référant aux SDAGE 2022/2027 et Sage (page 15 de son avis).

3 – Impacts particuliers sur les réserves d’eau potable de l’agglomération de Lyon.

Le champ captant de Crépieu-Charmy qui alimente l’agglomération Lyonnaise est en communication constante avec le Rhône.

Cette ressource en eau n’est pas protégée des pollutions potentielles graves du Rhône en amont, actuellement avec les réacteurs en activité et ensuite pendant 60 ans au moins avec les EPR qui aggraveraient la pollution.

Ainsi le Rhône transporterait cette pollution jusque dans la ressource en eau de l’agglomération lyonnaise et les lyonnais n’auraient plus, à leurs robinets, que de l’eau polluée et contaminée.

4 – Impacts sur le réchauffement de l’eau du Rhône et de l’air de la région (îlot de chaleur urbain).

Ils vont être amplifiés par la diminution du débit du Rhône du fait du réchauffement climatique. En 2050, les prévisionnistes annoncent une réduction de son débit au moins de 30 %.

Mais ce n’est pas tout, car les réacteurs qui sont refroidis en circuit fermé -ce qui est le cas des EPR envisagés au Bugey- réchauffent aussi l’air de par les rejets de leurs tours de refroidissement.

Et au final c’est toute la chaleur de fission nucléaire dans les réacteurs qui se retrouve dans l’environnement et s’accumule dans l’eau, dans l’air et même dans les sols via la nappe alluviale du Rhône, accentuant ainsi le réchauffement climatique.

Si deux réacteurs EPR étaient construits au Bugey, même en remplacement des réacteurs existants, ils aggraveraient de manière irréversible le réchauffement climatique local (effet d’îlot de chaleur urbain) et global (réchauffement de l’eau du Rhône et de l’air).

C’est plus de 146 000m3 d’eau transformés en vapeur par jour et 5 700 MW de chaleur rejetés essentiellement dans l’air, et aussi dans l’eau. Cela correspond à 50 TWh de chaleur dégagée par an en fonctionnement continu, en un seul site, à titre de comparaison avec la consommation d’énergie pour le chauffage et l’eau chaude de tout le parc de logements français l’année 2018 qui a été de 340 TWh.

Ici aussi est-ce au public de faire le calcul ? Les rejets thermiques ne sont pas donnés dans le dossier.

L’étalement de l’agglomération de Lyon place déjà la basse vallée de l’Ain dans la zone affectée par le phénomène d’îlot de chaleur urbain et l’industrialisation croissante de cette zone ne peut qu’aggraver le risque induit sur la santé de la population.

5 – Impact sur l’augmentation de la circulation.

Un chantier d’EPR générerait une augmentation très conséquente des transports pendant toute sa durée. La construction d’un EPR à Flamanville devait durer environ cinq ans. Elle n’est toujours pas terminée quinze ans après. Il est question de deux EPR sur le site du Bugey dont la construction se ferait successivement et qui pourrait donc dépasser une quinzaine voire une vingtaine d’années.

Les villages alentour seraient profondément impactés par une circulation pour laquelle leurs infrastructures de transports ne sont pas adaptées.

Certains de ces transports nécessiteront des convois exceptionnels pour les pièces de très grande taille, comme les cuves et les couvercles de cuves.

Aucune étude n’est fournie pour s’assurer que ces convois exceptionnels seraient possibles dans les villages traversés. Faudra-t-il exproprier des riverains pour agrandir les routes ou pour créer une nouvelle route comme pour le chantier de l’EPR3 de Flamanville ? Les pièces les plus grosses devant venir du Creusot, plusieurs régions seraient traversées et donc plusieurs schémas ou plans d’urbanisme concernés.

Dans le SCOT, rien n’est prévu à ce sujet.

6 -L’impact pour l’agriculture.

L’agriculture locale serait impactée pour diverses raisons :

– réduction des terres agricoles par agrandissement du site nucléaire, augmentation de la construction pour les travailleurs, de logements permanents et surtout temporaires en grande quantité, parkings, etc.

– réduction de la ressource en eau et donc de la possibilité d’irriguer alors que le réchauffement climatique augmentera les périodes de sécheresse et de canicule,

– contamination des terres par la radioactivité et donc contamination des récoltes.

Il faut garder les zones agricoles, arrêter l’artificialisation des terres, pour sauvegarder la ressource en eau. Nous, habitants de l’Ain, de l’Isère, de la Métropole lyonnaise, avons besoin d’une agriculture vivrière, saine et de proximité.

7 – Le risque nucléaire.

L’accident nucléaire peut être la conséquence de risques internes ou externes.

Il peut s’agir un accident d’ampleur réduite tel qu’étudié dans les scénarios prévus par les autorités et qui déclenche les mesures de protection envisagées par les plans de sauvegarde.

Il peut aussi s’agir d’un accident nucléaire majeur, du type de celui de Fukushima, pour lesquels les plans de sauvegarde sont inopérants.

Les risques internes ont pour cause des défaillances, des défauts technologiques ou des problèmes socio-organisationnels. On ne peut les décrire ici car on n’a pas d’informations sur le projet de ces EPR, ni sur leur exploitation.

Par contre on peut noter les risques externes qui sont dus au site choisi et ils sont nombreux :

a – Le risque d’inondation suite à la rupture du barrage de Vouglans.

Ce barrage, qui retient 605 millions de mètres cubes d’eau, est le 3ème de France en volume de retenue, a été mis en eau en 1968. Une enquête d’envoyé spécial en 2018 a mis en cause la sécurité du barrage du fait d’un défaut d’étanchéité du voile d’injection en pied de barrage. Ce défaut produirait un soulèvement irréversible et un déplacement vers l’aval du barrage qui pourrait conduire à une rupture brutale de celui-ci.

EDF, exploitant du barrage, a étudié les conséquences de cette rupture. En prenant les hypothèses les plus favorables, ses calculs prévoient que la vague de submersion s’arrêterait à quelques centimètres à peine du niveau de la plateforme du CNPE actuel. Par contre les EPR étant en aval, ils seraient obligatoirement inondés. Une vague de submersion arriverait par le Nord, mais une autre aussi par le sud-ouest en remontant le Rhône depuis sa confluence avec l’Ain. Des simulations faites par EDF le montrent. Mais ces études ne figurent pas dans le dossier d’enquête publique.

L’inondation d’une centrale nucléaire est une situation très dangereuse comme on l’a vu pour la centrale du Blayais en 1999, au cours de laquelle on a évité de justesse la catastrophe. Une rupture de ce barrage produirait une vague de submersion et un torrent de boue et de débris qui rendraient la centrale inaccessible et nous amèneraient très probablement à l’accident majeur.

b – Le risque de guerre ou risque terroriste.

Comme on l’a vu avec la guerre en Ukraine, les sites nucléaires, que ce soit les centrales ou les dépôts de combustibles nucléaires usés sont des cibles potentielles particulièrement efficaces pour menacer un pays. Ces installations nécessitent d’être refroidies en permanence et donc ne peuvent perdre ni leur alimentation en eau, ni leur alimentation électrique. La perte de refroidissement conduit à la fusion des cœurs et à l’accident majeur comme à Fukushima. Or les lignes d’alimentation électrique sont très exposées aux attaques, et les lignes doivent être rétablies dans les jours qui suivent, car on ne peut compter sur les alimentations de secours qui sont au mieux temporaires.

c – le risque de chute d’avion.

L’aéroport de Lyon de Saint-Exupéry est à 15 km à peine du site et les couloirs aériens d’accès à cet aéroport passent au-dessus du site nucléaire du Bugey. Avec ou sans terroriste à bord, un avion, au départ ou à l’approche de cet aéroport pourrait tomber sur un EPR. Des documents rendus publics ont montrés que les EPR ne résistaient pas à la chute d’un avion de ligne. Une telle situation conduirait également à l’accident majeur.

d – le risque d’accident technologique d’une des quatre usines SEVESO (seuil haut) situées sur le Parc Industriel de la Plaine de l’Ain à moins de 5 km du site.

Si un tel accident survenait, un nuage de gaz toxiques pourrait se dégager et nécessiter l’évacuation de la centrale nucléaire. La centrale ne pouvant être abandonnée, comment travailleraient les personnels sur place et comment pourraient-ils assurer l’arrêt de la centrale et son refroidissement dans des conditions de sécurité ? Rien n’est prévu dans cette situation.

En cas d’accident majeur, quelle qu’en soit la raison, beaucoup de personnels de la centrale devront être réquisitionnés pour gérer l’accident et réduire autant que possible des rejets radioactifs dans l’environnement. Mais d’autres personnels devront également être réquisitionnés pour gérer les secours, assurer la sécurité civile et le fonctionnement de la société en situation accidentelle. Ces interventions seront contraintes par des décisions d’urgence prises par les autorités, relayées par les élus locaux et l’exécution en sera garantie par les forces armées.

Un accident conduisant à la fusion du ou des cœurs, du fait de la taille considérable des cœurs d’EPR toucherait toute la population de la région y compris la métropole de Lyon. Seuls les habitants qui en auraient les moyens pourraient s’extraire de leur lieu de vie devenu dangereux pour leur santé. Les pouvoirs publics ne pourront matériellement pas évacuer plusieurs millions d’habitants à plus de 100 km.
Ainsi pour éviter le chaos, les riverains seraient soumis à des mesures contraignantes, très certainement obligés de rester dans des zones contaminées. C’est une situation que personne n’a envie de vivre. Aucun plan d’intervention n’est étudié. Il n’y a rien dans le dossier sur les mesures d’évacuation, de confinement ni de prise en charge de la population (on va nous répondre que c’est le rôle des plans communaux de sauvegarde). Ce risque nucléaire est également pointé par l’Autorité environnementale qui recommande d’approfondir la prise en compte des risques naturels, technologiques et nucléaires, en particulier les mesures de protection des populations en cas d’accident, la démonstration de l’articulation avec les différents plans de prévention et de gestion existants des risques naturels, technologiques et nucléaires.

8 – L’impact sur l’économie locale.

La situation économique d’EDF est extrêmement dégradée et aggravée par son engagement dans de nouveaux chantiers dont les coûts dérivent et les délais s’allongent. L’EPR de Flamanville n’est toujours pas mis en service !

Lorsque les EPR prévus seront en service, EDF risque de ne pas pouvoir vendre l’électricité produite qui sera trop chère par rapport aux autres solutions développées auparavant. Dans cette situation, EDF n’aura plus de taxes à distribuer aux collectivités locales, mais les EPR seront là et les collectivités devront les prendre en charge, car une installation nucléaire ne se démantèle pas et les déchets ne s’évacuent pas comme ceux d’une usine classique.

9- la ruine de l’économie de la région.

Il va sans dire que l’économie de la région sera complètement anéantie par un accident majeur sur un EPR.

Le dossier du projet d’EPR à Bugey n’existant pas, aucune étude d’impact n’a été adjointe à la demande de la modification du SCOT. Elle nous est présentée comme s’il y avait ni impact i danger induits par ces 2 EPR.

Tous ces impacts que nous venons de présenter, sont tout à fait prévisibles et inquiétants. Ce bilan très négatif n’est pas du tout en cohérence avec la volonté générale affichée de cette modification : la protection de l’eau et du Rhône, de ses berges, l’arrêt de l’artificialisation des terres, la résorption des îlots de chaleur, la pérennité économique, la protection en cas d’accident nucléaire, etc.

D’autre part, compte tenu de l’aggravation de la situation de sécheresse, de la grande instabilité du climat dans les années à venir, compte tenu de l’accélération de l’instabilité mondiale, qui augmente les risques d’accident majeur sur le site nucléaire du Bugey (risques de rupture de barrage, d’actes de terrorisme, de chutes d’avion, de guerre ) et les sites industriels SEVESO proches ; la modification du SCOT du Bugey devrait comporter un renforcement de son plan de protection des personnes et de l’environnement et non pas envisager l’installation d’EPR qui vont nous rendre très vulnérables pour le siècle à venir.

Bien que l’Autorité environnementale ait rendu son avis très tôt, aucune de ses remarques n’a été prise en compte dans le projet de modification. Cela tient à ce que le projet de construction d’EPR, à l’origine de la modification de SCOT, n’a pas été étudié et ses conséquences environnementales non plus. Il n’y a rien dans le dossier, ni sur les risques, ni sur les impacts.

Ainsi les élus du BUCOPA ne sont intéressés que par les ressources financières que leur apporteraient les EPR et ne se préoccupent ni des risques ni des nuisances pour la population.

Les élus du BUCOPA attendent du public un chèque en blanc…

Compte tenu de tous ces éléments exposés,

nous sommes opposés à cette modification

du SCOT du BUCOPA.
***

Pour « Sortir Du Nucléaire BUGEY »,  Jean-Pierre Collet (Président de l’association), publié le samedi 22/11/2022 :

Site de l’Association : https://www.stop-bugey.org/association-sortir-du-nucleaire-bugey/

GUERRE EN UKRAINE: « LA QUESTION N’EST PAS DE SAVOIR SI POUTINE UTILISERA L’ARME NUCLÉAIRE, MAIS COMMENT L’EN DISSUADER »

Alors que la menace nucléaire est régulièrement brandie par la Russie, le chercheur Frédéric Mauro se demande comment l’on pourrait dissuader Poutine et son entourage de l’employer. Selon lui, l’avertissement des puissances nucléaires occidentales doit être « clair et fort ».

C’est un fait : le risque n’a jamais été aussi élevé d’une utilisation de l’arme nucléaire sur le territoire européen. Car Vladimir Poutine est aujourd’hui face à un dilemme : accepter une déroute militaire ou escalader vers l’apocalypse dans l’espoir, tout théorique, d’une « désescalade » conventionnelle. D’autant que l’attaque du pont de Crimée – opération spéciale ukrainienne ou manipulation russe ? – fait pencher largement la balance du côté de l’apocalypse. La question n’est donc pas de savoir si Poutine utilisera l’arme nucléaire, mais comment le dissuader avant qu’il ne le fasse, si tant est que cela soit possible.

À lire aussi : Bombe atomique : « Nous avons tendance à nier la possibilité de frappes nucléaires non désirées »

La singularité de la dissuasion nucléaire est qu’elle se joue non pas sur le champ de bataille mais dans la tête des dirigeants politiques, au nombre très restreint, qui donnent les ordres et des militaires qui les exécutent. Elle est le fruit d’un calcul rationnel consistant à peser les gains et les pertes potentiels d’une attaque ou d’une riposte qui peuvent se traduire par l’annihilation. C’est pour cette raison que les cinq membres du Conseil de sécurité des Nations unies ont affirmé le 3 janvier dernier « qu’une guerre nucléaire ne peut être gagnée et ne doit jamais être menée ».

Poutine est-il rationnel ?

Mais Vladimir Poutine est-il rationnel ? Certes, il n’est pas « fou », c’est-à-dire privé de raison. Il serait même, selon les dires de l’ancien président François Hollande, qui l’a rencontré, « doté d’une vive intelligence ». Mais il est manipulateur, menteur et affabulateur. Ancien membre du KGB, dont il possède tous les codes, il en a été exclu car il faisait prendre des risques inconsidérés à ses camarades. Il est arrivé au pouvoir grâce au hasard et au soutien de la mafia de Saint-Pétersbourg, un milieu qui ne parle que le langage de la force, où la violence est récompensée et où il vaut mieux, en toutes circonstances, frapper le premier. C’est Ali Baba et les quarante voleurs.

À lire aussi : Guerre en Ukraine : qu’est-ce qu’une arme nucléaire tactique ?

Toutefois, s’il raisonne, Poutine raisonne mal, et même très mal. Il a sous-estimé la résistance du peuple ukrainien ; il a surestimé la force de sa propre armée ; il a mal mesuré la détermination du « vieux » Joe Biden et l’unité des Européens pour lui infliger des sanctions économiques sans précédent ; il a cru les paroles d’amitié sans limites du président chinois et n’a pas compté avec l’adhésion par ricochet de la Suède et de la Finlande à l’Otan. Tout récemment, il n’a pas mesuré l’effet délétère qu’aurait une mobilisation en masse. Si c’est un « stratège », c’est sans doute le pire que la Russie n’ait jamais porté en ses flancs.

Aucun scrupule

Or cette mauvaise rationalité du décideur russe complique sérieusement le calcul des Occidentaux. Comment dissuader quelqu’un qui estime qu’un « monde sans la Russie n’aurait pas d’intérêt », qui n’a aucun scrupule à sacrifier ses soldats, son économie et la destinée de son pays pour quelques arpents de terre en Ukraine – comme si la Russie en manquait –, à la poursuite de la grandeur passée de la chimère impériale-soviétique ? Il est à craindre que la réponse soit : on ne peut pas. D’autant que, en annexant les territoires conquis, le dictateur a brûlé ses vaisseaux.

À lire aussi : Dissuasion nucléaire : face à la menace russe, la France garde son cap

À défaut de dissuader Poutine, il est peut-être encore possible de dissuader ceux qui l’entourent. Comment ? Par un engagement des trois puissances nucléaires occidentales, les États-Unis, le Royaume-Uni et la France qu’une utilisation de l’arme nucléaire russe en Ukraine entraînerait une riposte nucléaire à due proportion, ou à tout le moins un anéantissement des forces conventionnelles russes sur le sol ukrainien, comme cela a été évoqué par d’anciens généraux américains.

Riposte

Les Occidentaux ne sont pas obligés de dire s’ils choisiront la riposte nucléaire ou conventionnelle afin de laisser planer l’« ambiguïté stratégique ». Mais l’avertissement doit être clair et fort, et pour cela il doit émaner des trois puissances occidentales, pas seulement des États-Unis. Cet avertissement ne dissuadera pas Poutine, mais il fera réfléchir tous ceux qui l’entourent. Il rétablira la symétrie de la dissuasion : arrêter la force par la force et la menace par la menace. Ce ne serait, au fond, qu’honorer le mémorandum de Budapest de 1994 par lequel l’Ukraine a accepté de renoncer à ses armes nucléaires, en contrepartie de garanties sur sa sécurité.

À lire aussi : Guerre en Ukraine : divisés sur la menace nucléaire de Moscou, les Polonais s’y préparent

Une chose est sûre : ce qui se passe aujourd’hui en Russie aura des conséquences sur l’architecture mondiale de sécurité et de défense. Car si demain la Russie utilise l’arme nucléaire en Ukraine, personne ne pourra empêcher Taïwan, la Corée du Sud, l’Iran et l’Arabie saoudite de vouloir se doter de l’arme nucléaire pour se protéger d’un voisin en disposant. La Chine ferait bien de méditer cela.

Par Frédéric Mauro, Avocat au barreau de Bruxelles, chercheur associé à l’IRIS, publié le 20/10/2022 à 14h54

Photo en titre : Ancien membre du KGB, dont il possède tous les codes, Vladimir Poutine en a été exclu car il faisait prendre des risques inconsidérés à ses camarades. KONSTANTIN ZAVRAZHIN/POOL/ZUMA/MAXPPP

https://www.la-croix.com/Debats/Guerre-Ukraine-question-nest-pas-savoir-Poutine-utilisera-larme-nucleaire-comment-len-dissuader-2022-10-20-1201238633

CENTRALE NUCLÉAIRE DE CHINON : LA GRÈVE RECONDUCTIBLE VOTÉE, JEUDI 20 OCTOBRE 2022

Réunis en assemblée générale jeudi 20 octobre 2022 dans la matinée, les agents EDF ont voté pour une grève reconductible à la centrale nucléaire de Chinon. Cette dernière a pris effet en suivant, dès 13 h.

Mobilisés mardi 18 octobre, les salariés de la centrale nucléaire de Chinon (Indre-et-Loire) ont voté, hier, en faveur d’une grève reconductible. Celle-ci a débuté sur les coups de 13 h.

Une hausse de 200 € par mois à compter du 1er janvier ?

Pour rappel, les agents EDF demandent des revalorisations salariales face à l’inflation. Après avoir obtenu une augmentation de 3,6 % sur le salaire de base en 2022 et 2023, ils réclament désormais une revalorisation salariale de 200 € par mois à compter du 1er janvier 2023. « La direction a acté le principe, mais ce n’est pas suffisant pour le moment », lâche Nicolas Josset, délégué syndical CGT de la centrale nucléaire de Chinon.

À LIRE AUSSI : Chinon : mobilisation attendue ce jeudi à la centrale nucléaire après un appel à la grève

Outre le réacteur B1, à l’arrêt depuis le week-end des 15 et 16 octobre, la production de la tranche 3 – redémarrée suite au phénomène de corrosion – est ralentie. « On la bloquera quand le réacteur sera dans un état de sûreté. » Depuis le milieu d’après-midi, la production de la tranche 4 baisse également.

Le réacteur B2 est, lui, maintenu en production maximum « pour user prématurément le combustible, souligne Nicolas Josset, qui assure qu’il n’y aura pas de répercussions sur la production d’électricité à court terme. Ça va juste coûter de l’argent à EDF qui, pour respecter ses contrats avec ses fournisseurs, va devoir acheter l’électricité qui lui manque. »

Grève reconductible dans 13 des 18 centrales nucléaires

Contactée par la NR, la direction de la centrale nucléaire de Chinon n’a pas souhaité pas faire de commentaire. Les négociations ont commencé hier. Si aucun compromis ne venait à être trouvé, la grève pourrait donc être amenée à durer. « Il n’y aura pas de “ prise en otage ” », assurait, mardi 18 octobre, Emmanuelle Grisat, secrétaire de FO à la centrale.

Chinon est la 13ème des 18 centrales nucléaires du parc national à voter la grève reconductible.

Par Malo RICHARD , Journaliste, publié le 20/10/2022 à 17h10, mis à jour le 20/10/2022 à 17h58

Photo en titre : Une centaine d’agents EDF et prestataires se sont mobilisés mardi 18 octobre, pour demander une revalorisation salariale. La grève a été reconduite hier. © (Photo archives NR, Alexandre Salle)

https://www.lanouvellerepublique.fr/indre-et-loire/commune/avoine/centrale-nucleaire-de-chinon-la-greve-reconductible-votee-jeudi-20-octobre-2022

ENVIRONNEMENT. RENTRÉE POUR LE COLLECTIF « PISCINE NUCLÉAIRE STOP »

Du 14 au 16 octobre, le collectif Piscine Nucléaire Stop a effectué sa rentrée autour de trois temps forts, entre Jobourg et Cherbourg.

Le collectif Piscine Nucléaire Stop a effectué sa rentrée avec son assemblée générale le 14 octobre au soir à Jobourg avec un récapitulatif des actions et aussi des projets à venir, en appelant tous les sympathisants à s’inscrire pour travailler dans des groupes de travail : mémoire, scientifique, juridique, international, sensibilisation des élus.

Le lendemain, avec la librairie Les Schistes Bleus à Cherbourg, le collectif a participé à une rencontre autour du livre de Xavière Gauthier « Retour à la Hague nucléaire et féminisme« , suivi d’un débat.

Le 16 octobre, 80 personnes se sont retrouvées à nouveau à Jobourg pour un après-midi culturel en accueillant Xavière Gauthier, l’artiste Pénélope et le réalisateur Franck Sanson. Dans une salle aux murs parés des œuvres de Pénélope, après une lecture à cinq voix de femmes haguaises du cru ou de cœur de morceaux choisis de « La Hague, ma terre violentée« , l’émotion fut présente parmi les spectateurs. Franck Sanson a présenté son film « Peur à fleur de peau » qui fait le parallèle entre La Hague et Fukushima.

Publié le 19/10/2022 à 16h34

Photo en titre : Les membres du collectif Piscine Nucléaire Stop, ici à Jobourg, le 16 octobre, ont pu débattre sur un livre et un film.

https://www.lamanchelibre.fr/actualite-1024371-environnement-rentree-pour-le-collectifpiscine-nucleaire-stop

NUCLÉAIRE ET GAZ : GREENPEACE ET LE MÉCO APPELLENT L’ÉTAT LUXEMBOURGEOIS À LA COHÉRENCE

Selon Greenpeace et le Méco, le gouvernement luxembourgeois doit faire preuve de cohérence dans sa position antinucléaire, en refusant les allègements fiscaux pour les fonds d’investissement respectant les critères de la taxonomie européenne, qui comprend le gaz et le nucléaire.

Le Mouvement écologiste et Greenpeace ont décidé, pour le bien de leur cause, de s’attaquer à une disposition fiscale récente régissant les investissements dans la Place financière.

Le 6 juillet dernier, le Parlement européen a approuvé la proposition de la Commission européenne et a classé les investissements dans le gaz et dans l’énergie nucléaire comme étant des investissements durables, dans le respect de la taxonomie européenne.

Rappelons que cette taxonomie est une classification des activités économiques ayant un impact favorable sur l’environnement, qui a pour objectif d’encourager l’orientation des investissements vers des activités dites vertes.

Or, selon Greenpeace et le Mouvement écologique, qui ont publié mercredi une lettre ouverte adressée au Premier ministre à ce sujet, ni le nucléaire ni le gaz ne sont écologiques ou neutres pour le climat. Les deux organisations écologistes ne mâchent pas leurs mots : la taxonomie de l’UE «renforce encore l’apparence d’être un pur greenwashing d’investissements de tout genre».

Un avantage fiscal échelonné

Les auteurs de la lettre reconnaissent au gouvernement luxembourgeois le mérite de s’être opposé à l’assimilation du nucléaire et du gaz à des énergies vertueuses et même d’avoir annoncé qu’il allait porter plainte, accompagné dans cette démarche par l’Autriche.

Cependant, affirment les deux organisations écologistes, le gouvernement doit maintenant exprimer clairement cette position dans d’autres domaines, notamment la fiscalité portant sur les fonds d’investissement.

Depuis 2021, les fonds d’investissement domiciliés au Luxembourg qui investissent tout ou partie de leur capital suivant les critères de la taxonomie européenne bénéficient d’un avantage fiscal échelonné dont le montant dépend de la part des investissements conformes à la taxonomie dans le portefeuille total.

Or, d’après les auteurs de la lettre ouverte, l’intégration du gaz et du nucléaire dans la taxonomie de l’UE change la donne : le maintien de cet avantage fiscal serait «un non-sens du point de vue politique».

Dans leur lettre ouverte, le Mouvement écologique et Greenpeace invitent donc le gouvernement à ne pas prolonger ledit avantage fiscal au-delà de 2022 et à explorer plutôt toutes les possibilités pour ne favoriser que les investissements réellement durables, sans nucléaire et sans gaz.

Par Le Quotidien dans Politique-Société, publié le 19/10/22 à 13h39, mis à jour le 19/10/22 à 18h11 |

Photo en titre : Le gouvernement est invité à ne favoriser que les investissements réellement durables. (Photo : Hervé Montaigu)

https://lequotidien.lu/politique-societe/nucleaire-et-gaz-greenpeace-et-le-meco-appellent-letat-a-la-coherence/

RELANCE DU NUCLÉAIRE : DES EXPERTS S’INQUIÈTENT

Fin septembre, plusieurs organisations membres du Conseil national de la transition écologique (CNTE) avaient regretté le « passage en force » de l’État concernant son projet de loi visant à accélérer la construction de six nouveaux réacteurs nucléaires. Dans son projet d’avis qui doit être adopté ce 19 octobre, dévoilé par Contexte, le CNTE reste sur la même ligne. Cette commission consultative qualifie d’« insuffisants » les délais d’examen de ce projet de loi. En effet, les membres du CNTE ont eu à peine trois semaines pour étudier le texte et rendre leurs conclusions… sachant qu’à la base, le gouvernement leur avait même demandé de rendre leur avis le 4 octobre, soit à peine une semaine après la présentation du projet de loi.

En outre, le CNTE déplore « l’insuffisance de l’étude d’impact du projet de loi, notamment sur les impacts économiques, sociaux et environnementaux, et ceux sur les règles d’urbanisme, en l’absence d’autorisation dédiée, et sur l’évaluation environnementale ». Au grand dam de plusieurs associations environnementales, le projet de loi prévoit en effet la possibilité de déroger au Code de l’environnement concernant les espèces protégées.

Risques pour les sites nucléaires situés en bord de mer

L’instance recommande aussi à l’État de tenir compte, pour chaque site envisagé pour la construction de ces EPR2, des « avantages et risques éventuels liés au développement des nouvelles infrastructures nucléaires, notamment au regard de leur vulnérabilité face aux impacts du dérèglement climatique ». Certains membres du CNTE rappellent ainsi les risques « bien documentés de montée des eaux, d’érosion côtière, voire de submersion » pour les sites nucléaires situés en bord de mer. De quoi potentiellement remettre en cause « la pérennité des futurs sites à l’horizon 2100 » : par exemple, le premier EPR2 doit être construit à Penly, une ville de Seine-Maritime située sur une zone côtière.

Certains de ses membres n’ont aussi pas manqué de souligner le caractère « non démocratique » de ce projet de loi. Celui-ci a de fait été présenté en amont de la deuxième phase de la concertation publique sur la Stratégie française énergie-climat (SFEC), mais aussi du débat parlementaire prévu au printemps 2023 concernant le projet de loi de programmation énergie-climat. Le 12 octobre dernier, la Première ministre Élisabeth Borne a annoncé que ce projet de loi sur l’accélération du nucléaire allait être présenté en Conseil des ministres « début novembre ».

Publié le 19 octobre 2022 à 18h10

Photo en titre : La centrale nucléaire d’Avoine (Indre-et-Loire) – Flickr / CC BY 2.0 / Daniel Jolivet

https://reporterre.net/Relance-du-nucleaire-des-experts-s-inquietent

Message de Reporterre

… nous avons un petit service à vous demander. Chaque mois, plus d’un million de personnes font confiance au travail des journalistes de Reporterre pour se tenir informées sur l’urgence écologique. Plus de 27 000 de ces lectrices et lecteurs financent le journal par des dons. Ce soutien permet à Reporterre de rester en accès libre, sans aucune publicité, et totalement indépendant. Contrairement à de nombreux autres médias, Reporterre n’a pas d’actionnaires ni de propriétaire milliardaire. Le journal, à but non lucratif, est libre de toute influence commerciale ou politique.Nous avons la conviction que le ravage écologique est l’enjeu principal de ce siècle. À ce titre, il nous semble que ce sujet doit être mis en avant chaque jour dans le débat public. Les articles, reportages et enquêtes que vous pouvez lire sur le site sont vitaux pour la démocratie, pour la prise de conscience écologique, et pour exiger mieux de nos dirigeants.Tous nos articles sont en accès libre, pour tous. Nous le faisons parce que nous croyons en l’égalité de l’accès à l’information. Ainsi, davantage de personnes peuvent suivre l’actualité de l’écologie, comprendre l’impact du désastre en cours sur la population, et agir. Tout le monde peut bénéficier d’un accès à des informations de qualité, quelle que soit sa capacité à payer pour cela.S’il y a bien un moment pour nous soutenir, c’est maintenant. Chaque contribution, grande ou petite, renforce notre capacité à porter l’écologie au cœur de l’agenda médiatique et politique, et assure notre avenir. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Si vous le pouvez, soutenez le journal avec un don mensuel. Merci.
Soutenir Reporterre
📨 S’abonner gratuitement aux lettres d’info
Abonnez-vous en moins d’une minute pour recevoir gratuitement par e-mail, au choix tous les jours ou toutes les semaines, une sélection des articles publiés par Reporterre.
S’abonner

NUCLÉAIRE : COUP DUR POUR LA FINLANDE AVANT L’HIVER, LE NOUVEL EPR D’OLKILUOTO 3 A UN ÉNIÈME PROBLÈME

Des dommages ont été détectés dans l’îlot de la turbine du réacteur Olkiluoto 3 pouvant « très probablement » avoir une incidence sur la mise en service régulière du réacteur prévue pour décembre, a annoncé l’opérateur finlandais TVO.

Coup dur pour la Finlande. Alors que l’hiver s’annonce tendu sur le plan énergétique avec le chamboulement du marché provoqué par la guerre en Ukraine, un nouveau pépin vient perturber le nouveau réacteur EPR Olkiluoto3, dont la mise en service régulière était prévue pour décembre. La poursuite de celle-ci risque en effet d’être décalée après la découverte de dommages été dans l’îlot de la turbine du réacteur. Ces dommages qui n’ont pas d’incidence sur la sécurité nucléaire selon l’opérateur finlandais TVO, risquent d’avoir « très probablement une incidence sur la poursuite de la mise en service d’Olkiluoto 3 et le début de la production régulière d’électricité ». Une estimation du calendrier doit être faite dans les prochains jours. Pour rappel, la production régulière devait commencer cet été, mais elle avait été reportée à décembre, après l’observation de « matières étrangères » dans le réchaud à vapeur de la turbine.

Arrêt des livraisons d’électricité russes

Le coup est d’autant plus rude pour la Finlande que le pays scandinave comptait sur son nouveau EPR, le plus puissant d’Europe avec une capacité de 1.600 mégawatts, pour compenser l’arrêt des livraisons d’électricité russes décidées par Moscou après l’annonce de la candidature de la Finlande à l’Otan en mai. Celles-ci représentaient environ 900 MW, soit 10% de la consommation finlandaise. Pour pallier ce manque, l’État finlandais a déjà dû actionner des centrales de réserve au fioul le mois dernier. La Suède peut par ailleurs lui fournir jusqu’à 2.400 mégawatts mais guère plus car elle est elle-même confrontée à des risques de pénurie et s’appuie régulièrement sur des centrales au fioul de réserve.

Ce nouvel incident intervient alors que le réacteur avait atteint le 30 septembre sa pleine capacité pour la première fois depuis l’annonce de sa construction en 2003.  À ce moment-là, il produisait à lui seul environ 20% de l’électricité consommée en Finlande (40% en y ajoutant les deux réacteurs existants Olkiluoto 1 et 2).  Début octobre, il restait une dizaine de tests à pleine puissance sur Olkiluoto 3, pendant lesquels le réacteur cessera périodiquement de produire durant plusieurs jours, voire semaines.

Une longue liste de déconvenues

Ce nouveau problème s’ajoute à la longue liste de déconvenues rencontrées par ce réacteur construit par le consortium franco-allemand Areva-Siemens. Celui-ci avait démarré en mars dernier avec 12 ans de retard et une longue série d’échecs et de déboires qui ont en partie expliqué la lourde restructuration d’Areva. Dès 2006, trois ans après l’annonce du lancement du chantier, des retards dans la construction de la principale conduite de refroidissement avaient déjà reporté la mise en route du réacteur à 2010-2011. L’agence finlandaise de sécurité nucléaire STUK avait ensuite demandé en 2009 plusieurs centaines améliorations du fait de « problèmes liés à la construction », ouvrant un conflit entre l’exploitant du futur réacteur, le finlandais TVO, et Areva-Siemens, avec également des critiques sur le gendarme finlandais. Après plusieurs années de litiges et de retards supplémentaires, Areva avait finalement réglé son différend avec TVO en novembre 2018, en payant une compensation de 450 millions d’euros.

Malgré ce fiasco, le soutien au nucléaire civil a progressé ces dernières années en Finlande, stimulé par les préoccupations climatiques et les tensions énergétiques mondiales. Selon un sondage paru en mai, 60% des Finlandais y sont désormais favorables, un record. Depuis l’annulation en mai du projet nucléaire d’Hanhikivi 1 du finlandais Fennovoima et du russe Rosatom, aucun nouveau projet de réacteur nucléaire n’a toutefois été lancé en dehors d’OL3.

Les déboires de l’EPR

Lancé en 1992 comme le nec plus ultra de la technologie nucléaire française, le réacteur pressurisé européen (EPR) a été conçu pour relancer l’énergie nucléaire en Europe, au lendemain de la catastrophe de Tchernobyl de 1986. Le nouveau modèle était présenté comme offrant à la fois une puissance plus élevée et une meilleure sécurité, mais sa construction s’avère un casse-tête, et pas uniquement en Finlande. En France, la construction de l’EPR de Flamanville, entamée en 2007, a, elle aussi, été affectée par des retards massifs, dus notamment à des anomalies dans le couvercle en acier et la cuve du réacteur. L’EPR a aussi été retenu pour une centrale à deux réacteurs à Hinkley Point, dans le sud-ouest de l’Angleterre, où le chantier a souffert de la pandémie de coronavirus.  La production d’électricité est actuellement planifiée pour mi-2027, au lieu de 2025 au départ. En Chine, deux EPR ont été lancés à la centrale de Taishan dans le sud-est du pays en 2019. Un des réacteurs, arrêté pendant un an pour un problème d’étanchéité, a repris sa production en août.

Par latribune.fr, publié le 19 octobre 2022 à 7h59

Photo en titre : Le réacteur avait atteint le 30 septembre sa pleine capacité pour la première fois depuis l’annonce de sa construction en 2003 (Crédits : Reuters Staff)

https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/energie-environnement/nucleaire-coup-dur-pour-la-finlande-avant-l-hiver-le-nouvel-epr-d-olkiluoto-3-a-un-enieme-probleme-937294.html

NOAM CHOMSKY : « LE SORT DE L’HUMANITÉ N’EST PAS SCELLÉ… SI NOUS AGISSONS MAINTENANT »

Bien que le capitalisme soit plus déchaîné que jamais, il existe des moyens pour assurer la transition vers un avenir durable.

Nous vivons des temps extraordinairement dangereux. L’effondrement du climat est imminent, mais les États-nations et leurs dirigeants continuent de mener des politiques fondées sur la « sécurité nationale » et la poursuite d’objectifs géopolitiques. La transition vers un paysage énergétique mondial propre et durable est entravée à la fois par de puissants intérêts liés à l’économie des combustibles fossiles et par le manque de coopération internationale. En fait, la guerre en Ukraine, qui repose entièrement sur les combustibles fossiles, ne fait pas que retarder l’action en faveur du climat, de plus elle a accru la dépendance à l’égard des sources d’énergie qui sont à l’origine du réchauffement climatique et qui empoisonnent la planète. En fait, la guerre a été une aubaine pour l’industrie des combustibles fossiles. « Fore, mon chou, fore » revient en force, et les compagnies pétrolières et gazières engrangent des bénéfices inégalés, alors que les ménages, dans le monde entier sont aux prises avec la montée en flèche des coûts énergétiques.

Certes, comme le souligne avec force Noam Chomsky dans cet entretien exclusif avec l’économiste Robert Pollin, on a aujourd’hui libéré le « capitalisme sauvage » de manière encore plus destructrice que par le passé. Pourtant, comme le souligne Pollin avec beaucoup de perspicacité, il existe des moyens de maîtriser le réchauffement climatique et de réussir la transition vers un avenir durable fondé sur des systèmes énergétiques propres (qui n’incluent pas les centrales nucléaires ou les technologies dites à émissions négatives). En fait, Chomsky et Pollin s’accordent à dire que, dans une large mesure, c’est la volonté politique qui fait obstacle à la sauvegarde de l’avenir de l’humanité et de la planète. Comme le fait remarquer Chomsky, à l’époque du réchauffement climatique, la mission de l’éducation politique est comparable à celle de la philosophie telle que décrite par Ludwig Wittgenstein : « montrer à la mouche comment sortir du piège à mouches. »

Chomsky est professeur émérite du département de linguistique et de philosophie du MIT, professeur lauréat de linguistique [Le titre de professeur lauréat est décerné aux universitaires les plus éminents en reconnaissance de leurs réalisations et de leur contribution exceptionnelle à leur domaine d’études et à leur université, NdT] et titulaire de la chaire Agnese Nelms Haury du programme sur l’environnement et la justice sociale de l’université d’Arizona. Il est l’un des chercheurs les plus fréquemment cités dans le monde et un intellectuel reconnu considéré par des millions de personnes comme un trésor national et international, Chomsky a publié plus de 150 ouvrages sur la linguistique, la pensée politique et sociale, l’économie politique, l’étude des médias, la politique étrangère des États-Unis et les affaires mondiales. Ses derniers livres sont The Secrets of Words (avec Andrea Moro ; MIT Press, 2022) (Le mystère des mots, non traduit) ; The Withdrawal : Iraq, Libya, Afghanistan, and the Fragility of U.S. Power (avec Vijay Prashad (Le repli : Irak, Libye, Afghanistan, et la fragilité de la puissance américaine, non traduit ); The New Press, 2022) ; et The Precipice : Neoliberalism, the Pandemic and the Urgent Need for Social Change (avec C. J. Polychroniou ; Haymarket Books, 2021) (Le Précipice : néolibéralisme, pandémie et urgence d’un changement social, non traduit).….

Ndlr : si cette présentation vous incite à lire la totalité de l’entretien avec Noam Chomsky (trop long pour être publié dans Nucléaire Infos mais je vous encourage à le lire), retrouvez-le in extenso en cliquant sur : https://www.les-crises.fr/noam-chomsky-le-sort-de-l-humanite-n-est-pas-scelle-si-nous-agissons-maintenant/

Source : Truthout, C.J. Polychroniou, 08-09-2022

Traduit par les lecteurs du site Les-Crises (Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus])

Publié le 18 octobre 2022

Pour en savoir plus sur chacun des 2 intervenants, Noam Chomsky et Robert Pollin, 1 clic sur leur nom vous suffira.

VIVRE AVEC LE NUCLÉAIRE : LE LONG CHEMINEMENT DES HABITANTS DE LA HAGUE, SUR FRANCE CULTURE

Depuis la catastrophe de Fukushima, le regard des habitants du Cotentin sur l’atome a changé. Mais leur attachement à la terre reste puissant. Une ambivalence dont le documentariste Bastien Lambert et l’anthropologue Sophie Houdart se font l’écho dans “L’Expérience”.

Quand elle était petite, l’anthropologue Sophie Houdart passait l’été dans la maison de vacances familiale, à l’est du Cotentin. Régulièrement, elle allait « côté La Hague » pour randonner et chercher les vagues. Avec, au-dessus des criques et des landes pentues, les murs gris de l’usine qui, depuis 1966, traite le combustible nucléaire usé. « Elle était là, mais on n’en parlait pas. » Enfant, le documentariste Bastien Lambert vivait, lui, à Saint-Lô. « Entre les réacteurs de Flamanville, l’usine de La Hague et la fosse des Casquets, où sont immergés des déchets radioactifs, la zone est l’une des plus nucléarisées au monde. Vivre là-bas suscite forcément un imaginaire catastrophique. On se racontait une histoire : si quelque chose arrivait là-haut, on inonderait les marais pour couper du continent le nord du Cotentin. »

Lecture à trois voix

Quand Bastien Lambert rencontre Sophie Houdart, fin 2020, elle lui apprend que cette légende n’existait pas que dans sa tête d’enfant : elle est citée dans le livre de la militante et pionnière Xavière Gauthier La Hague, ma terre violentée. Paru une première fois en 1981, ce texte puissant, qui articule luttes antinucléaire et féministe, a été republié au printemps dernier. L’œuvre est accompagnée d’un préambule à trois voix, fruit d’une correspondance entre Xavière Gauthier, Sophie Houdart et l’éditrice Isabelle Cambourakis. Pour cette Expérience de Bastien Lambert sur France Culture, intitulée, comme le livre, Retour à La Hague, les trois femmes lisent au micro des extraits de leurs échanges. Tissant ainsi un fil rouge intime pour ce documentaire très réussi, construit comme un chœur, composé, en plus de leurs trois voix, de celles d’habitants de La Hague récoltées pendant deux ans par le documentariste.

Par Elise Racque, publié le 17/10/2022

Photo en titre : L’usine de retraitement des déchets nucléaires installée à La Hague depuis 1966. P. Forget/SAGAPHOTO

https://www.telerama.fr/radio/vivre-avec-le-nucleaire-le-long-cheminement-des-habitants-de-la-hague-sur-france-culture-7012545.php

CRISE ÉNERGÉTIQUE : GRAVELINES HÉBERGE UNE CENTRALE NUCLÉAIRE MAIS VOIT SA FACTURE D’ÉLECTRICITÉ FLAMBER

ÉNERGIES Le maire de la commune de Gravelines, dans le Nord, lance un appel au gouvernement après avoir vu la facture d’électricité de sa ville bondir de 70 %

L’augmentation du coût de l’énergie pénalise l’ensemble des communes et des collectivités françaises.

  • Gravelines, qui abrite la plus grosse centrale nucléaire de France, n’est pas épargnée.
  • Entre explosion des prix du gaz, de l’électricité, et baisse des dotations locales et nationales, la situation financière de la ville est « difficile ».

Chacun sait ce que l’on dit des cordonniers. L’adage pourrait aussi bien s’appliquer à la commune de Gravelines, près de Dunkerque, dans le Nord. Accueillir sur son territoire la plus importante centrale nucléaire d’Europe de l’ouest n’empêchera pas la ville de voir sa facture d’électricité exploser pour l’année à venir, obligeant le conseil municipal à adopter un plan de sobriété énergétique drastique.

L’augmentation des factures énergétiques est une fatalité à laquelle se préparent toutes les collectivités françaises pour les mois, voire les années à venir. Mais à Gravelines, la pilule est d’autant plus difficile à avaler en raison de la présence des six réacteurs nucléaires de la centrale EDF sur le territoire communal. Pourtant, la règle des marchés publics s’applique aussi en matière d’énergie, et la ville vient d’attribuer, pour les trois années à venir, les marchés du gaz et de l’électricité. À la clé, un budget gaz qui passe de « 665.000 euros par an à 2,38 millions d’euros à consommations égales », détaille le maire, Bertrand Ringot. Pareil pour l’électricité, dont « le coût net en année pleine va passer de 1,36 million d’euros à 2,28 millions d’euros », poursuit l’élu.

« Revenir sur la libéralisation du marché de l’énergie »

Ces trois millions d’euros supplémentaires à dépenser, sans pour autant consommer davantage, Bertrand Ringot en aurait bien fait autre chose. « Déjà que nous devons faire face aux suppressions ou aux baisses des dotations nationales et communautaires. Là, nous nous attendions à une hausse du coût de l’énergie, mais pas à cette hauteur vertigineuse », déplore Bertrand Ringot dans une lettre adressée à ses administrés. Il reconnaît que cela met Gravelines dans « une situation financière inédite et difficile », induisant de nouvelles économies à réaliser.

Pour tâcher de réduire les factures énergétiques, la ville a donc adopté un plan de sobriété. Et le premier sacrifice consistera en la fermeture provisoire de la piscine municipale. D’autres fermetures s’ensuivront, notamment de certains équipements pendant les périodes de vacances et en période hivernale. La ville baissera de manière générale la température dans les bâtiments et équipements publics et coupera l’éclairage public entre minuit et 5 heures du matin.

Autant de mesures qui ne permettront pas à Gravelines de diviser sa consommation par deux. Alors le maire en appelle aussi à l’État : « Le gouvernement doit trouver les voies et les moyens pour atténuer les effets de cette crise », insiste Bertrand Ringot. Et, pour lui, cela doit passer par « une remise en question de la libéralisation du marché de l’énergie. »,

Par Mikaël Libert, publié le 17/10/22 à 19h11

Photo en titre : Gravelines, le 28 octobre 2010. La centrale nucléaire EDF de production d’électricité de Gravelines. Elle détient le record de production d’électricité sur 30 ans avec 1000 milliards de Kw/h. — M.LIBERT / 20 MINUTES

https://www.20minutes.fr/societe/4005822-20221017-crise-energetique-gravelines-heberge-centrale-nucleaire-voit-facture-electricite-flambee

NUCLÉAIRE: L’ALLEMAGNE VA PROLONGER LE FONCTIONNEMENT DE SES TROIS DERNIÈRES CENTRALES, SELON SCHOLZ

L’Allemagne va prolonger le fonctionnement de ses trois dernières centrales nucléaires, au moins jusqu’en avril 2023, a annoncé lundi le chancelier Olaf Scholz, dans le contexte de crise énergétique mondiale.

« Les bases légales seront créées pour permettre le fonctionnement des centrales nucléaires Isar 2, Neckarwestheim 2 et Emsland au-delà du 31 décembre 2022 et jusqu’au 15 avril 2023 », précise une lettre du chancelier au gouvernement que l’AFP a pu consulter.

Le gouvernement n’avait auparavant annoncé que le maintien de deux des trois centrales au-delà de fin 2022.

La première économie européenne s’efforce de réduire sa dépendance aux importations énergétiques russes à la suite de la guerre en Ukraine.

Le sort de la centrale d’Emsland, dans le nord de l’Allemagne, avait suscité des frictions au sein du gouvernement de coalition de M. Scholz, entre Verts anti-nucléaires et FDP libéral notamment.

Mais le chancelier a finalement tranché, sans qu’un consensus n’ait été atteint.

L’Allemagne avait initialement pour objectif de sortir du nucléaire avant fin 2022, mais la guerre en Ukraine a bouleversé ses plans.

Le gouvernement allemand a par ailleurs également décidé de prolonger l’activité de plusieurs centrales au charbon jusqu’au printemps 2024, même s’il s’est fixé comme objectif d’abandonner cette énergie en 2030.

La militante suédoise Greta Thunberg avait estimé préférable de continuer à utiliser les centrales nucléaires actuellement en activité en Allemagne plutôt que de se tourner vers le charbon, dans un récent entretien à la télévision allemande.

Par Le Monde avec AFP, publié le 17 octobre 2022 à 19h56, mis à jour le 17 octobre 2022 à 21h33

Photo en titre : La centrale d’Emsland (Basse-Saxe), le 12 janvier 2022.

https://www.lemonde.fr/international/article/2022/10/17/nucleaire-l-allemagne-va-prolonger-le-fonctionnement-de-ses-trois-dernieres-centrales_6146195_3210.html

GRÈVE DANS LES CENTRALES NUCLÉAIRES : DOIT-ON CRAINDRE UNE PÉNURIE D’ÉLECTRICITÉ CET HIVER ?

En ce jour de grève nationale, ce 18 octobre, les craintes de pénuries d’électricité persistent alors qu’EDF a repoussé le redémarrage de cinq réacteurs nucléaires.

ÉNERGIES – L’hiver vient, les pénuries aussi ? La crainte d’un manque d’électricité se profile alors qu’EDF a repoussé, le 15 octobre, le redémarrage de cinq réacteurs nucléaires dans un contexte de grève pour les salaires sur certains sites. Une contestation qui se cristallise particulièrement ce mardi 18 octobre, jour de grève nationale.

Les répercussions sur le secteur de l’énergie ne se sont pas fait attendre : EDF a actualisé la date de redémarrage de plusieurs réacteurs. Près de la moitié sont en effet à l’arrêt depuis plusieurs semaines, voire mois pour des travaux de maintenance. Ces retards concernent Cattenom 1, Cruas 2 et 3, Saint-Alban 2 et Tricastin 3 et varient d’un jour à près de trois semaines selon les réacteurs. L’énergéticien n’a cependant pas précisé dans quelle mesure ces retards étaient liés au mouvement social.

Graphique montrant l’indisponibilité des réacteurs nucléaires français.

Ce mouvement vise à faire pression sur les négociations salariales des entreprises du secteur de l’énergie et notamment EDF, où une première réunion est prévue mardi. Car si les salariés du secteur réclament une hausse de salaires de 5 % brut, ils n’ont pour l’heure pas trouvé de compromis. EDF identifiait ainsi des mouvements sociaux sur six sites vendredi mais la CGT en dénombrait neuf samedis. Dans chacune de ces centrales, le syndicat recense des blocages dans les travaux programmés sur un ou plusieurs réacteurs, ainsi que parfois des baisses de puissance.

Emmanuel Macron a-t-il parlé trop vite ?

« Nous sommes aujourd’hui à 30 réacteurs sur 56 qui fonctionnent, nous allons passer dans les prochaines semaines environ 40, l’objectif est de passer à 45 en janvier », avait dit le président Emmanuel Macron dans une interview télévisée mercredi. « Cet objectif, tout indique que nous le tiendrons », a-t-il jugé. Un peu trop prématurément ?

Si cette grève n’a pas d’incidence à ce stade pour le grand public, elle pourrait « impacter le calendrier » de remise à disposition de tranches nucléaires sur le réseau, indiquait vendredi à l’AFP Claude Martin, de la FNME-CGT. En effet, la plupart des centrales en grève étant soumises à des opérations de maintenance. Les mouvements sociaux peuvent « avoir un impact sur le planning de retour en production de certains réacteurs », a indiqué une porte-parole d’EDF à l’AFP. « Pour les réacteurs en production, cela peut se traduire par des baisses de puissance temporaire », a-t-elle ajouté.

Comment le parc nucléaire français doit-il fonctionner dans les prochains mois ?

À l’approche de l’hiver c’est un problème de plus pour la France fragilisée aussi par la sécheresse de l’été qui a fait baisser sa production hydraulique. RTE, le gestionnaire du réseau, a d’ailleurs encore placé cet hiver le réseau électrique sous « vigilance renforcée ». « Nous avons perdu toutes nos marges pour répondre à la demande d’électricité », avait averti dès septembre Xavier Piechaczyk, le président du directoire dans le Parisien.

« Il y a des tranches qui sont en phase de rechargement, suite à des révisions et donc elles sont censées revenir sur le réseau rapidement, mais actuellement, la grève percute ces redémarrages », a assuré Claude Martin, qui a mis en garde sur l’incidence que cela pourrait avoir sur la quantité d’énergie disponible en France lors de la période la plus froide de l’hiver, aux mois de janvier et février.

Ça pourrait coûter (très) cher à EDF

Toutefois, malgré cette grève, les conséquences devraient être peu nombreuses puisque l’exploitation des centrales nucléaires reste très encadrée. En effet, en tant que chargée de service public, EDF a l’obligation de fournir de l’électricité aux Français et donc maintenir son activité quoi qu’il en coûte.

« Nous sommes des salariés responsables », a tenu à rassurer Sylvain Chevalier, délégué syndical CGT à la centrale de Paluel, cité par Le Parisien. « Il n’est pas question de faire peser un quelconque danger sur l’approvisionnement du réseau, mais de taper sur le portefeuille d’EDF pour qu’il entende nos revendications. »

RTE a en effet l’obligation de maintenir une marge minimum de 2 300 mégawatts (MW), soit l’équivalent de la puissance de deux réacteurs nucléaires, entre l’offre (la production) et la demande (la consommation), rappelle La Dépêche.

Et si l’on descend en dessous de cette marge ? EDF sera contrainte d’acheter immédiatement de l’électricité sur les marchés, à un prix bien plus élevé que celui qu’il produit avec ses réacteurs. « Les actions ne pèsent donc que sur les comptes de l’entreprise », estime auprès du Parisien Thomas Plancot, représentant FNME-CGT de la division nucléaire. Ainsi, « un jour de retard sur un arrêt de tranche vaut habituellement 1 million d’euros. Au prix actuel de l’électricité, c’est 5 à 10 fois plus », poursuit-il.

Le gestionnaire du réseau RTE avait jugé en septembre le risque de tension sur le réseau électrique cet hiver « accru » mais « maîtrisable grâce à une forte mobilisation » en faveur d’économies d’énergie.

Par Le HuffPost, publié le 18/10/2022 à 11h41

Photo en titre : Photo de la centrale nucléaire de Paluel en janvier 2021). SAMEER AL-DOUMY / AFP

https://www.huffingtonpost.fr/environnement/article/greve-dans-les-centrales-nucleaires-doit-on-craindre-une-penurie-d-electricite-cet-hiver_209066.html

LOIR-ET-CHER : MOUVEMENT SOCIAL ENCLENCHÉ À LA CENTRALE NUCLÉAIRE DE SAINT-LAURENT

Suite à l’appel à la grève de la CGT, le réacteur numéro 1 de la centrale de Saint-Laurent enregistre depuis quelques heures une baisse de puissance.

La grève qui avait démarré dans les centrales nucléaires il y a trois semaines touche désormais depuis la nuit de dimanche 16 octobre à lundi 17 octobre 2022 celle de Saint-Laurent dans le Loir-et-Cher. Il s’agit d’un mouvement reconductible alors que des négociations doivent débuter mercredi au niveau national. Nicolas Thierry, secrétaire-adjoint à la CGT site 41 pour le centre nucléaire de production d’électricité de Saint-Laurent explique que cette grève intervient en raison de négociations qui piétinent.  » Nous avons péniblement obtenu 80 € par mois d’augmentation lors des accords de branche mais nous demandons 120 € supplémentaires. Pour le moment, le compte n’y est pas. « 

La CGT annonce un taux de grévistes qui atteint jusqu’à 70 % dans certaines équipes. Selon elle, les conséquences se faisaient sentir en fin de matinée puisque la puissance du réacteur numéro 1 est passée de 900 Méga watt électrique à 300. Autre impact, les interventions prévues sur le réacteur numéro 2 sont différées, de quoi remettre en question la date du 1er décembre à laquelle il était normalement prévu de le recoupler au réseau. 

Du côté de la direction, on indique que le dialogue social se poursuit et que des négociations en interne doivent s’ouvrir pour compléter les premières mesures déjà actées. Elle précise que les opérations de maintenance continuent de se dérouler sur le réacteur numéro 2 à l’arrêt depuis le jeudi 11 août mais que le mouvement ne devrait pas bousculer le planning de retour en production au 1er décembre. Elle ajoute que le réacteur numéro 1 enregistre une baisse de production.

Sans lien avec la grève, le réacteur déconnecté du réseau national

Sans aucun lien avec la grève, ce même réacteur numéro 1 a été déconnecté automatiquement du réseau national ce lundi 17 octobre 2022, à 14h05, suite à l’arrêt de la turbine située dans la partie non nucléaire de l’installation. Le réacteur a été maintenu en fonctionnement. Les équipes se sont mobilisées et la reconnexion de l’unité au réseau électrique a pu se faire aux alentours de 18 heures.

Par Henri BRISSOT, journaliste, rédaction de Blois, publié le 17/10/2022 à 16h50, mis à jour le 17/10/2022 à 18h18

Photo en titre : Le réacteur numéro 1 produit moins d’électricité suite au mouvement social à la centrale de Saint-Laurent. © Photo archives NR, Valérie Pernette

https://www.lanouvellerepublique.fr/loir-et-cher/loir-et-cher-mouvement-social-enclenche-a-la-centrale-nucleaire-de-saint-laurent

TEST EUROPÉEN (SANS LA FRANCE) DE DISSUASION NUCLÉAIRE : UN « EXERCICE DE ROUTINE », INSISTE L’OTAN

Ce lundi 17 octobre débute Steadfast Noon, un exercice européen organisé par l’Otan, et mobilisant des dizaines d’aéronefs (bombardiers, chasseurs…), pour tester « des » capacités nucléaires « au-dessus de l’Europe du Nord-Ouest ». Au total, 14 États membres de l’Organisation du traité de l’Atlantique-Nord participent à cet exercice d’ampleur, mais sans la France.

Dans un contexte de grandes tensions internationales depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie aggravées par les récentes menaces de Vladimir Poutine d’utiliser l’arme atomique, un exercice militaire d’ampleur a débuté ce lundi 17 octobre à l’initiative de l’Organisation du traité de l’Atlantique-Nord (OTAN) pour tester « des capacités de dissuasion nucléaire au-dessus de l’Europe du Nord-Ouest« .

« Des » capacités, pas « toutes les capacités », parce que, malgré la présence de 14 pays de l’Alliance à ce test international, il manquera la France, première puissance nucléaire européenne (avec environ 300 ogives) devant le Royaume-Uni (180 ogives) seul autre pays de l’UE à posséder l’arme atomique. La politique de dissuasion nucléaire de la France est en effet indépendante de celle de l’Otan.

Sortie de l’Otan en 1966 (sous la présidence de Charles de Gaulle), la France a rejoint le commandement de l’Otan en 2009 à l’initiative de Nicolas Sarkozy, mais en maintenant une indépendance de décision sur l’usage de l’arme atomique. Emmanuel Macron l’a rappelé mercredi 12 octobre, la doctrine de la dissuasion nucléaire française est de protéger « les intérêts vitaux de la France ». Sans préciser quels sont exactement ces intérêts vitaux, ce « flou stratégique » participant au « maintien d’une double crédibilité, politique et technique ».

Lire aussi : Le livre blanc de la Défense (1994, 178p)

L’Otan explicite cette indépendance comme un atout pour l’alliance :

« Les forces nucléaires stratégiques indépendantes du Royaume-Uni et de la France ont un rôle de dissuasion propre et contribuent de manière significative à la sécurité globale de l’Alliance. Les centres de décision distincts de ces Alliés contribuent à la dissuasion, en compliquant les calculs d’adversaires potentiels. »

« Aucune arme réelle ne sera utilisée»

Cet exercice de dissuasion nucléaire qui se déroule habituellement dans une relative indifférence résonne très différemment cette année depuis les menaces de Vladimir Poutine d’utiliser l’arme atomique sur le sol ukrainien.

C’est pourquoi, l’OTAN, ne pouvant ignorer que l’opération sera scrutée de près par les forces armées russes, insiste beaucoup sur ce point : il s’agit bien d’un exercice de routine, « d’une activité d’entraînement ordinaire récurrente et (qui) n’est en rien lié à l’actualité internationale ».

Et de ponctuer ainsi son communiqué, à la dernière phrase de son premier paragraphe :

« Aucune arme réelle ne sera utilisée

Des exercices mêlant B-52 et chasseurs de dernière génération

Cependant, l’opération, baptisée Steadfast Noon et qui doit durer jusqu’au 30 octobre, ne passera pas inaperçue. Elle mobilise quelque 60 aéronefs issus des nations participantes qui effectueront des vols d’entraînement dans une vaste zone aérienne comprenant non seulement le ciel de la Belgique, pays hôte de l’exercice (Steadfast Noon se déroule chaque année dans un pays membre de l’Otan différent) mais également celui de la mer du Nord et du Royaume-Uni.

Y participeront des avions de combat de quatrième et cinquième générations, ainsi que des avions de surveillance et des avions ravitailleurs, et comme les années précédentes, des strato-forteresses B-52 de l’US Air Force, qui cette année, pour rappeler leur capacité de bombardiers à long rayon d’action, décolleront directement de la base aérienne de Minot dans le Dakota du Nord, de l’autre côté de l’Atlantique.

Sans provocation mais avec fermeté

Le secrétaire général de l’Alliance atlantique, Jens Stoltenberg, a insisté pour maintenir l’exercice malgré les tensions avec la Russie.

« Ce serait un très mauvais signal si nous annulions soudainement un exercice de routine prévu de longue date en raison de la guerre en Ukraine », a-t-il expliqué la semaine dernière.

« Nous devons comprendre que le comportement ferme et prévisible de l’Otan, notre force militaire, est le meilleur moyen de prévenir une escalade », a-t-il ajouté.

L’Otan se fait également rassurante dans ce contexte, assurant n’avoir constaté aucun changement dans le dispositif nucléaire de la Russie malgré le durcissement de la rhétorique du Kremlin. « Mais nous restons vigilants », a souligné M. Stoltenberg

Par latribune.fr (avec AFP), publié le 17 octobre 022 à 14h31

Photo en titre : L’opération Steadfast Noon comprend la participation d’avions de combat de quatrième et cinquième générations, ainsi que d’appareils de surveillance et de ravitaillement. Des strato-forteresses B-52 de l’US Air Force, bombardiers à long rayon d’action, rejoindront le ciel européen directement depuis la base aérienne de Minot dans le Dakota du Nord. (Photo d’illustration : une stratoforteresse américaine B-52 de l’US Air Force au salon aéronautique Aero India, le 20 février 2019.) (Crédits : Reuters)

https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-defense/test-europeen-sans-la-france-de-dissuasion-nucleaire-un-exercice-de-routine-insiste-l-otan-937014.html

VIDÉO – AU CŒUR DE L’OPÉRATION SOUDURE DE LA CENTRALE NUCLÉAIRE DE CIVAUX

Après six mois d’entrainement, 80 soudeurs spécialisés travaillent au quotidien sur les soudures de la centrale nucléaire de Civaux, dans la Vienne, suite à la présence de microfissures dans le système de refroidissement. France Bleu vous propose de découvrir les lieux.

Dans la Vienne, la centrale nucléaire de Civaux est toujours très active malgré l’arrêt de ses deux réacteurs. Ce sont 1.600 personnes qui travaillent (habituellement 1.000 personnes en temps normal quand la centrale produit de l’électricité) en ce moment. Elles sont réparties sur deux chantiers : la visite décennale des deux tranches (500 personnes pour la maintenance) mais aussi la corrosion des tuyaux du système de refroidissement (80 ouvriers y travaillent)  ce qui représente un kilomètre de soudure sur l’ensemble de l’opération ! Des microfissures (qu’on appelle « la corrosion sous contrainte ») sont toujours en cours de résolution, ce sont elles, qui avaient entrainé l’arrêt de centrales en France. Comme convenu  les deux tranches de Civaux devraient pouvoir redémarrer au mois de janvier. Visite guidée au cœur des travaux.

Par Vincent Hulin (France Bleu Poitou), publié dimanche 16 octobre 2022 à 16h57

Photo en titre : extraite de la vidéo (4mn59s) à retrouver sur le site : https://www.francebleu.fr/infos/economie-social/video-au-coeur-de-l-operation-soudure-de-la-centrale-nucleaire-de-civaux-1665737620

LE NUCLÉAIRE N’EST DÉCIDÉMENT PAS CLAIR

À compter du 27 octobre plusieurs réunions d’informations organisées par la Commission Nationale du Débat Public (saisie par EDF et RTF ???)  procéderont à l’ouverture du « débat public » sur le programme de nouveaux réacteurs nucléaires Les dix temps forts du débat (rencontres publiques) :

  •  Le 27 octobre à Dieppe et à Paris > (Séance d’ouverture) : À quoi sert ce débat ?
  •  Le 8 novembre à Paris > Avons-nous besoin d’un nouveau programme nucléaire ?
  •  Le 22 novembre à Saclay > Qu’est-ce que l’EPR2, et peut-on faire du nucléaire autrement ?
  •  Le 1er décembre à Caen > Que s’est-il passé à Flamanville et quels enseignements en a-t-on tiré ?
  •  Le 12 décembre à Petit-Caux > Quelles conditions et conséquences du projet Penly sur le territoire et l’environnement ?
  •  Le 12 janvier au Tréport ou à Eu > Quelles conditions et conséquences du projet Penly et du programme sur le travail et l’emploi ?
  •  Les 19 & 26 janvier à Lille > Quel coût, quel financement, quelles conséquences sur les utilisateurs ?
  •  Le 2 février à Lyon > Quelle prise en compte des incertitudes climatiques et géopolitiques ?
  •  Le 16 février à Tours > Comment décider, au nom de et avec la société, sur les questions nucléaires ?
  •  Le 27 février à Rouen et à Paris > (Séance de clôture) : Que voulons-nous transmettre à l’issue de ce débat ?

Nous pourrons suivre tout ça en visio-conférence et sur inscription. RDV sur : https://www.debatpublic.fr/programme-nouveaux-reacteurs-nucleaires-et-projet-de-deux-reacteurs-epr2-penly-2981

AMITIÉS À TOUTES ET TOUS,

MOBILISONS, RÉSISTONS, TRANSFORMONS

Message reçu des Amis de la Terre MIDI PYRÉNÉES
Nous écrire : 73, chemin de Mange-Pommes, 31520 Ramonville-Saint-Agne ou midipyrenees@amisdelaterre.org
Nous téléphoner : 07 81 90 49 93
Notre site local : http://amisdelaterremp.fr
Le site national : http://www.amisdelaterre.org
L’agenda toulousain militant et participatif : http://toulouse.demosphere.eu

Ce message a été concocté à partir d’un ordinateur alimenté avec de l’électricité 100% renouvelable, locale et solidaire grâce à Enercoop Midi-Pyrénées <http://midipyrenees.enercoop.fr>. Et vous ?

ALERTE : MACRON CASSE LE DROIT DE L’ENVIRONNEMENT POUR IMPLANTER DE NOUVEAUX RÉACTEURS NUCLÉAIRES « À MARCHE FORCÉE »

Le théocrate nucléariste Emmanuel Macron annonce un « déploiement d’une stratégie à marche forcée du nucléaire »  et la remise en cause du droit de l’environnement et des procédures afin de pouvoir démarrer rapidement l’implantation de nouveaux réacteurs atomiques aux quatre coins du pays. Le fanatisme et l’obscurantisme atomiste ne supportent ni le peuple ni la démocratie tandis que le cynisme des castes dirigeantes (politiciens professionnels, patronat, hauts fonctionnaires) le dispute à la violence institutionnelle. La riposte de ceux et celles qui sont attachés à la vie et à la paix est urgente.

Le 22 septembre, à l’occasion de l’inauguration d’un parc éolien maritime à St Nazaire, l’actuel président de la République s’est assis allègrement encore une fois sur la démocratie et le débat public en annonçant le « déploiement d’une stratégie à marche forcée du nucléaire » (sic !). Pour qu’un premier nouveau réacteur nucléaire puisse être opérationnel en 2035. Même si un rapport interne de la Direction Générale de l’Énergie et du Climat dévoilé en octobre 2021 soulignait le caractère irréaliste d’un tel calendrier officiel et envisageait le couplage d’un  possible premier réacteur « vraisemblablement au plus tôt en 2040 » si une « relative maîtrise industrielle » était développée mais plutôt vers 2043, dans 23 ans.

Dans sa foulée d’entêté, le petit caporal atomisé a annoncé le détricotage des procédures du droit de l’environnement afin de permettre de démarrer la construction de premiers réacteurs (Tricastin et Le Bugey sont des sites envisagés) plus rapidement sans que la population et les instances dites compétentes n’aient le temps d’étudier les dossiers. Fi des procédures délibératives censées précéder une telle décision officielle de construction, fi du débat public sur les projets d’EPR, fi des parlementaires sur la future loi de programmation énergie-climat. Illustrant sa fébrilité il a sommé le Conseil National de la Transition Écologique de se prononcer fissa sur le projet de loi qu’il lui a soumis sept jours plus tard. Objectif : que l’Assemblée Nationale où la majorité des député-es roulent béatement et bêtement pour la nucléocratie valide ce sinistre plan.

Une monarchie technocratique noyaute et gangrène l’appareil d’État

Depuis son origine sinistre (la possession de la bombe atomique) le militarisme français et la caste de Polytechnique/École des mines ont fait de l’énergie et de l’atomisme le fait du prince. Une monarchie technocratique a noyauté depuis plus de soixante ans l’appareil d’État, bafoué la démocratie, gangréné les esprits par un discours propagandiste effréné.

Les pro-nucléaires de tous bords obnubilés par leur croyance passéiste en le dieu atome et leur ignorance crasse de la réalité n’ont cure de l’impasse économique, financière, industrielle, sanitaire et environnementale dans laquelle la vieille filière obsolète nucléaire française se débat depuis des décennies, et des fraudes et dissimulations d’incidents nucléaires. Pire: ils comptent entraîner le pays et les générations à venir dans la production de déchets radioactifs mortels, les rejets accrus de radioactivité dans l’air et l’eau qui vient à manquer, l’inadaptation de telles installations de mort aux changements climatiques (sécheresse, baisse des niveaux d’eau indispensable au refroidissement des réacteurs), la mise en danger d’autrui en implantant des installations nucléaires en zone sismique, une technologie trop lente à mettre en œuvre et énergétivore pour répondre à l’urgence climatique alors que toutes les autres énergies de substitution existent dès à présent.

Le manque de compétence et les incidents qui se multiplient minent déjà toute la vieille filière nucléaire tandis que les impacts délétères sur la santé des habitants, sur les terres agricoles et sur la chaîne alimentaire atteignent un niveau sordide. Il ne faut pas en rajouter. La construction éventuelle de nouveaux réacteurs atomiques demeure une opération lourde, extrêmement coûteuse, lente et sujette à des retards multiples. D’autant que ces investissements colossaux financiers, techniques et humains pourraient être dévolus en cinq ans à peine à une indépendance énergétique totale du pays en 100% renouvelables (géothermie, solaire thermique, hydrolien, hydraulique, solaire électrique, éolien maritime et petit éolien terrestre, biomasse,…) reposant sur une décentralisation démocratique en fonction des ressources et des besoins énergétiques régionaux.

La violence d’État est le principe de la nucléocratie et du macronnisme

En France les désirs de la nucléocratie sont des ordres mais ne font pas pour autant un projet de société viable à court, moyen et long terme. Si les gouvernements et les présidents passent, le fanatisme et le vice restent de mise. Dans le droit fil de la loi ASAP accélérant les procédures de consultation et d’autorisation, le pouvoir d’État a cassé le peu de protection régissant la protection de l’environnement, le pouvoir  entend torpiller la législation environnementale, jeter aux orties les obligations d’urbanisme pour les projets nucléaires, diminuer les études d’impacts, déroger à la « Loi Littoral » et aux réglementations de protection des espèces protégées, réduire la durée des consultations du public, autoriser le démarrage des travaux avant même la fin des enquêtes publiques. C’est la violence d’État qui est le principe de la nucléocratie et du macronnisme

Mais imposer des procédures à marche forcée et bafouer la démocratie ne peut cacher pour autant le fiasco du nucléaire en France tel l’EPR de Flamanville toujours pas en service après 12 années de retard, des erreurs de conception, des malfaçons innombrables et un coût pharaonique multiplié par 6. Tel encore les défaillances et avaries plombant les EPR « made in France » en Chine, en Finlande et en Angleterre  alors que partout ailleurs les rares pays nucléarisés sortent du nucléaire et l’arrêtent. L’aveuglément irresponsable du pouvoir et des politiciens grenouillant dans ce jus nauséabond relève d’une attitude criminelle.

À chacun et chacune, individuellement et collectivement, de s’opposer à ce sinistre avenir

L’appareil d’État et la majorité des politiciens en poste, tout comme les administrations et les pseudo « autorités indépendantes » forme une cohorte de dangereux voyous prêt à tout pour parvenir à leur fin monstrueuse. Il n’y a rien à attendre d’eux, ni écoute, ni prise en compte des arguments, ni démocratie, ni bienveillance, ni raison. Ce n’est pas une pétition ou une simple manifestation fut-elle de milliers d’opposant-es qui les fera dévier de leur stratégie fanatique. Ce n’est pas un recours en justice – forcément long et dévoreur d’énergie et d’argent – qui les fera plier.

Les responsables sont connu-es tout comme les lieux des installations mortifères et des scènes du crime nucléaire. Il s’agit à présent de prendre part à une résistance active qui porte des coups à ce diabolique adversaire. Toute l’argumentation juste et de libération de la domination nucléariste sur nos vies et sur nos territoires, les exemples de luttes des générations précédentes sont autant d’armes complémentaires pour faire capoter ces plans monstrueux. Tout cela ne se passe pas ailleurs, en d’autres pays, à des milliers de kilomètres de chez soi. Agissons avant que s’abatte en France un Tchernobyl ou un  Fukushima.

Partagez !

Par Rédaction, publié le samedi 15 octobre 2022 à 10h49

Pour retrouver cet article ainsi que le projet de loi  et l’exposé des motifs,cliquer sur

http://coordination-antinucleaire-sudest.net/2012/index.php?post/2022/10/15/Alerte_le-pouvoir-casse-le-droit-de-l-environnement-pour-implanter-de-nouveaux-reacteurs-nucleaires-sur-le-territoire

LA CORÉE DU SUD DIT S’ATTENDRE À UN ESSAI NUCLÉAIRE IMMINENT DE LA CORÉE DU NORD

Dans un rapport remis au Parlement, l’Agence nationale de renseignement évoque la possibilité que la Corée du Nord procède à un essai nucléaire entre le 16 octobre et le 7 novembre

La Corée du Sud a déclaré, dimanche, que la Corée du Nord se préparait à effectuer un essai nucléaire dans les prochains jours.

L’agence de presse locale Yonhap a rapporté citant un responsable du bureau présidentiel sud-coréen requérant l’anonymat, que le bureau fonctionnait en mode « urgence » en prévision d’un essai nucléaire ou d’un lancement de missile imminent de Pyongyang.

Le bureau présidentiel a déclaré que la Corée du Nord étendait ses « provocations militaires » qui incluent l’accélération de l’armement nucléaire, le lancement de missiles balistiques à courte portée, le vol d’avions de guerre au-dessus de la frontière et le lancement de missiles vers des zones tampons à la frontière intercoréenne.

Le bureau prévoit que toutes ces procédures pourraient être suivies « du septième essai nucléaire » à la fin.

Yonhap a souligné que l’Agence nationale de renseignement sud-coréenne, a déclaré, dans un précédent rapport soumis au Parlement, qu’il est possible que la Corée du Nord procède à un essai nucléaire pendant la période du 16 octobre au 7 novembre.

Des informations locales indiquent la Corée du Nord est proche de l’achèvement de ses préparatifs pour un essai nucléaire avec le redémarrage de l’installation nucléaire de Bung kiri dans la province du Hamgyong du Nord, selon l’agence.

Le 10 septembre, Pyongyang a adopté une nouvelle loi permettant à ses militaires de mener des attaques nucléaires « préemptives » pour se protéger.

*Traduit de l’arabe par Wejden Jlassi

Par Mohammed Hamood Ali Al Ragawi, publié le 16.10.2022

https://www.aa.com.tr/fr/monde/la-cor%C3%A9e-du-sud-dit-s-attendre-%C3%A0-un-essai-nucl%C3%A9aire-imminent-de-la-cor%C3%A9e-du-nord/2712963

FRANCE/EDF: UN TIERS DES RÉACTEURS NUCLÉAIRES TOUCHÉS PAR UNE GRÈVE

Un tiers des 18 centrales nucléaires d’EDF étaient concernés vendredi soir par une grève à l’appui de revendications salariales, a déclaré samedi un porte-parole du groupe énergétique public français, ce qui va encore retarder les travaux de maintenance des réacteurs.

« Six sites (ont été) impactés par des mouvements sociaux hier soir, 5 réacteurs ont fait l’objet de mises-à-jour sur leur date de redémarrage« , a-t-il dit.

Cela a entraîné le report de la date de redémarrage de cinq réacteurs actuellement en maintenance d' »un à plusieurs jours« , a-t-il ajouté.

L’énergie nucléaire représentait plus des deux tiers de la production totale d’électricité de la France en 2021, selon les données du gestionnaire de réseau RTE.

D’après des modèles réalisés par le CSE central d’EDF, il devrait manquer en moyenne entre 5 et 15 gigawatts (GW) de capacité d’énergie en cas de pic de consommation cet hiver.

La France devra acheter de l’électricité sur le marché cet hiver ou la produire à partir du gaz, et rien ne garantit, au regard de la crise énergétique en Europe, que les pays voisins seront en mesure de lui vendre leur électricité, a déclaré le représentant du CSE Philippe Page le Merour.

Vendredi, Virginie Neumayer, déléguée syndicale FNME-CGT (Fédération nationale des mines et de l’énergie), a indiqué que les travaux de maintenance sur neuf réacteurs nucléaires en France, répartis sur cinq sites, avaient de nouveau été retardés en raison de mouvements de grève.

Par Claude Chendjou, avec Mathieu Rosemain, © Reuters 2022, publié le 15/10/2022 à 17h24

Source : Zone Bourse

https://www.zonebourse.com/cours/action/ELECTRICITE-DE-FRANCE-4998/actualite/France-EDF-Un-tiers-des-reacteurs-nucleaires-touches-par-une-greve-42013713/

HOMONUCLEARUS, LE MÉDIA QUI DÉCORTIQUE LE NUCLÉAIRE FRANÇAIS

Alors que le gouvernement prévoit de construire de nouveaux réacteurs nucléaires, Reporterre est allé à la rencontre d’Homonuclearus, le site qui veut faire comprendre le nucléaire civil aux citoyens.

Paris, reportage

Paris, 3ᵉ arrondissement. Dans cette galerie d’art vide en plein Marais, deux fauteuils en cuir noir se font face ; braquées sur l’un d’eux, trois caméras et deux projecteurs. À l’extérieur, de l’autre côté des vitres de l’ancienne boutique prêtée pour l’occasion, l’équipe d’Homonuclearus a une heure d’avance et prend l’air en attendant l’ancienne ministre de l’Écologie, Barbara Pompili. David Lurinas, l’intervieweur, ainsi que Mickaël, Hugo et Alain, les trois chefs opérateurs, avalent leurs expressos.

—  « C’est un projet collectif ! » lance David Lurinas.
— « Mais tu le portes », rétorque Mickaël Royer.
— « Oui je le porte, mais c’est collectif, car le projet vit avec les interviews filmées que l’on a déjà réalisées, et pour ça on est plusieurs ! » insiste le Parisien au crâne rasé. 
—  « Oui, au sens aussi où ça [le nucléaire] nous concerne tous », ajoute Mickaël.

De la Télé libre à Fukushima

Les garçons se connaissent depuis une quinzaine d’années. Ils se sont rencontrés à la Télé libre, pureplayer « citoyen, indépendant et participatif » qui proposait alors de former les jeunes aux médias par la pratique. L’idée d’alimenter collectivement un site internet avec des articles de fond, des interviews et des films sur les enjeux de l’atome est née là-bas en 2018. « On s’est dit : “Tiens, Fukushima, c’en est où, on n’en parle plus ? Et en France, on est comment ?” », se rappelle David Lurinas. Collectivement, le projet a avorté pour plusieurs raisons, mais lui a poursuivi ses recherches : « En six mois d’enquête, je me suis dit :Je continue quoiqu’il arrive puisque ce qui se passe, c’est énorme !”  »

L’équipe d’Homonuclearus s’apprête à recevoir sa première personnalité politique depuis deux ans d’existence, Barbara Pompili, pour un entretien filmé autour de l’exercice du pouvoir. © Sarah Lefèvre / Reporterre

Comprendre comment au sein des plus hautes instances de l’État, on décide de lancer un programme de construction de six nouveaux EPR alors que le premier n’est toujours pas en marche ? Qui mieux qu’une ancienne ministre de la Transition écologique pour répondre sur la marge de manœuvre qui lui reste une fois nommée au sein d’un État entièrement dévoué à l’atome ? Après Bernard Laponche, ancien ingénieur au Commissariat à l’énergie atomique devenu antinucléaire, ou le dessinateur Étienne Davodeau, auteur de la BD Le Droit du sol, Barbara Pompili se prête ce jour-là avec attention à l’exercice de l’entretien.

« La vraie question, c’est jusqu’où je vais pouvoir aller ? »

Ponctuelle, accompagnée de son attachée de presse, la députée de la majorité présidentielle demande à David de lui rappeler exactement « de quoi il s’agit » : « Nous sommes un média indépendant, entre la vulgarisation journalistique et les travaux de recherche. Et vous êtes la première femme politique que l’on invite. Nous avons envie de vous interroger sur l’exercice du pouvoir en matière de nucléaire. » « La vraie question, c’est jusqu’où je vais pouvoir aller ? » rebondit-elle tout sourire.

Les quinze pages de questions police 11 annotées sur les genoux, David Lurinas lance l’entretien en s’adressant à la rapporteuse de 2018 pour une commission d’enquête sur les installations nucléaires : « Pourquoi avoir voulu ce rapport parlementaire visant à étudier la sureté et la sécurité des installations nucléaires en France ? »

L’ancienne ministre a répondu pendant deux heures aux questions d’Homonuclearus. © Sarah Lefèvre / Reporterre

L’interview va durer près deux heures. Elle aurait pu continuer une nuit entière. Seule l’ancienne ministre apparaîtra à l’écran. Pas David Lurinas. Nul besoin d’un visage pour incarner les enjeux du nucléaire en France. Mais quelles raisons poussent donc ce père de famille, joueur de rugby, biologiste, à effectuer un second temps plein pour bâtir de toute pièce un site dédié au nucléaire ?

L’inventaire infini de questions posées en page d’accueil du site donne un aperçu de l’ambition du projet : « Qu’avons-nous appris de Tchernobyl ? Puis de Fukushima ? Comment fonctionne une centrale nucléaire ? Les réacteurs et leurs cuves associées irremplaçables peuvent-ils tenir au-delà des quarante années d’utilisation originellement prévues ? Quelle place revêt le nucléaire face aux menaces du changement climatique et à l’épuisement des ressources fossiles ? Que penser des nouvelles installations en construction ? Quid des opérations de démantèlement en cours ? »

Homonuclearus entre dans le dur des questions techniques et dangers associés aux réacteurs nucléaires français. Unsplash / Jametlene Reskp

C’est entre minuit et 3 h du matin que ce lecteur curieux analyse, écrit puis publie ses articles, en moyenne toutes les trois semaines : « Je veux retranscrire tout ce que j’ai appris ! Je ne suis jamais allé dans un réacteur, mais je me fade assez de rapports de l’ASN [Autorité de sûreté nucléaire] et de l’IRSN [Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire] pour comprendre. Or, c’est tout ce que l’on attend d’un citoyen et c’est ça que l’on vise avec Homonuclearus, car faire des choix éclairés, c’est comprendre. »

« Comment construire des EPR2 sur la base d’une tête de série malfaçonnée et qui n’a toujours pas fait ses preuves de fonctionnement ? » ; ou encore « des vibrations existent dont les causes restent inconnues. L’ASN peut-elle assumer les conséquences de la défaillance du constructeur ? » Devant Barbara Pompili, les questions sont de plus en plus pointues et précises. Les réponses, elles, souvent très concrètes et mesurées — à côté aussi parfois, comme lorsque que le journaliste l’interpelle sur la composition de son ancien ministère, à 50 % des personnes issues des Mines, des Ponts, de Centrale. « Cette idée d’État dans l’État pose question en matière de confiance des citoyens auprès de leurs représentants. […] Avec un bureau constitué d’autant de personnes qui sortent des mêmes écoles plutôt pronucléaires, comment on interroge cet exercice du pouvoir ? »

Barbara Pompili : « Des choix ont été faits il y a un certain nombre d’années et nous en sommes les héritiers, on ne peut pas partir d’une page blanche, alors qu’est-ce qu’on fait ? » © Sarah Lefèvre / Reporterre

« L’État dans l’État ». Une allusion aux analyses de Bernard Laponche, 60 ans d’expérience dans le secteur et ancien conseiller technique sur les questions d’énergie et de sûreté auprès de la ministre de l’Environnement Dominique Voynet (1998-1999), pour qui il s’agit aujourd’hui d’envisager une sortie du nucléaire. « Bernard Laponche a découvert à quel point tu te bats contre l’État quand tu te bats contre le nucléaire », résume David Lurinas avant d’enchérir : « Au tout début de mes recherches, j’ai rencontré des chercheurs de l’École des Mines et même eux disent que le fait de travailler dans un Centre de recherche sur les risques et les crises au sein de ParisTech dérange leurs pairs, qu’ils sont perçus comme des iconoclastes, voire des provocateurs. »

Éclairer l’opacité

Non loin de la galerie, David Lurinas et Mickaël Royer, l’un des cadreurs, débriefent l’entretien avec Barbara Pompili. À l’évocation du manque de transparence et de l’absence de démocratie dans le processus de décision énergétique en France, Mickaël relance la machine avec un secret de famille. Il y a plusieurs années, le documentariste a découvert de vieilles photos des essais nucléaires en Polynésie française dans un tiroir de son défunt grand-père : « Je pensais qu’il était ingénieur au CEA, mais non, il était bien plus que ça ! Le patriarche que j’ai connu au bout de la table n’a rien laissé à ses enfants. Il n’a rien dit. Il est parti avec tous ses secrets et ma grand-mère aussi. »

Mickaël a appris très tard, avec Homonuclearus, que Claude Fréjaques a occupé les postes de directeur de la chimie du CEA, puis de président du Centre national de la recherche scientifique, et fut l’un des principaux spécialistes scientifiques français d’un procédé d’enrichissement de l’uranium.

Avoir enfin voix au chapitre

Le tabou, le manque de transparence, la ministre balayait cette question d’un revers de main une heure plus tôt en brandissant fièrement l’existence des CLI, les Commissions locales d’information censées informer les riverains sur l’état de leurs centrales. David Lurinas, hors champ, réfute avec vigueur l’argument : « Je suis allé sur tous les sites internet des CLI de France. J’ai écrit un article dessus. Les CLI, c’est tout sauf un moyen de s’informer, il n’y a pas un site à jour ! Les informations sur les centrales nucléaires ne sont pas accessibles. C’est une honte ! Il n’y a aucun document, rien n’est propre ! »

Depuis deux ans, la plume d’Homonuclearus reçoit de nombreux courriels ou appels de confrères, de travailleuses et travailleurs du nucléaire, d’habitantes et d’habitants pour lui poser des questions ou lui envoyer des informations. Il estime à deux ou trois ans, le temps de finir le grand tour du nucléaire civil en France, avant de s’attaquer au nucléaire militaire — s’il lui reste de la force.

« Nous ne sommes plus dans les années 1970. Pendant 40 ans, nous n’avons pas eu voix au chapitre et on nous demande juste de nous conformer à un choix alors que la question se pose vraiment : n’est-on pas en train de jouer avec le feu ? »

Par Sarah Lefèvre, publié le 14 octobre 2022 à 14h49, mis à jour le 15 octobre 2022 à 13h35

https://reporterre.net/Homonuclearus-le-media-qui-decortique-le-nucleaire-francais

Note de Reporterre

… nous avons un petit service à vous demander. Chaque mois, plus d’un million de personnes font confiance au travail des journalistes de Reporterre pour se tenir informées sur l’urgence écologique. Plus de 27 000 de ces lectrices et lecteurs financent le journal par des dons. Ce soutien permet à Reporterre de rester en accès libre, sans aucune publicité, et totalement indépendant. Contrairement à de nombreux autres médias, Reporterre n’a pas d’actionnaires ni de propriétaire milliardaire. Le journal, à but non lucratif, est libre de toute influence commerciale ou politique.

Nous avons la conviction que le ravage écologique est l’enjeu principal de ce siècle. À ce titre, il nous semble que ce sujet doit être mis en avant chaque jour dans le débat public. Les articles, reportages et enquêtes que vous pouvez lire sur le site sont vitaux pour la démocratie, pour la prise de conscience écologique, et pour exiger mieux de nos dirigeants.

Tous nos articles sont en accès libre, pour tous. Nous le faisons parce que nous croyons en l’égalité de l’accès à l’information. Ainsi, davantage de personnes peuvent suivre l’actualité de l’écologie, comprendre l’impact du désastre en cours sur la population, et agir. Tout le monde peut bénéficier d’un accès à des informations de qualité, quelle que soit sa capacité à payer pour cela.

S’il y a bien un moment pour nous soutenir, c’est maintenant. Chaque contribution, grande ou petite, renforce notre capacité à porter l’écologie au cœur de l’agenda médiatique et politique, et assure notre avenir. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Si vous le pouvez, soutenez le journal avec un don mensuel. Merci.

Soutenir Reporterre

📨 S’abonner gratuitement aux lettres d’info

Abonnez-vous en moins d’une minute pour recevoir gratuitement par e-mail, au choix tous les jours ou toutes les semaines, une sélection des articles publiés par Reporterre.

S’abonner

POURQUOI LES CENTRALES NUCLÉAIRES NE SONT PAS DES ZONES DÉMILITARISÉES

En Ukraine, la guerre qui fait rage autour de la centrale nucléaire de Zaporijjia —la plus puissante centrale nucléaire d’Europe— a fait craindre le pire ces derniers mois. C’est toutefois oublier que ce n’est pas la première fois qu’un pays joue ainsi avec le feu.

C’est en Iraq qu’a eu lieu en septembre 1980 la première attaque de l’histoire contre une centrale nucléaire: deux avions iraniens avaient ciblé la centrale d’Osirak.

Depuis, Israël, la Syrie et l’Iran ont essuyé des attaques semblables, chaque fois dans le but de mettre fin à un programme, réel ou supposé, de fabrication d’une bombe atomique.

La différence, c’est qu’avant Zaporijjia, il s’agissait chaque fois d’attaques uniques, pour endommager le site ou mettre à mal une infrastructure de recherche. Alors qu’en Ukraine depuis six mois, il s’agit d’un siège par une puissance occupante, qui peut s’en servir comme moyen de pression. Dans un rapport publié le mois dernier, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) décrit la situation comme « sans précédent ».

Ça rend la situation, en un sens, encore plus alarmante, selon l’auteur américain Bennett Ramberg, parce que plus ça dure longtemps, et plus le risque d’un dérapage reste omniprésent. Mais que ça dure longtemps ou pas, poursuit-il, chacun des autres événements devrait servir d’avertissement sur la vulnérabilité des réacteurs nucléaires en temps de guerre. C’était le sujet du livre de Rambert en 1984, intitulé Nuclear power plants as weapons for the enemy. Et chacun de ces événements, écrivait-il, a été une occasion manquée de créer une entente internationale qui interdirait des attaques sur de tels sites.

Il n’existe en effet aucun traité international qui concerne spécifiquement la protection en temps de guerre des centrales nucléaires, s’inquiétait dès mars dernier le Bulletin of the Atomic Scientists.

« L’histoire souligne l’urgence » d’un tel traité, soutient cette semaine au New York Times l’auteur Bennett Ramberg. « L’échelle de la présente menace en appelle à un effort renouvelé de la communauté internationale. » Un appel qui a également été réitéré ces dernières semaines par le directeur de l’AIEA, dont une délégation avait pu se rendre à Zaporijjia cet été, et dont quatre représentants y sont retournés la semaine dernière.

On parle « d’effort renouvelé », parce que le premier appel de ce genre remonte à 1985: devant les attaques au Moyen-Orient, la rencontre annuelle de l’AIEA en avait appelé à un tel traité international. Les États-Unis s’y étaient opposés: et en 1991, au début de la première Guerre du Golfe, ils allaient à leur tour franchir ce pas, en détruisant deux réacteurs nucléaires irakiens décrits comme « opérationnels ».

Les inquiétudes allaient monter d’un cran après les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis, quand on apprendrait que la destruction d’un réacteur nucléaire avait fait partie des scénarios envisagés par les terroristes. « Si vous frappez près d’une zone habitée, vous parlez d’évacuations de masse et vous rendez le territoire invivable pendant 20 à 30 ans », déclare un ancien expert des politiques nucléaires au sein du ministère américain de la Défense, et qui a lui aussi écrit sur les menaces qui pèsent sur ces réacteurs.

Tout dépend évidemment où on frappe. Les accidents nucléaires de Three Mile Island, aux États-Unis en 1979, et de Fukushima, au Japon en 2011, ont montré qu’au contraire de ce qui s’était passé à Tchernobyl en 1986, un accident peut être contenu. Les radiations émises à Fukushima étaient 10 fois moindres qu’à Tchernobyl, parce que de meilleurs mécanismes de protection étaient en place. Et on ne compte aucun décès causé par les radiations à Fukushima, parce que le gouvernement japonais a réagi plus efficacement que le gouvernement soviétique de l’époque.

Un ajout à la Convention de Genève de 1949 sur le traitement des victimes en temps de guerre (le « Protocole II », adopté en 1977) contient une brève mention des installations associées à des « forces dangereuses », comme les barrages et les centrales nucléaires: elles ne devraient « pas faire l’objet d’attaques, même lorsqu’elles sont des objectifs militaires, si de telles attaques peuvent causer la libération de forces dangereuses et, conséquemment, des pertes sévères au sein de la population civile ». Les États-Unis ne l’ont pas ratifié et la Russie, qui l’a ratifié, pourrait alléguer que ses actions n’ont pas, pour l’instant, « libéré » de « forces dangereuses ».

Par Agence Science-Presse, publié le jeudi 13 octobre 2022 à 18h23

Photo en titre : Zaporijjia, Agence Science-Presse

https://www.sciencepresse.qc.ca/actualite/2022/10/13/pourquoi-centrales-nucleaires-ne-zones-demilitarisees

L’OTAN VA TESTER SON AVIATION DE BOMBARDEMENT NUCLÉAIRE

C’est un exercice annuel baptisé « Steadfast Noon » qui se tiendra la semaine prochaine. En cette période tendue avec Moscou, l’exercice ne passe pas inaperçu. L’OTAN va mener, entre le 17 et le 26 octobre, un exercice de dissuasion prévu de longue date et intitulé « Steadfast Noon ». Il se tiendra peu après la réunion des ministres de la Défense de l’OTAN, les 12 et13 octobre, à Bruxelles.

Quatorze États membres de l’Otan (mais pas la France) prendront part à cet exercice annuel qui intervient toutefois dans un contexte de tensions avec la Russie. En effet Moscou a averti qu’il était prêt à utiliser son arsenal nucléaire en cas de menaces directes contre son territoire. Ses forces stratégiques ont aussi repositionné des bombardiers à long rayon d’action près des frontières avec la Norvège et la Finlande, la base aérienne d’Olenya abritant désormais une douzaine de Tu-160 contre quatre au début du mois de septembre.

Une soixantaine d’avions alliés engagés

Selon l’Otan, une soixantaine d’avions alliés seront engagés mais aucun appareil prenant part à cet exercice (Tornado, F-15, F-16, B-52) ne s’approchera à moins de 1 000 km de la Russie.

Un chasseur bombardier F-16 sur la base d’Aviano en Italie. Ce type d’avion peut larguer une bombe nucléaire B-61. | U.S. AIR FORCE

L’exercice aura lieu principalement au-dessus de la Belgique et du Royaume-Uni, pays dont des bases accueillent des armes nucléaires. Actuellement, une centaine d’armes nucléaires sont disposées sur six bases de l’Otan dont celle de Lakenheath au Royaume-Uni.

La carte des sites qui abritent des armes nucléaires de l’Otan. © FAS

Pourquoi « Steadfast Noon » ?

Qu’est-ce qui se cache derrière le nom de code « Steadfast Noon » ? Le nom de code de chaque exercice de l’Otan comporte deux mots.

La première lettre du premier mot indique le commandement otanien responsable de la programmation de l’exercice :

S pour Grand Quartier général des Puissances alliées en Europe (le SHAPE)

T pour Commandement allié Transformation B pour Commandement des forces interarmées de Brunssum

N pour Commandement des forces interarmées de Naples

Un exercice STEADFAST est donc géré par le SHAPE (Supreme Headquarters Allied Powers Europe).

La première lettre du second mot précise le domaine concerné :

A pour Air L pour Land (Terre)

M pour Maritime Operations (Mer)

J pour Joint (Interarmées)

S pour Special Forces (forces spéciales)

C pour Cyberspace Operations

M pour Medical Support…

Et N ? C’est pour « Nuclear Operations ». « Steadfast Noon », c’est donc bien un exercice piloté par le SHAPE et qui porte sur la dissuasion nucléaire.

Par Ouest-France , article de Philippe CHAPLEAU, publié le 14/10/2022 à 18h17, modifié le 14/10/2022 à 18h23

Photo en titre : Un bombardier US B-52 en cours de ravitaillement au-dessus de la mer du Nord. | U.S. AIR FORCE

Pour retrouver cet article, cliquer sur : https://www.ouest-france.fr/monde/organismes-internationaux/otan/l-otan-va-tester-son-aviation-de-bombardement-nucleaire-311c742c-4bd7-11ed-9879-c1a2e97ee6a1

SAINT-LUNAIRE (35800) : DES DESSINS POUR DÉNONCER LE NUCLÉAIRE

En 2020, à l’occasion du festival Quai des Bulles, à Saint-Malo, est née une exposition : Des Bulles pour dire stop à la folie du nucléaire.

Créée par une vingtaine d’artistes venant de la bande dessinée, de l’illustration ou du dessin de presse, ils ont représenté, en quarante tableaux, leur vision du monde nucléaire. L’exposition a circulé en divers endroits de Normandie et de Bretagne. Elle revient en Côte d’Émeraude, dans la commune ce week-end.

Pendant toute sa durée, des membres du collectif Sortir du nucléaire, Pays de Saint-Malo, seront présents afin d’échanger avec les visiteurs sur la problématique du nucléaire et sur leurs actions locales.

Ce collectif s’est constitué en 2010 après la catastrophe de Fukushima au Japon et comprend des membres de partis politiques, d’associations, ainsi que des particuliers. À l’heure où la menace nucléaire plane de manière inquiétante au-dessus d’un pays européen, certains des tableaux exposés abordent ce thème, précise Gilles Dupont, membre du collectif.

Pour clôturer l’exposition, dimanche, à 18 h, le film L’été nucléaire, de Gaël Lépingle (durée : 1 h 25, drame, thriller), sera au programme du cinéma Le Familial.

Samedi 15 et dimanche 16 octobre, de 10 h à 12 h et de 14 h à 18 h, au centre culturel Jean-Rochefort. Entrée libre.

Par Ouest-France , publié le 14/10/2022 à 05h08

Photo en titre : Le rassemblement à Saint-Malo, le 24 octobre 2020, organisé par le collectif Sortir Du Nucléaire (SDN) Pays de Saint-Malo. | ARCHIVES OUEST-FRANCE

https://www.ouest-france.fr/bretagne/saint-lunaire-35800/des-dessins-pour-denoncer-le-nucleaire-74ddfc8f-357c-4f5f-a03a-4d4f61680adf

NUCLÉAIRE: LA GRÈVE POUR LES SALAIRES SE POURSUIT ET S’ÉTEND DOUCEMENT DANS LES CENTRALES

PARIS (awp/afp) – Les centrales nucléaires en grève pour les salaires ont reconduit vendredi leur mouvement pour le week-end, lequel semble s’étendre lentement mais sûrement, jetant une ombre sur la disponibilité du parc nucléaire pour l’hiver à venir, a-t-on appris auprès de la CGT.

Plusieurs centrales nucléaires sont confrontées depuis plusieurs semaines à des mouvements de grèves pour les salaires, parmi lesquelles Tricastin (Drôme), Cruas (Ardèche), Bugey (Ain) et Cattenom (Moselle) à laquelle s’est jointe jeudi la centrale de Gravelines (Nord), la plus puissante d’Europe de l’Ouest.

Elles ont été rejointes par la centrale de Belleville-sur-Loire (Cher) « depuis ce matin » (vendredi), a indiqué à l’AFP Virginie Neumayer, de la FNME-CGT.

Et la liste pourrait encore s’allonger à en croire Mme Neumayer, selon laquelle les équipes de deux nouveaux sites « pourraient se déclarer grévistes pendant le week-end« , en l’occurrence Paluel (Seine-Maritime) et Dampierre (Loiret).

Ce mouvement vise à faire pression sur les négociations salariales des entreprises du secteur de l’énergie et notamment EDF, où une première réunion est prévue mardi.

La CGT a en effet indiqué vendredi soir qu’elle allait signer en début de semaine l’accord de branche négocié avec le patronat, qui prévoit notamment une augmentation de 3,6% du salaire national de base sur 2022 et 2023, dont 2,3% au titre de 2023.

Sa signature suffit à ratifier un accord de branche, le seuil de représentativité de 30% étant toujours valide à ce niveau, alors qu’en entreprise, un accord majoritaire est désormais requis.

Il appartient désormais aux syndicats des entreprises de négocier des mesures complémentaires pour compenser l’inflation.

Si cette grève n’a pas d’incidence à ce stade pour le grand public et pèse essentiellement sur les finances d’EDF, elle pourrait « impacter le calendrier » de remise à disposition de tranches nucléaires sur le réseau, la plupart des centrales en grève étant soumises à des opérations de maintenance, a indiqué à l’AFP Claude Martin, de la FNME-CGT.

Ni EDF ni la CGT n’étaient en mesure d’évaluer le pourcentage de grévistes, les mouvements étant couverts par un préavis de la fédération mais décidés localement.

Ils touchent les équipes de pilotage des centrales, qui délivrent les autorisations de travail et les équipes de rechargement de combustible, « majoritairement grévistes« , selon Mme Neumayer.

« Il y a des tranches qui sont en phase de rechargement, suite à des révisions et donc elles sont censées revenir sur le réseau rapidement, mais actuellement, la grève percute ces redémarrages« , a assuré M. Martin, qui a mis en garde sur l’incidence que cela pourrait avoir sur la quantité d’énergie disponible en France lors de la période la plus froide de l’hiver, aux mois de janvier et février.

Par ngu/jbo/as, © AWP 2022, publié le 14/10/2022 à 20h50

https://www.zonebourse.com/cours/action/ELECTRICITE-DE-FRANCE-4998/actualite/Nucleaire-la-greve-pour-les-salaires-se-poursuit-et-s-etend-doucement-dans-les-42011504/

SUBSTANCES RADIOACTIVES DANS L’EAU DU ROBINET DES FRANCILIEN·NES : LE GOUVERNEMENT DOIT PRENDRE DES MESURES D’URGENCE !

Sur les mois de juin et juillet 2022, le Réseau « Sortir du nucléaire » a fait analyser toutes les semaines par le laboratoire de l’ACRO (Association pour le Contrôle de la Radioactivité dans l’Ouest) l’eau potable de Choisy-Le-Roi en région parisienne. Le résultat est sans appel : 100% des échantillons prélevés contenaient du tritium, un élément radioactif quasi inexistant à l’état naturel. Si les taux demeurent en dessous des limites de potabilité [1], cette contamination chronique pose question notamment en cas d’accident.

Des substances radioactives dans la Seine… et dans l’eau potable de millions de Francilien·nes !

En cause, la centrale de Nogent-sur-Seine, située à plus de 100 km en amont de l’usine de potabilisation de Choisy-Le-Roi, et qui rejette régulièrement dans la Seine tritium et autres pollutions chimiques et radioactives. Alors qu’à l’état naturel, ce radioélément n’est présent qu’à l’état de trace, l’activité mesurée dans l’eau potable des robinets de la ville est comprise entre 10,4 et 22,1 becquerels par litre (Bq/L). Ce chiffre n’est pas anodin, d’autant plus que, pendant la période de réalisation des analyses, seul l’un des deux réacteurs de la centrale de Nogent fonctionnait, le deuxième étant à l’arrêt pour maintenance sur les mois de juin et juillet 2022. 

Ces mesures viennent corroborer les données déjà compilées sur la période 2016-2017 par l’ACRO, qui faisaient état d’une contamination moyenne de 10 Bq/L pour Choisy-Le-Roi. La présence de tritium dans l’eau du robinet y est donc un fait depuis plusieurs années au moins.

Les habitant·es de Choisy-Le-Roi ne sont d’ailleurs pas les seul·es à boire de l’eau contaminée au tritium : l’usine de potabilisation de la ville alimente 56 communes, soit près de 2 millions d’habitant·es des banlieues sud et ouest de Paris. Si les taux de tritium relevés restent inférieurs aux seuils de potabilité (par ailleurs fixés très haut), il n’en demeure pas moins qu’il n’y a pas de seuil d’innocuité pour l’exposition à la radioactivité. 

L’île-de-France n’est pas la seule concernée

Depuis plusieurs années, le collectif « Loire et Vienne Zéro nucléaire » effectue avec l’ACRO une surveillance régulière de ces deux cours d’eau et de l’eau potable. Les taux de tritium relevés y sont encore plus élevés. Rien d’étonnant, puisque pas moins de 14 réacteurs y déversent régulièrement de l’eau contaminée ! Les communes de Châtellerault, Angers et Saint-Martin la Rivière sont particulièrement touchées avec des taux qui dépassent régulièrement les 20 Bq/L dans l’eau potable. En janvier 2019, un pic de 310 Bq/L a même été mesuré dans la Loire vers Saumur.

Cette contamination touche aussi la flore aquatique. Afin de compléter son étude, le Réseau « Sortir du nucléaire » a fait analyser par le laboratoire de la CRIIRAD (Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité) des plantes aquatiques en aval de la centrale de Golfech (Tarn-et-Garonne). Malgré l’arrêt complet d’un des deux réacteurs et la période peu propice (les algues n’ont pas encore atteint leur stade de croissance maximale à cette saison), des taux significatifs de tritium et de carbone 14 ont été détectés, ce qui confirme la contamination chronique et persistante de la Garonne par l’installation nucléaire. Contamination qui impacte aussi des villes comme Agen qui pompe son eau potable en aval de la centrale de Golfech. 

Une porosité très préoccupante en cas d’accident

La présence de tritium doit lancer l’alerte car en cas d’accident sur une centrale nucléaire, d’autres éléments radioactifs pourraient être également être rejetés. Ces résultats démontrent que dans un tel cas, l’eau potable de millions de citoyen·nes pourrait être impropre à la consommation. Et s’il peut être envisagé de ravitailler de petits villages par des camions citernes, quid de la situation dans les métropoles et, évidemment, en région parisienne ? En cas de rejets massifs à Nogent, ce sont 4 millions de Francilien·nes qui seraient exposé·es et qu’il faudrait approvisionner en eau potable… 

Le Réseau « Sortir du nucléaire » demande au Gouvernement de prendre des mesures d’urgence

Dans un courrier envoyé ce jour et co-signé par France Nature Environnement, le Réseau « Sortir du Nucléaire » interpelle Agnès Pannier-Runacher, ministre en charge de la transition énergétique et lui demande que soient menées des analyses régulières des rejets de tritium dans l’eau par un organisme indépendant. Actuellement, c’est le pollueur, c’est-à-dire EDF lui-même qui doit déclarer à l’Autorité de sûreté nucléaire toute activité volumique anormale en tritium : une aberration ! Autre demande : celle d’une étude pluraliste sur les conséquences sur la santé et sur l’environnement d’une exposition chronique aux faibles doses de tritium. 

Au-delà de ces mesures d’urgence, alors que cet été a vu se multiplier les dérogations pour permettre à certaines centrales de poursuivre leurs rejets d’eau chaude, les associations rappellent que les enjeux liés à la ressource en eau dans un contexte de changement climatique interrogent la pérennité du recours au nucléaire et imposent la remise en question des projets de construction de nouveaux réacteurs.

À consulter :

  • Rapport de l’ACRO sur le tritium dans l’eau de la Seine et à Choisy-le-Roi
  • Rapport de la CRIIRAD sur le tritium dans les plantes aquatiques de la Garonne
  • Notre courrier à Agnès Pannier-Runacher
  • Nos demandes politiques

Notes :

[1] Le code de la santé publique fixe le seuil d’investigation à 100 Becquerels/L pour le tritium

Contacts presse :

. Pauline di Nicolantonio, Réseau « Sortir du nucléaire » – 06 69 21 87 23,

. David Boilley, ACRO – 06 19 77 79 13

Chargée de communication :

Charlotte Mijeon, Réseau « Sortir du nucléaire » – 06 64 66 01 23

Publié le 14 octobre 2022

https://www.sortirdunucleaire.org/Substances-radioactives-dans-l-eau-du-robinet-des

« MIEUX VAUT PARER AU RISQUE QUE LE NUCLÉAIRE NE SOIT PAS LÀ EN 2035 EN DÉVELOPPANT L’ÉOLIEN »

Pour répondre aux besoins en énergie du pays et atteindre la neutralité carbone en 2050, Cédric Philibert estime qu’il faut s’appuyer sur les énergies renouvelables, l’éolien notamment, sans s’appuyer sur un développement incertain du nucléaire. (Cédric Philibert est consultant indépendant sur l’énergie et le climat et chercheur associé du centre énergie et climat de l’Ifri.)

Actu-Environnement : Vous critiquez la stratégie du gouvernement en matière d’éolien. Ne vous semble-t-elle pas à la hauteur ?

Cédric Philibert : Dans ce domaine, les intentions du gouvernement ne sont pas claires. Certes, il met en chantier une loi d’accélération des renouvelables. Mais après avoir donné un sérieux coup de frein à l’éolien terrestre, en reculant à 2050 l’objectif fixé pour 2030. La vision pour l’énergie présentée par Emmanuel Macron, le 10 février, à Belfort, épouse en réalité le scénario le plus nucléaire de l’étude « Futurs énergétiques 2050 » de RTE (Réseau de transport d’électricité), qui inclut 14 EPR, des Small Modular Reactor (SMR) et la prolongation de 24 000 mégawatts des parcs nucléaires actuels jusqu’en 2050.

AE : L’éolien et le nucléaire ne peuvent-ils pas se compléter ?

CP : En 2050, un certain nombre de centrales auront dépassé soixante ans. Or, si le programme industriel « Grand Carénage » en cours vise leur prolongation de quarante à cinquante ans, celle-ci n’est pas encore garantie. Encore moins jusqu’à soixante ans. Par ailleurs, d’ici à 2035, aucun nouveau réacteur nucléaire ne pourra être mis en service, sauf l’EPR de Flamanville. Or, on assiste à l’épuisement du parc. On l’a vu de façon spectaculaire avec les problèmes de corrosion sous contrainte, sur des réacteurs assez jeunes. On ne peut pas exclure que des problèmes se présentent sur les réacteurs vieillissants. Dans le même temps, on se propose d’électrifier les secteurs de consommation finale d’énergie, aujourd’hui basée sur les énergies fossiles. Cela suppose d’augmenter la consommation d’électricité, même si elle sera réduite dans d’autres secteurs. Il va falloir plus d’électricité et, dans les douze ans à venir, nous n’aurons pas d’autres sources nouvelles d’électricité bas carbone que les énergies renouvelables. Si elles n’ont pas pour origine les renouvelables, d’où pourraient-elles venir ?

AE : La situation ne changera-t-elle pas après 2035 ?

CP : Le gouvernement fait le pari que l’on pourra construire de nouveaux modèles d’EPR dans ce délai, qui reste court. Mais si l’on regarde les temps de construction des réacteurs nucléaires en France, en Finlande, au Royaume-Uni ou même en Chine, ils ont toujours été plus longs que prévu. Les difficultés rencontrées hier seront-elles toutes résolues dans la prochaine étape ? Nous n’en sommes pas sûrs. Et si ces réacteurs n’arrivent pas à temps, nous serons à nouveau en déficit d’énergie.

AE : Quelle conclusion en tirez-vous ?

CP : Dès aujourd’hui, il faudrait se caler sur les scénarios les plus ambitieux en matière d’énergie renouvelable, au moins pour les douze ans qui viennent. Cela implique de s’orienter vers un rythme d’installation beaucoup plus important. Il est absurde de reculer l’objectif fixé par la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), en France. L’Allemagne, par exemple, ambitionne d’atteindre un rythme d’installation d’éoliennes de 10 gigawatts (GW) par an en 2025.

AE : La loi d’accélération des ENR ne va-t-elle pas dans ce sens ?

CP : Ce n’est pas évident. Selon Agnès Pannier-Runacher, le rythme devrait être celui « que la société française peut supporter ». L’objectif semble même être inférieur au rythme actuel, alors qu’il faut le quadrupler en installant 4 à 5 GW par an d’éolien terrestre. Le développement de l’offshore ne compensera pas le ralentissement sur terre. Nous avons besoin des deux. Dans un scénario sans nucléaire en 2050, il nous faudrait 75 GW d’éolien terrestre, en plus du maritime. Les deux fourniraient 50 % de l’électricité. On en est à 8 % seulement.

AE : Quadrupler les capacités de l’éolien terrestre, est-ce réaliste au vu de la trajectoire actuelle ?

CP : L’Allemagne, qui possède un territoire plus petit que le nôtre, compte 28 000 éoliennes. Nous n’en avons que 10 000… Nous pouvons passer à 20 000. Certaines régions sont bien équipées, mais dans la majorité, nous sommes très loin du niveau des Hauts-de-France, par exemple. De plus, on peut aujourd’hui en construire de plus grandes, plus puissantes, avec un facteur de charge plus important, ce qui facilite leur intégration dans les systèmes.

AE : Comment surmonter les obstacles qui perdurent ?

CP : Il s‘agit surtout de freins administratifs. Les préfets ne délivrent pas les autorisations et de multiples actes administratifs donnent lieu à autant de recours. Les recours et la justice font partie de la démocratie, mais en multipliant les actes de procédures avant de délivrer une autorisation, on multiplie les occasions de recours. On n’en finit pas. La loi ENR est censée offrir des possibilités d’installations plus rapides. Mais ce qui n’est pas clair, c’est l’objectif.

AE : L’intermittence des ENR ne conduira-t-elle pas au maintien parallèle des énergies fossiles ? C’est ce que l’on reproche souvent au modèle allemand.

CP : L’Allemagne a réduit de 35 % sa consommation de charbon depuis 2010, précisément grâce aux renouvelables. À cause de la guerre en Ukraine et de la faiblesse du parc nucléaire français, elle fait aujourd’hui appel à moins de gaz et à plus de charbon. Cette situation est imposée par les circonstances. À partir de 2035 ou 2040, dans un système 100 % renouvelable, on aurait seulement besoin de centrales au gaz brûlant de l’hydrogène issu des ENR. Ce système de stockage de longue durée permettrait de passer les quelques jours ou quelques semaines où le vent et le soleil manquent. Cela représente 20 térawattheures sur un total de 645, soit 3 %. Même s’il s’agissait de gaz non renouvelable, cela ne serait pas contradictoire avec la trajectoire de réduction forte des émissions de CO2 du pays. Les centrales au gaz sont cinq à dix fois moins coûteuses en capital que le nucléaire. Nous pouvons en construire, même si c’est pour un facteur de charge faible.

AE : Vous proposez donc d’adopter le scénario 100 % renouvelable de RTE ?

CP : Parce que c’est le plus robuste, il faut commencer par aligner notre stratégie de développement des ENR sur celui-ci. Si nous disposons de nouvelles capacités nucléaires, d’ici à 2035, et que nous voulons produire moins d’ENR, nous en ferons moins… Mais mieux vaut parer au risque que le nucléaire ne soit pas là et faire comme s’il ne devait pas l’être par la suite. Il faut se mettre sur cette trajectoire que l’on amplifiera, ou pas, en 2035. EDF l’a justement dit, dans sa contribution à l’étude de RTE : « Vu le délai et les incertitudes, il n’est pas opportun de décider aujourd’hui précisément ce que devrait être le mix de production électrique en 2050. Il faut affiner les hypothèses et donc les résultats dans dix ans, en fonction du rythme de développement réel des renouvelables… » Et surtout du nucléaire, beaucoup plus incertain !

Par Nadia Gorbatko, publié le 14 octobre 2022 à 18h15

Photo en titre : Cédric Philibert

https://www.actu-environnement.com/ae/news/interview-cedreic-philibert-energie-renouvelable-nucleaire-2050-40468.php4

PRÈS DE LYON. UNE NOUVELLE CENTRALE NUCLÉAIRE POURRAIT SORTIR DE TERRE DANS CETTE COMMUNE

Ce jeudi 13 octobre, une centaine d’élus de la région et de Lyon disent « non » à l’implantation d’une future nouvelle centrale nucléaire dans l’Ain.

Bientôt une nouvelle centrale nucléaire dans le Bugey, près de Lyon ? Une enquête publique permet jusqu’au 22 octobre 2022 de se prononcer sur la modification du schéma de cohérence territoriale qui vise, entre autres, à rendre possible à terme l’accueil de deux nouveaux réacteurs nucléaires.

Une centaine d’élus à dire « non »

Ce jeudi 13 octobre, déjà 110 élus de l’Ain, de l’Isère et du Rhône notamment ont cosigné une tribune pour dénoncer la modification de ce document d’urbanisme qui permettrait l’accueil éventuel d’une nouvelle paire de réacteurs nucléaires EPR2 à Saint-Vulbas, dans le Bugey.

Nous sommes en effet opposé·e·s à cette modification car elle a, pour objectif déclaré, de permettre et faciliter l’installation d’une paire de réacteurs nucléaires EPR2. Nous refusons ces réacteurs nucléaires coûteux, polluants et très dangereux pour la population et l’environnement. Nous ne voulons pas d’un avenir avec des EPR dans nos territoires.

Élu·e·s contre EPR à Bugey

Parmi les nombreux élus cosignataires de cette tribune, on retrouve des sénateurs, adjoints aux maires, députés, conseillers municipaux et métropolitains, vice-présidents du Grand Lyon

Camille Augey, Mohamed Chihi, Chloë Vidal et Sylvain Godinot comptent parmi les adjoints au maire de Lyon qui ont signé. Grégory Doucet ne fait pas partie des 110 premiers signataires, contrairement à l’édile de Grenoble Éric Piolle et au maire du 4ème arrondissement de Lyon Rémi Zinck.

Côté Métropole de Lyon, le coprésident des Écologistes Benjamin Badouard, les vice-présidents Philippe Guelpa-Bonaro et Jean-Charles Kohlhaas ainsi que la conseillère métropolitaine Sofia Popoff disent « non » au nucléaire à Bugey. « Ceci constitue notre contribution à l’enquête publique en cours », indiquent les écologistes à l’occasion de la « journée internationale de prévention des risques ».

Par Théo Zuili, publié le 13 octobre 2022 à 15h47 

Photo en titre : Une centaine d’élus de Lyon et de la région Auvergne-Rhône-Alpes se dressent contre le projet de rendre possible l’accueil d’une nouvelle centrale nucléaire avec deux réacteurs dernière génération dans l’Ain, à Saint-Vulbas, dans la même zone que l’actuelle centrale du Bugey. (©SeeSchloss)

https://actu.fr/auvergne-rhone-alpes/saint-vulbas_01390/pres-de-lyon-une-nouvelle-centrale-nucleaire-pourrait-sortir-de-terre-dans-cette-commune_54481374.html

Message d’Actu.fr : Chaque semaine, recevez nos meilleurs articles sur l’environnement et l’écologie par email.Inscrivez-vous par ici, c’est gratuit !

LA RUSSIE POURSUIT SES FRAPPES SUR L’UKRAINE, L’OTAN RÉUNIE À BRUXELLES

KYIV/BRUXELLES, 13 octobre (Reuters) – Une quarantaine de villes ukrainiennes ont été visées par des tirs de missiles russes au cours des dernières 24 heures, a déclaré l’armée ukrainienne jeudi, au deuxième jour d’une réunion des ministres de la Défense de l’Otan consacrée au renforcement des moyens anti-aériens en Ukraine et en Europe.

Pour Moscou, cette détermination affichée par les Occidentaux à soutenir militairement Kyiv « le temps qu’il faudra » confirme que l’Otan est « partie directe au conflit« .

Plusieurs proches de Vladimir Poutine brandissent depuis plusieurs jours la menace d’une troisième guerre mondiale en cas d’adhésion de l’Ukraine à l’Otan.

« Kyiv est bien conscient qu’une telle étape signifierait à coup sûr l’escalade vers une troisième guerre mondiale« , a déclaré le vice-secrétaire du Conseil de sécurité de la Fédération russe Alexandre Venediktov, cité jeudi par l’agence officielle Tass.

Le président ukrainien Volodimir Zelensky a déposé le 30 septembre dernier une demande d’adhésion accélérée à l’Otan en réponse à l’officialisation par Vladimir Poutine de l’annexion par Moscou de quatre régions ukrainiennes, même s’il paraît improbable que l’Otan y réponde favorablement.

BOMBARDEMENTS « MASSIFS » À MYKOLAÏV

Au cours des dernières 24 heures, plus de 40 localités ukrainiennes ont été touchées par des missiles russes, tandis que les forces ukrainiennes ont mené 32 frappes sur 25 cibles russes, a déclaré l’état-major ukrainien.

La ville portuaire de Mykolaïv, dans le sud de l’Ukraine, a été la cible de bombardements massifs, selon des responsables locaux. « On sait qu’un certain nombre de cibles civiles ont été touchées« , a déclaré le gouverneur de la région, Vitali Kim.

Les deux derniers étages d’un immeuble résidentiel de cinq étages ont été totalement détruits, a-t-il dit dans un message posté sur les réseaux sociaux.

À Makariv, dans la région de Kyiv, la capitale ukrainienne, des infrastructures stratégiques ont été frappées jeudi matin par des attaques au drone menées par les forces russes, selon la présidence ukrainienne et le chef de la police régionale.

Le gouverneur de l’oblast de Kyiv, Oleksiy Kouleba, a déclaré que des drones « kamikazes » de fabrication iranienne Shahed-136 étaient à l’origine de ces frappes, alors que Téhéran nie fournir des drones à Moscou.

Des missiles ont également touché un ensemble de bâtiments et résidences, des gazoducs et des lignes électriques dans la ville de Nikopol, dans l’oblast de Dnipropetrovsk, où 2.000 foyers sont privés d’électricité, a déclaré le gouverneur régional, Valentin Reznitchenko, sur Telegram.

L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DE L’ONU CONDAMNE L’ANNEXION RUSSE

À Bruxelles, au siège de l’Otan, le chef du Pentagone, Lloyd Austin, a réaffirmé que les pays membres étaient prêts à défendre « chaque pouce du territoire de l’Alliance« , reprenant ainsi des propos du président américain Joe Biden.

Les ministres de la Défense devaient se réunir dans la journée à huis clos dans le cadre du Groupe des plans nucléaires, un organe de l’Alliance qui réfléchit aux questions spécifiques liées aux forces nucléaires, alors que Moscou a plusieurs fois évoqué la menace de recourir à tous les moyens, y compris nucléaires, pour défendre son territoire.

Parallèlement, l’Allemagne et une quinzaine d’autres pays membres de l’Otan ont signé jeudi une déclaration d’intention pour l’achat en commun de systèmes anti-aériens tels que l’Arrow 3 israélien, le Patriot américain ou l’IRIS-T allemand, afin de mieux protéger le territoire de l’Alliance contre des tirs de missiles.

À New York, l’Assemblée générale des Nations unies a voté à une forte majorité de 143 voix sur 193 pays membres une résolution condamnant l’annexion « illégale » des quatre régions ukrainiennes en partie occupées par la Russie de Louhansk, Donetsk, Kherson et Zaporijjia.

Quatre pays seulement ont imité la Russie en votant contre la résolution – Syrie, Nicaragua, Corée du Nord et Biélorussie. Trente-cinq pays se sont abstenus, parmi lesquels la Chine, partenaire stratégique de Moscou.

Bureaux de Reuters, version française Jean-Stéphane Brosse, édité par Sophie Louet, © Reuters 2022

Par Max Hunder et Sabine Siebold, publié le 13/10/2022 à 13h23

https://www.zonebourse.com/cours/devise/US-DOLLAR-RUSSIAN-ROUBL-2370597/actualite/La-Russie-poursuit-ses-frappes-sur-l-Ukraine-l-Otan-reunie-a-Bruxelles-41998985/

GRÈVE À EDF : LE REDÉMARRAGE DES RÉACTEURS NUCLÉAIRES EN ARRÊT-MAINTENANCE DE CRUAS ET TRICASTIN RETARDÉ

Alors que 25 réacteurs nucléaires français sur 56 sont actuellement à l’arrêt pour des opérations de maintenance suite notamment aux détériorations liées à l’usure et la corrosion de canalisations, les chantiers de cinq de ces réacteurs – dont Tricastin (Vaucluse-Drôme) et Cruas (Ardèche) sont impactés par une grève en soutien aux grévistes des raffineries de pétrole. Ces mouvements salariaux reposent également sur la revendication de revalorisation des salaires pour faire face à l’inflation. EDF prend acte que le redémarrage de ces réacteurs sera repoussé à une date incertaine.

L’hiver s’annonce rude pour les Français. Alors que 25 réacteurs nucléaires français sont actuellement à l’arrêt pour opérations de maintenance suite notamment à des problèmes graves de corrosion, les chantiers de cinq de ces réacteurs peuvent être impactés par une grève.  Selon les informations de l’agence de presse Reuters, ce mouvement de grève, serait à l’initiative de la Fédération syndicale CGT des Mines et de l’Énergie (FNME). Parmi les sites de maintenance à l’arrêt : Tricastin (Vaucluse-Drôme),  Cruas (Ardèche) et Bugey (Ain) qui avait déjà fait grève les 13 et 29 septembre, et le 6 octobre, pour protester contre la faible revalorisation des salaires. Les sites de Cattenom, et de Gravelines (où avait déjà eu lieu un arrêt de travail le 6 octobre 2022) ont également voté pour une grève reconductible à partir du 13 octobre (ce préavis de grève intervient juste avant le début de l’opération de maintenance sur le réacteur quatre qui devait intervenir ce vendredi 14 octobre).

La revendication des grévistes est simple : une augmentation de salaire d’au moins 5% alors que l’inflation dépasse les 6%. Au niveau de la branche, après des mois de bras de fer, le patronat des industries électriques et gazières et les syndicats sont parvenus le 6 octobre à un accord soumis à signature jusqu’à lundi, qui prévoit notamment une augmentation de 3,6 % du salaire national de base sur 2022 et 2023, dont 2,3 % au titre de 2023.  » Il n’y a « pas de tendance qui se dégage pour l’instant » de la consultation de la base par les syndicats pour savoir si cet accord sera ratifié a conclu Fabrice Coudour le secrétaire fédéral de la CGT-FNME.

« Le contexte favorise la convergence des luttes », pointe Virginie Neumayer, responsable CGT chez EDF. Ces grèves ne sont pas à la seule initiative du syndicat contestataire. En Moselle, FO a également appelé à la grève et dans la centrale du Tricastin, c’est l’ensemble des syndicats d’EDF qui sont à l’initiative du mouvement.

Pour Réseau de Transport d’Électricité (RTE), les coupures d’électricité qui pourraient survenir cet hiver sont les conséquences d’une addition de plusieurs facteurs : « dont le rythme de redémarrage des réacteurs nucléaires français. » à l’arrêt pour des opérations de maintenance ou suite à des problèmes de corrosion. La mise à l’arrêt des travaux complique fortement la production d’électricité prévue cet hiver.

Franck Redondo secrétaire F.O. du CSE, annonce que  » cette grève pourrait fortement impacter la production d’électricité de cet hiver en région Hauts-de-France » et ailleurs.  Pour Fabrice Coudour  la grève se fait dans l’intérêt des Français. « L’idée n’est pas de se mettre l’opinion publique à dos, au contraire, nous agissons dans l’intérêt des ménages. Car sans salaires décents, sans la préservation des régimes spéciaux des agents de l’énergie, le métier n’attire pas, et la réalité, c’est que nous manquons de bras. Sans un nombre de travailleurs suffisant, on ne peut pas travailler correctement pour faire en sorte que l’hiver se passe bien.« 

Lire aussi du côté de la presse:

https://www.msn.com/fr-fr/actualite/france/une-gr-c3-a8ve-perturbe-la-maintenance-de-cinq-r-c3-a9acteurs-nucl-c3-a9aires/ar-AA12STnU

https://www.midilibre.fr/2022/10/12/la-maintenance-de-5-reacteurs-affectee-en-soutien-aux-grevistes-des-raffineries-la-cgt-etend-la-greve-au-nucleaire-10730951.php

https://www.lesechos.fr/industrie-services/energie-environnement/nucleaire-la-greve-se-prolonge-chez-edf-et-accroit-les-risques-pour-cet-hiver-1868337

Par Rédaction, publié le mercredi 12 octobre 2022 à 18h34

http://coordination-antinucleaire-sudest.net/2012/index.php?post/2022/10/12/Greve-a-EDF-%3A-redemarrage-retarde-pour-es-reacteurs-en-arret-maintenance

15-16 OCTOBRE 2022: RETOUR À LA HAGUE AVEC XAVIÈRE GAUTHIER

Deux temps forts sont organisés avec Xavière Gauthier à Cherbourg et dans la Hague samedi 15 et dimanche 16 octobre.

Invitée par le collectif Stop Piscine, en lutte contre le projet d’implantation de 2 piscines de combustibles usés à La Hague, l’autrice Xavière Gauthier sera présente :

Samedi 15 octobre à 16 heures à la Librairie Les Schistes Bleus, 19 Place Henry Gréville 50100 Cherbourg-en-Cotentin (tél : 09 81 78 20 68).

Rencontre avec Xavière GAUTHIER & Isabelle CAMBOURAKIS autour de leur ouvrage: Retour à la Hague, Féminisme et Nucléaire

Dimanche 16 octobre à 14 h 30 la Salle municipale de Jobourg

Rencontre avec l’écrivaine Xavière Gauthier, l’éditrice Isabelle Cambourakis, et peut-être le réalisateur Franck Samson

Présentation par l’auteure, lecture à plusieurs voix, et bien sûr débat avec la salle autour de son livre Retour à la Hague, Féminisme et nucléaire

Projection du film de Franck Samson « Peur à fleur de peau ».

Et aussi une émission sur France Culture le 16 Octobre à 22 heures

France-CultureRetour-à-la-Hague_Annonce-diffusion

Publié le 12 octobre 2022

https://crilan.fr/category/themes/nucleaire/

NUCLÉAIRE : POURQUOI LA RECONVERSION DE LA CENTRALE DE FESSENHEIM N’A TOUJOURS PAS VU LE JOUR

La société publique, qui aurait dû aménager une vaste zone d’activités à proximité de la centrale nucléaire alsacienne, a annoncé sa dissolution prévue ce vendredi 14 octobre. La coopération franco-allemande pour la revitalisation économique de ce territoire a été un flop. Explications.

Novarhena, c’est déjà fini et l’avenir du territoire de Fessenheim apparaît de plus en plus flou. La société d’économie mixte (SEM) voulue par les collectivités territoriales françaises et allemandes et soutenue par la Caisse des Dépôts « sera dissoute le 14 octobre », a annoncé sa présidente Lara Million. Sans avoir porté aucun fruit. Créée en avril 2021, Novarhena devait « apporter une réponse à la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim », comme l’avait annoncé Frédéric Bierry, président de la Collectivité européenne d’Alsace. La SEM avait vocation à soutenir le redéploiement économique de ce territoire du sud de l’Alsace, affecté par la perte de 2.000 emplois directs et indirects.

Lire aussi : Le recyclage laborieux des combustibles usés, l’autre grande faille du nucléaire français

Mise en service en 1977, la plus ancienne centrale nucléaire de France a été déconnectée du réseau le 30 juin 2020. Elle était devenue le moteur de l’économie de la commune de Fessenheim (2.300 habitants) et de son bassin d’emploi. La promesse par EDF de créer un « technocentre » (150 emplois) pour recycler à Fessenheim ses déchets nucléaires n’a pas été confirmée. Le dossier de démantèlement déposé à l’ASN n’aboutira pas avant 2025 à un décret autorisant le début des travaux.

« Un véhicule pour rien »

En attendant, tout le territoire s’interroge. Les outils imaginés pour la relance économique n’ont pas fait la preuve de leur pertinence. Les rêves d’un développement économique conjoint franco-allemand, dans l’esprit du traité d’Aix-la-Chapelle, se sont envolés. « Il y a eu une erreur d’interprétation de la part des collectivités, qui ont créé un véhicule pour rien », reconnaît-on dans l’entourage de Jean Rottner, président du Conseil régional du Grand-Est. Cette « erreur d’interprétation » aura mobilisé 1 million d’euros en capital, apportés par le Conseil régional (25 %), la Collectivité européenne d’Alsace (19 %), la Caisse des dépôts (25 %), EDF (6,5 %), diverses collectivités allemandes (12 %). Les chambres de commerce et diverses banques régionales ont complété le solde du capital de Novarhena.

Les actionnaires prévoyaient l’aménagement d’une nouvelle zone d’activités sur 220 hectares au nord de la centrale, au bord du canal du Rhin en direction du port de Colmar-Neuf-Brisach. Cette zone Ecorhena, soumise à une procédure publique d’aménagement, est elle aussi à l’arrêt. Les études environnementales préalables ont révélé une présence inattendue, celle d’une espèce de crapaud remarquable, entraînant le blocage de tout projet sur les friches. La surface aménageable a alors été réduite à 55 hectares. Des riverains viennent de déposer un recours pour y empêcher toute exploitation. « On se retrouve avec un truc enclavé, rétréci de trois quarts. Tout cela à cause d’un crapaud, ça ressemble à une plaisanterie », s’emporte Michel Habig, ancien député du Haut-Rhin.

Lire aussi : Nucléaire : la Cour des comptes évoque des « incertitudes » sur un nouveau parc, le gouvernement maintient l’arrêt de Fessenheim

Promesses non tenues

« Novarhena a été créée pour aménager la zone Ecorhena. La SEM n’a servi à rien, sauf à cramer un demi million d’euros de capital pour payer des frais et des salaires. Il était temps d’arrêter ces dépense », tonne Raphaël Schellenberger, député (LR) du Haut-Rhin et fervent défenseur d’une relance du territoire de Fessenheim par le nucléaire. « Emmanuel Macron évoque un soutien à la technologie des petits réacteurs modulaires, les SMR. Il faudra bien qu’on installe quelque part ces démonstrateurs. Notre territoire présente tous les atouts », défend le député, auteur d’un rapport d’information sur le nucléaire présenté en commission du Développement durable et de l’Aménagement du territoire à l’Assemblée Nationale.

Des promesses non tenues et des fausses pistes ont brouillé les cartes de l’après-Fessenheim. « Cette fermeture n’entraînera aucune perte d’emploi. Il y aura un accompagnement particulier pour les sous-traitants, les commerçants, tous ceux qui vivaient avec la centrale », avait pourtant promis Élisabeth Borne, alors ministre de la Transition écologique, en amont de la mise à l’arrêt du premier réacteur en 2020.

« On a évoqué des implantations dans le photovoltaïque. Mais de tels projets prennent plusieurs années », reconnaît Lara Million, conseillère régionale et présidente de la SEM Novarhena. Le 23 septembre, dans l’hémicycle du Conseil régional, Jean Rottner a encore évoqué une piste d’implantation industrielle à Fessenheim, sous le sceau de la confidentialité. « Des acteurs industriels des filières hydrogène et biomasse ont déjà fait beaucoup de bruit pour annoncer leur arrivée potentielle à Fessenheim. Ce n’était jamais sérieux », remarque Raphaël Schellenberger.

« Je suis complètement désolé. La dissolution de la SEM va refroidir les investisseurs. Il y avait de beaux projets d’implantation en vue, dans la haute technologie, avec une marque mondiale. Le grand délire des 200 hectares post-Fessenheim est terminé », soupire déjà un proche du dossier.

Lire aussi : À Fessenheim, des projets de reconversion freinés par la faune et la flore

L’avenir corrélé à celui d’un port fluvial

L’avenir de Fessenheim est désormais lié à celui du port fluvial de Colmar-Neuf-Brisach, à une dizaine de kilomètres au nord de la centrale arrêtée. Aménagé dans les années 1960, le port assure la logistique des colis lourds des industriels (métallurgie, chaudronnerie) de la région. Il est exploité depuis deux ans en syndicat mixte par les collectivités, la chambre de commerce et le transporteur CFNR. « On a attendu un appel d’offres pour commencer l’aménagement de notre zone. Cet appel d’offres n’est jamais venu. Le syndicat mixte du port m’a finalement annoncé que la zone serait aménagée en direct. On a donc décidé d’arrêter les frais, et de dissoudre la SEM », confirme Lara Million.

L’avenir de la zone d’activités post-Fessenheim sera donc, en partie, corrélé à de la logistique fluviale. « Nous avons récupéré des surfaces additionnelles et nous les avons organisées en sept parcelles », a déjà annoncé Jean-Marc Thomas, directeur général du port. « Les trois premiers lots seront exploités directement par le port. Les quatre derniers, sur 25 hectares, seront dédiés en partie à la création de nouvelles infrastructures logistiques. Il reste donc une quinzaine d’hectares pour lesquels nous allons chercher un ou plusieurs occupants. On a des contacts dans l’industrie et les prestations de services, encore au stade confidentiel », annonce Jean-Marc Thomas.

Du côté allemand, c’est silence radio. Aucune collectivité outre-Rhin (Landkreis Breisgau-Hochschwarzwald et cinq communes) impliquée dans la SEM Novarhena n’a pris la parole pour dénoncer le gâchis. « Les Allemands n’en ont jamais voulu, c’est le fond du problème », reconnaît Jean-Marc Thomas. « Les Allemands ont pris des positions politiques relativement faibles », rappelle dans son langage diplomatique Gérard Hug, président de la Communauté de communes du pays Rhin-Brisach. « Nos amis allemands commencent à se moquer de nous », déplore Raphaël Schellenberger. Le solde des comptes de la SEM Novarhena laisse apparaître un excédent de 520.000 euros, qui sera remboursé au prorata à ses actionnaires. En dix-sept mois, le « véhicule pour rien » n’aura consommé que 480.000 euros. C’est peut-être l’unique bonne nouvelle de cet épisode de la reconversion de Fessenheim.

Lire aussi : Fessenheim : Macron refait l’histoire

Par Olivier Mirguet, publié le 13 octobre 2022 à  6h10

Photo en titre : La centrale de Fessenheim est à l’arrêt depuis le 30 juin 2022. (Crédits : Reuters)

https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/energie-environnement/pourquoi-la-reconversion-de-fessenheim-n-a-toujours-pas-vu-le-jour-936495.html

L’OTAN VA ORGANISER DES EXERCICES DE DÉFENSE NUCLÉAIRE AU-DESSUS DE LA BELGIQUE

« Un entraînement de routine » qui a lieu chaque année, hébergé par la Belgique pour cette édition, pour s’assurer de la force de dissuasion nucléaire de l’organisation transatlantique.

Au moins dix pays de l’Otan vont participer à des tests de largage d’armes nucléaires depuis la base aérienne de Kleine Brogel (Limbourg) la semaine prochaine. Environ 50 à 60 avions de plusieurs pays participeront à l’exercice, confie un membre de l’organisation à VRT NWS. Des avions de chasse F-16 belges prendront part à l’opération depuis la base flamande où sont stockées des armes nucléaires américaines, bien que cela n’ait jamais été officiellement reconnu.

Cet exercice, appelé « Steadfast Noon« , est une opération annuelle « de routine » de l’Otan « pour assurer la sûreté, la sécurité et l’efficacité de notre dissuasion nucléaire « , a précisé son secrétaire général, Jens Stoltenberg. Évidemment, les pilotes ne s’entraîneront pas avec de vraies armes. Ils devront s’entraîner à transporter les ogives des bunkers souterrains aux avions.

Chaque année un pays de l’organisation accueille l’exercice. Le pays hôte « héberge » les autres partenaires de l’Otan et y participe lui-même. L’année dernière, cela a eu lieu sur la base aérienne de Volkel aux Pays-Bas.

La Russie est au courant de cet exercice, qui n’est en aucun cas lié à la guerre en Ukraine. Jens Stoltenberg a précisé qu’annuler cette opération annuelle « enverrait un mauvais signal« .

Amélioration des défenses aériennes européennes

Ce jeudi, la Belgique rejoint 14 autres pays dans l’initiative allemande visant à améliorer les défenses aériennes européennes. En marge de la réunion de l’OTAN qui s’est tenue à Bruxelles, les ministres ont signé une lettre d’intention concernant l’initiative dite du bouclier céleste européen (ESSI). Selon la ministre de la défense Ludivine Dedonder, il s’agit d’un système européen complet de défense aérienne. « Avec cette signature, la Belgique montre une nouvelle fois sa volonté de renforcer le pilier européen au sein de l’OTAN« , a-t-elle déclaré sur Twitter.

Outre la Belgique et l’Allemagne, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, la Slovaquie, la Norvège, la Lettonie, la Hongrie, la Bulgarie, la République tchèque, la Finlande, la Lituanie, la Roumanie et la Slovénie participent également à l’ESSI. L’Estonie y participera également, ont indiqué des diplomates à l’agence de presse allemande DPA.

Le contexte de l’initiative allemande est principalement la guerre d’agression russe contre l’Ukraine. Selon l’OTAN, cela a fondamentalement changé la situation de la sécurité en Europe, rendant nécessaires des efforts supplémentaires en matière de lutte anti-aérienne. Dans le cadre de l’ESSI, entre autres, les nouveaux systèmes d’armes seront désormais acquis en commun, ce qui permettra de couvrir une vaste zone.

Le chancelier allemand Olaf Scholz avait annoncé ce plan fin août. « Toute l’Europe y gagnerait en sécurité« , avait-il alors déclaré, lors d’un discours à l’Université Charles de Prague.

Par Rédaction et Belga, publié le 13-10-2022 à 10h33, mis à jour le 13-10-2022 à 12h47

Photo en titre : ©AFP

https://www.lalibre.be/belgique/societe/2022/10/13/lotan-va-organiser-des-exercices-darmes-nucleaires-au-dessus-de-la-belgique-la-semaine-prochaine-CQETEGLHJFE33PCFBJRQHNXHMY/

EXCLUSIF : LE CHEF DU NUCLÉAIRE UKRAINIEN DÉNONCE L’AFFIRMATION RUSSE SELON LAQUELLE LA CENTRALE A BESOIN DE COMBUSTIBLE RUSSE

Le chef de la compagnie nationale ukrainienne d’énergie nucléaire a qualifié jeudi de « fake news » les affirmations russes selon lesquelles la centrale nucléaire de Zaporizhzhia, contrôlée par la Russie, aurait besoin de combustible russe.

Le chef d’Energoatom, Petro Kotin, dans une interview accordée à Reuters, a déclaré que des réserves de combustible frais sont stockées dans la centrale à six réacteurs, la plus grande d’Europe.

« Rien que pour préparer ce transfert d’un fournisseur à l’autre, il faut environ trois ans. Donc ils (la Russie) appellent cela des fake news« , a déclaré Kotin.

Par © Zonebourse avec Reuters 2022, publié le 13/10/2022 à 09h23

https://www.zonebourse.com/cours/devise/US-DOLLAR-RUSSIAN-ROUBL-2370597/actualite/Exclusif-Le-chef-du-nucleaire-ukrainien-denonce-l-affirmation-russe-selon-laquelle-la-centrale-a-bes-41995624/

FRANCE: LA MAINTENANCE DE 5 RÉACTEURS NUCLÉAIRES AFFECTÉE PAR UNE GRÈVE

PARIS (Reuters) – Un mouvement de grève affecte les travaux de maintenance en cours au niveau de cinq réacteurs nucléaires en France, a-t-on appris mercredi auprès du syndicat FNME-CGT (Fédération Nationale des Mines et de l’Énergie).

La centrale du Bugey (Ain) est notamment concernée, a-t-on appris de même source, qui ajoute que la grève n’a pas d’impact sur l’alimentation électrique des réacteurs en activité.

La FNME-CGT a envoyé un message de soutien aux grévistes des raffineries et dépôts de carburant appartenant aux groupes pétroliers TotalEnergies et Exxon Mobil, a déclaré Virginie Neumayer, déléguée syndicale.

« La menace de réquisition, qui est avant tout un signe de fébrilité du gouvernement, n’a jamais démontré son efficacité pour sortir de ce conflit« , a-t-elle dit à Reuters.

EDF n’a pas répondu dans l’immédiat à une demande de commentaire.

Reportage Forrest Crellin, version française Myriam Rivet et Laetitia Volga, édité par Kate Entringer, © Reuters 2022, publié le 12/10/2022 à 11h25

Photo en titre: Lignes électriques à haute tension  près de la centrale nucléaire de Bugey

https://www.zonebourse.com/actualite-bourse/France-La-maintenance-de-5-reacteurs-nucleaires-affectee-par-une-greve–41986695/

CENTRALE NUCLÉAIRE DE GRAVELINES : LES SALARIÉS VOTENT LA GRÈVE RECONDUCTIBLE À PARTIR DE JEUDI

Réunis en assemblée générale hier, mardi 11 octobre, les salariés de la centrale nucléaire de Gravelines ont voté pour une grève reconductible à partir du 13 octobre, veille du début des travaux de maintenance sur le réacteur 4.

Les revendications sont simples : au moins « 5% » d’augmentation de salaires. Déjà un débrayage avec un fort taux de participation de grévistes avait eu lieu le 6 octobre portant sur les mêmes revendications. 

Cette fois, réunis en assemblée générale, quelque 350 salariés ont voté pour une grève reconductible et ce à partir de jeudi 13 octobre. 

« La sûreté qui mobilisera environ 150 personnes pour être assurée, ne sera pas mise en danger, bien sûr. Mais à partir de demain, la grève sera reconductible« , explique Franck Redondo secrétaire F.O. du CSE. 

Vendredi 14 octobre, les travaux de maintenance sur le réacteur 4 doivent démarrer. « Chaque jour sans débuter ces travaux de maintenance retarde d’autant le redémarrage du réacteur 4 prévu pour la période entre Noël et l’an », explique Franck Redondo, précisant que la production d’électricité est attendue à ce moment-là pour subvenir aux besoins en électricité de la population. 

Demain, jeudi 13 octobre, des distributions de tract auront lieu et une prise de parole sur site à partir de 10h00.

Par Emmanuel Pall ,.publié le 12/10/2022 à 11h43

Photo en titre : Assemblée générale de mardi 11 octobre à la centrale de Gravelines. • © Franck Redondo

https://france3-regions.francetvinfo.fr/hauts-de-france/nord-0/gravelines/centrale-nucleaire-de-gravelines-les-salaries-votent-la-greve-reconductible-a-partir-de-jeudi-2633484.html

Vous pouvez lire aussi l’article du Midi Libre intitulé: La maintenance de 5 réacteurs affectée : en soutien aux grévistes des raffineries, la CGT étend la grève au nucléaire. Il vous suffit de cliquer sur: https://www.midilibre.fr/2022/10/12/la-maintenance-de-5-reacteurs-affectee-en-soutien-aux-grevistes-des-raffineries-la-cgt-etend-la-greve-au-nucleaire-10730951.php

 

NON, LA FRANCE N’EST PAS INDÉPENDANTE GRÂCE AU NUCLÉAIRE

L’« indépendance énergétique française » acquise grâce au nucléaire n’est qu’un mensonge d’État, prouve l’auteur de cette tribune. Le gouvernement répète ce mantra pour justifier la construction de nouveaux réacteurs.

À la demande du groupe parlementaire Les Républicains, l’Assemblée nationale devrait lancer une « commission d’enquête sur les raisons de la perte de souveraineté et d’indépendance énergétique de la France » sous les présidences de François Hollande, puis d’Emmanuel Macron.

Bonne nouvelle. On va enfin parler de la prétendue « indépendance énergétique » de la France, tant vantée par le président Macron. Lors de son discours du 8 décembre 2020 au Creusot, il affirmait en effet : « Nous avons fait le choix du nucléaire en 1973 pour gagner en indépendance énergétique et, contrairement à certaines voix que j’ai pu encore entendre récemment, la France n’a pas tout mal fait dans son passé. » Sur le site de l’Élysée, la retranscription de ce discours précisait même qu’« en générant plus de 41 % de l’énergie en France, le nucléaire nous [rendait] autonomes ». Or, c’est faux, pour une raison toute simple.

Selon l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), le taux d’indépendance énergétique d’un pays est le rapport entre sa production et sa consommation d’énergie primaire (chaleur générée par la fission nucléaire dans les réacteurs, charbon, pétrole, gaz naturel, hydraulique, énergies renouvelables). À ce jour, il le calcule toujours en utilisant une convention datant de l’époque où l’uranium des réacteurs nucléaires provenait de mines françaises (dont la dernière a fermé en 2001). La chaleur dégagée par la fission nucléaire y est apparentée à une production nationale. Sur cette base, l’Insee estimait donc à 55,5 % le taux d’indépendance énergétique de la France en 2020. Calculé à partir des données publiées par Eurostat, l’organisme statistique européen, ce taux (réel) était, pour la même année, de l’ordre de 13,5 %. Bien loin, donc, de la valeur annoncée par l’Insee et des affirmations de l’Élysée.

Autre hic : le développement à marche forcée du chauffage électrique

Parallèlement, le pays est devenu l’un des plus « thermosensibles » d’Europe à cause du chauffage électrique. Selon RTE, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité français, un degré de baisse de température extérieure augmente la puissance appelée sur le réseau de 2 400 mégawatts (MW). Ce pari sur l’électrique, une « exception française », a été encouragé, à partir de 1973, par des réglementations favorables et par des soutiens massifs d’EDF (tarification, subventions, aides techniques et commerciales aux promoteurs et installateurs, etc.).

EDF y a trouvé un moyen commode et rapide d’augmenter massivement ses ventes d’électricité pour financer son programme nucléaire. Mais les réacteurs nucléaires ne suffisant pas à fournir toute la puissance nécessaire en période froide, il faut faire fonctionner les centrales à gaz, à charbon et à fioul pour alimenter les chauffages électriques. Dans un contexte où les centrales à charbon sont bannies, où l’approvisionnement en gaz est remis en cause et où l’indisponibilité des réacteurs augmente, la dépendance aux importations d’électricité s’accroît et les risques de coupure de chauffage aussi.

L’uranium est importé en totalité depuis 2003

La France est dans un cercle vicieux de dépendances. Selon un article du Monde, l’uranium est importé en totalité depuis 2003. Et, en 2020, il provenait à 90 % de pays sous influence russe (Ouzbékistan : 26 % ; Kazakhstan : 29 %) ou chinoise (Niger : 35 %). Le reste (10 %) provient d’Australie.

Mais ce n’est pas tout. Pour alimenter les réacteurs nucléaires français, des « assemblages combustibles » sont importés d’une usine en Allemagne, alimentée en hexafluorure d’uranium par la Russie. Pour sa « chaîne d’approvisionnement et de transformation de l’uranium » la France dépend donc de ce pays vers lequel elle expédie une partie des déchets radioactifs issus du « retraitement des combustibles usés »

Relancer le nucléaire, c’est aller à rebours de l’histoire

La France est en réalité un des maillons faibles de l’Europe de l’énergie : elle ne respecte pas ses engagements d’efficacité énergétique et de part des renouvelables dans le bilan énergétique. Elle fait commerce de matières fissiles et de technologies nucléaires avec la Russie. Cela empêche très probablement toutes sanctions efficaces dans ce secteur stratégique pour le chef de guerre Poutine. Andreas Kübler, porte-parole allemand du ministère fédéral de l’Environnement, l’a regretté publiquement au moment de l’arrivée d’une cargaison d’uranium russe à l’usine de Lingen, en Allemagne. Et pour masquer son incurie, le gouvernement fait mine de vouloir accélérer le développement des énergies renouvelables. Cette gesticulation politique n’effacera pas l’indisponibilité croissante des réacteurs nucléaires : supérieure à 50 % actuellement, contre 32 % en 2020 (avec dix réacteurs complètement arrêtés toute l’année), selon le World Nuclear Industry Status Report de 2021 [1].

Devant le siège social d’EDF, en 2020. EDF a annoncé vouloir augmenter la durée de fonctionnement de la centrale nucléaire de Tricastin, qui a fêté ses 40 ans en 2021. © Réseau Sortir du nucléaire

Relancer la construction de réacteurs nucléaires aujourd’hui, au prétexte de la transition écologique, c’est pourtant aller à rebours de l’histoire et de la démocratie. C’est oublier le risque de catastrophes d’ampleur mondiale et le danger à se soumettre, à l’heure de la crise écologique, à des régimes antidémocratiques comme la Chine et la Russie, prêts à faire des centrales de potentielles cibles militaires. Sans compter la production de déchets radioactifs ingérables et la poursuite de scénarios-catastrophes puisque, en attendant les nouveaux, EDF prétend mener jusqu’à 50 ou 60 ans ses anciens réacteurs, dont la moitié est déjà hors d’usage… N’est-il pas temps d’avoir un vrai débat public sur l’ensemble des enjeux liés au nucléaire, et hors des mensonges nucléaristes ?

Par François Vallet, publié le 12 octobre 2022 à 10h11, mis à jour le 12 octobre 2022 à 14h23 (François Vallet est ingénieur en génie climatique, énergétique et environnement)

Photo en titre : M. Macron lors de son discours du Creusot, dans le centre de la France, en 2020. – © AFP / POOL / Laurent Cipriani

https://reporterre.net/Non-la-France-n-est-pas-independante-grace-au-nucleaire?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=nl_quotidienne

Message de Reporterre :

📨 S’abonner gratuitement aux lettres d’info

Abonnez-vous en moins d’une minute pour recevoir gratuitement par e-mail, au choix tous les jours ou toutes les semaines, une sélection des articles publiés par Reporterre.

S’abonner

NUCLÉAIRE. « LE COÛT RÉEL DE L’ÉLECTRICITÉ CONSOMMÉE »

Vendredi 9 septembre, un petit article au sujet de la centrale de Brennilis (Finistère) a attiré mon attention. Cela faisait déjà bien longtemps que j’avais des interrogations sur le devenir de l’unique centrale construite en Bretagne. Le démantèlement était-il terminé ? J’apprends donc que la centrale construite en 1960 est à l’arrêt depuis 1985 et que son démantèlement est toujours en cours. Il faudra encore dix-sept années supplémentaires pour le mener à son terme. Il est indiqué également que quatre-vingts personnes travaillent sur ce site.

Les pouvoirs publics n’avaient de cesse de nous dire qu’en France, nous avions une électricité avec un coût bien inférieur aux autres pays. Le coût du démantèlement est-il déjà intégré dans le coût de l’électricité ou est-il pris sur une autre ligne budgétaire, ce qui effectivement ne donnerait pas le coût réel facturé aux usagers ? Combien coûteront, à terme, les démantèlements de tous les réacteurs en activité et combien de temps faudra-t-il pour mener à bien ces opérations ?

Ma mère, née en 1932, se souvient de l’arrivée de l’électricité avant la guerre dans son village du Morbihan sur les bords de la Vilaine. Ceux du village d’à côté n’en avaient pas voulu craignant des incendies. Ils l’avaient bien regretté, il était difficile de s’approvisionner en pétrole pendant la guerre. Mais à l’époque, il y avait seulement une ou deux lampes par maison pour s’éclairer. Ils connaissaient bien la sobriété. Le miracle de la fée électricité est arrivé avec, certes, de formidables progrès et une vie plus facile pour tous. Mais au fil du temps, que de gaspillages aussi avec tous ces appareils, certains bien utiles et d’autres non indispensables. Il fallait et il faut à tout prix consommer.

Je me souviens aussi de ma grand-mère, née en 1900, qui attendait le dernier moment pour allumer. Lisant ou cousant près de la fenêtre pour bénéficier de la lumière du jour. Elle nous disait régulièrement : « Mes enfants, il ne faut pas gaspiller. » De nos jours, dans chaque foyer, combien avons-nous d’appareils électriques ? Plusieurs téléviseurs, ordinateurs, réfrigérateurs, congélateurs, etc.

Notre Président qui raillait, il y a peu, les inquiets au sujet du climat, nous parle désormais de sobriété, de la fin de l’abondance et de l’insouciance. Ce qu’il ne doit pas réellement savoir c’est que cette ère de l’abondance et de l’insouciance n’a jamais commencé pour certains de ses concitoyens. Ils doivent toujours faire attention et calculer au plus juste.

Partout, on nous parle de l’électricité comme le remède au dérèglement climatique. Certes pas de CO2, mais de nombreux déchets très toxiques à stoker pendant des milliers d’années. Et le coût de tous ces démantèlements qu’il faudra payer. Qui pourrait nous donner le coût réel de l’électricité que nous consommons (démantèlement et stockage des déchets intégrés) ?

L’énergie la moins chère et la moins nocive pour la planète est celle que nous ne consommons pas !

Article de Martine Potier-Lebéhot (Ille-et-Vilaine) publié par Ouest-France le 11/10/2022 à 05h08

Photo en titre: Le démantèlement de la centrale nucléaire de Brennilis est toujours en cours. | ARCHIVES THIERRY CREUX, OUEST-FRANCE

https://www.ouest-france.fr/medias/ouest-france/courrier-des-lecteurs/nucleaire-le-cout-reel-de-lelectricite-consommee-e9c09905-228e-4780-a8ae-3b9113521d38

NDLR: avec bientôt 60 milliards d’euros de perte, EDF  a, soit des prix de vente trop faibles (comme ceux imposés par l’ARENH), soit un prix de revient du kWh plus élevé que ce qui est dit (ce qui est le cas du nucléaire!)

ENVIRONNEMENT : GRETA THUNBERG APPELLE L’ALLEMAGNE À PRIVILÉGIER LE NUCLÉAIRE AU CHARBON

La célèbre activiste de la lutte contre le dérèglement climatique, Greta Thunberg, a expliqué dans une interview à la chaîne de télévision allemande ARD que miser sur le charbon était « une mauvaise idée« .

La militante suédoise Greta Thunberg estime préférable de continuer à utiliser les centrales nucléaires actuellement en activité en Allemagne plutôt que de les fermer pour se tourner vers le charbon. C’est en tout cas ce que l’activiste a expliqué dans un entretien à la chaîne de télévision ARD et dont des extraits sont disponibles sur Twitter. C’est une « mauvaise idée » de miser sur le charbon, a-t-elle ajouté dans cet entretien, dont l’intégralité sera diffusée mercredi 12 octobre. 

Les déclarations de Greta Thunberg interviennent dans un contexte tendu où la coalition au pouvoir formée des sociaux-démocrates, des Verts et des Libéraux est tiraillée sur les solutions à trouver pour affronter une crise énergétique sans précédent. Initialement, l’Allemagne, dont une grande partie de la population est hostile à l’atome, comptait fermer ses trois derniers réacteurs nucléaires en activité fin 2022. Mais le gouvernement d’Olaf Scholz est récemment revenu sur cette décision et a décidé de prolonger deux des trois centrales encore en activité jusqu’au printemps 2023.

Les Libéraux voudraient aller plus loin et garder en activité plus longtemps les trois centrales, comme l’a souligné le ministre allemand des Finances, Christian Lindner, qui s’est aussitôt réjoui sur Twitter des déclarations de Greta Thunberg. « Je salue les encouragements de l’initiatrice du mouvement Fridays for Future pour la position des Libéraux de maintenir en service nos centrales nucléaires« , a-t-il affirmé.

Le gouvernement allemand a par ailleurs également décidé de prolonger l’activité de plusieurs centrales à charbon jusqu’au printemps 2024, même s’il s’est fixé comme objectif d’abandonner cette énergie en 2030.

Par Jeanne Le Borgne et AFP ,  publié le 11/10/2022 à 19h00

Photo en titre : La militante suédoise Greta Thunberg. Crédit : Jonathan NACKSTRAND / AFP

https://www.rtl.fr/actu/international/environnement-greta-thunberg-appelle-l-allemagne-a-privilegier-le-nucleaire-au-charbon-7900194457

LA PROLONGATION ÉVENTUELLE DE L’ÉNERGIE NUCLÉAIRE ALLEMANDE EST MENACÉE – MINISTÈRE DE L’ÉCOLOGIE ET DU DÉVELOPPEMENT DURABLE

Le gouvernement allemand n’a pas réussi à approuver lundi un projet de loi visant à mettre en réserve deux des dernières centrales nucléaires du pays au-delà de leur arrêt progressif prévu, en raison de désaccords politiques, a déclaré le ministère de l’Économie, ce qui complique les plans énergétiques de Berlin pour l’hiver.

L’Allemagne avait prévu d’achever l’élimination progressive de l’énergie nucléaire d’ici la fin de l’année, mais l’effondrement des approvisionnements en énergie en provenance de Russie en raison de la guerre en Ukraine a incité le gouvernement à maintenir deux centrales en veille jusqu’en avril.

Mais des désaccords au sein du cabinet allemand pourraient compromettre l’éventuelle prolongation de la durée de vie de la centrale Isar II, a déclaré à Reuters un porte-parole du ministère de l’Économie.

« Cela signifie que le calendrier serré de la procédure ne pourra pas être respecté« , a déclaré le porte-parole, ajoutant que les exploitants de la centrale ont été informés du retard lundi.

La centrale nucléaire Isar II d’E.ON était censée s’arrêter pour une semaine de maintenance à partir du 21 octobre en vue d’une prolongation de sa durée de vie jusqu’en mars 2023, a déclaré la société le mois dernier après avoir signalé une fuite sur le site.

L’exploitant de la centrale a besoin de clarifier les plans du gouvernement avant de commencer la maintenance, a déclaré le porte-parole du ministère de l’Économie. « Le ministère continue à travailler sur des solutions« , a-t-elle ajouté.

La décision de lundi a été retardée en raison des objections du ministère des finances, a déclaré une source à Reuters. Le ministère est dirigé par le parti des Démocrates Libres, qui a demandé une prolongation de la durée de vie des réacteurs.

« Le ministère des finances est d’avis que la proposition de poursuivre l’exploitation de deux centrales seulement n’est pas suffisante« , a déclaré une source du ministère des finances.

Par © Zonebourse avec Reuters 2022, publié le 10/10/2022 à 20h12

https://www.zonebourse.com/cours/action/E-ON-SE-3818998/actualite/La-prolongation-eventuelle-de-l-energie-nucleaire-allemande-est-menacee-ministere-de-l-Ecologie-et-41974155/

NUCLÉAIRE, EPR DE FLAMANVILLE : L’IRSN POINTE UNE « ANOMALIE DE CONCEPTION »

Le 21 juillet 2022, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) a publié un avis sur le retour d’expérience des premiers réacteurs EPR mis en service.

Le 21 juillet 2022, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), l’expert sur lequel s’appuie l’Autorité de sûreté nucléaire, a publié un avis sur le retour d’expérience des premiers réacteurs EPR mis en service, avant le démarrage de celui de Flamanville (Manche). Et de nouveau, un défaut de conception du plenum inférieur, c’est-à-dire la partie située entre le fond de la cuve et la plaque support du cœur, est mis en évidence. Dans sa dernière édition, Le Canard Enchaîné s’en est fait l’écho, en évoquant « la nouvelle casserole d’EDF »…

« Anomalie de conception »

En novembre 2021, la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (Criirad) avait déjà lié l’endommagement des gaines de combustibles à Taishan (Chine) à un défaut de conception. 

« L’EPR a un problème de conception de sa cuve : la circulation de l’eau sous haute pression ne s’y passe pas comme prévu et entraîne des vibrations, qui usent précocement les assemblages de combustibles. » dixit Karine Herviou au Canard Enchaîné Directrice générale adjointe de l’IRSN

Dans l’avis publié en juillet, l’IRSN relève que le retour d’expérience des premiers EPR « a mis en évidence des fluctuations importantes des signaux mesurés par les chaînes neutroniques de niveau de puissance et les collectrons (1), représentatives de fluctuations de flux neutroniques ». Selon EDF, elles ont pour origine des fluctuations de débit en entrée du cœur, conduisant à des oscillations latérales des assemblages de combustibles et à des variations des jeux entre ces assemblages, ainsi que des variations de température de l’eau. En tout état de cause, estime l’IRSN, la « présence indésirable et non anticipée » de ces fluctuations « est la conséquence d’une anomalie de conception du plenum inférieur des cuves des réacteurs de type EPR ».

Dans ses conclusions, l’IRSN relève qu’EDF « doit définir et mettre en œuvre, aussi rapidement que le permet son processus de qualification, une modification matérielle pérenne permettant d’optimiser l’hydraulique dans le plenum inférieur et de limiter l’ampleur des fluctuations de débit en entrée de cœur ».

Pour l’EPR de Flamanville, EDF a déjà commandé 64 nouveaux éléments combustibles renforcés qui seront placés en périphérie d’un plan de chargement du cœur, qui comprend au total 241 assemblages. En revanche, il n’était pas question d’installer un déflecteur en fond de cuve pour éliminer les perturbations thermiques et hydrauliques. « Il n’y a pas de souci empêchant un fonctionnement du réacteur à plein régime », assurait, mi-juin, Xavier Ursat, directeur exécutif du groupe EDF en charge de l’ingénierie et des projets de nouveau nucléaire.

(1) Les chaînes neutroniques de niveau de puissance constituent une instrumentation positionnée en périphérie de la cuve, les collectrons étant eux à l’intérieur. Les deux permettent de suivre le flux neutronique.

Par Jean Lavalley, publié le 10 octobre 2022 à 12h30 par La Presse de la Manche

Photo en titre : L’IRSN pointe de nouveau une « anomalie de conception » du fond de la cuve au sein du bâtiment réacteur de l’EPR de Flamanville (Manche). (©La Presse de la Manche)

https://actu.fr/normandie/flamanville_50184/nucleaire-epr-de-flamanville-l-irsn-pointe-une-anomalie-de-conception_54375466.html

DAMPIERRE-EN-BURLY : NON-RESPECT DE LA CONDUITE À TENIR PRÉVUE PAR LES RÈGLES GÉNÉRALES D’EXPLOITATION DU RÉACTEUR 1

Le 13 juillet 2022, l’exploitant de la centrale nucléaire de Dampierre-en-Burly a déclaré à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) un évènement significatif pour la sûreté relatif au non-respect des règles générales d’exploitation (RGE) concernant l’indisponibilité du groupe électrogène à moteur diesel d’ultime secours (DUS) associé au réacteur 1.

Le DUS vient en complément de matériels et systèmes de secours déjà existants et redondants. Son rôle est de disposer d’une source d’alimentation électrique robuste face à des agressions extrêmes notamment en cas de séisme. Chaque réacteur dispose d’un DUS.

Les RGE sont un recueil de règles approuvées par l’ASN qui définissent le domaine autorisé de fonctionnement de l’installation et les prescriptions de conduite des réacteurs associées. Elles prescrivent notamment l’arrêt du réacteur sous 8 heures en cas d’indisponibilité du DUS associé.

En juin 2022, alors que le réacteur 2 de la centrale nucléaire de Dampierre-en-Burly était à l’arrêt pour sa quatrième visite décennale, des modifications ont été réalisées sur des matériels électriques. Pour effectuer ces travaux, l’exploitant a coupé l’alimentation électrique des matériels concernés et a pris des dispositions particulières sur le DUS du réacteur 2 pour éviter son démarrage intempestif. Les interventions sur le réacteur 2 ont été finalisées le 20 juin 2022.

Le 1er juillet 2022, lors d’un essai, l’exploitant a constaté l’indisponibilité du DUS du réacteur 2. Après investigations, il s’avère que les dispositions électriques prises en juin 2022 ont rendu indisponibles les DUS des deux réacteurs depuis cette date. Or, à cette date le réacteur 1 était en fonctionnement. Le DUS du réacteur 1 était donc indisponible depuis le 20 juin alors que ce réacteur était en puissance, ce qui constitue un écart aux RGE.

L’exploitant est intervenu pour retrouver la disponibilité des deux DUS dès la découverte de l’écart.

Cet événement n’a pas eu de conséquence sur les installations, les personnes et l’environnement. Néanmoins, en raison de la détection tardive par l’exploitant du non-respect des RGE, cet événement, qui a affecté la fonction support d’alimentation électrique de secours des matériels de sûreté a été classé au niveau 1 de l’échelle INES (échelle internationale des événements nucléaires et radiologiques, graduée de 0 à 7 par ordre croissant de gravité).

Des investigations complémentaires, susceptibles d’entraîner un reclassement de cet évènement sur l’échelle INES, sont en cours.

Publié le 10 octobre 2022

https://www.asn.fr/l-asn-controle/actualites-du-controle/installations-nucleaires/avis-d-incident-des-installations-nucleaires/non-respect-de-la-conduite-a-tenir-prevue-par-les-regles-generales-d-exploitation-du-reacteur-14

NUCLÉAIRE IRANIEN : ISRAËL EST EN PASSE DE RÉUSSIR À SABOTER LE JCPOA POUR DE BON

Les États-Unis et l’Iran sont tous deux à blâmer pour l’échec du renouvellement de l’accord nucléaire, mais Tel Aviv lance tous les obstacles qu’il peut pour le saboter.

Les négociations visant à rétablir le Plan d’action global conjoint (PAGC) sont toujours dans l’impasse et il y a désormais peu de chances que les États-Unis, l’Iran et les P4+1 [Anciennement P5+1, désigne les autres signataires du PAGC : la Chine, la France, l’Allemagne, la Russie et le Royaume-Uni, NdT] parviennent à un accord mutuellement satisfaisant avant les élections américaines de mi-mandat en novembre.

Selon les informations de Laura Rozen, la dernière réponse du gouvernement iranien a fait reculer encore plus les négociations, et le gouvernement israélien pense qu’il n’y aura pas d’accord à court terme. Le Premier ministre israélien Yair Lapid a déclaré la semaine dernière que son gouvernement était engagé dans une « campagne intensive » pour faire échouer l’accord, et il semble plus près que jamais d’atteindre cet objectif.

Selon la presse israélienne, le président Biden et des responsables américains auraient fait savoir à Lapid, lors de récentes conversations, que l’accord nucléaire ne serait pas rétabli dans un avenir prévisible.

Cette semaine, Lapid a posé devant l’un des chasseurs avancés F-35 qu’Israël a achetés au grand constructeur américain Lockheed Martin pour envoyer un message à l’Iran. « Il est encore trop tôt pour savoir si nous avons effectivement réussi à stopper l’accord nucléaire, mais Israël est préparé à toutes les menaces et à tous les scénarios. »

L’échec de la relance de l’accord nucléaire a été un échec conjoint des États-Unis et de l’Iran, les deux gouvernements ayant durci leurs positions au fur et à mesure que les pourparlers s’éternisaient, mais le gouvernement israélien porte également une responsabilité importante pour avoir mis des bâtons dans les roues dans sa tentative de saboter le retour des États-Unis. Le gouvernement israélien a non seulement exercé des pressions politiques à Washington pour empêcher l’administration Biden de rejoindre l’accord, mais il a également utilisé ses opérations secrètes d’assassinat et de sabotage pour rendre plus difficile le retour de l’Iran à la conformité.

Les efforts d’Israël pour saboter les négociations ont été plus fructueux que ses efforts pour saboter le programme nucléaire. Les attaques israéliennes ont eu pour effet majeur de pousser l’Iran à développer son programme nucléaire bien au-delà de ce qu’il avait fait dans le passé. En raison des attaques israéliennes visant ostensiblement à retarder les progrès de l’Iran dans ses installations nucléaires, le programme iranien s’est accéléré et a atteint de nouveaux sommets avec un enrichissement à 60 % et une coopération réduite avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).

Cette expansion a mis une pression supplémentaire sur l’administration Biden pour qu’elle n’offre aucune concession significative qui pourrait accélérer la conclusion des pourparlers. Dans le même temps, l’administration a fait tout son possible depuis un an et demi pour « rassurer » le gouvernement israélien par de fréquentes consultations et même par la vente récente d’avions-ravitailleurs dont Israël aurait besoin pour mener sa propre attaque contre l’Iran. En retour de son indulgence, l’administration Biden a été récompensée par de l’ingratitude.

Ces dernières semaines, les gouvernements européens ont fait preuve d’un regain d’optimisme en pensant que la relance de l’accord nucléaire pourrait être en vue. Il y a une semaine, le président français Emmanuel Macron a exprimé l’espoir que les pourparlers aboutissent en quelques jours, mais une fois de plus, cet espoir s’est avéré déplacé. Les responsables européens semblent être les seuls à être profondément préoccupés par l’échec possible des négociations, et si ce n’était des efforts continus des intermédiaires européens, le processus se serait déjà effondré il y a plusieurs mois.

Malheureusement, les supplications des responsables européens semblent être tombées dans l’oreille d’un sourd à Washington et à Téhéran, les deux gouvernements s’étant retranchés et refusant tout compromis. Le gouvernement iranien a également insisté pour relancer ses objections à une enquête de l’AIEA, ce qui a mis un obstacle supplémentaire et peut-être insurmontable sur la voie du rétablissement de l’accord. Si les États-Unis et l’Iran parviennent finalement à mettre leurs désaccords de côté pour le moment, la triste réalité est qu’il ne resterait probablement que deux ans à un accord nucléaire relancé avant que les États-Unis ne le renient à nouveau.

L’administration Biden a fait preuve d’un remarquable manque d’empressement à rétablir l’accord. Cela a été évident depuis le début du processus au printemps 2021, et près d’un an et demi plus tard, il n’y a toujours pas de résolution. Au lieu du retour relativement rapide et direct des États-Unis qui aurait dû se produire peu après l’entrée en fonction de Biden, l’administration Biden a opté pour une approche lente et lourde qui a gâché l’occasion de conclure l’accord avant le départ du gouvernement du président sortant Rohani.

Les États-Unis ont toujours fait porter la responsabilité de la rupture de l’accord à l’Iran plutôt que d’accepter la responsabilité d’avoir causé le problème lorsque l’administration Trump a violé les engagements américains et s’est lancée dans une guerre économique destructrice par le biais de sanctions de « pression maximale », et elle a maintenu ces sanctions en place tout au long des négociations. À chaque fois, la ligne standard de l’administration sur les relations avec l’Iran a été que « la balle est dans leur camp. »

De son côté, le gouvernement Raïssi a également tergiversé et tenté de mener une négociation plus dure que le gouvernement précédent, ce qui a contribué à l’impasse actuelle.

Même si toutes les parties semblent reconnaître que l’effondrement du JCPOA entraînerait une aggravation des tensions et peut-être même une crise sur la question nucléaire, les États-Unis n’ont pas voulu prendre de risques susceptibles de sortir de l’impasse. Le président lui-même n’a pratiquement rien dit sur le sujet, sauf lorsqu’on lui a posé des questions directes à ce sujet, et il a alors généralement fait des commentaires peu judicieux sur le recours à la force contre l’Iran en cas d’échec de la diplomatie.

L’administration ne veut pas mettre fin aux négociations, mais elle n’est pas prête à offrir à l’Iran des incitations supplémentaires qui pourraient inciter le gouvernement Raisi à abandonner ou à assouplir ses exigences actuelles. À moins de changements majeurs des deux côtés, il est de plus en plus probable que l’accord nucléaire s’effondrera, ou qu’il ne survivra que sur le papier.

Il n’y a aucun avantage à attendre la fin des élections de mi-mandat pour résoudre ces problèmes. Le rétablissement de l’accord nucléaire en septembre ou en octobre ne coûterait aucune voix au parti de Biden, et aucun enjeu au Sénat ne va dépendre du fait que Biden tienne ou non sa promesse électorale de rejoindre le JCPOA. Si l’accord n’est pas rétabli avant les élections, il restera probablement en suspens jusqu’à la nouvelle année, et il sera alors peut-être trop tard pour le sauver.

L’hypothèse selon laquelle les États-Unis ont le luxe d’attendre pour rétablir l’accord est l’une des raisons pour lesquelles la survie de l’accord ne tient plus qu’à un fil. Plus l’accord restera dans les limbes, moins le gouvernement iranien sera incité à s’y conformer à nouveau. L’Iran a reçu relativement peu d’avantages lorsque le PAGC était pleinement en vigueur, et il n’en a reçu aucun au cours des quatre dernières années et demie. La perspective de deux ans d’allègement des sanctions ne va guère susciter l’enthousiasme à Téhéran.

Les quatre dernières années ont montré à quel point les sanctions et le sabotage peuvent avoir un effet boomerang avec l’Iran lorsqu’il s’agit de restreindre son programme nucléaire. Sans la « pression maximale » et les attaques israéliennes, le programme nucléaire iranien serait beaucoup plus petit et moins avancé qu’il ne l’est aujourd’hui, et tout le monde s’en porterait mieux. Seul un accord diplomatique équitable et profitable à toutes les parties peut assurer un succès durable en matière de non-prolifération, et il n’existe pas d’autres solutions viables permettant d’atteindre le même résultat.

Il n’y a pas de meilleur moment que maintenant pour rétablir l’un des accords de non-prolifération les plus solides jamais négociés. Si les États-Unis et l’Iran ne saisissent pas cette opportunité, nous le regretterons tous.

Source : Responsible Statecraft, Daniel Larison,

Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

Publié le 10 octobre 2022

Photo en titre : Le président américain Joe Biden et le Premier ministre israélien Yair Lapid assistent à la première réunion virtuelle du groupe « I2U2 » avec les dirigeants de l’Inde et des Émirats arabes unis, à Jérusalem, le 14 juillet 2022. Reteurs/Evelyn Hockstein

Note du site « Les crises » : Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

https://www.les-crises.fr/nucleaire-iranien-israel-est-en-passe-de-reussir-a-saboter-le-jcpoa-pour-de-bon/

LE JOUR OÙ UN SOUS-MARIN SOVIÉTIQUE A PERDU DES ARMES NUCLÉAIRES AU FOND DE L’EAU

Ça arrive, même aux meilleurs.

À l’occasion des 36 ans de l’événement, Popular Mechanics revient sur le naufrage du K-219, sous-marin nucléaire lanceur d’engins de la marine soviétique, qui coula le 3 octobre 1986 au nord-est des Bermudes, causant la mort de plusieurs membres de son équipage et la perte d’un certain nombre de missiles. Ce qui devait pourtant être une simple opération de routine s’est soldée par un fiasco monumental.

S’il y a bien une leçon à retenir de la triste fin du K-219, c’est qu’il ne faut pas sous-estimer le pouvoir de l’eau salée. Celle-ci est en effet responsable de la réaction en chaîne qui a mené le sous-marin à sa perte.

En raison d’un problème d’infiltration, de l’eau de mer se fraie un chemin à l’intérieur de l’un des silos de l’appareil, et sa rencontre avec le carburant des missiles produit de l’acide nitrique. Il ne faut qu’une poignée de minutes pour que survienne une explosion qui met l’intégralité de l’équipage –et du matériel– en péril.

À lire aussi : Le principal fournisseur d’armes de l’Ukraine est désormais la Russie

Deux hommes meurent sur le coup. La coque étant perforée, le sous-marin s’enfonce peu à peu. Pas moins de vingt-cinq hommes sont pris au piège du compartiment endommagé: ils seront finalement sauvés grâce à l’ouverture d’une trappe leur permettant de quitter les lieux.

En revanche, c’est la panique concernant le réacteur nucléaire, dont l’arrêt automatique n’a visiblement pas fonctionné. Un jeune volontaire se charge d’aller l’éteindre, ce qu’il parviendra à faire avant de mourir héroïquement, asphyxié par les fumées de l’incendie qui s’était déclaré.

Les États-Unis aussi

Le 6 octobre 1986, le sous-marin achève de sombrer, finissant à 6.000 mètres de profondeur. Problème de taille: il en résulte la perte de seize ogives thermonucléaires et de deux réacteurs nucléaires.

Le chef de la marine soviétique, Vladimir Tchervanin, prévient alors des conséquences potentielles: sous l’effet de l’eau salée, les sphères métalliques renfermant des matières explosives et du plutonium vont «entamer un processus de corrosion, ce qui amènera la radioactivité à se répandre».

À écouter sur Slate Audio : Vladimir Poutine, de la virilité dominatrice à la guerre

Si Tchervanin se veut rassurant en affirmant que la radioactivité en question sera limitée, la situation des deux réacteurs nucléaires l’inquiète davantage: eux aussi vont se corroder à cause de l’eau de mer, et propager à leur tour de la radioactivité –à un niveau nettement plus élevé.

Il ajoute que «cela va se produire lentement, sur des décennies». Désastre écologique en vue, puisque le plutonium a une demi-vie de 24.000 ans, ce qui signifie que dans 240 siècles, il n’aura perdu que la moitié de son activité.

La crainte de l’URSS concerne moins les conséquences écologiques de la catastrophe que la menace des États-Unis, susceptibles de lui chiper une partie des réacteurs et des missiles laissés sur place.

Il y a tout lieu de croire que c’est effectivement ce que les Américains ont fait; en revanche, il est certain qu’il reste encore de nombreux missiles au fond de l’eau. Pour le moment, les mesures de radioactivité réalisées régulièrement indiquent des niveaux inexistants. Mais jusqu’à quand?

L’Union soviétique n’est pas la seule puissance nucléaire à avoir égaré des armes de ce type, rappelait le site National Interest en 2021. C’est apparemment arrivé plus d’une fois aux Américains: entre 1950 et 1980, trente-deux accidents liés à des armes nucléaires américaines ont été répertoriés (lancement accidentel, explosion, vol ou perte) et à ce jour, les États-Unis déplorent la perte de six de ces armes, portées disparues. Extrêmement rassurant.

La kotiidienne

Repéré par Thomas Messias sur Popular Mechanics, publié le 09/10/2022 à 19h04

Photo en titre : National Archives

https://korii.slate.fr/et-caetera/histoire-k-219-sous-marin-sovietique-naufrage-perdu-armes-nucleaires-reacteur-bermudes-eau-mer

NON À LA RÉSILIENCE ATOMIQUE !

Journée du 13 octobre 2022 dédiée à la résilience aux risques technologiques

Le Conseil Départemental, au travers des CLI, (Commissions locales d’information) propose deux expositions ouvertes au public sur la thématique du nucléaire du 10 au 21 octobre : une exposition à la maison du département à Saint-Lô, une deuxième à la mairie de La Hague. 

Le CRILAN ne saurait soutenir cette initiative départementale de la journée sur la résilience aux risques technologiques qui inclut le nucléaire.

En douceur il s’agit de nous « acculturer » à une nouvelle vie avec de possibles contaminations et radiations nucléaires, avec ou sans accident nucléaire.

Avec le concept de résilience dévoyé pour le besoin de nous soumettre aux risques nucléaires, les autorités veulent nous préparer à devoir vivre en environnement contaminé, sans broncher.

Le Cotentin est particulièrement exposé au risque d’accident nucléaire puisqu’il réunit 2 réacteurs vieillissants et un EPR en chantier et reconnu comme un fiasco. C’est aussi la plus grande concentration de matières radioactives de France et d’Europe (Usine Orano La Hague et CSM Andra) et ils veulent en rajouter ! C’est l’overdose atomique pour le Cotentin. Trop c’est trop !

Le vécu de l’accident nucléaire de Fukushima et ses prolongements depuis 11 ans devraient amener la population et nos décideurs à réfléchir car c’est la tragique illustration de la résilience.

Le CRILAN a réalisé une exposition et publié un livret d’après les travaux d’Akiko Ida ethnologue : « Les paroles des enfants de Fukushima «. Cette exposition commence à être présentée dans le Cotentin et au-delà.

Plutôt que l’acceptation d’une résilience que nous devrions imposer à nos enfants, il nous faut décider de sortir du nucléaire et faire face à la situation du Cotentin par des mesures préventives en cas d‘accident :

  • En communiquant sur les PPI (plans particuliers d’intervention) des sites nucléaires de Flamanville, La Hague et Arsenal ; en garantissant la distribution de pastilles d’iode.
  • En créant un PPI unique élargi à tout le Cotentin afin que chaque personne, chaque enfant puisse disposer de pastilles d’iode ; que chaque commune puisse disposer d’un PCS (plan communal de sauvegarde) et d’un PPMS (plan de mise en sécurité des enfants des écoles) incluant le risque nucléaire.
  • En actualisant le Livre Blanc sur les installations nucléaires du Cotentin.

Pour aller plus loin:

« Contre la résilience à Fukushima et ailleurs »,  de Thierry Ribault, L’Échappée 2021

Le lien vers notre site qui présente notre exposition : Panneaux et Interview d’Akiko Ida :  http://crilan.fr/exposition-web-les-paroles-des-enfants-de-fukushima/

Par André JACQUES, publié le 10 octobre 2022

Illustration Misato Yugi, avec l’autorisation de l’auteure

http://crilan.fr/non-a-la-resilience-atomique/

UKRAINE-L’ALIMENTATION ÉLECTRIQUE RÉTABLIE À LA CENTRALE NUCLÉAIRE DE ZAPORIJJIA

KYIV, 9 octobre (Reuters) – L’alimentation électrique externe de la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijjia, occupée par les Russes, a été rétablie dimanche, selon la compagnie nucléaire nationale ukrainienne Energoatom et l’organisme de surveillance nucléaire des Nations unies.

La centrale, qui est en arrêt froid, a perdu sa dernière source d’alimentation électrique tôt samedi en raison de bombardements et a dû recourir à des générateurs diesel de secours pour ses propres besoins, notamment pour le refroidissement des blocs réacteurs.

« Après presque deux jours de fonctionnement des pompes de refroidissement d’urgence des zones actives des réacteurs grâce à l’énergie des générateurs diesel, le personnel opérationnel a rétabli le régime normal d’alimentation des besoins propres de la centrale via le système énergétique de l’Ukraine« , a déclaré Energoatom sur Telegram.

Rafael Grossi, le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), qui dispose de deux observateurs sur place, a confirmé que l’alimentation électrique de la centrale avait été rétablie.

« Notre équipe à #Zaporijjia confirme que la ligne électrique hors site coupée hier a été rétablie et que #ZNPP est reconnectée au réseau – un soulagement temporaire dans une situation encore intenable« , a-t-il écrit sur Twitter, réitérant son appel en faveur de la création d’une zone de protection autour de la centrale.

Les forces russes ont pris le contrôle de la centrale peu après l’invasion de l’Ukraine en février, mais le personnel ukrainien est resté sur le site.

Moscou et Kiev se sont mutuellement accusés de tirs d’obus sur ce site, qui est la plus grande centrale nucléaire d’Europe. (Reportage Max Hunder, version française Claude Chendjou)

© Reuters 2022, publié le 09/10/2022 |à 19h34

https://www.zonebourse.com/actualite-bourse/Ukraine-L-alimentation-electrique-retablie-a-la-centrale-nucleaire-de-Zaporijjia–41968093/

CENTRALE NUCLÉAIRE DE TRICASTIN : UN SECOND CADRE VEUT SE CONSTITUER PARTIE CIVILE

Une enquête a été ouverte par le parquet de Marseille sur des soupçons d’obstacles au contrôle des inspecteurs de la sûreté nucléaire de la centrale de Tricastin dans la Drôme.

Un deuxième cadre d’EDF a demandé à se constituer partie civile dans l’enquête menée par un juge à Marseille sur des soupçons d’obstacles au contrôle des inspecteurs de la sûreté nucléaire à la centrale de Tricastin (Drôme), a-t-on appris vendredi auprès de son avocat.

Selon une copie de sa demande de constitution de partie civile, « il apparaît de manière incontestable que les responsables de cette centrale ont [en juillet 2018] tout fait pour faire obstacle au travail d’inspection » de cet homme âgé de 51 ans, alors ingénieur au service d’inspection interne d’EDF depuis 2015 et qui se fait appeler Victor dans la presse pour garder son anonymat.

EDF dément

Selon son avocat Étienne Noël, sa constitution de partie civile a été envoyée début septembre au juge de Marseille. Ni le parquet de Marseille ni EDF n’ont souhaité communiquer sur cette information.

Dans un mail à l’AFP, EDF a toutefois tenu « à opposer un démenti formel aux accusations proférées à son encontre et celle de la direction de la centrale du Tricastin, portant sur une prétendue politique de dissimulation des évènements, le non-respect généralisé des procédures et l’existence d’intimidations envers la filière indépendante de sûreté ». Aujourd’hui en arrêt maladie après plusieurs tentatives de suicide selon son avocat, Victor assure en outre dans ce document avoir été victime de « harcèlement moral » de la part d’un cadre de la centrale « et ce à la demande expresse de la direction de la centrale ».

Par 20 Minutes avec AFP, publié le 07/10/22 à 12h15

Photo en titre : Centrale nucléaire de Tricastin dans le département de la Drôme. — falco / Pixabay

https://www.20minutes.fr/justice/4004242-20221007-centrale-nucleaire-tricastin-second-cadre-veut-constituer-partie-civile

LA POLOGNE VOUDRAIT S’IMPLIQUER DANS LE CONCEPT DE « PARTAGE NUCLÉAIRE » DE L’OTAN

Actuellement, dans le cadre du partage nucléaire de l’Otan, les États-Unis ont conservé une centaine de bombes nucléaires tactiques B-61, stockées dans des dépôts situés dans cinq pays, dont l’Allemagne [Buchel], la Belgique [Kleine Brogel], les Pays-Bas [Volkel], la Turquie [Incirlik] et l’Italie [Ghedi et Aviano].

Ce partage nucléaire repose sur le principe dit de la « double clé » : en clair, si ces cinq pays pourraient être amenés, le cas échéant, à utiliser les bombes B-61 dont ils disposent, le contrôle de celles-ci [et donc leur code d’armement] relève exclusivement des États-Unis. Et cela suppose pour les alliés concernés de disposer des moyens adéquats pour faire face à une telle éventualité.

D’où leur volonté de se procurer des chasseurs-bombardiers dits de 5ème génération F-35. À noter qu’il n’est pas certain que, à l’avenir, la Turquie puisse maintenir sa participation au Partage nucléaire de l’Otan étant donné qu’elle a été exclue du programme F-35 après avoir mis en service des systèmes russes de défense aérienne S-400.

La Pologne pourrait-elle la remplacer, elle qui a commandé 32 F-35A? Son président, Andrzej Duda, le souhaite… C’est, en tout cas, ce qu’il a affirmé dans un entretien publié par l’hebdomadaire Gazeta Polska. Et cela, alors que le président russe, Vladimir Poutine, a brandi la menace nucléaire à plusieurs reprises depuis le début de la guerre en Ukraine.

« Le problème, tout d’abord, c’est que nous n’avons pas d’armes nucléaires. Rien n’indique que nous en aurons dans un proche avenir. Il y a toujours une opportunité potentielle de participer au programme de partage nucléaire. Nous avons demandé aux responsables américains si les États-Unis envisageaient cette possibilité. Le sujet est ouvert », a en effet affirmé M. Duda.

Le problème est que personne, à la Maison Blanche, ne semble être au courant de la demande de Varsovie. C’est en effet ce qu’a affirmé l’un de ses responsables à l’agence Bloomberg, laquelle a été invitée à s’adresser aux autorités polonaises.

Toutefois, plusieurs missions peuvent relever du Partage nucléaire de l’Otan, de la reconnaissance à la protection d’un raid, en passant par la mise à la disposition de chasseurs-bombardiers et, donc, au stockage de bombes B-61.

Mais, a priori, et d’après un diplomatie polonais sollicité par Bloomberg, il s’agirait bien pour Varsovie d’accueillir sur son sol des armes nucléaires sur son sol. « Cela serait dans l’intérêt de la sécurité de la Pologne, de la région et de toute l’Europe », a-t-il dit.

Seulement, et en l’état actuel des choses, il est peu probable que Varsovie obtienne satisfaction, même si cela pourrait être une réponse à l’éventuel déploiement d’armes nucléaires russes en Biélorussie, comme le permet désormais la Constitution de ce pays, modifiée en février dernier.

En effet, la Pologne ne dispose pas encore des F-35A qu’elle a commandés… Ce qui signifie qu’elle n’a pas les moyens de mettre en œuvre les B-61 qui lui seraient éventuellement confiées. Ensuite, les États-Unis ont promis de ne pas déployer d’armes nucléaires chez les membres les plus récents de l’Otan, ce qui pourrait d’ailleurs contrevenir au Traité sur la non prolifération [TNP]. Enfin, cela ne changera pas grand-chose à la posture de dissuasion de l’Alliance…

Par Laurent Lagneau, publié le 8 octobre 2022

http://www.opex360.com/2022/10/08/la-pologne-voudrait-simpliquer-dans-le-concept-de-partage-nucleaire-de-lotan/

TRIBUNE : VICTIMES DES ESSAIS NUCLÉAIRES : POUR LA FRANCE ET L’ALGÉRIE, « LE TEMPS EST VENU D’AGIR VITE »

Alors que les deux chefs de gouvernement doivent se réunir à Alger ce 9 et 10 octobre, Jean-Marie Collin d’ICAN France, Patrice Bouveret de l’Observatoire des armements et l’ex-commissaire à l’énergie atomique Merzak Remki soulignent l’urgence de reconnaître et indemniser les victimes des essais nucléaires français en Algérie.

Voici leur tribune.

Les présidents Abdelmadjid Tebboune et Emmanuel Macron ont relancé, le 27 août dernier, le partenariat entre la France et l’Algérie pour « appréhender l’avenir dans l’apaisement et le respect mutuel ». Cette volonté devrait se traduire par de nouvelles annonces avec la tenue du Comité intergouvernemental de haut niveau, à Alger ces 9 et 10 octobre, qui réunira les gouvernements des deux États. N’ayant pas été abordée lors de la rencontre entre les deux Présidents, ce nouveau rendez-vous doit marquer un tournant décisif pour résoudre la question des conséquences des essais nucléaires que la France a réalisés en Algérie et qui impactent jusqu’à aujourd’hui encore la population locale.

La France a réalisé entre 1960 et 1966, dans le sud algérien, sur les sites de Reggane et d’In Ekker, un total de 17 essais nucléaires atmosphériques et souterrains. Parmi les 13 essais nucléaires souterrains effectués à In-Ekker, deux incidents importants (Béryl et Améthyste) ont provoqué un très grand rejet de lave en dehors de la montagne, qui reste localement fortement contaminée. En plus des essais nucléaires, une quarantaine d’explosions ont également été réalisées à Reggane (Adrar) et à Tan Ataram (Tamanrasset), utilisant de faibles quantités de plutonium, mais ne provoquant pas de dégagement d’énergie nucléaire.

Force est de constater qu’à ce jour, la situation sanitaire et environnementale dans ces régions du Sahara demeure toujours autant préoccupante.

Suite à une importante mobilisation, la France a reconnu, avec la loi du 5 janvier 2010 relative à la reconnaissance et à l’indemnisation des victimes des essais nucléaires, qu’ils n’avaient pas été « propres », tant ceux effectués en Algérie qu’ensuite en Polynésie. Il a ainsi été admis que des personnes (populations civiles, ouvriers, militaires, scientifiques…), présentes lors de ces essais dans le Sud Algérien, avaient été atteintes par des maladies radio-induites.

La loi française impose au demandeur de l’indemnisation de satisfaire à des critères très difficiles à remplir, pour faire reconnaître son statut de victime. Il doit notamment démontrer sa présence dans une zone géographique de retombées des essais, lors d’une période pendant laquelle elles ont eu lieu et souffrir d’une des 23 maladies listées par décret.

Malheureusement, depuis 2010, un seul ressortissant algérien a été indemnisé sur les 723 personnes reconnues comme victimes par le Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires (CIVEN). Cette situation démontre un grave problème. Par ailleurs, cette loi n’a toujours pas été retranscrite en arabe (alors qu’elle est disponible depuis 2018 en langue polynésienne), restreignant aussi son accès à une large population.

Depuis 2010, un seul ressortissant algérien a été indemnisé sur les 723 personnes

De plus, nous savons que les générations actuelles — et futures si aucune mesure de réhabilitation n’est mise en œuvre — continuent d’être impactées par les conséquences de ces essais. En effet, suite à nombreux témoignages et recherches (cf. notamment l’étude de ICAN France et de l’Observatoire des armements « Sous le sable, la radioactivité ! Les déchets des essais nucléaires français en Algérie : analyse au regard du traité sur l’interdiction des armes nucléaires », publiée par la Fondation Heinrich Böll, 2020), il est reconnu que la France a volontairement enterré divers déchets contaminés par la radioactivité sur les sites d’essais. À ces déchets, il doit être ajouté les matières radioactives (sables vitrifiés, roches contaminées) issues des explosions nucléaires atmosphériques présentes sur les sites de tirs « Gerboise » et sur une large partie d’un flanc de la montagne Taourirt Tan Afella à In Ekker.

L’Algérie, de son côté, a engagé une autre étape dans le cadre du processus de prise en charge au niveau national de cette question, en créant le 31 mai 2021, l’Agence nationale de réhabilitation des anciens sites d’essais et d’explosions nucléaires français dans le Sud algérien.

Mais si les deux États ont bien conscience de l’existence de cet « héritage radioactif » depuis de nombreuses années, nous observons malheureusement une absence de progrès tangibles dans l’avancement de cet important dossier. 

Le temps est venu d’agir vite, en pleine coopération et sans tabou, comme l’ont souligné les présidents Tebboune et Macron.

La cinquième session du Comité intergouvernemental de haut niveau (CIHN), qui va se réunir ces 9 et 10 octobre, sera-t-elle l’occasion d’annonces concrètes ? En effet, ce comité, lancé en 2013, comporte depuis le début un volet lié aux essais nucléaires, mais la lenteur est une nouvelle fois à souligner. La première réunion le 3 février 2016 du groupe de travail mixte sur l’indemnisation des victimes algériennes des essais nucléaires français, n’a affiché comme seule perspective que « de créer un dialogue spécifique dans les meilleurs délais ».

Il doit ainsi être dressé, lors de ce CIHN, un plan d’action, rendu public, comportant notamment pour la France, un accès facilité aux Algériens à la loi Morin et la remise aux autorités algériennes de toutes les archives sur les conséquences des essais et sur les déchets enfouis sur place. L’Algérie peut matérialiser sa volonté d’action via son ministère de la santé en établissant un registre des cancers pour les habitants du sud algérien et via son Agence de réhabilitation en lançant officiellement des études pour assainir les zones radioactives. 

Le temps est venu d’agir vite

Il reste à l’Algérie, qui a été parmi les premiers pays à avoir signé en 2017 le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN), à entamer son processus de ratification du Traité. Cela lui permettra de disposer d’une coopération internationale pour la remise en état de l’environnement des zones contaminées.

Les parlementaires des deux pays ont aussi un rôle à jouer en établissant un groupe de travail mixte pour suivre au plus près du terrain et des populations le calendrier et les travaux réalisés. Les ONG, universitaires, journalistes et acteurs locaux doivent aussi être associés à ce plan global d’action, pour permettre sa mise en œuvre au bénéfice des populations impactées.

Par Rédaction JDD, publié le 8 octobre 2022 à 18h00, modifié à 18h50

Photo en titre : Emmanuel Macron et Abdelmadjid Tebboune à Alger en août 2022 (APP / NURPHOTO / NURPHOTO VIA AFP)

https://www.lejdd.fr/Politique/tribune-victimes-des-essais-nucleaires-pour-la-france-et-lalgerie-le-temps-est-venu-dagir-vite-4139401

LA CENTRALE NUCLÉAIRE DE ZAPORIJJIA DÉCONNECTÉE DU RÉSEAU ÉLECTRIQUE

KYIV/VIENNE, 8 octobre (Reuters) – L’alimentation électrique de la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijjia a été coupée cette nuit par des bombardements, obligeant celle-ci à recourir à des générateurs diesel d’urgence, ont indiqué samedi l’exploitant de la centrale et l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).

La Russie et l’Ukraine s’accusent mutuellement depuis des semaines d’effectuer des tirs d’artillerie sur le site de la plus grande centrale nucléaire d’Europe, endommageant des bâtiments et faisant craindre une catastrophe nucléaire.

Même si les six réacteurs de Zaporijjia sont arrêtés, le combustible nucléaire qu’ils contiennent doit encore être refroidi pour éviter une fusion nucléaire. Cela nécessite une alimentation constante en électricité.

« La reprise des bombardements, qui touchent la seule source d’alimentation externe de la centrale, est extrêmement irresponsable. La centrale nucléaire de Zaporijjia doit être protégée« , a déclaré l’AIEA dans un communiqué.

L’AIEA confirme une déclaration antérieure de l’autorité ukrainienne de régulation nucléaire, Energoatom, selon laquelle la centrale avait eu recours à ses générateurs diesel après des tirs d’artillerie, qui se sont produits vers une heure du matin. Les bombardements ont coupé la ligne principale de 750 kilovolts qui alimentait la centrale en électricité.

« Tous les systèmes de sécurité de la centrale continuent d’être alimentés en électricité et fonctionnent normalement. Les experts de l’AIEA (présents à Zaporijjia) ont été informés par le personnel d’exploitation ukrainien« , a déclaré l’AIEA.

Le président de l’AIEA, Rafael Grossi, s’est entretenu avec la Russie et l’Ukraine au sujet de la mise en place d’une zone de protection autour de la centrale, mais il n’a pas voulu dire en quoi elle consisterait exactement. Il était à Kyiv jeudi et doit se rendre en Russie en début de semaine prochaine.

« Je me rendrai bientôt en Fédération de Russie, puis je reviendrai en Ukraine, pour convenir d’une zone de protection de la sûreté et de la sécurité nucléaires autour de la centrale. C’est un impératif absolu et urgent« , a déclaré Rafael Grossi, cité par l’AIEA. (Reportage de Max Hunder, version française Caroline Pailliez)

© Reuters 2022, publié le 08/10/2022 à 14h43

https://www.zonebourse.com/cours/devise/US-DOLLAR-RUSSIAN-ROUBL-2370597/actualite/La-centrale-nucleaire-de-Zaporijjia-deconnectee-du-reseau-electrique-41955543/

EMMANUEL MACRON A REFUSÉ CE VENDREDI DE S’EXPRIMER SUR L’HYPOTHÈSE D’UNE ATTAQUE NUCLÉAIRE RUSSE.

Le chef de l’État a dit s’en tenir à la doctrine française, « qui ne change pas« . En quoi consiste-t-elle ?

La menace nucléaire de retour au premier plan. Dans la nuit de jeudi à vendredi, le président américain Joe Biden a estimé que le monde faisait face, pour la première fois depuis la Guerre froide, à un risque d’« Armageddon » nucléaire, c’est-à-dire d’apocalypse. Interrogé sur ces propos en conférence de presse, le président de la République Emmanuel Macron a refusé de faire « de la politique fiction ». Le chef de l’État a rappelé qu’il s’en tenait à la doctrine française, « qui ne change pas » (voir vidéo en tête de cet article).

Dans quelles circonstances la France peut-elle ouvrir le feu nucléaire ?

Cette doctrine, strictement défensive, a évolué au fil des mandats. François Mitterrand a ainsi consolidé l’idée selon laquelle « la dissuasion nucléaire ne protège que les intérêts vitaux du pays », rapporte le site Vie publique. Autrement dit, la France ne doit pas utiliser son armement nucléaire – quatre sous-marins lanceurs d’engins et des chasseurs-bombardiers Rafale équipés de missiles air-sol moyenne portée – si ses « intérêts vitaux » ne sont pas menacés. Une notion qui comporte « une part de flou, laissée à l’appréciation du président de la République ».

Celle-ci sera d’ailleurs modifiée par Nicolas Sarkozy, en 2008. Afin de se conformer avec le droit international, l’ancien président de la République proclame que « l’ouverture du feu nucléaire ne pourrait se faire que dans des ‘circonstances extrêmes de légitime défense' ». Il diminue d’ailleurs d’un tiers l’arsenal nucléaire national au titre du principe de suffisance : la France dispose des moyens strictement nécessaires à sa défense.

En 2020, Emmanuel Macron a donné à la dissuasion française une échelle européenne, la France étant le seul pays doté de l’arme atomique parmi les membres de l’UE. En ce sens, les « intérêts vitaux » du pays ne se limitent plus aux frontières françaises. « Soyons clairs : les intérêts vitaux de la France ont désormais une dimension européenne », avait-il alors affirmé.

Quelles conséquences une frappe doit-elle causer ?

Autre point d’intérêt dans la doctrine française : les dégâts causés par une attaque. Sous le général de Gaulle, la France copie les doctrines américaine et britannique, en y inscrivant la notion de « dommages inacceptables ». Il s’agit alors du « critère clé de ce que doit pouvoir faire la force de dissuasion ».

Celui-ci est précisé sous François Mitterrand. « À titre de garantie ultime, la force de dissuasion doit pouvoir exercer des dommages inacceptables sur le territoire adverse, supérieurs à ce que serait l’enjeu du conflit », explique le site Vie Publique. « Et ce, en toutes circonstances, c’est-à-dire même après une ‘première frappe’ nucléaire adverse sur le sol français. » Quelle partie du territoire adverse serait visée ? D’après la même source, François Hollande laisse entendre au cours de son quinquennat que « les objectifs de la force nucléaire seraient exclusivement les centres de pouvoir de l’adversaire ».

Un missile nucléaire peut-il être utilisé en guise d’avertissement ?

Enfin, toute frappe nucléaire française revêt désormais un caractère stratégique, et ne peut plus être considérée comme un avertissement. Sous François Mitterrand, la France pouvait encore « se réserver la possibilité de délivrer un ultime avertissement, c’est-à-dire une frappe unique, sans doute sur un objectif militaire, destinée à convaincre l’adversaire de cesser son agression ».

Lire aussi : Nucléaire : Joe Biden alerte sur un risque « d’apocalypse »

Cette disposition a été supprimée par Jacques Chirac, qui accorde toutefois le droit « d’exercer l’ultime avertissement au moyen d’un tir en haute altitude, pour affecter les systèmes électroniques adverses, voire paralyser un État ».

Par Idèr Nabili, publié le 7 octobre 2022 à 20h50

https://www.tf1info.fr/international/armes-nucleaires-en-quoi-consiste-la-doctrine-de-dissuasion-francaise-2234704.html

VRAI OU FAKE NUCLÉAIRE : LA FRANCE IMPORTE-T-ELLE DE L’URANIUM DE RUSSIE, COMME L’AFFIRME CÉCILE DUFLOT ?

Les importations d’uranium en provenance de Russie sont actuellement quasiment nulles, d’après les chiffres des douanes et d’Euratom. En revanche, la filière nucléaire française dépend bien de Moscou pour le réenrichissement de son combustible usé.

L’énergie nucléaire permet-elle vraiment à la France d’être indépendante vis-à-vis de la Russie ? Alors que la guerre en Ukraine contraint Paris à se passer de gaz russe, Cécile Duflot estime que l’atome « n’est pas une solution » pour garantir cette indépendance énergétique. Comme « nous ne produisons pas de combustible [nucléaire] sur notre sol », « on continue d’acheter de l’uranium à la Russie » a déclaré l’ex-ministre écologiste, désormais directrice générale de l’ONG Oxfam France, vendredi 30 septembre sur Public Sénat.

Sollicitée par franceinfo, Cécile Duflot explique que sa déclaration fait référence à un document de Greenpeace France publié le 30 mars (en PDF). Dans cette « note de décryptage » de l’ONG, il est effectivement écrit que la France a importé de Russie « 19 245 tonnes d’uranium naturel«  (c’est-à-dire le minerai à l’état brut, extrait directement des mines), et « 8 213 tonnes d’uranium enrichi » entre 2000 et 2020.

Des importations de Russie quasi nulles

Cependant, selon les dernières données disponibles, les importations d’uranium naturel en provenance de Russie sont désormais presque nulles. Le comité technique Euratom (CTE), l’autorité chargée du suivi de l’application des contrôles internationaux sur les matières nucléaires, précise à franceinfo qu’en 2020, la France a acheté 6 282 tonnes d’uranium, principalement auprès du Niger (34,72% des importations), du Kazakhstan (28,95%), de l’Ouzbékistan (26,43%) et de l’Australie (9,91%). La Russie n’a exporté cette année-là dans l’Hexagone que 2 kg d’uranium naturel, une quantité quasiment négligeable.

Pour l’année 2021, les statistiques des douanes françaises confirment qu’il n’y a pas eu la moindre importation d’uranium naturel en provenance de Russie. En revanche, environ 110 tonnes d’uranium enrichi ont bien été acquises auprès de Moscou, soit 0,01% des importations françaises totales d’uranium.

Plus que sur l’approvisionnement en uranium en lui-même, l’influence de la Russie se fait sentir sur « le contrôle des routes de transport », note Anna Creti, professeur d’économie à l’université de Paris Dauphine-PSL. Pour parvenir en France, l’uranium extrait du Kazakhstan et d’Ouzbékistan, d’où provenaient en 2020 plus de 63% des importations françaises, est en partie acheminé via le territoire russe. Jusqu’à présent, ce transit n’a pas été perturbé, les échanges commerciaux liés au nucléaire n’étant pas visés par les sanctions édictées en réponse à l’invasion de l’Ukraine.

Le réenrichissement du combustible usé sous-traité à un groupe russe

Si les importations d’uranium de Russie paraissent modestes, elles traduisent cependant une interdépendance entre la filière de recyclage du combustible nucléaire française et la filière russe d’enrichissement d’uranium. La France importe en effet de Russie de « l’uranium de retraitement enrichi » (URE), un minerai issu du recyclage du combustible usé des centrales françaises, confirme Valérie Faudon, déléguée générale de la Société française d’énergie nucléaire (Sfen).

Afin d’être recyclable, un combustible déjà utilisé doit être réenrichi, grâce à des centrifugeuses qui vont augmenter sa proportion d’uranium 235, un type d’atome plus efficace dans la fission nucléaire. Pour des « raisons de coûts », EDF a sous-traité cette phase de réenrichissement à Tenex, une filiale du groupe russe Rosatom, explique Anna Creti. D’après Valérie Faudon, cette sous-traitance de l’enrichissement à Rosatom« ne pose pas de problème d’approvisionnement » car, actuellement, « aucune centrale française n’utilise encore de l’uranium de retraitement enrichi venant de Russie ».

L’utilisation de l’uranium de recyclage n’est effectivement censée débuter qu’en 2023, précise EDF dans son rapport annuel (en PDF). Les importations d’uranium de retraitement enrichi en provenance de Russie ont néanmoins déjà débuté, d’après Greenpeace. L’ONG a révélé le 25 août qu’une livraison de 52 fûts d’uranium enrichi en provenance de Saint-Pétersbourg avait été déchargée au port de Dunkerque. 

Selon Valérie Faudon, ces importations d’URE peuvent être stoppées sans nuire au fonctionnement des centrales. « Si on nous demande de faire tourner l’ensemble des réacteurs avec de l’uranium naturel, on le fera », assure-t-elle. Trouver une alternative à la filière russe ne serait « pas si facile« , tempère néanmoins Anna Creti. Si la France devait réenrichir elle-même son combustible usé, « elle devrait construire sa propre installation » de conversion d’uranium recyclé, ce qui posera la question de la rentabilité du processus de recyclage.

La France exporte un « grand volume » de matières nucléaires vers la Russie

Dans le sens inverse, la France exporte également un « grand volume » de matières nucléaires vers la Russie, souligne Pauline Boyer, experte transition énergétique pour Greenpeace France. Fin 2020, le groupe français Orano a signé un contrat avec Rosatom pour lui fournir 1 150 tonnes d’uranium usé. « L’uranium envoyé en plusieurs transports a été converti puis réenrichi en Russie afin de fabriquer du combustible pour les réacteurs russes », confirme Orano auprès de franceinfo.

« Alors que l’Ukraine appelle à cesser tout commerce, y compris nucléaire, avec la Russie, le gouvernement français laisse l’industrie nucléaire française travailler avec Rosatom » déplore Pauline Boyer. Or, ce groupe russe « a pris possession de la centrale ukrainienne de Zaporijjia » et participe, en la « mettant en danger » par son occupation, à la « menace nucléaire«  dans le conflit ukrainien.

Sollicité par franceinfo au sujet des importations d’uranium en provenance de Russie, EDF dit suivre « avec attention la situation en Ukraine ». Le groupe déclare en outre « qu’il pourra prendre des décisions sur son périmètre d’activité en fonction de l’évolution du conflit ». De son côté, Orano souligne que le contrat avec Rosatom est désormais « soldé » et « qu’aucun nouveau contrat portant sur l’achat ou la vente de matières nucléaires n’a été signé [par le groupe] depuis le déclenchement de la guerre. »

Par Quang Pham, publié le 07/10/2022 07h07

Photo en titre : Un train de transport d’uranium à destination de la Russie, le 25 janvier 2010 à Cherbourg dans le Cotentin. (JEAN-PAUL BARBIER / AFP)

https://www.francetvinfo.fr/societe/nucleaire/vrai-ou-fake-nucleaire-la-france-importe-t-elle-de-l-uranium-de-russie-comme-l-affirme-cecile-duflot_5398636.html

NDLR : rappel : « Mais les sanctions étasuniennes n’incluaient pas ses achats d’uranium d’origine russe. L’industrie nucléaire produit 20 % de l’électricité de Washington et il serait coûteux de substituer un autre fournisseur à la Russie, qui représente près de 20 % des importations étatsuniennes d’uranium. Curieusement, bien peu d’ONG ont protesté de la continuation de ces relations commerciales entre Washington et Moscou.« 

Source de cet extrait : https://www.latribune.fr/opinions/blogs/commodities-influence/guerre-en-ukraine-et-sanctions-pourquoi-le-nucleaire-americain-continue-a-importer-de-l-uranium-russe-916258.html

De toute façon, depuis 20 ans il n’y a plus d’uranium exploité en France donc 100 % du combustible nucléaire (enrichi ou pas) est importé (de Russie ou d’ailleurs). C’est une drôle de conception de l’indépendance énergétique de la France !!

LABEL «VERT» NUCLÉAIRE : L’AUTRICHE SAISIT LA JUSTICE EUROPÉENNE

Le gouvernement autrichien a saisi vendredi la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) contre la création par la Commission d’un label «vert» pour le nucléaire, selon des informations de la presse locale. Le pays alpin, farouchement anti-nucléaire, fustige depuis le début ce projet et avait annoncé de longue date son intention de porter l’affaire en justice. Le quotidien Kurier a annoncé ce dépôt de plainte sans citer de source, soulignant qu’il avait peu de chances d’aboutir.

Dans son argumentaire, le gouvernement invoque des vices de procédure et le fait que la Commission européenne n’est pas habilitée à prendre des décisions politiques d’une telle portée, précise le journal. Le ministère de l’Environnement s’est refusé à confirmer l’information, tout en rappelant que «sa position n’avait pas changé». Une conférence de presse doit avoir lieu lundi sur le sujet, a indiqué une porte-parole à l’AFP. Sollicitée, la CJUE n’avait pas répondu dans l’immédiat. La ministre Leonore Gewessler avait dénoncé en début d’année, quand Bruxelles avait dévoilé le texte, les «dommages importants à l’environnement» causés à terme par le nucléaire. Pour elle, le nucléaire est «une énergie du passé».

La reconnaissance de la contribution du nucléaire et du gaz à la lutte contre le changement climatique a également suscité l’indignation d’organisations écologistes, qui dénoncent une opération de «greenwashing». Le texte, approuvé en juillet par le Parlement européen, doit aider à mobiliser des fonds privés vers des activités réduisant les émissions de gaz à effet de serre. Il s’inscrit dans l’objectif de neutralité carbone de l’UE en 2050. Fondé sur des rapports d’experts, il classifie comme «durables» certains investissements pour la production d’électricité dans des centrales nucléaires ou des centrales au gaz, à condition qu’elles mobilisent les technologies les plus avancées. Et, pour ces dernières, qu’elles permettent de fermer des centrales à charbon bien plus polluantes.

Parmi les États membres de l’UE, seuls huit pays, dont l’Allemagne, l’Autriche et le Luxembourg, avaient exprimé leur opposition à la «taxonomie», loin de la «super-majorité» de vingt pays nécessaire pour bloquer le projet. Il est défendu par la France et de nombreux pays d’Europe centrale et orientale qui font valoir que les énergies renouvelables (éolien, solaire…) souffrent de production intermittente et ne permettront pas, à elles seules, de répondre aux besoins en électricité. L’Autriche a la particularité d’avoir interdit en 1978 l’exploitation de l’énergie nucléaire, une mesure élevée au rang de principe constitutionnel en 1999. Le pays alpin de 9 millions d’habitants tire actuellement plus de 75% de son électricité de sources renouvelables, essentiellement grâce à un riche potentiel hydro-électrique. Il continue cependant à importer de l’électricité issue notamment du nucléaire pour combler ses besoins énergétiques.

Par Le Figaro avec AFP, publié le 07 octobre 2022 à 15h15

Photo en titre : Le pays alpin, farouchement anti-nucléaire, fustige depuis le début ce projet. Tobias Arhelger

Pour retrouver et écouter cet article (2mn56s), cliquer sur : https://www.lefigaro.fr/flash-eco/label-vert-nucleaire-l-autriche-saisit-la-justice-europeenne-20221007

CENTRALE NUCLÉAIRE DE ZAPORIJIA : L’ANNEXION DU SITE POURRAIT VIRER AU DRAME SI LES TECHNICIENS UKRAINIENS FUIENT LES LIEUX

Le général Jérôme Pellistrandi, rédacteur en chef de la Revue Défense nationale, était l’invité de la matinale sur Radio Classique. 

Le fiasco se poursuit au sein de l’état-major russe, dépassé par l’offensive ukrainienne et les redditions en cascade de ses troupes selon le général. Il note aussi que les Ukrainiens se dépêchent de regagner du terrain avant l’hiver.

Face aux redditions de Russes, l’Ukraine souhaite montrer qu’elle respecte les droits des combattants

Alors que la contre-offensive ukrainienne se poursuit, le doute s’installe dans les plus hautes sphères du régime russe, « jusqu’au premier et deuxième cercle de Vladimir Poutine » selon le général Jérome Pellistrandi. Celui-ci constate « un effondrement et une décomposition du système militaire russe » qui énerve les ultranationalistes. Si l’Ukraine arrive à regagner du terrain, c’est parce qu’elle est passée d’un « modèle soviético-russe » – en 2014, son commandement avait été formé dans les écoles soviétiques – à un « modèle occidental », avec la livraison d’armements de pays de l’OTAN et l’adoption de « l’agilité du système intellectuel de commandement occidental », explique le général. L’armée de Volodymyr Zelensky tire aussi profit des blindés russes qu’elle a capturés. De l’autre côté, la Russie déploie des chars obsolètes – notamment des T-62 « comme l’année 1962 » – mais le général constate aussi qu’une grande partie de son aviation n’a pas encore été engagée.

Concernant les vidéos de redditions de soldats russes qui circulent sur Internet, le général Pellistrandi invite à la prudence et à vérifier ces images. Quoi qu’il en soit, la mobilisation des conscrits reste un « fiasco épouvantable ». « Ces hommes doivent se débrouiller pour avoir une trousse de santé et pour s’équiper », relate-t-il. Ces abandons de poste représentent un enjeu de communication pour l’état-major ukrainien, poursuit-il, qui souhaite montrer que l’Ukraine « s’inscrit dans le respect des droits du combattant et des conventions de Genève ».

Pour reprendre Kherson, les Ukrainiens veulent éviter un choc frontal avec l’armée russe

Reprendre Kherson sans en faire un « Marioupol inversé » est l’objectif actuel des Ukrainiens, affirme le général. L’offensive ukrainienne le long du Dniepr veut effectivement isoler la garnison russe et l’inciter à se rendre plutôt qu’à générer un massacre de plus. « Le paradoxe de l’histoire, c’est que c’est un Stalingrad inversé qui se prépare », redoute-t-il. L’hiver et le gel approche, ce qui incite l’Ukraine à « gagner un maximum de terrain avant le ralentissement des opérations ». L’automne sera aussi compliqué : « les manœuvres se feront dans des plaines boueuses, ce qui complique l’avancée des chars », remarque-t-il.

Non seulement l’annexion de la centrale nucléaire de Zaporijia par un décret de Vladimir Poutine n’a « aucune valeur juridique », mais elle est aussi le signe d’un « complexe notarial très curieux » du Kremlin selon le général. « On a l’impression que les Russes essayent d’entériner des actions de fait avec des décrets ». La centrale, à l’arrêt, ne devrait pas faire courir de risques au pays. Mais « quid des techniciens ukrainiens qui effectuent la maintenance de la centrale ? », interroge-t-il. S’ils s’exilent, la situation pourrait se compliquer, d’où la nécessité de « rester prudent quant aux risques nucléaires », selon le général.

Par Clément Kasser, publié le 07/10/2022 à 11h07

Photo en titre : Konstantin Mihalchevskiy//SIPA

https://www.radioclassique.fr/international/centrale-nucleaire-de-zaporijia-lannexion-du-site-pourrait-virer-au-drame-si-les-techniciens-ukrainiens-fuient-les-lieux/

NUCLÉAIRE EN BELGIQUE: LA CHAMBRE VALIDE LA PROLONGATION DE DOEL 1 ET DOEL 2

La Chambre a adopté jeudi en séance plénière un projet de loi visant à reporter la sortie progressive de l’énergie nucléaire de 2015 à 2025.

Plus précisément, le texte entérine la décision de prolonger l’exploitation des réacteurs Doel 1 et Doel 2.

Cette décision avait été prise en 2014 sous la précédente législature par le gouvernement Michel. Mais la Cour constitutionnelle l’avait annulée parce que certaines exigences n’étaient pas remplies, comme l’élaboration d’une étude d’incidences sur l’environnement. Désormais, les différentes exigences sont remplies. Le conseil des ministres avait dès lors approuvé le 10 juin dernier l’avant-projet de loi « réparatrice » prolongeant de 10 ans Doel 1 et 2.

Dans les faits, Doel 1 et 2 n’ont jamais été arrêtés. La Cour constitutionnelle a maintenu les effets de la loi annulée jusqu’au 31 décembre 2022.

Le texte a été approuvé par la majorité, à l’exception de l’abstention de la députée MR Marie-Christine Marghem. La N-VA, Les Engagés et le Vlaams Belang se sont aussi abstenus. Le PTB a voté contre.

Par Belga, édité par Victor de Thier, publié le 06 octobre 2022 à 22h16, mise à jour le 06 octobre 2022 à 23h02

https://www.rtbf.be/article/nucleaire-la-chambre-valide-la-prolongation-de-doel-1-et-doel-2-11080736

HERVÉ KEMPF, “LE NUCLÉAIRE N’EST PAS BON POUR LE CLIMAT

L’invité d’Une semaine en France ce soir est l’auteur de « Le nucléaire n’est pas bon pour le climat« .

Notre invité Hervé Kempf, journaliste, spécialiste des questions environnementales et rédacteur en chef du site Reporterre, vient de publier aux Éditions du Seuil (collection Libelle) un livre intitulé « Le nucléaire n’est pas bon pour le climat« .

Mais peut-on être antinucléaire en 2022 alors que la crise énergétique est à son apogée ? Emmanuel Macron a en tout cas décidé de relancer la filière nucléaire, à savoir la prolongation des centrales existantes, la construction de nouveaux réacteurs et de nouveaux EPR. Son argument principal est : Le nucléaire ne produit pas de gaz à effet de serre, donc c’est bon pour le climat.

Pour Hervé Kempf, cela n’est rien d’autre que du “sophisme nucléaire” et le produit d’une propagande nucléariste issue de la classe dirigeante française. Selon lui, la question de la sûreté n’est pas assez posée en France, comme si le risque d’un accident grave n’existait pas.

Avec notre invité, il sera aussi question du plan du gouvernement sur la sobriété rendu public hier, d’écologie et de biodiversité

Publié le vendredi 7 octobre 2022

Pour écouter la totalité de l’entretien (40 mn), cliquer sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/une-semaine-en-france/une-semaine-en-france-du-vendredi-07-octobre-2022-8101301

Résumé du livre: LE NUCLÉAIRE N’EST PAS BON POUR LE CLIMAT

Étrange obsession française : parier sur une énergie devenue marginale dans le monde, plus coûteuse que les énergies renouvelables, et créant des risques incommensurables.

Mais le nucléaire n’est pas seulement le signe de la faillite de la classe dirigeante du pays. Il exprime une vision du monde dépassée, rêvant d’une croissance sans limite et permettant de maintenir un ordre inégal et autoritaire.

Face au climat, il nous faut repasser par la raison : les voies de l’avenir sont une économie vraiment sobre et reposant sur les énergies renouvelables.

Par Hervé Kempf, date de parution 02/09/2022
4.50 € TTC, 60 pages, EAN 9782021512922

MENACE NUCLÉAIRE : « LE RISQUE D’ESCALADE EST SÉRIEUX »

Alors que Joe Biden parle d’un risque « d’apocalypse nucléaire » avec l’invasion russe en Ukraine, cette guerre est le bon moment, selon le spécialiste Patrice Bouveret, pour réclamer le désarmement des États.

Patrice Bouveret est le directeur de l’Observatoire des armements, centre d’expertise indépendant et membre de l’ICAN, la campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (prix Nobel de la paix 2017). L’Observatoire a publié plusieurs études sur les conséquences des essais nucléaires.

Reporterre — Le président russe, Vladimir Poutine, a réaffirmé que son pays disposait de « moyens de destruction divers » et qu’il n’hésiterait pas à les utiliser si « l’intégrité territoriale » du pays était menacée. Le président étasunien, Joe Biden, parle d’un risque « d’apocalypse nucléaire » et compare la situation actuelle à la crise des missiles de 1962. Pour quelle raison ?

Patrice Bouveret — En 1962, en pleine Guerre froide, et à la suite de la tentative américaine d’invasion de l’île, les Soviétiques ont voulu installer des missiles nucléaires à Cuba, pour les mettre au plus près des États-Unis, et pouvoir éventuellement s’en servir contre eux. La tension est montée entre l’URSS et les États-Unis, avec des risques de dérapage de tirs nucléaires.

En comparant la situation actuelle avec ce moment-là, Joe Biden donne un signal à Vladimir Poutine : si la Russie décidait d’utiliser une arme nucléaire tactique [1], les États-Unis riposteraient de manière immédiate et équivalente.

La comparaison avec la crise de 1962 est pertinente pour créer une pression, dans le but qu’une négociation soit menée avec Vladimir Poutine. La crise de Cuba ne s’est pas terminée en guerre car il y a eu des négociations entre les Américains et les Soviétiques. Cela a abouti au retrait des armes nucléaires soviétiques à Cuba, et au démantèlement d’armes nucléaires américaines en Turquie et en Italie. Joe Biden fait donc ce parallèle pour dire à Vladimir Poutine : « Il serait peut-être temps qu’on négocie, et que vous vous retiriez de l’Ukraine. »

Estimez-vous que le risque d’escalade est sérieux ?

Oui, dans la mesure où Vladimir Poutine n’arrive pas à obtenir ce pour quoi il a lancé cette guerre [les forces armées russes subissent actuellement une série de revers en Ukraine]. S’il se retrouve acculé, il peut vouloir essayer de frapper un coup de manière plus forte, en utilisant une arme de destruction massive. Pour le moment, ses déclarations montrent surtout qu’il est prêt à utiliser des armes nucléaires, et qu’il ne veut pas se retirer de cette guerre.

Vladimir Poutine instrumentalise donc les risques que représente l’utilisation d’armes nucléaires pour faire pression sur les Occidentaux qui soutiennent l’Ukraine, pour qu’ils limitent leur intervention et n’aillent pas « trop loin » dans l’aide qu’ils apportent à l’Ukraine. Il crée de la division au sein des opinions publiques en jouant sur la peur.

La question du risque du nucléaire militaire a-t-elle été mise de côté ces dernières années ?

Non, le risque d’une catastrophe nucléaire n’a pas été évacué. C’est bien pour cela que toute une campagne a été menée pour obtenir à l’ONU l’adoption du traité sur l’interdiction des armes nucléaires [2]. Toutes les puissances nucléaires ont refusé de participer à cette dynamique d’interdiction, mais des débats avaient lieu dans plusieurs pays européens sous parapluie nucléaire pour qu’ils rejoignent le traité. Or, la crise avec l’Ukraine a cassé cette dynamique-là.

Jusqu’ici, la stratégie de dissuasion nucléaire était affichée comme une stratégie pour prévenir la guerre, c’était une stratégie de paix. Vladimir Poutine a renversé cette stratégie-là, pour en faire un outil qui lui permet de mener la guerre en faisant pression pour que la riposte soit plus faible. C’est bien ce renversement-là qui a cassé la dynamique de désarmement nucléaire dans lequel on était au niveau international. C’est ce qui explique que, aujourd’hui, des pays comme la Pologne ont demandé à avoir des armes nucléaires américaines sur leur sol. La Biélorussie a de son côté fait la même chose pour avoir des armes russes. Il s’agit d’un processus dangereux de relégitimation de l’arme nucléaire.

Que peuvent faire les gouvernements et les citoyens pour empêcher une escalade ?

Dans l’absolu, les États qui sont dotés de l’arme nucléaire pourraient évidemment entrer dans le processus de désarmement nucléaire qui a été mis en place par l’ONU. Ils peuvent rejoindre le traité sur l’interdiction des armes nucléaires à tout moment, et procéder à l’élimination de leurs armes. Mais on voit bien que les puissances nucléaires ne sont pas dans cette logique-là.

« Les États veulent conserver une arme dès qu’ils l’ont dans la main »

Ce sera donc aux citoyens, aux associations et aux différentes ONG de se mobiliser pour faire pression sur les gouvernements qui ont conservé leurs armes nucléaires, et les inciter à rentrer dans ce processus d’élimination des armes nucléaires. Il n’y a que ça qui permettra d’obtenir une désescalade dans ce conflit précis —, mais aussi de manière plus globale, par rapport au risque de catastrophes nucléaires que ça peut entraîner.

Ces dernières années, d’autres armes ont pu être éliminées (bombes à sous-munitions, mines antipersonnel…) et cela n’a été possible que grâce à la mobilisation citoyenne. Les États, eux, veulent conserver une arme dès qu’ils l’ont dans la main.

Vladimir Poutine sous-entend depuis des mois qu’il est prêt à utiliser l’arme nucléaire, est-ce vraiment le bon moment de demander aux États de se séparer de la leur ?

C’est le meilleur moment, car c’est celui où on a conscience du danger. On se rend compte que si elle était utilisée, elle serait catastrophique. On peut donc se mobiliser pour demander à nos gouvernements d’entrer dans ce processus de désarmement.

Se dire « heureusement qu’on a l’arme nucléaire », c’est le premier réflexe qu’on peut avoir. Mais il faut arriver à dépasser la peur pour se questionner. Si Vladimir Poutine l’utilise, et qu’on riposte de notre côté, c’est la fin de l’humanité. Est-ce vraiment cela que nous voulons ? Alors que si nos gouvernements, et notamment la France, demandent aux autres États de se réunir autour d’une table pour mettre en place un processus d’élimination des armes nucléaires, on éliminera le risque pour tout le monde.

Par Justine Guitton-Boussion, publié le 8 octobre 2022 à 08h37

Photo en titre : Des services spécialisés travaillent sur le site d’une attaque multiple de missiles S-300 par les troupes russes sur Zaporijjia, dans le sud-est de l’Ukraine, le 6 octobre 2022. – © AFP / Dmytro Smoliyenko / NurPhotoNurPhoto via AFP

https://reporterre.net/Menace-nucleaire-Le-risque-d-escalade-est-serieux?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=nl_quotidienne

Note de Reporterre

… nous avons un petit service à vous demander. Chaque mois, plus d’un million de personnes font confiance au travail des journalistes de Reporterre pour se tenir informées sur l’urgence écologique. Plus de 27 000 de ces lectrices et lecteurs financent le journal par des dons. Ce soutien permet à Reporterre de rester en accès libre, sans aucune publicité, et totalement indépendant. Contrairement à de nombreux autres médias, Reporterre n’a pas d’actionnaires ni de propriétaire milliardaire. Le journal, à but non lucratif, est libre de toute influence commerciale ou politique.

Nous avons la conviction que le ravage écologique est l’enjeu principal de ce siècle. À ce titre, il nous semble que ce sujet doit être mis en avant chaque jour dans le débat public. Les articles, reportages et enquêtes que vous pouvez lire sur le site sont vitaux pour la démocratie, pour la prise de conscience écologique, et pour exiger mieux de nos dirigeants.

Tous nos articles sont en accès libre, pour tous. Nous le faisons parce que nous croyons en l’égalité de l’accès à l’information. Ainsi, davantage de personnes peuvent suivre l’actualité de l’écologie, comprendre l’impact du désastre en cours sur la population, et agir. Tout le monde peut bénéficier d’un accès à des informations de qualité, quelle que soit sa capacité à payer pour cela.

S’il y a bien un moment pour nous soutenir, c’est maintenant. Chaque contribution, grande ou petite, renforce notre capacité à porter l’écologie au cœur de l’agenda médiatique et politique, et assure notre avenir. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Si vous le pouvez, soutenez le journal avec un don mensuel. Merci.

Soutenir Reporterre

📨 S’abonner gratuitement aux lettres d’info

Abonnez-vous en moins d’une minute pour recevoir gratuitement par e-mail, au choix tous les jours ou toutes les semaines, une sélection des articles publiés par Reporterre.

S’abonner

LE BLAYAIS : DÉTECTION TARDIVE DE L’INDISPONIBILITÉ DES CAPTEURS MESURANT LE DÉBIT EN SORTIE D’UN GÉNÉRATEUR DE VAPEUR

Le 26 septembre 2022, l’exploitant de la centrale nucléaire du Blayais a déclaré à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) un événement significatif pour la sûreté relatif à la détection tardive de l’indisponibilité des capteurs mesurant le débit vapeur d’un générateur de vapeur.

Le système RPR a pour principales fonctions la détection de situations anormales, l’arrêt automatique du réacteur et le déclenchement des systèmes de sauvegarde en situation accidentelle. Certaines protections automatiques du réacteur, requises quand ce dernier est en fonctionnement, sont déclenchées par les débits mesurés en sortie des trois générateurs de vapeur.

Afin de valider périodiquement le fonctionnement de ces capteurs, les règles générales d’exploitation (RGE) prévoient une inter-comparaison entre les mesures des débits d’eau, à l’entrée des générateurs de vapeur, et les mesures de débit vapeur, à leur sortie.

Cet essai a été réalisé le 17 septembre 2022, avec des résultats considérés comme satisfaisants. Le 22 septembre 2022, lors de l’analyse du dossier d’intervention, un calcul erroné a été détecté, et les calculs corrigés ont révélé un dépassement du critère attendu pour les capteurs d’un générateur de vapeur.

Dans les RGE, la règle relative à la disponibilité d’une chaîne de protection requise demande une réparation sous 24h lorsque le réacteur est en fonctionnement. Cette règle n’a donc pas été respectée a posteriori.

Cet événement n’a pas eu de conséquence sur les installations, les personnes et l’environnement. Toutefois, il a affecté la fonction de sûreté liée à la maîtrise du refroidissement. Au regard de sa détection tardive, il a été classé au niveau 1 de l’échelle INES (échelle internationale des événements nucléaires et radiologiques, graduée de 0 à 7 par ordre croissant de gravité).

Dans les heures qui ont suivi la détection de cette situation, l’exploitant a remis en conformité l’installation en réalisant un étalonnage et un essai de requalification satisfaisant des capteurs.

Date de la dernière mise à jour : 05/10/2022

https://www.asn.fr/l-asn-controle/actualites-du-controle/installations-nucleaires/avis-d-incident-des-installations-nucleaires/detection-tardive-de-l-indisponibilite-des-capteurs-mesurant-le-debit-en-sortie-d-un-gv

GESTION DES CONSÉQUENCES DE LONG-TERME D’UN ACCIDENT NUCLÉAIRE : LE CODIRPA PUBLIE SES DERNIÈRES RECOMMANDATIONS AU GOUVERNEMENT

Note d’information

Afin de consolider la stratégie nationale de gestion des conséquences de long-terme d’un accident nucléaire, le Premier ministre a chargé, en 2005, un comité pluraliste, le Codirpa (Comité directeur pour la gestion post-accidentelle d’un accident nucléaire), de faire des propositions au gouvernement.

Piloté par l’ASN, ce comité inclut notamment des experts techniques, des représentants des services de l’État, des membres des CLI et de l’ANCCLI, des associations et des élus.

À la suite de la publication des premières recommandations en 2012, le Codirpa a poursuivi ses travaux pour tirer les enseignements de l’accident de Fukushima et des exercices de crise nationaux, pour intégrer les dernières avancées scientifiques et techniques en matière de mesures et de modélisation de la dispersion de la radioactivité dans l’environnement et également pour prendre en compte les évolutions règlementaires nationales et internationales.

Une nouvelle doctrine post-accidentelle

Les nouvelles recommandations du Codirpa pour la gestion des situations post-accidentelles ont été rassemblées dans un guide. Proposées au gouvernement en 2021 qui en a accepté les principes, elles ont vocation à alimenter les prochaines évolutions de la planification de crise nationale.

Les principales évolutions portent sur la stratégie de protection de la population vis-à-vis de la contamination environnementale, enrichie pour mieux prendre en compte les risques liés à l’ingestion de denrées contaminées et rendue plus lisible et opérationnelle, avec une approche graduée de la protection de la population. Une synthèse des nouveaux principes de zonage de protection est disponible dans un livret.

Ces recommandations ont été testées lors d’exercices de crise et intègrent des propositions des panels de citoyens conduits en 2021 et 2022 autour de quatre sites nucléaires avec l’appui de l’ANCCLI et des CLI de Golfech, du Tricastin, de Paluel-Penly et de Dampierre-en-Burly.

L’information des publics, une priorité

Parallèlement, le Codirpa a poursuivi le travail de production de guides et outils d’information, permettant de mieux préparer la gestion d’une telle situation et de renforcer la culture de radioprotection des personnes situées autour des installations nucléaires. Après le site internet www.post-accident-nucleaire.fr, mis en ligne au début de l’année 2020, et qui propose des informations par catégorie de population (élus locaux, éducation nationale, personnel de santé, acteurs économiques, membres d’association), un Guide pour les habitants d’un territoire contaminé par un accident nucléaire a été publié en juin 2020. Ce guide a été utilisé à différentes occasions (réunions de CLI, exercices nationaux, rencontres avec le public) pour renforcer la sensibilisation au risque nucléaire.

Pour permettre aux professionnels de santé de répondre aux questions que leur poserait leur patientèle à la suite d’un accident nucléaire, un Guide questions-réponses pour les professionnels de santé a également été publié en début d’année 2022. Ce guide a inauguré une nouvelle méthode de travail pour les groupes de travail du Codirpa, consistant à identifier les attentes du public visé puis à créer des contenus correspondants. Ainsi, les 200 questions rassemblées dans ce guide ont été proposées par des professionnels de santé exerçant dans les environs de la centrale nucléaire de Civaux, et les réponses ont ensuite été proposées par un groupe d’une dizaine d’experts.

Ces travaux de sensibilisation et de préparation des parties prenantes locales s’inscrivent dans les objectifs du Codirpa de diffusion d’une culture de sécurité et de radioprotection autour des installations nucléaires. A cet égard, plusieurs membres du Codirpa seront mobilisés lors de la journée nationale de la résilience du 13 octobre 2022.

Pour en savoir plus :

Nouveau programme de travail du CODIRPA – Note d’orientation (PDF – 103.18 Ko )

Recommandations pour la gestion post-accidentelle d’un accident nucléaire (PDF – 3.67 Mo )

Codirpa – La gestion post-accidentelle d’un accident nucléaire – Les nouveaux zonages (PDF – 2.93 Mo )

Guide pratique pour les habitants d’un territoire contaminé par un accident nucléaire – pour impression (PDF – 1.82 Mo )

Codirpa – Conséquences sanitaires d’un accident nucléaire – Questions-réponses pour les professionnels de santé (PDF – 4.13 Mo )

Site Internet post-accident-nucleaire.fr ( https://www.post-accident-nucleaire.fr )

Post-accident

Le retour d’expérience des accidents de Tchernobyl et de Fukushima montre que, si des accidents avec des rejets significatifs sont rares, des territoires importants peuvent être contaminés, affectant la vie de la population de façon très importante et pour une longue période. Ainsi, ces deux accidents ont notamment conduit à la fermeture de territoires au public, à des éloignements de populations, des restrictions des activités agricoles et de la consommation des denrées issues de l’environnement pendant plusieurs années ou dizaines d’années. La planification post-accidentelle vise à permettre, suite à un accident nucléaire, de protéger la population sur le long terme et de favoriser les conditions d’un redémarrage de la vie économique et sociale au sein des territoires touchés.

Par l’ASN, publié le 07/10/2022 à 11h45

https://www.asn.fr/l-asn-informe/actualites/le-codirpa-publie-ses-dernieres-recommandations-au-gouvernement

ATTAQUE NUCLÉAIRE : RISQUES, SURVIVRE, QUE FAIRE ?

Le président américain Joe Biden a mis en garde jeudi 6 octobre contre un risque d’ « apocalypse » nucléaire dans la guerre entre la Russie et l’Ukraine suite aux menaces de Vladimir Poutine. Quels risques pour l’homme en cas d’attaque nucléaire ? À quelle distance se propage la bombe nucléaire ?

En plein conflit entre la Russie et l’Ukraine, la possibilité d’une guerre nucléaire hante les esprits. Jeudi 6 octobre, le président des États-Unis, Joe Biden, a mis en garde, contre un risque d‘ « apocalypse » nucléaire suite aux menaces du président russe Vladimir Poutine. Vladimir Poutine  » ne plaisante pas quand il parle d’un usage potentiel d’armes nucléaires tactiques ou d’armes biologiques ou chimiques, car son armée, on pourrait le dire, est très peu performante » a déclaré Joe Biden, lors d’une collecte de fonds à New York. « Nous n’avons pas été confrontés à la perspective d’une apocalypse depuis Kennedy et la crise des missiles cubains » en 1962, a-t-il ajouté. Concrètement quels sont les risques pour les populations en cas d’attaque nucléaire ? Jusqu’à quelle distance peut-on être touché ? Quels effets en cas d’accidents ? Le point avec Abraham Behar, président de l’AMPFGN, Association des médecins français pour la prévention de la guerre nucléaire, branche française de l’IPPNW, Association internationale des médecins pour la prévention de la guerre.

Quels sont les effets et risques d’une attaque nucléaire pour l’homme ?

« En cas d’attaque nucléaire, s’il s’agit d’un missile unique, impossible de survivre si on se trouve dans la zone létale absolue » explique d’emblée, Abraham Behar, ancien médecin nucléaire à Paris, président de l’AMPFGN, ancien médecin nucléaire à l’AP-HP et directeur d’un laboratoire de radiobiologie. Pour les autres, tout dépend de la taille du missile, du niveau et du temps d’exposition aux radiations notamment. Les populations les plus exposées souffrent :

du syndrome d’irradiation (ancienne maladie des rayons). « Le syndrome aigu d’irradiation (SAI) est une combinaison de plusieurs syndromes. Il apparaît après une irradiation du corps entier à forte dose. L’importance du SAI dépend non seulement de la dose absorbée totale, de la durée de l’irradiation et du type de rayonnement, mais aussi de la distribution de la dose dans l’organisme », explique l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). On souffre d’abord du syndrome initial dans les premières 24 heures. En fonction des doses absorbées, les symptômes sont :

  • nausées
  • vomissements
  • asthénie
  • diarrhée
  • hyperthermie
  • hypotension
  • céphalées
  • érythème précoce

Apparaît ensuite une phase de latence. Enfin une phase d’état comprenant  » des manifestations cliniques et biologiques qui peuvent aboutir au décès « .

 Le syndrome hématopoïétique : la moelle osseuse, qui fabrique les cellules sanguines, cesse de fonctionner, ce qui entraîne une aplasie pouvant causer le décès du malade.

Le syndrome gastro-intestinal : « Il se caractérise par l’apparition de diarrhées, de crampes abdominales, parfois même d’hémorragies digestives et de septicémie du fait de la rupture de la muqueuse intestinale et des ulcérations digestives. Il peut entraîner la mort en une à deux semaines » précise l’IRSN.

 Le syndrome neurovasculaire « létal en quelques jours, il se caractérise par une désorientation temporo-spatiale, une ataxie, des crises convulsives et un coma, causés par la présence d’un œdème cérébral, d’une hypertension intracrânienne et d’une anoxie cérébrale », explique l’IRSN.

À court terme, il existe également ce qu’on appelle le syndrome d’irradiation localisée, toujours selon l’IRSN. Il s’agit d’une brûlure radiologique, qui, à la différence des brûlures thermiques, est extensive en surface et en profondeur. Elle peut conduire à une nécrose.

Des maladies radio-induites : les effets sont variables à plus ou moins long terme,  » impossible de prévoir « , souligne Abraham Brehar. « Elles sont responsables de nombreux cancers, de cataractes dites radioactives et peuvent apparaître des décennies après l’exposition ! », ajoute-t-il. Cancers du sein, de la thyroïde, leucémies, cancers cutanés, cancers du poumon, du côlon… De nombreuses maladies sont dites radio-induites. En cas d’attaque nucléaire, ces maladies concernent les populations qui ont survécu mais ont été irradiées. Après les attaques d’Hiroshima et Nagasaki, les Japonais qui ont survécu ont été exposés à des risques très élevés de cancers de la thyroïde, glande très sensible aux rayonnements. Une étude menée en 2012 et publiée dans l’International Journal Of Cancer montre que les enfants et les adolescents étaient très exposés aux risques de développer un cancer, 50 ans après avoir été irradiés. Après l’âge de 20 ans, les chercheurs ont observé qu’il n’y avait pas de preuve d’augmentation de ce type de cancer.

Le syndrome aigu d’irradiation (SAI) apparaît après une irradiation du corps entier à une forte dose de rayonnements ionisants et sur une période très courte. Agnès François, ingénieur chercheur à l’IRSN, au Laboratoire de Radiobiologie des Expositions Médicales, nous explique ce phénomène.

Certaines personnes sont-elles plus sensibles aux rayons ?

« Les effets des radiations seront extrêmement différenciés en fonction de la puissance du missile et aussi très hétérogènes en fonction de ce qu’on appelle la radiosensibilité individuelle aux rayonnements ionisants. La répartition des sujets sensibles, très sensibles ou résistants est totalement aléatoire », explique Abraham Behar. « On sait toutefois que les personnes les plus sensibles sont les femmes enceintes et l’embryon ou le fœtus. Les bébés qui naissent après une exposition in utero ont quatre fois plus de risques de générer une maladie radioactive, tout au long de leur vie. » Les enfants puis les adolescents font également partie des populations les plus à risque.

À quelle distance se propage la bombe nucléaire en cas d’explosion ?

« Tout va dépendre du calibre du missile utilisé. Pour une bombe qui aurait deux fois la puissance de celle envoyée sur Hiroshima et qui serait envoyée sur Paris, l’ensemble des arrondissements serait touché. Surtout, il s’agit de projection pour 20 Mégatonnes (Mt) mais actuellement, la plupart des missiles ont une puissance bien supérieure. Ce n’est plus une cible unique qui est prévue mais des cibles multiples. Par exemple, un projectile peut tomber place Vendôme, un autre en Seine-et-Marne, un autre en Seine-Saint-Denis. Ces fusées à tête multiple ont une puissance au moins dix fois supérieure à la puissance d’Hiroshima » développe le président de l’AMPFGN. Le simulateur Nukemap, un logiciel de simulation en ligne créé par Alex Wellerstein, historien des sciences et des armes nucléaires, permet de se rendre compte des dégâts causés par une explosion nucléaire. On renseigne la ville ciblée et la puissance de la bombe. Il est aussi possible de choisir parmi la liste de missiles nucléaires connus. Pour une bombe de 100 Mt, tout serait vaporisé dans un rayon de 117 km2 constituant la boule de feu nucléaire. Dans un rayon de 3 350 km2, les bâtiments s’effondrent et de multiples incendies se déclarent, le nombre de morts est considérable. Le risque de développer un syndrome d’irradiation s’étend sur 17 080 km2. Le souffle de l’explosion peut causer l’explosion de fenêtres jusqu’à 26 450 km2 alentours. « Concernant l’exposition aux radiations pour les populations périphériques qui auraient survécu, les conséquences sont très imprévisibles car les circonstances atmosphériques, et surtout le vent, changent tout« , souligne Abraham Behar. « Après une explosion atomique, on observe la montée d’un nuage mixte dans lequel il y a des éléments radioactifs et tous les débris possibles. Selon le vent, ce mélange se déplace dans l’atmosphère et retombe dans des régions variables. » Ces retombées sont dangereuses pour la santé des populations concernées.

Que faire en cas d’attaque nucléaire ?

Ce qu’il faut faire en cas d’attaque, c’est fuir très loin si on le peut.

« Les populations périphériques qui ont survécu à Hiroshima et Nagasaki ont dû boire de l’eau radioactive. C’est dans cette population qu’on a observé le plus grand nombre de maladie radio-induites. En effet cela ne suffit pas de survivre à une explosion, il faut encore créer les conditions de vie pour ne pas surajouter à la radioactivité : réserve d’eau, de nourriture… « , prévient l’ancien médecin nucléaire. Ce qu’il faut faire en cas d’attaque, c’est fuir très loin si on le peut. « Mais comme on l’a vu lors de la catastrophe de Fukushima, il y a tellement de monde sur les routes, les embouteillages sont tels, qu’en réalité, on sait que ce n’est pas une véritable option sur le terrain » ajoute le médecin retraité. Les abris creusés en profondeur peuvent permettre la survie des populations. « Pratiquement dès les premières minutes, tout ce qui entoure la zone est radioactive. Les abris sont alors efficaces, contre les neutrons notamment capables de rendre radioactifs tout ce qu’ils touchent, ce qu’on appelle l’activation neutronique qui démultiplie les effets secondaires à une explosion. En outre, le caractère persistant de la radioactivité ruine les espoirs de survie de ceux qui ont pu se mettre à l’abri. Selon les calculs les plus récents, il faudrait attendre des mois avant de pouvoir sortir d’un abri. Dans cette perspective, on ne peut pas garder nos stocks durant une si longue période ou alors il s’agit d’une solution pour une poignée de personnes uniquement » détaille Abraham Behar. Si toutefois on atteint un abri, il faut retirer ses vêtements, ses chaussures et passer à l’eau la totalité de son corps pour bien retirer toutes les particules radioactives.

En cas d’alerte nucléaire, le gouvernement français recommande de :

  • Se mettre rapidement à l’abri dans un bâtiment en dur
  • Se tenir informé via les médias et les réseaux sociaux
  • Ne pas aller chercher les enfants à l’école
  • Limiter ses communications téléphoniques
  • Prendre des comprimés d’iode stable sur instruction du préfet et selon la posologie
  • Se préparer à une éventuelle évacuation

À quoi sert l’iode en cas d’attaque nucléaire ?

Lors d’une attaque nucléaire, de l’iode radioactif est libéré dans l’atmosphère. Il se retrouve dans l’organisme, inhalé ou ingéré via l’eau ou les aliments contaminés. La glande thyroïde stocke l’iode jusqu’à saturation. S’il s’agit d’iode radioactif, la personne est alors exposée à un risque accru de développer un cancer de la thyroïde. En cas de menace nucléaire, les autorités peuvent recommander de prendre de l’iode non radioactif, disponible sous forme de comprimés. « L’objectif est de saturer la thyroïde en iode stable afin qu’elle ne stocke pas l’iode radioactif en cas d’attaque ou d’accident. La thyroïde est très active durant l’adolescence et diminue avec le temps, mais chez les sujets plus âgés, la thyroïde étant déjà au repos, cela ne sert à rien. Toutefois quand bien même la population a accès à l’iode, c’est finalement dérisoire en cas d’attaque nucléaire« , explique le spécialiste.

Pastille d’iode : nucléaire, peut-on en acheter en pharmacie ?

IODURE DE POTASSIUM. Le président américain, Joe Biden, a mis en garde contre un risque d' »apocalypse nucléaire » dans la guerre qui oppose l’Ukraine à la Russie. Par crainte d’un tel accident, des comprimés d’iode (iodure de potassium) peuvent être distribués aux populations à risque d’exposition.

En effet, cette iode ne protège pas des autres éléments radioactifs pouvant être libérés lors d’un accident ou d’une attaque nucléaire : l’uranium, le plutonium, le tritium, le lithium… Et il faudrait prendre le comprimé avant l’attaque nucléaire et l’exposition aux radiations. « La prévention est véritablement la seule possibilité : notre mouvement l’AMPFGN est né dans la folie du nucléaire, quand chacun des deux pays, URSS et USA, détenait à eux deux de quoi détruire 10 fois la planète. Et dans mon métier, on sait que parfois, le curatif est impuissant, c’est le cas après une explosion nucléaire » conclut Abraham Behar.

Par Dorothée Duchemin, mis à jour le 07/10/22 à 10h06

https://sante.journaldesfemmes.fr/fiches-sante-du-quotidien/2793207-attaque-nucleaire-distance-risque-que-faire-apocalypse/

NUCLÉAIRE : UNE CONCERTATION PUBLIQUE SUR L’AGRANDISSEMENT DE GEORGES BESSE II

En juin dernier, François Lurin, directeur d’Orano Tricastin avait révélé que l’industriel réfléchissait à augmenter ses capacités de production d’uranium enrichi. Le contexte actuel, notamment géopolitique, a conduit plusieurs acteurs du nucléaire dans le monde à s’enquérir des possibilités d’Orano à livrer plus d’uranium enrichi, combustible indispensable pour la production d’électricité par les centrales nucléaires.

Actuellement, Orano dispose d’une usine d’enrichissement d’uranium à Pierrelatte sur le site du Tricastin. Celle-ci, baptisée Georges Besse II (GB II) et qui utilise la technologie de l’enrichissement par centrifugation, tourne actuellement à plein régime et produit 7,5 millions d’UTS (l’unité utilisée pour l’uranium enrichi). Pour augmenter ses capacités, François Lurin indiquait en juin qu’Orano réfléchissait à un agrandissement de l’usine GB II ou à la construction d’un nouveau site à l’étranger.

Une étape importante vient d’être franchie puisqu’Orano a saisi la Commission Nationale du débat public (CNDP) le 23 septembre. Et celle-ci, dans un avis rendu public le mercredi 5 octobre a demandé l’ouverture d’une concertation préalable pour l’augmentation de la capacité de production de l’usine GB II. 3 garants ont été nommés par la CNDP et vont donc procéder à une consultation publique sur le territoire du Tricastin dans la continuité de la consultation réalisée en 2004 avant le lancement de la construction de GB II. Les modalités de cette enquête devraient être prochainement précisées.

Si la nouvelle confirme que le projet d’agrandissement de GB II est bien à l’ordre du jour, François Lurin avait précisé en juin que la décision définitive ne serait prise que lorsque les clients intéressés auraient contractualisé avec Orano leur volonté.

Il faut dire que l’investissement, s’il se confirme, serait conséquent puisqu’il pourrait se chiffrer à plusieurs centaines de millions d’euros et aurait également des répercussions fortes sur l’emploi.

Par François Omer, publié le 6/10/22

Photo en titre : Crédit photo : ERIC LARRAYADIEU

http://www.e-tribune.fr/index.php/tricastin/17723-nucleaire-une-concertation-publique-sur-l-agrandissement-de-georges-besse-ii

LE RECYCLAGE LABORIEUX DES COMBUSTIBLES USÉS, L’AUTRE GRANDE FAILLE DU NUCLÉAIRE FRANÇAIS

Le problème de corrosion du parc nucléaire et le retard considérable du chantier de l’EPR de Flamanville ne sont pas les seuls points faibles de l’atome civil français. La filière dédiée à la gestion des combustibles usés est, elle aussi, très fragilisée. Chaque année, la quantité de combustibles usés envoyée dans les piscines d’Orano à La Hague est plus importante que la capacité industrielle de retraitement. Résultat, la capacité d’entreposage tant à diminuer et la saturation des piscines pourrait survenir dès 2028. Or, si les installations d’entreposage sont saturées, il n’est plus possible de faire fonctionner les réacteurs. En parallèle, le projet de piscine XXL d’EDF suscite de fortes oppositions. Explications.

À l’approche d’un hiver extrêmement tendu sur le plan énergétique avec d’éventuelles coupures d’électricité à la clé, le problème de corrosion observé sur douze réacteurs nucléaires aujourd’hui à l’arrêt, la fermeture de la centrale de Fessenheim, jugée prématurée par certains, et la dizaine d’années de retard pris par le chantier de l’EPR de Flamanville catalysent depuis de longues semaines toutes les attentions. Au point d’éclipser totalement un autre problème majeur, beaucoup moins médiatisé certes, mais dont les conséquences, à moyen terme, pourraient être considérables pour le parc électronucléaire français : celui du recyclage des combustibles usés et de leur entreposage dans les piscines de La Hague, aujourd’hui proches du débordement.

Un dossier particulièrement épineux. Car, au-delà des questions évidentes de sûreté, c’est la production nucléaire qui est en jeu puisqu’un réacteur ne peut être chargé de combustibles que si son opérateur est certain de pouvoir le décharger… En d’autres termes, si les installations d’entreposage sont saturées, il n’est plus possible de faire fonctionner les réacteurs.

Peu connu du grand public, en raison certainement de sa technicité, le sujet est en revanche dans tous les esprits au sein de l’Autorité de sûreté du nucléaire (ASN), laquelle tire la sonnette d’alarme sur les piscines d’entreposage de combustibles usés d’Orano (ex Areva), situées à La Hague (Manche). Et pour cause : leur saturation pourrait survenir à l’horizon 2028-2029.

Dans une note publiée en mars dernier, le gendarme du nucléaire rappelle ainsi « sa préoccupation portant sur la saturation plus rapide que prévue des capacités d’entreposage de matières radioactives à La Hague ». Dans son dernier rapport annuel, publié en mai, l’ASN ne mâche pas non plus ses mots et fait état d’« une chaîne du combustible fragilisée, qui met le système électrique sous tension ». Cette fragilisation constitue même « un point d’attention stratégique majeur pour l’ASN », est-il écrit. Cette mise en garde ne date pas d’hier. « Dès 2018, l’ASN avait pointé ce risque de saturation dans son avis sur la cohérence du cycle du combustible », rappelle Igor Sguario, directeur adjoint à la direction des déchets, des installations de recherche et du cycle à l’ASN. En 2015, déjà, le gendarme demandait clairement à EDF et Orano (alors Areva) d’anticiper la saturation de ces entreposages ainsi que de définir « très rapidement une stratégie de gestion allant au-delà de 2030 ».

Politique de l’autruche

« Les pouvoirs publics s’en sont beaucoup détournés car, avec un horizon 2030, c’est un problème qui paraissait lointain. Et, personne n’en parlait. Mais c’est un sujet qui commence à revenir sur la table car les politiques s’intéressent de nouveau au nucléaire et que la relance [voulue par Emmanuel Macron avec la construction de six nouveaux EPR, voire 14 avec les exemplaires placés en option, ndlr] pose la question du long terme », observe Nicolas Goldberg, expert Énergie chez Colombus Consulting.

Pour mieux comprendre ce risque de saturation, il faut d’abord bien comprendre comment fonctionne ce que la filière nucléaire appelle « le cycle du combustible ». Pour produire de l’électricité, un réacteur nucléaire doit être chargé de combustibles à uranium enrichi (UOX). Pour cela, il faut d’abord extraire dans des mines de l’uranium naturel qui est ensuite enrichi. En France, environ 1.100 tonnes de combustibles à uranium enrichi (UOX) est chargé, chaque année, dans les 56 réacteurs que composent le parc. Ce combustible reste au cœur du réacteur dans lequel il est irradié pendant 12 à 18 mois, selon les types de réacteurs. Lorsqu’il est usé et qu’il n’est plus possible d’en tirer suffisamment d’énergie, il est retiré du réacteur et entreposé dans une piscine de refroidissement située au sein même de la centrale nucléaire. Au bout de quelques années, il est transféré dans l’une des quatre piscines d’entreposage de La Hague, appartenant à Orano. Il y restera quelques années supplémentaires. Ce n’est finalement que sept à dix ans après, quand il a suffisamment refroidi, que le combustible usé peut être retraité, afin qu’une partie soit recyclée.

« Dans les grandes lignes, le procédé de retraitement consiste à découper en tronçons les éléments combustibles, puis de mettre en solution la matière nucléaire contenue dans ces éléments. Des opérations permettent ensuite de séparer les matières valorisables, c’est-à-dire le plutonium et l’uranium, des résidus de la fission, que l’on considère comme des déchets », explique Stéphanie Gaiffe, directrice adjointe en charge des opérations de l’usine Orano de La Hague.

Une fois extrait, le plutonium, une substance très radioactive, est ensuite associé à de l’uranium appauvri pour fabriquer un combustible de recyclage : le combustible Mox. Chaque année, Orano extrait environ 10 tonnes de plutonium en vue de fabriquer, théoriquement, 100 tonnes de combustible Mox. Celui-ci est réintroduit dans certains réacteurs nucléaires d’EDF pour produire de l’électricité. Une fois usé, il est de nouveau entreposé dans la piscine du réacteur avant d’être transféré dans les piscines de La Hague.

Un « cycle du combustible » déséquilibré

En revanche, ce combustible Mox usé ne peut pas être recyclé une nouvelle fois car il n’existe pas, aujourd’hui, de procédé industriel à grande échelle pour réaliser cette opération. Il reste donc entreposé dans les piscines d’Orano pour une durée indéterminée, en attente d’une décision sur son retraitement, ou non, à un horizon beaucoup plus lointain. Par conséquent, « chaque année, Orano accumule environ 100 tonnes de combustibles Mox usés dans ses piscines d’entreposage », explique Igor Le Bars, directeur de l’expertise de sûreté de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), appui technique de l’ASN. Ainsi, aujourd’hui, quelque 2 500 tonnes de combustibles Mox usés sont entreposées dans les piscines d’Orano.

Mais dans la pratique l’usine Melox d’Orano, située à Marcoule dans le Gard et chargée de fabriquer ce combustible Mox, rencontre depuis plusieurs années des dysfonctionnements qui déséquilibrent « ce cycle du combustible » et accélère notamment le rythme d’entreposage de combustibles nucléaires usés, au-delà du reliquat de 100 tonnes de combustibles Mox accumulé chaque année.

En effet, si la production de combustibles Mox diminue, mécaniquement le niveau de d’entreposage en piscine augmente.

« Pour faire un combustible Mox, il faut retraiter neuf combustibles UOX usés. Si Orano ne produit pas de combustible Mox, il ne va pas traiter ces combustibles usés et les laisser dans la piscine. Donc si la production de Mox descend, cela conduit à laisser beaucoup plus de combustibles en piscine et donc à augmenter leur encombrement », expose Igor Le Bars.

Dysfonctionnements à répétition dans l’usine de Melox

Très concrètement, à partir de 2015, l’usine Melox d’Orano a fait face à des difficultés de procédés industriels qui ont provoqué une nette augmentation du volume de rebuts, c’est-à-dire des poudres et des pastilles de combustibles Mox ratées. Celui-ci a été « multiplié par deux, voire trois », reconnaît-on chez l’industriel.

« Pour fabriquer du combustible Mox, l’exploitant du plutonium sous forme d’oxyde, qui prend la forme d’une poudre noire, à de l’uranium appauvri, également sous forme d’oxyde (UO2), qui prend aussi la forme d’une poudre noire. C’est un procédé très sensible et pour la poudre UO2, Orano avait mis au point un procédé d’élaboration par voie humide », détaille Igor Le Bars.

Or, en 2015, l’usine de Melox a été contrainte d’arrêter de se fournir auprès de son usine de Pierrelatte (Drôme), qui a fermé en raison de son ancienneté. Orano a basculé vers une autre poudre, produite dans l’une de ses usines situées en Allemagne, à partir d’un procédé différent, dit par voie sèche. « L’uranium ne passait plus par une phase liquide, cela donnait de la poudre avec une taille de grains beaucoup plus fine qui, par exemple, facilite la formation d’amas de plutonium. L’exploitant n’arrivait plus à obtenir l’homogénéité du mélange nécessaire », précise encore Igor Le Bars.

Résultat, ce volume inattendu de rebuts à augmenté le besoin d’entreposage de plutonium à la Hague. En effet, ces poudres et pastilles non conformes doivent être conditionnées puis envoyées vers l’usine du Cotentin pour être entreposées.

« Cette situation, qui perdure depuis plusieurs années, a conduit à un engorgement non anticipé des lieux d’entreposage spécifiques de plutonium dans l’usine de la Hague », pointe ainsi une note du Haut comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire (HCTISN).

Pour y faire face, Orano doit donc très rapidement étendre ses capacités d’entreposage dédiées. « Nous disposons de locaux disponibles qui peuvent être aménagés », veut rassurer l’industriel. Un dossier en ce sens a été déposé auprès de l’ASN en mai dernier, pour une mise en œuvre visée en 2023. Au total, 1 300 emplacements supplémentaires pour les rebuts Mox sont prévus sur le site de La Hague. « En l’absence de telles augmentations de capacités d’entreposage, une adaptation à la baisse du traitement serait nécessaire, ce qui accélérerait l’encombrement des piscines d’entreposage de combustibles usés », prévient toutefois le gendarme du nucléaire, qui instruit actuellement cette demande d’extension.

L’horizon pourrait toutefois s’éclaircir pour Orano qui voit progressivement le volume de rebuts diminuer. Pour surmonter cet écueil, le groupe a, en effet, changé de fournisseur et travaille désormais avec une usine de l’américain Westinghouse, située en Suède, qui utilise également un procédé par voie humide. Le basculement a eu lieu début 2022 et le niveau de rebuts a sensiblement baissé mais la production de combustibles Mox reste significativement inférieure à la normale en raison des nombreux réglages à effectuer, ce procédé étant extrêmement sensible.

« Aujourd’hui, tout semble indiquer un redressement », affirme, confiante, Stéphanie Gaiffe. Fin août 2022, la production de Melox s’est établie à 50 tonnes, ce qui correspond, peu ou prou, à la production de toute l’année 2021. Le groupe vise ainsi 70 tonnes pour l’année 2022. Un niveau qui reste cependant très loin des meilleurs crus où la production a pu atteindre 125 tonnes par an. « Le site va investir plus de 80 millions d’euros d’ici 2025 pour améliorer la production, la maintenance et la formation des équipes à Melox. L’objectif est de remonter l’usine à un niveau stable de 100 tonnes par an, en 2025 », précise Orano. L’ex-Areva entend aussi réinternaliser la production de la poudre d’UO2 grâce à la construction d’un nouvel atelier sur son site de Malvési, près de Narbonne (Aude). Celui-ci devrait être opérationnel dès l’année prochaine. Coût de l’investissement : 70 millions d’euros.

Problèmes de corrosion à La Hague

Reste que le cas Melox n’est pas la seule épine dans le pied d’Orano. Sur son site de La Hague, les six évaporateurs des deux usines de retraitement connaissent des phénomènes de corrosion importants et leur remplacement, qui a nécessité un investissement de 700 millions d’euros, est imminent. « Lors du contrôle effectué en 2010, les épaisseurs corrodées de ces équipements étaient supérieures à ce qui était attendu. Ceci a conduit Orano à décider, en 2015, un projet de remplacement de ses équipements », retrace Igor Le Bars. L’industriel a donc construit de nouveaux équipements en parallèle des existants.

Le basculement des uns aux autres nécessite toutefois un long arrêt. « Chacune des deux usines devra s’arrêter respectivement pendant, a priori, six mois car les solutions de ces équipements sont extrêmement radioactives. Les évaporateurs doivent notamment être installés dans de grands bunkers en béton armé. Cela se traduira temporairement par une diminution des capacités de retraitement », explique Igor Le Bars. Ce qui contribuera à augmenter le niveau d’entreposage de combustibles dans les piscines. Les opérations de basculement ont débuté le 29 août dernier pour l’usine UP3 et elles commenceront en 2024 pour la seconde usine UP2. Par ailleurs, le plus corrodé des trois évaporateurs de l’usine UP3 a déjà été définitivement arrêté. Cet atelier de retraitement fonctionne donc aux deux tiers de sa capacité depuis plusieurs mois.

Ces arrêts programmés de longue date sont d’autant plus sensibles que les marges d’entreposage dans les quatre piscines de La Hague sont actuellement très faibles.

« Aujourd’hui, environ 10 000 tonnes de combustibles sont entreposées sur une capacité opérationnelle totale de 14 000 tonnes. Mais en réalité, cette capacité est légèrement inférieure car il y a besoin d’espace pour manipuler les combustibles. Grosso modo, on a 1 000 tonnes de marge de manœuvre », rapporte une source proche du dossier.

Saturation des piscines d’Orano prévue avant 2030…

Initialement, le niveau de saturation devait être atteint aux alentours de 2030, mais compte tenu des difficultés rencontrées par la filière du combustible cette échéance pourrait être avancée à 2028. Pour remédier à cette insuffisance, EDF a lancé dès 2017 le projet d’une vaste piscine centralisée dédiée à l’entreposage de longue durée de combustibles Mox usés, dont le recyclage à l’échelle industrielle n’est pas envisagé avant 2040. Capacité visée de cette nouvelle piscine : 6.500 tonnes, soit environ 13 000 assemblages. Mais comme de nombreux chantiers menés par l’électricien, celui-ci a pris du retard et la piscine ne devrait être disponible qu’en 2034… si le nouveau calendrier est bien respecté.

Six années séparent donc la date à laquelle les piscines d’Orano devraient atteindre leur capacité de stockage maximale et la mise en service de la nouvelle piscine d’EDF. Pour faire cette grande jonction, le gendarme du nucléaire a demandé à EDF et Orano de mettre au point des « parades ». Trois ont été présentées. La première propose de densifier les piscines actuelles de La Hague. « Ce projet consiste à réduire les sections des paniers dans lesquels sont entreposés les éléments combustibles et à resserrer les paniers entre eux. Cela nous permettra d’accroître d’un facteur de 30% les capacités de stockage de trois piscines », expose Stéphanie Gaiffe. Orano vise une « réalité industrielle » pour 2024.

La deuxième parade repose sur l’entreposage à sec. « Sur ce point, les échanges techniques ne font que débuter et il est encore très difficile de se prononcer », indique Igor Sguario de l’ASN. Orano espère, quant à lui, une mise en service en 2029. Cette option ne peut constituer qu’une solution temporaire et non pérenne, estime toutefois le gendarme du nucléaire, l’entreposage en piscine étant jugé plus sûr.

La troisième et dernière parade est la plus incertaine quant à sa faisabilité. Elle consiste à augmenter la quantité de combustibles Mox utilisés dans les 22 réacteurs qui en reçoivent aujourd’hui.

« Chaque année, 12 nouveaux assemblages Mox sont introduits dans un réacteur moxé, le projet consiste à en introduire 16. Or, plus il y a besoin de Mox, plus il y a besoin de plutonium, donc de retraitement et plus les piscines se vident, déroule Igor Le Bars. Cette parade a quand même un gros inconvénient car elle sous-entend que l’usine Melox est capable de produire suffisamment de combustibles Mox, or aujourd’hui son niveau de production est encore très bas », pointe-t-il.

Nouvelle piscine d’EDF attendue, au plus tôt, pour 2034

Quant au projet de piscine d’entreposage géante d’EDF, sera-t-il bien au rendez-vous de 2034 ? La question se pose tant celui-ci suscite de vives oppositions. « Les anti-nucléaires sont vent debout contre ce projet car il projette l’engagement de la France dans le nucléaire sur du très long terme », souligne Nicolas Goldberg. De fait, cette installation, qui pourrait être complétée d’un second bassin équivalent, est envisagée pour être exploitée pendant une centaine d’années. Sur place, certains riverains craignent ainsi que la future piscine d’EDF se transforme en outil de stockage définitif et non d’entreposage temporaire.

« On a déjà donné pour le nucléaire, c’est trop. Il y a déjà beaucoup de déchets vitrifiés à La Hague, en attente de partir éventuellement à Bure (Meuse) pour un stockage définitif. Il y a aussi les rebuts Mox qui arrivent de Melox. Ça déborde. Les gens ne veulent pas devenir la poubelle mondiale du nucléaire », s’agace Guy Vastel, membre du collectif Piscine nucléaire stop.

Plus globalement, les opposants dénoncent « un débat biaisé par la communication d’Orano et d’EDF qui prend le dessus ». Ils regrettent également que le stockage à sec des combustibles ne soit pas, pour l’heure, envisagé comme une solution pérenne à l’image des pratiques américaines. « On en parle très peu alors qu’on sait qu’Orano fait des conteneurs qu’il vend aux Américains pour du stockage à sec. C’est possible de le faire », avance Guy Vastel. Cette piste soulèverait toutefois une question majeure : celle de la poursuite, ou non, du recyclage des combustibles usés. En effet, l’IRSN ne sait pas encore si un retraitement est possible après un entreposage à sec. « Ce n’est pas rédhibitoire, mais le retraitement n’est pas, à ce stade, acquis », reconnaît Igor Le Bars.

« Ce que l’on a constaté c’est qu’il y avait beaucoup de suspicions dans tout ce que pouvait dire le porteur de projet [EDF,ndlr] », rapporte Jean-Daniel Vazelle, l’un des deux garants de la concertation préalable, désignés par la Commission nationale du débat public (CNDP).

Restaurer la confiance… et tenir le calendrier

Après des débats houleux, qui ont conduit à la suspension de la concertation pendant plusieurs semaines, les deux garants ont publié leur bilan dans lequel ils préconisent à EDF « la recherche d’un dialogue constant tant avec les élus qu’avec le public et le collectif Piscine nucléaire stop, pour favoriser un débat ouvert, de manière à installer un niveau de confiance entre les parties concernées ».

EDF n’a plus que quelques jours pour réagir à ce bilan, sa réponse étant attendue avant le 8 octobre. Selon le calendrier actuel, l’électricien prévoit de déposer sa demande d’autorisation de création (DAC) à la fin de l’année 2023 et débuter le chantier en 2027. Celui-ci démarrera-t-il à temps ? « Moi, je ne prends plus de paris sur les délais », répond en souriant Jean-Daniel Vazelle. Celui-ci n’exclut pas la possibilité de recours administratifs contre le décret d’autorisation de création. «Seront-ils suspensifs ? », s’interroge-t-il. Par ailleurs, le  « manque de bras » qu’a récemment regretté Jean-Bernard Lévy, PDG d’EDF qui va céder sa place à Luc Rémont, lors de son intervention au Medef  pourrait aussi chambouler le calendrier. « La question des ressources humaines est un point d’attention. Cette tension est un vrai sujet », reconnaît Igor Le Bars. De son côté, l’ASN précise tenir « plusieurs réunions tous les trimestres pour vérifier l’avancement du projet ». Aucun doute, le dossier est surveillé comme du lait sur le feu et sera l’un des grands défis du nouveau patron d’EDF.

Par Juliette Raynal, publié le 6 octobre 2022 à 14h16

Photo en titre : Crédits : JEAN-PAUL PELISSIER

Pour retrouver et écouter cet article (ETX Studio), cliquer sur :

https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/energie-environnement/nucleaire-les-difficultes-du-recyclage-des-combustibles-uses-menacent-la-production-a-partir-de-2028-935294.html

LA PRODUCTION D’ÉNERGIE NUCLÉAIRE EN BAISSE EN FRANCE À CAUSE D’UNE GRÈVE

La production d’énergie nucléaire en France a été réduite de 1,4 gigawatt (GW) jeudi 6 octobre en raison de la journée de grève dans les centrales nucléaires et la production hydroélectrique l’a été de 220 mégawatts, a indiqué EDF.

Selon les données de RTE, le gestionnaire du réseau de lignes à haute tension, la France est actuellement un importateur net d’électricité avec 9,8 GW importés de Grande-Bretagne, de Belgique, d’Allemagne, d’Italie et d’Espagne.

Le mouvement social des agents du nucléaire affecte le fonctionnement de quatre réacteurs et les données montrent qu’environ 4% de la production totale d’énergie nucléaire est affectée jeudi 6 octobre au matin, selon la CGT et les données de RTE. L’intersyndicale (CGT, CFE-Énergies, CFDT, FO) avait appelé les agents à la grève pour obtenir une revalorisation de leurs salaires, alors qu’une réunion entre représentants des salariés et du patronat des industries électriques et gazières se tient le 6 octobre.

Les syndicats demandent à ce que le niveau des salaires tienne compte de l’inflation. La hausse négociée jusqu’à présent, de 1,3% en 2022, est insuffisante à leurs yeux. L’inflation a augmenté en septembre de 5,6%, selon les données provisoires de l’Insee. «Les employeurs et les représentants de l’État ne peuvent pas à la fois exiger des agents qu’ils travaillent d’arrache-pied pour assurer le passage de l’hiver et, en même temps, les mépriser en refusant de compenser l’inflation qu’ils subissent !» assurent les syndicats dans un tract. Si le conflit dure depuis l’été, les salariés de la centrale du Bugey, dans l’Ain, s’étaient déjà mis en grève depuis le 29 septembre.

Des conséquences sur le programme de grand carénage ?

Selon les données de RTE, le gestionnaire du réseau de lignes à haute tension, la France est actuellement un importateur net d’électricité avec 9,8 GW importés de Grande-Bretagne, de Belgique, d’Allemagne, d’Italie et d’Espagne. Une porte-parole de la CGT a indiqué que les travaux de maintenance ont en outre été suspendus sur 11 autres réacteurs.

Si les consommateurs ne devraient pas sentir les effets de la baisse de production, le calendrier de reprise des réacteurs nucléaires pourrait en souffrir. D’après un porte-parole de la CGT, les travaux de maintenance ont été suspendus sur onze réacteurs. EDF mène actuellement son programme de maintenance («le grand carénage»), retardé du fait du Covid-19, de rechargements de combustible ou de défauts de corrosion. Les capacités de production de trois réacteurs manquent par rapport aux objectifs annoncés, c’est-à-dire entre cinq et six gigawatts (GW). En outre, si les travaux de réparation de trois réacteurs nucléaires – Bugey 4, Chinon B3 et Cattenom 4 – sont achevés, leur remise en route reste liée au feu vert de l’Autorité de sûreté nucléaire.

Publié le 06 Octobre 2022 à 12h01

Photo en titre : Selon les données de RTE, le gestionnaire du réseau de lignes à haute tension, la France est actuellement un importateur net d’électricité avec 9,8 GW importés de Grande-Bretagne, de Belgique, d’Allemagne, d’Italie et d’Espagne. Par PASCAL ROSSIGNOL ©,

https://www.usinenouvelle.com/article/france-baisse-de-la-production-d-energie-nucleaire-a-cause-d-une-greve.N2051842

CORÉE DU NORD : DEUX NOUVEAUX MISSILES BALISTIQUES TIRÉS EN MER DU JAPON

La Corée du Nord a tiré deux nouveaux missiles balistiques en Mer du Japon, jeudi 6 octobre. C’est la deuxième fois cette semaine que des missiles nord-coréens sont tirés.

Pour la deuxième fois en trois jours, la Corée du Nord a de nouveau effectué un tir de deux missiles balistiques en Mer du Japon, après avoir déjà lancé un projectile similaire mardi 4 octobre. L’information a été communiquée par l’agence sud-coréenne Yonhap puis confirmée par Pyongyang qui a indiqué avoir procédé à ce tir « par mesures de rétorsions » envers les États-Unis et la Corée du Sud. Le ministère nord-coréen des Affaires étrangères a déclaré dans un communiqué que ces lancements sont « les justes mesures de rétorsion de l’Armée populaire coréenne contre les manœuvres militaires conjointes entre la Corée du Sud et les États-Unis qui provoquent une escalade des tensions militaires dans la Péninsule coréenne« .

Le Conseil de sécurité de l’ONU s’était réuni à New-York afin de mener des discussions sur le tir balistique de la Corée du Nord du mardi 4 octobre. Ce dernier avait effectué la plus longue distance jamais parcourue par une ogive balistique nord-coréenne, soit l’équivalent de 4.600 kilomètres, d’après Tokyo et Séoul. Aussi, ce lancement avait entraîné une réplique coordonnée entre les États-Unis et la Corée du Sud qui avaient tiré quatre missiles en mer du Japon. Avant cette réponse, les deux pays avaient mené des exercices aériens en effectuant des tirs en mer Jaune.

Face à cette augmentation des tensions, les États-Unis ont annoncé le retour de l’USS Ronald Reagan, l’un de leur porte-avions, dans la région. En septembre, la Corée du Nord avait adopté une nouvelle doctrine pour rendre « irréversible » son statut de puissance nucléaire. Aussi, le pays dirigé par Kim Jong-un a multiplié les tirs en lançant notamment un missile balistique pour la première fois depuis 2017.

Par AFP & Julien Doucet, publié le 06/10/2022 à 04h50

Photo en titre : Lancement d’un missile (illustration). Crédit : JO YONG HAK / SOUTH KOREAN DEFENCE MINISTRY / AFP

https://www.rtl.fr/actu/international/coree-du-nord-deux-nouveaux-missiles-balistiques-tires-en-mer-du-japon-7900192474

LA REVUE SILENCE PROPOSE EN NOVEMBRE : « NUCLÉAIRE : L’IMPASSE PROGRAMMÉE »

Le nucléaire est hélas revenu sur le devant de l’actualité, en bonne place parmi nos angoisses contemporaines.

La vulnérabilité des centrales face aux sécheresses estivales ou face aux guerres, en sont des illustrations. Mais les tendances du secteur paraissent marquées par un paradoxe. D’un côté, il semble avoir à nouveau le vent en poupe, de l’autre sa relance semble plus que jamais… impossible. Retour sur la situation et sur l’actualité des luttes.

Extrait du sommaire :

  • Le lobby nucléaire lutte pour sauver sa peau
  • Les bouffées de chaleur du nucléaire
  • Ukraine : la dissuasion nucléaire en échec
  • À Bure : se préparer au début des travaux… et résister

Revue S!LENCE, 9 rue Dumenge, BP 4215, 69241 Lyon Cedex 04
Tél : 04 78 39 55 33, (du lundi au jeudi, 10-12h, 14-17h)

https://www.revuesilence.net/numeros/515-Nucleaire-l-impasse-programmee-500/

ÉNERGIE : FEU VERT POUR LA CRÉATION D’UNE COMMISSION D’ENQUÊTE SUR LE NUCLÉAIRE

La commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale a jugé recevable la demande de création d’une commission d’enquête sur « les raisons de la perte de souveraineté et d’indépendance énergétique de la France ». Le texte motivant la création de cette commission d’enquête, rédigé par Olivier Marleix (Les Républicains), indique que celle-ci prévoit de faire porter ses travaux sur les décisions prises « sous la présidence de François Hollande puis d’Emmanuel Macron ».

Un ancien président de la République auditionné par une commission d’enquête de l’Assemblée nationale ? Ce serait une première qui devrait bientôt avoir lieu. Début septembre, le chef de file des députés Les Républicains, Olivier Marleix, a annoncé son intention de demander la création d’une commission d’enquête visant « établir les responsabilité » qui ont conduit à la crise énergétique à laquelle la France est aujourd’hui confrontée. Mercredi 5 octobre, la commission des affaires économiques a jugé recevable cette demande effectuée dans le cadre du droit de tirage qui permet à chaque groupe de l’Assemblée d’obtenir la création d’une commission d’enquête par session parlementaire. 

C’est dans le cadre de cette commission d’enquête qu’un et même deux anciens présidents de la République pourraient être auditionnés. Le 16 septembre, Le Figaro révélait qu’Olivier Marleix souhaitait que Nicolas Sarkozy puisse contribuer à éclairer la situation énergétique de la France et que l’ancien chef de l’État avait déjà « répondu favorablement » à cette demande. Dès le 7 septembre, sur Europe 1, Olivier Marleix avait surtout déclaré souhaiter qu’un autre ancien Président, François Hollande, soit entendu par la commission d’enquête.

La fermeture de la centrale de Fessenheim : un « désastre »

Car au-delà des causes conjoncturelles de la crise énergétique qui résulte de la guerre en Ukraine, Olivier Marleix et les députés de son groupe estiment que François Hollande et à sa suite, Emmanuel Macron, portent une lourde responsabilité dans la situation actuelle en raison de leurs choix en matière de nucléaire. La proposition de résolution visant à créer cette commission indique clairement qu’il s’agit « d’établir les raisons de la perte de souveraineté et d’indépendance énergétique de la France sous la présidence de François Hollande puis d’Emmanuel Macron »

L’objectif affiché est donc de déterminer les « responsabilités » dans les « coupures d’électricité qui semblent cette année inévitables » peut-on lire dans l’exposé des motifs de la résolution. Le texte indique également qu’il s’agit de savoir si « en confirmant la décision de François Hollande de fermer en 2020 la centrale de Fessenheim au terme d’un accord électoral entre le PS et EELV (…) sans engager de nouveaux projets pour compenser les pertes de capacité de production », le gouvernement « avait pleinement conscience des risques qu’il faisait planer sur la sécurité d’approvisionnement des Français ».

« Depuis 10 ans, la France se saborde au niveau énergétique (…) par idéologie et par sectarisme. » (Voir NDLR en fin de texte)

Face à la commission des affaires économiques chargée de l’étude de la recevabilité de cette résolution, Jérôme Nury (Les Républicains), a enfoncé le clou : « Depuis 10 ans, la France se saborde au niveau énergétique (…) par idéologie et par sectarisme », a-t-il affirmé. Le député de l’Orne a regretté des « choix décroissants insupportables » et qualifié la fermeture de Fessenheim de « désastre ».

La députée du Rassemblement national Yaël Menache a abondé dans son sens en appelant à ne pas refaire les mêmes erreurs. « Nous comptons sur le groupe LR pour nous y aider! », a-t-elle affirmé. 

Une commission d’enquête partisane ?

Si la proposition de résolution remplit les critères nécessaires à sa recevabilité, le rapporteur issu du groupe Renaissance, Antoine Armand, a cependant émis d’importantes réserves. L’exposition des motifs laisse craindre que ses auteurs « n’ont pas l’intention de mener les travaux approfondis et sans parti pris que de tels enjeux imposent », a-t-il souligné.

Rejoint en cela par le député de la France insoumise Matthias Tavel, Antoine Armand a dénoncé  l' »aspect trop partisan » d’une temporalité restreinte aux deux derniers quinquennats qui « pourrait nuire » à la compréhension de la situation. Le rapporteur a donc invité la future commission d’enquête à prendre en compte « le temps long » et la multiplicité des acteurs que requiert la mise en œuvre des politiques énergétiques. Puis a alerté sur une exposition des motifs qui désigne « d’ores et déjà » et avec « une tonalité péremptoire et comminatoire » des « responsabilités précises » et individuelles. Avant de dénoncer des « attaques » fondées sur « des hypothèses ».

Antoine Armand a également mis en garde sur le périmètre de recherche de la proposition et a enjoint le bureau de la future commission à le « repréciser ». « Si le dispositif entend traiter des motifs sur la politique énergétique au sens large, tout son exposé des motifs ne traite que des problèmes de la production et des problèmes de l’approvisionnement électrique », a-t-il expliqué en insistant sur ce terme. « Il serait judicieux que la commission d’enquête ne s’attache qu’à cet examen déjà dense et divers », a-t-il conseillé. 

Malgré ces réserves, la proposition de résolution a été jugée recevable par la commission des affaires économiques. À noter que de Delphine Batho n’a pas pris part au vote. La députée Europe Écologie – Les Verts ayant expliqué qu’elle se tenait à la disposition de la commission d’enquête en tant qu’ancienne ministre de la Transition écologique de 2012 à 2013.

La conférence des présidents de l’Assemblée du 11 octobre doit maintenant prendre acte de la création de cette commission d’enquête qui pourra ensuite être constituée de 30 députés issus de tous les groupes politiques du Palais-Bourbon. De source parlementaire, c’est le député Les Républicains du Haut-Rhin, Raphaël Schellenberger, qui devrait être choisi pour assurer la fonction de rapporteur de la commission d’enquête. C’est dans sa circonscription qu’est située la centrale de Fessenheim, définitivement arrêtée depuis 2020.

Par de Montalivet, publié le mercredi 5 octobre 2022 à 17h30, mis à jour le mercredi 5 octobre 2022 à 19h14

https://lcp.fr/actualites/energie-feu-vert-pour-la-creation-d-une-commission-d-enquete-sur-le-nucleaire-139919

NDLR : par exemple, en ne respectant pas ses propres engagements de développement d’énergies renouvelables? Ce retard équivaut à plus que la production des 2 réacteurs nucléaires de Fessenheim ce qui montre bien que la programmation de leur fermeture était justifiée à l’époque de sa décision! CQFD!

Quant à la souveraineté, je rappelle qu’il y a plus de 20 ans que nous importons 100 % de l’uranium qui alimente nos centrales nucléaires, donc souveraineté grâce au nucléaire = bla bla bla…

POUTINE AFFIRME SON CONTRÔLE SUR LA CENTRALE NUCLÉAIRE UKRAINIENNE, KIEV N’EST PAS D’ACCORD

Le président russe Vladimir Poutine a ordonné mercredi à son gouvernement de prendre le contrôle de la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporizhzhia, la plus grande d’Europe, alors que l’organisme de surveillance nucléaire de l’ONU a averti que l’alimentation électrique du site était « extrêmement fragile ».

Cependant, le patron de l’agence nationale ukrainienne de l’énergie a annoncé qu’il prenait le contrôle de la centrale, qui est devenue un centre d’intérêt international en raison de la possibilité d’une catastrophe nucléaire après des bombardements dans la région pour lesquels Moscou et Kiev se sont mutuellement accusés.

La Russie a pris la centrale nucléaire de Zaporizhzhia (ZNPP) en mars, peu après avoir envahi l’Ukraine, mais le personnel ukrainien a continué à l’exploiter.

La centrale est située dans la région du sud de l’Ukraine également appelée Zaporizhzhia, l’une des quatre régions que le président Vladimir Poutine a formellement incorporées à la Russie mercredi, dans une démarche condamnée par Kiev comme un accaparement illégal de terres.

« La centrale nucléaire de Zaporizhzhia se trouve désormais sur le territoire de la Fédération de Russie et, par conséquent, doit être exploitée sous la supervision de nos agences compétentes », a déclaré l’agence de presse RIA, citant les propos du vice-ministre des Affaires étrangères Sergei Vershinin.

Poutine a ensuite signé un décret désignant la ZNPP comme « propriété fédérale ».

L’exploitant russe de l’énergie nucléaire, Rosenergoatom, a déclaré qu’il procéderait à une évaluation de la manière de réparer les dommages causés à l’infrastructure de la centrale et qu’il transférerait tous les employés ukrainiens existants vers une nouvelle organisation appartenant à la Russie.

« La nouvelle organisation d’exploitation est conçue pour assurer le fonctionnement sûr de la centrale nucléaire et les activités professionnelles du personnel existant de la centrale », a-t-elle déclaré dans un communiqué.

L’UKRAINE DIT QU’ELLE PREND LE CONTRÔLE

Pendant ce temps, le directeur de la société nationale ukrainienne d’énergie nucléaire a déclaré qu’il prenait le contrôle de la centrale ZNPP et a exhorté les travailleurs de la centrale à ne pas signer de documents avec les occupants russes.

« Toutes les décisions ultérieures concernant l’exploitation de la centrale seront prises directement au bureau central d’Energoatom », a déclaré Petro Kotin dans une allocution vidéo publiée sur l’application de messagerie Telegram.

« Nous continuerons à travailler dans le cadre de la loi ukrainienne, au sein du système énergétique ukrainien, au sein d’Energoatom », a déclaré Kotin.

Ses commentaires font suite à la brève détention par les forces russes, le week-end dernier, du directeur ukrainien de la centrale ZNPP, Ihor Murashev. L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a déclaré par la suite que Murashev avait été libéré mais qu’il ne retrouverait pas son ancien poste.

Le chef de l’AIEA, Rafael Grossi, est actuellement en Ukraine pour de nouvelles consultations sur « l’accord et la mise en œuvre d’une zone de protection de la sûreté et de la sécurité nucléaires autour de la ZNPP dès que possible », a déclaré l’agence de l’ONU.

Mercredi, Grossi a réitéré ses inquiétudes concernant l’alimentation électrique de la centrale.

« La situation concernant l’alimentation externe continue d’être extrêmement précaire. Nous disposons pour l’instant d’une alimentation externe mais elle est, je dirais, fragile. Une seule ligne alimente la centrale ». a-t-il déclaré au Energy Intelligence Forum de Londres par liaison téléphonique.

Grossi doit également se rendre à Moscou cette semaine, et l’agence de presse publique russe TASS a déclaré qu’il pourrait également visiter la ZNPP après s’y être rendu le mois dernier avec une équipe pour inspecter les dommages causés par les bombardements dans les environs.

Avant l’invasion de la Russie, la centrale produisait environ un cinquième de l’électricité ukrainienne et près de la moitié de l’énergie produite par les installations nucléaires du pays.

La Russie a agi pour annexer Zaporizhzhia et trois autres régions après avoir organisé ce qu’elle a appelé des référendums ; des votes dénoncés par Kiev et les gouvernements occidentaux comme étant illégaux et coercitifs. Moscou ne contrôle pleinement aucune de ces quatre régions.

Reportage de Reuters, rédaction de Gareth Jones, édition de Hugh Lawson, publié le 05/10/2022 à 13h11 par © Zonebourse avec Reuters 2022

Photo en titre : centrale de Zaporizhzhia

https://www.zonebourse.com/cours/devise/US-DOLLAR-RUSSIAN-ROUBL-2370597/actualite/Poutine-affirme-son-controle-sur-la-centrale-nucleaire-ukrainienne-Kiev-n-est-pas-d-accord-41932527/

 

UKRAINE : LA RUSSIE S’APPROPRIE LA CENTRALE NUCLÉAIRE DE ZAPORIJJIA

Selon un décret signé par Vladimir Poutine, la Russie s’approprie formellement la centrale nucléaire de Zaporijjia dans le sud de l’Ukraine qu’elle occupe militairement depuis des mois. Ce décret est signé alors que se profile une visite en Ukraine et en Russie du patron de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).

La Russie s’est formellement approprié la centrale nucléaire de Zaporijjia dans le sud de l’Ukraine, qu’elle occupe militairement depuis des mois, selon un décret signé par son président Vladimir Poutine. « Le gouvernement devra veiller à ce que les installations nucléaires de la centrale (…) soient acceptées comme propriété fédérale« , peut-on lire dans le décret. Peu après cette annonce, le patron de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi, qui avait prévu de se rendre à Kiev et Moscou cette semaine, a annoncé son départ pour la capitale ukrainienne afin d’y discuter de la mise en place d’une zone de protection autour de la centrale.

Cette dernière, la plus grande d’Europe, est située dans la région de Zaporijjia, l’un des territoires ukrainiens officiellement annexés la semaine dernière par la Russie, et non loin de la ligne de démarcation entre les territoires contrôlés par Kiev et ceux occupés par Moscou. Alors que la gestion administrative de la centrale était transférée à Moscou mercredi, l’opérateur nucléaire ukrainien Energoatom s’est indigné de « la création de pseudo-entreprises avec le noms d’entreprises ukrainiennes« .

Des bombardements sur le site depuis plusieurs mois

Cette décision russe montre « l’agonie du monde imaginaire fou du pays agresseur« , a encore fustigé Energoatom. Moscou et Kiev s’accusent mutuellement de bombardements sur le site depuis plusieurs mois, ces frappes faisant resurgir le spectre d’une catastrophe nucléaire majeure similaire à celle de Tchernobyl en 1986.

Le week-end dernier, le directeur ukrainien de la centrale, Igor Mourachov, avait été brièvement détenu par les Russes, avant d’être relâché. Le patron d’Energoatom, Petro Kotine, a depuis pris sa succession, a-t-il annoncé mercredi matin.

Par Europe 1 avec AFP, publié le 05 octobre 2022 à 17h26, modifié à 18h20

Photo en titre : La centrale nucléaire de Zaporijjia appartient désormais à la Russie, selon un décret signé par Vladimir Poutine. © Dmytro Smolyenko / NurPhoto / NurPhoto via AFP

https://www.europe1.fr/international/ukraine-la-russie-sapproprie-la-centrale-nucleaire-de-zaporijjia-4138787

MENACE NUCLÉAIRE DE POUTINE : LES IMAGES D’UN CONVOI FERROVIAIRE RUSSE INTERROGENT

Des images d’un train appartenant au ministère russe de la Défense en charge du nucléaire circulent sur Internet. Selon le Times, l’Otan aurait averti ses membres qu’un essai nucléaire à la frontière avec l’Ukraine pourrait avoir lieu. Une menace à prendre cependant avec des pincettes.

La Russie pourrait-elle franchir une nouvelle étape dans le conflit ukrainien ? Depuis les menaces d’un recours à l’arme nucléaire, les moindres signes d’une activité militaire en ce sens sont guettés avec inquiétude. Dernier exemple en date : les images d’un convoi lié au ministère russe de la Défense en charge du nucléaire.

C’est le Times qui, mardi, a relayé cette hypothèse. Le quotidien s’appuie sur le travail de Konrad Muzyka, un analyste de la défense basé en Pologne : via Twitter, ce dernier a montré les photos d’un train rattaché à la 12ème unité du ministère russe de la Défense responsable des munitions nucléaires. Cette unité est, selon l’expert, « responsable des munitions nucléaires, de leur stockage, de leur entretien, de leur transport et de leur distribution ». Une vidéo du convoi circule également, montrant plusieurs wagons.

Un essai nucléaire à la frontière ukrainienne ?

Pour le Times, le scénario d’un transport militaire en lien avec l’activité nucléaire de la Russie est à prendre au sérieux. Surtout que, selon le quotidien britannique, l’Otan aurait averti ses membres que Vladimir Poutine pourrait mener un essai nucléaire à la frontière avec l’Ukraine. Un essai dont doute le camp occidental. Certes, après avoir essuyé plusieurs revers militaires, Vladimir Poutine a menacé de recourir à « tous les moyens » pour défendre l’intégrité territoriale de la Russie. Mais dans l’immédiat, les analystes militaires relativisent ce risque. Et la Maison Blanche assure n’avoir vu aucune activité indiquant un plan d’attaque.

En outre, selon l’Institut des Nations unies pour la recherche sur le désarmement nucléaire (Unidir), les préparatifs d’une attaque seraient évidents. Un rapport de 2017 de cet institut dresse la carte de 47 sites de stockage nucléaire à travers la Russie. Ceux-ci sont surveillés constamment et en détail par les satellites de renseignement et de surveillance militaire des États-Unis et d’autres pays. Ils peuvent même être surveillés par des satellites commerciaux, comme le montrent les images très répandues et régulièrement mises à jour des activités d’installations nucléaires nord-coréennes.

Lire aussi : Ukraine : le président tchétchène Kadyrov appelle à utiliser « des armes nucléaires de faible puissance »

Selon l’Unidir, la Russie a déployé ses ogives nucléaires stratégiques ou à longue portée sur le terrain, sur des missiles, des bombardiers et des sous-marins. Mais ses armes nucléaires non stratégiques ou tactiques, dont le nombre peut atteindre 2000, ne sont pas installées selon lui sur des missiles.

Par TF1 Info, Copyright ©2022, publié le 5 octobre 2022 à 13h49

https://www.tf1info.fr/international/guerre-ukraine-menace-nucleaire-vladimir-poutine-les-images-d-un-train-russe-qui-interrogent-2234408.html

POUVANT EMPORTER LA TORPILLE NUCLÉAIRE « POSÉIDON », LE SOUS-MARIN RUSSE BELGOROD AURAIT PRIS LA MER

Lors de l’allocution qu’il a prononcée le 21 septembre dernier pour annoncer la mobilisation de 300’000 réservistes et son soutien aux référendums d’annexion devant être organisés dans quatre régions ukrainiennes contrôlées par ses troupes, le président russe, Vladimir Poutine, a promis d’utiliser « tous les moyens à [sa] disposition » pour protéger « l’intégrité territoriale » et « l’indépendance de la Russie », après avoir dénoncé des « menaces occidentales » ayant « dépassé toutes les limites ». Et d’avertir : « Ceux qui essaient de nous faire chanter avec des armes nucléaires doivent savoir que la rose des vents peut tourner dans leur direction ».

Ce n’était pas la première fois que le chef du Kremlin évoquait le possible emploi de l’arme nucléaire. Ceux « qui tenteraient d’interférer avec nous doivent savoir que la réponse de la Russie sera immédiate et conduire à des conséquences que vous n’avez encore jamais connues », avait-il en effet prévenu quelques heures après le début de l’invasion de l’Ukraine. Et, trois jours après, Moscou mit ses forces stratégiques en alerte, alors que celles-ci venaient de participer, une semaine plus tôt, à l’exercice Grom 22, dont l’objectif était d’évaluer leur état de préparation.

Depuis, l’offensive lancée par la Russie contre l’Ukraine ne se déroule pas conformément aux plans établis par son état-major : la tentative de prendre Kiev s’est soldée par un échec, les forces russes ont revu leur dispositif pour se concentrer sur les régions du Donbass et de Kherson. Après avoir progressé difficilement, elles sont désormais mises en grande difficulté par une contre-attaque de l’armée ukrainienne, laquelle peut compter sur le soutien matériel des Occidentaux.

Aussi, les menaces de M. Poutine prennent sont à prendre au sérieux. Elles ne concernent pas seulement le recours à l’arme nucléaire… étant donné qu’elles peuvent prendre la forme d’actions difficilement attribuables [mais aux effets potentiellement dévastateurs], comme celles relevant des opérations sur les fonds marins, voire dans l’espace.

Quoi qu’il en soit, et selon des images diffusées via les réseaux sociaux, le président russe entend peut-être démonter qu’il ne « bluffe » pas. Ainsi, des vidéos ont montré un convoi ferroviaire transportant des blindés légers de type BPM-97 Vystrel à Serguiev Possad, localité située à une soixantaine de kilomètres au nord de Moscou.

Or, selon l’analyste militaire Konrad Muzyka, cité par le quotidien « The Times », ces BMP-97 « Vystrel » seraient armés d’une tourelle de 30 mm. Et de tels véhicules sont exclusivement utilisés par la 12ème Direction principale du ministère russe de la Défense [GUMO], chargée du transport, de la sécurité et du stockage des armes nucléaires.

Pour autant, et comme on ignore la destination de ce convoi ferroviaire, il serait imprudent de tirer la moindre conclusion pour le moment. Il est en effet possible que des unités de « contre-sabotage » soient déployées dans les régions ukrainiennes contrôlées par la Russie, où des sites militaires ont semblé avoir fait l’objet d’opérations « spéciales ». Ou bien encore qu’il ne s’agisse que de la préparation à une nouvelle édition de l’exercice Grom, qui a habituellement lieu en octobre.

Cela étant, d’autres images sont plus explicites : elles montrent un long convoi ferroviaire transportant des tracteurs-érecteurs-lanceurs [TEL] de missiles balistiques Iskander [code Otan : SS-26 Stone]. Pouvant emporter une charge nucléaire ou conventionnelle et ayant une portée de 50 à 500 km, ces engins sont susceptibles d’être utilisés comme des missiles tactiques. La vidéo aurait été prise le 2 octobre [ce qui ne peut pas être vérifié] et aucune donnée de géolocalisation n’est disponible.

Dans un autre registre, le quotidien italien La Repubblica a fait état, le 2 octobre, d’un rapport de l’Otan selon lequel le sous-marin nucléaire K-329 Belgorod aurait quitté la base de Severodvinsk, probablement pour des essais en mer Blanche. Pour rappel, ce navire a été officiellement remis à la marine russe le 8 juillet dernier par le chantier naval Sevmash.

Or, ce sous-marin nucléaire lanceur de missiles de croisière appartenant à la classe Oscar II été modifié pour le compte de la « Direction principale de la recherche en haute mer du ministère de la Défense de la Fédération de Russie » [GUGI]. Il peut ainsi emporter des sous-marins à propulsion nucléaire de type Losharik [2000 tonnes de déplacement pour 78 mètres de long] ou Kashalot, de dimensions plus modestes. Mais, surtout, il est en mesure de mettre en œuvre six exemplaires de la torpille nucléaire « dronisée » Poséidon, laquelle fait partie des armes « invincibles » dévoilées par M. Poutine en mars 2008. D’une portée illimitée, elle pourrait naviguer à la vitesse d’environ 70 nœuds, à une profondeur de 1000 mètres.

D’après la Repubblica, « l’alerte vient d’un rapport de renseignement envoyé par l’Otan aux commandements alliés les plus importants ces derniers jours. Il concerne les mouvements du sous-marin nucléaire Belgorod, devenu opérationnel en juillet. Actuellement, il serait déployé dans le grand Nord et il est à craindre que sa mission soit de tester pour la première fois la super-torpille Poséidon ». Ce qui n’est pas impossible puisque le Belgorod n’a, a priori, pas encore effectué de déploiement de longue durée afin de vérifier ses capacités militaires.

Présidente de Doctrine & Strategy Consulting et ancienne analyste de la Defense Intelligence Agency [DIA, renseignement militaire américain], Rebekah Koffler a estimé que le K-329 Belgorod ne serait pas pleinement opérationnel d’ici 2027. Cependant, a-t-elle confié à Fox News, la Russie « pourrait tester » une torpille Poséidon, ce qui serait une « façon d’intimider à la fois l’Ukraine et ses alliés de l’Otan », avant de souligner la discrétion des sous-marins russes.

« Il y a eu des moments où des sous-marins d’attaque à propulsion nucléaire russes, armés de missiles de croisière à longue portée, ont opéré sans être détectés pendant des semaines près des côtes américaines », a en effet rappelé Mme Koffler.

Par Laurent Lagneau, publié le 4 octobre 2022

Photo : archive

http://www.opex360.com/2022/10/04/pouvant-emporter-la-torpille-nucleaire-poseidon-le-sous-marin-russe-belgorod-aurait-pris-la-mer/

ARME NUCLÉAIRE : 10 QUESTIONS POUR TOUT SAVOIR SUR LA BOMBE ATOMIQUE

Les faits

L’arme nucléaire inquiète depuis sa création, au cours de la Seconde Guerre mondiale. Nombre d’ogives dans le monde, premiers essais, attaques sur le Japon à Hiroshima et Nagasaki : La Croix revient en dix points sur la plus terrible des bombes.

Bombes à fission et bombes à fusion

Il existe deux types d’armes atomiques. La première, la bombe A, utilise l’énergie dégagée par la fission de noyaux d’atomes d’uranium ou de plutonium. Ces noyaux se scindent en entrant en collision et créent des noyaux plus petits, un processus qui dégage de l’énergie.

Le second type d’ogive est la bombe H, ou bombe à hydrogène. Elle a recours à la fusion nucléaire, elle-même déclenchée par l’explosion d’une bombe A. Les noyaux atomiques s’assemblent alors pour former un noyau plus lourd. Ce processus est à l’œuvre dans le Soleil et la plupart des étoiles de l’Univers.

La première bombe atomique

Le premier essai d’une arme nucléaire, appelé Trinity, est réalisé par les Américains au Nouveau-Mexique en juillet 1945. Cette bombe surnommée « Gadget » a été développée par les scientifiques du projet Manhattan travaillant au laboratoire de Los Alamos.

Le nom de code, Trinity, a été choisi par le physicien Robert Oppenheimer, qui dirigeait le laboratoire, en référence à un poème sur la trinité chrétienne.

« Les effets lumineux défièrent toute description. Tout le paysage fut illuminé par une lumière écrasante d’une intensité plusieurs fois supérieure à celle du soleil de midi. Elle était dorée, mauve, violette, grise et bleue », note à l’époque le général Thomas Farrel dans son compte rendu.

► La seule fois où elle a été utilisée

Le seul pays à avoir été la cible de bombardements atomiques est le Japon. Les 6 et 9 août 1945, les États-Unis bombardent Hiroshima puis Nagasaki. Cette attaque fait en tout de 103 000 à 220 000 morts.

Cet acte est également considéré comme un des principaux crimes de guerre des alliés, car il a visé des centres-villes ne comprenant pas d’objectif militaire et a tué presque exclusivement des civils.

En outre, le rôle des bombes, dont on a longtemps dit qu’elles avaient accéléré la capitulation du Japon, est aujourd’hui largement remis en cause. Pour certains historiens, le but était avant tout de démontrer à l’URSS la supériorité militaire américaine conférée par ces nouvelles armes.

► Comment exprime-t-on la puissance d’une arme atomique ?

Sa puissance est exprimée en équivalent de TNT. Par exemple, Fat Boy, larguée sur Nagasaki, a une puissance équivalente à celle de 21 000 à 23 000 tonnes de TNT, ou 21 à 23 kilotonnes.

À lire aussi : Gérard Araud : « La Russie se retrouverait totalement isolée en cas de recours à la bombe »

Des bombes beaucoup plus destructrices ont également été créées. La Tsar Bomba soviétique était aussi puissante que 57 mégatonnes de TNT, c’est-à-dire 57 millions de tonnes. L’ogive TN 75 actuellement dans l’arsenal français aurait une puissance de 110 kilotonnes.

► La Tsar Bomba, la bombe la plus puissante jamais créée

La Tsar Bomba, avec sa charge de 57 mégatonnes, est la bombe la plus puissante jamais créée. Elle explose en octobre 1961 dans l’Arctique soviétique et génère une boule de feu de 2,3 kilomètres de diamètre. L’éclair de l’explosion est visible à plus de 1 000 kilomètres de distance.

► Les pays qui ont l’arme atomique

Les États possédant l’arme nucléaire en accord avec le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires sont les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU : les États-Unis, la Russie, le Royaume-Uni, la France et la Chine.

L’Inde, le Pakistan et la Corée du Nord disposent également d’un arsenal nucléaire, de même qu’Israël. Des pays comme la Belgique, l’Allemagne ou l’Italie abritent des bombes atomiques pour le compte de l’Otan. L’Ukraine, la Biélorussie ou encore l’Afrique du Sud ont renoncé à leur arsenal.

► La Russie et les États-Unis possèdent 90 % des armes dans le monde

D’après l’Arms control association, il existerait aujourd’hui au moins 13 000 armes nucléaires prêtes à l’emploi. Un chiffre impressionnant mais nettement moins important que durant la guerre froide : en 1967, les États-Unis seuls possédaient 31 255 ogives.

Aujourd’hui, ce chiffre est descendu à 5 550. Les Russes affirment quant à eux disposer de 6 257 armes nucléaires. Ces deux pays possèdent ainsi 90 % des ogives nucléaires de l’arsenal mondial. La France n’en compterait que 290, la Chine 350.

► Le mythe du « bouton nucléaire »

Le bouton nucléaire est un mythe tenace. En réalité, le processus conduisant au déclenchement d’une frappe nucléaire s’avère bien plus complexe. Les dispositifs y ressemblant le plus sont des clés qui peuvent être tournées par les officiers déclenchant les tirs de missiles au sol ou à bord d’un sous-marin.

Aux États-Unis, un aide de camp, qui reste toujours à proximité du président, détient une mallette nucléaire. Elle contiendrait les procédures de lancement et des moyens de communication. Comme en France, le système est fait pour que le président puisse engager seul la force nucléaire.

► Des tentatives de défense contre une frappe nucléaire

Certains moyens sont mis en œuvre pour se protéger contre les missiles balistiques, notamment en tentant de les détruire en vol. Les Américains utilisent par exemple le Ground-based interceptor, ou GBI, un missile antibalistique. En plus des États-Unis, la France, Israël, la Chine, Inde et Israël ont développé des systèmes similaires.

La défense antimissile s’appuie sur des capteurs d’alerte avancée et des missiles d’interception. Des projets d’armes laser sont également en développement.

► Sous-marins, avions et missiles balistiques intercontinentaux

Les ogives nucléaires peuvent être acheminées vers leur cible de différentes manières. Certains pays ont fait le choix de les arrimer à des missiles balistiques intercontinentaux (ICBM), capables pour les plus performants de frapper n’importe quel endroit de la planète, lancés depuis le sol.

Les missiles peuvent aussi être tirés depuis les airs ou depuis le fond des mers. Certains pays (dont la France) privilégient ainsi les sous-marins pour lancer leurs ogives nucléaires, car ils sont beaucoup plus difficiles à détecter et à détruire qu’une installation fixe.

Par Léo Durin, publié le 04/10/2022 à 07h39

https://www.la-croix.com/Monde/Arme-nucleaire-10-questions-tout-savoir-bombe-atomique-2022-10-04-1201236071

LE KREMLIN REJETTE LE RAPPORT DES MÉDIAS BRITANNIQUES SUR L’ESSAI NUCLÉAIRE RUSSE

Le Kremlin a déclaré mardi qu’il ne voulait pas participer à la « rhétorique nucléaire » propagée par l’Occident après un reportage médiatique selon lequel la Russie s’apprêtait à démontrer sa volonté d’utiliser des armes nucléaires dans son conflit avec l’Ukraine.

Le journal Times a rapporté lundi que l’alliance militaire de l’OTAN avait averti ses membres que le président Vladimir Poutine était sur le point de démontrer sa volonté d’utiliser des armes nucléaires en effectuant un essai nucléaire à la frontière ukrainienne.

Le journal basé à Londres a également déclaré que la Russie avait déplacé un train qui serait lié à une unité du ministère de la Défense responsable des munitions nucléaires.

Interrogé sur l’article du Times, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a déclaré que la Russie ne voulait pas participer à ce qu’il présentait comme des exercices occidentaux de « rhétorique nucléaire ».

« Les médias occidentaux, les politiciens occidentaux et les chefs d’État se livrent actuellement à de nombreux exercices de rhétorique nucléaire », a déclaré Peskov. « Nous ne voulons pas participer à cela. »

Le 21 septembre, Poutine a ordonné la première mobilisation de réservistes militaires russes depuis la Seconde Guerre mondiale pour envoyer plus de troupes sur le champ de bataille et a soutenu un plan d’annexion de pans entiers de l’Ukraine, avertissant l’Occident qu’il ne bluffait pas en disant qu’il serait prêt à utiliser armes nucléaires pour défendre la Russie.

La Russie est la plus grande puissance nucléaire du monde en termes de nombre d’ogives nucléaires : elle possède 5 977 ogives alors que les États-Unis en ont 5 428, selon la Fédération des scientifiques américains.

Publié le 4 octobre 2022

https://maroc-diplomatique.net/le-kremlin-rejette-le-rapport-des-medias-britanniques/a

APRÈS LES RAFFINERIES, APPEL À LA GRÈVE DANS LES CENTRALES NUCLÉAIRES

Les agents du parc nucléaire français sont appelés à une journée nationale de grève jeudi par une intersyndicale CGT- CFE-CGC/Unsa, CFDT pour réclamer une revalorisation des salaires tenant compte de l’inflation.

Après les raffineries, les centrales nucléaires. En pleine crise énergétique en raison notamment de l’arrêt de la moitié des 56 réacteurs nucléaires, une intersyndicale CGT-CFE-CGC/Unsa, CFDT appelle les agents du parc nucléaire français à une journée nationale de grève jeudi pour réclamer une revalorisation des salaires tenant compte de l’inflation.

Nouvelle réunion prévue jeudi

Cet appel intervient alors qu’une nouvelle réunion est prévue ce jour-là entre représentants des salariés et du patronat du secteur des industries électriques et gazières autour de la revalorisation du salaire national de base (salaire de branche), selon la FNME-CGT. Ce bras de fer, qui dure depuis l’été dernier, s’est soldé par une augmentation de 1,3% des salaires en 2022. La CGT, pour sa part, réclame l’évolution du SNB au niveau de l’inflation glissante.

« Les représentants nationaux DPN (Division de la production nucléaire, ndlr) des fédérations CGT, CFE-Énergies, CFDT, FO, appellent l’ensemble des agents à se mobiliser, ce jeudi 6 octobre 2022 pour une hausse significative du SNB (salaire national de base) », indiquent les syndicats dans un tract interne dont l’AFP a pris connaissance.

« Les employeurs et les représentants de l’État ne peuvent pas à la fois exiger des agents qu’ils travaillent d’arrache-pied pour assurer le passage de l’hiver et, en même temps, les mépriser en refusant de compenser l’inflation qu’ils subissent ! », ajoutent les organisations syndicales dans ce tract.

—————————-

ZOOM- Corrosion sous contrainte : fin des travaux sur trois réacteurs

Les travaux de réparation de circuits de trois réacteurs nucléaires touchés par le phénomène de corrosion sous contrainte sont achevés, a annoncé mardi EDF. « Les travaux de réparation des circuits concernés par l’examen de la corrosion sous contrainte sur les réacteurs de Bugey 4, Chinon B3 et Cattenom 4 sont terminés », a annoncé l’énergéticien dans un communiqué mis en ligne mardi sur son site. Entre opérations de maintenance prévues et arrêts liés à ce sujet de corrosion, EDF a vécu une année noire sur le plan de la production d’électricité, laquelle devrait chuter pour 2022 à un plus bas historique de 280 TWh. La moitié des 56 réacteurs du parc nucléaire français étaient encore à l’arrêt ces derniers jours. Par ailleurs, le réacteur de Flamanville 2 (Manche), à l’arrêt depuis début février, ne sera pas redémarré dans quelques jours comme prévu initialement mais le 26 novembre.

Arrêté le 11 février 2022 pour « simple rechargement » de combustible, le réacteur a par la suite subi une opération de contrôle qui devait s’achever le 9 octobre, avant d’être repoussée de plusieurs semaines. « La recherche de corrosion sous contrainte sur le réacteur de Flamanville 2 a amené à une découpe de tronçons pour expertise », a déclaré l’énergéticien, « mais au moment de ressouder un tronçon de tuyauterie pré-usiné sur une autre partie, un usinage supplémentaire » a été jugé nécessaire.

Publié le 4 octobre 2022, à 19h36

Photo en titre : Crédits : Reuters

Pour retrouver cet article et l’écouter (3mn 06s par ETX Studio), cliquer sur : https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/energie-environnement/apres-les-raffineries-appel-a-la-greve-dans-les-centrales-nucleaires-935404.html

GUERRE EN UKRAINE : LE DIRECTEUR DE LA CENTRALE NUCLÉAIRE DE ZAPORIJJIA CAPTURÉ PAR LA RUSSIE A ÉTÉ LIBÉRÉ

Il aurait « retrouvé sa famille en toute sécurité« . 

Le directeur de la centrale nucléaire de Zaporijjia a été libéré, a annoncé le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi ce lundi. « Je me félicite de la libération d’Igor Mourachov, directeur général de la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijia. J’ai reçu la confirmation que M. Murashov a retrouvé sa famille en toute sécurité », a écrit Rafael Grossi sur Twitter. 

Capturé vendredi

Igor Mourachov, avait été arrêté par une unité de l’armée russe vendredi, selon Petro Kotine, patron d’Energoatom, la société nationale ukrainienne chargée d’administrer la production nucléaire du pays. « Il a été sorti de la voiture, on lui a bandé les yeux et il a été emmené en voiture pour une destination inconnue », avait déclaré Petro Kotine sur Telegram, qui avait souligné qu’il n’avait pas connaissance du sort du directeur depuis son interpellation.

Depuis le début de l’invasion russe en Ukraine, la Russie et l’Ukraine s’accusent mutuellement de bombardements sur la centrale, faisant craindre à la communauté internationale une catastrophe nucléaire.

Par Hugo Martin, publié le 03/10/2022 à 17h26

Photo en titre : Igor Mourachov avait été arrêté par une unité de l’armée russe vendredi / MaxPPP

Pour retrouver et écouter cet article (par ETX Studio), cliquer sur : https://www.lindependant.fr/2022/10/03/guerre-en-ukraine-le-directeur-de-la-centrale-nucleaire-de-zaporijjia-capture-par-la-russie-a-ete-libere-10709879.php

NUCLÉAIRE GRÈVE À LA CENTRALE DU BUGEY : LA PRODUCTION ÉLECTRIQUE RÉDUITE DE MOITIÉ !

Depuis la semaine dernière, les salariés de cinq centrales nucléaires françaises, dont celle du Bugey, sont en grève afin de demander des augmentations de salaire à hauteur de l’inflation. Une réunion de crise avec la direction doit avoir lieu, mais pas avant jeudi 6 octobre.

Tandis que les premiers frimas, non pas de l’hiver mais de l’automne, se font sentir et que bon nombre de Français ont déjà rallumé le chauffage, une intersyndicale regroupant toutes les organisations a initié un mouvement de grève dans cinq centrales françaises (sur 19), dont Bugey, depuis jeudi 29 octobre. À Saint-Vulbas, cela s’est traduit très concrètement par un taux de grévistes atteignant presque les 50 % au premier jour du débrayage. Aujourd’hui, la grève est désormais concentrée sur les postes les plus stratégiques, afin de « toucher directement au portefeuille en réduisant significativement la production« , explique Christophe Paul, délégué CGT à Bugey.

Les réacteurs n°3 et 5 presque à l’arrêt

Les unités n°3 et n°5 ont vu leur puissance réduite de moitié, avec une production de 450 MWh chacune, au lieu de 900 MWh. C’est comme si un réacteur sur deux était à l’arrêt complet. « Si on pouvait faire plus, on l’aurait fait, mais on doit maintenir au minimum 400 MWh par sécurité. Notre mouvement retarde également le retour de l’unité n°2 et 4 sur le réseau », indique le syndicaliste. Les organisations réclament une augmentation de salaire à hauteur de l’inflation, contre un timide + 1,3 % proposé par EDF sur la fin d’année 2022, et + 1,5 % ainsi que divers avantages complémentaires pour 2023. Une réunion de crise doit avoir lieu jeudi 6 octobre avec la direction.

Par Lucas Lallemand, publié le 3octobre 2022 à 15h33

Photo en titre : Les salariés du CNPE Bugey sont en grève pour « préserver leur pouvoir d’achat face à l’inflation ». La production est fortement impactée… – © archives L. B.

https://www.lavoixdelain.fr/actualite-49014-nucleaire-greve-a-la-centrale-du-bugey-la-production-electrique-reduite-de-moitie

TABLEAU DE BORD DE L’ÉNERGIE : UN MOIS D’OCTOBRE DÉCISIF POUR RELANCER LES RÉACTEURS ET REMPLIR LES BARRAGES D’EAU

Quelques jours après la réunion des ministres européens de l’Énergie à Bruxelles, la France continue de renforcer ses capacités de production en la matière d’après les données du tableau de bord réalisé par BFM Business.

Les 27 ministres européens de l’Énergie réunis à Bruxelles sont parvenus à s’accorder sur une première série de mesures pour enrayer la hausse des factures. Ils ont notamment prévu de réduire leur consommation d’électricité d’au moins 5% aux heures de pointe et de plafonner à 180 euros le mégawattheure les revenus des producteurs d’électricité à partir du nucléaire et des renouvelables. En attendant que le sujet soit de nouveau évoqué jeudi lors d’un sommet des dirigeants européens à Prague, le tableau de bord de l’énergie de BFM Business montre que la France continue d’accroître ses capacités de production.

Les contrôles et les réparations de corrosion maintiennent encore des réacteurs à l’arrêt

Alors que Luc Rémont s’apprête à devenir le nouveau patron d’EDF, l’entreprise publique compte trois réacteurs nucléaires arrêtés de moins par rapport à la semaine dernière. Trois ont redémarré au cours du week-end et ce lundi à savoir Nogent 1, Paluel 2 et Bugey 2 pour des travaux de maintenance. Les contrôles et les réparations de corrosion s’accélèrent puisque 15 réacteurs sont arrêtés pour ces défauts qui handicapent le parc nucléaire.

P

Le mois d’octobre va être crucial : EDF prévoit de redémarrer 8 réacteurs. Et encore 7 en novembre. Si ce calendrier est respecté, le parc nucléaire sera correctement fourni pour l’hiver, sinon, il risque de créer des problèmes d’approvisionnement en électricité.

Sur le même sujet

  • EDF promet de redémarrer les réacteurs nucléaires à l’arrêt cet hiver
  • Des prestataires d’EDF souhaitent relever les seuils de doses radioactives pour accélérer les chantiers sur les réacteurs
  • Le plan du gouvernement pour lancer la construction de nouveaux réacteurs nucléaires avant 2027

Comme depuis plusieurs semaines, l’éclaircie sur la situation énergétique française se situe du côté des réserves de gaz. Ces dernières continuent de s’approcher de leur maximum technique mais avec un rythme un peu plus soutenu. En effet, les stocks de gaz ont augmenté de deux points contre un seul la semaine dernière pour atteindre un taux de remplissage de 97%. Pour Engie, il faut néanmoins s’assurer qu’ils pourront être à nouveau remplis pendant l’hiver s’il faut puiser dedans car ils ne couvrent que 25% de la consommation annuelle en gaz. Après plusieurs semaines de parfaite stagnation, le niveau des barrages d’eau baisse de 63 à 62% mais se rapproche paradoxalement du niveau habituel de remplissage qui est légèrement inférieur à 73% à cette période de l’année. EDF mise sur le mois d’octobre, habituellement pluvieux, pour les remplir.

Voir dossier :

Gaz, nucléaire et barrages: retrouvez le tableau de bord de l’énergie de BFM Business

Par Timothée Talbi, publié le 03/10/2022 à 8h13

Photo en titre :

https://www.bfmtv.com/economie/entreprises/energie/tableau-de-bord-de-l-energie-un-mois-d-octobre-decisif-pour-relancer-les-reacteurs-et-remplir-les-barrages-d-eau_AV-202210030134.html

NASA : UN HÉLICOPTÈRE NUCLÉAIRE VA EXPLORER TITAN

Titan, la plus grosse des lunes de Saturne, est enveloppée de mystères. L’agence spatiale américaine va donc y envoyer le Dragonfly, un quadcoptère nucléaire, afin d’en explorer la surface…

Envoyer et contrôler un engin volant à la surface d’une autre planète n’est pas chose facile. Pourtant, la NASA a prouvé la viabilité d’un tel concept par le biais d’ingenuity. L’hélicoptère martien a ainsi pu effectuer son 29e vol. L’engin a même pu effectuer une sortie de 30 minutes. Fort de ce succès, l’agence veut réitérer l’expérience. Mais cette fois, le Dragonfly devra percer la dense atmosphère de Titan, et survoler ce monde quasiment inconnu.

En juin 2027, la NASA lancera donc la mission Dragonfly tant attendue vers Titan, la plus grande lune de Saturne. En 2034, le quadcoptère à propulsion nucléaire de 450 kg se posera sur son site d’atterrissage cible – la région du cratère Selk – et commencera à explorer la surface et l’atmosphère de Titan. La mission étudiera la chimie prébiotique, le cycle actif du méthane et l’environnement organique de la lune. En d’autres termes, l’engin recherchera des traces de vie sur Titan.

NASA : Titan pourrait héberger la vie

Léa Bonnefoy, scientifique au Cornell Center for Astrophysics and Planetary Science, indique ainsi : « Dragonfly – la première machine volante pour un monde situé dans le système solaire externe – se rend dans une région scientifiquement remarquable. Dragonfly se posera dans une région équatoriale et sèche de Titan, un monde glacial à l’atmosphère épaisse et aux hydrocarbures. Il pleut parfois du méthane liquide, mais cela ressemble davantage à un désert sur Terre.”

Titan est aussi mystérieuse qu’intéressante. Tout d’abord, celle-ci dispose d’une épaisse atmosphère, fait plutôt rare pour une lune. Les scientifiques suggèrent même que la vie pourrait exister sur Titan, car cette dernière semble posséder tous les ingrédients nécessaires. Cet intérêt n’a fait que croître depuis la mission Cassini-Huygens, qui a passé treize ans à explorer Saturne et son système de lunes de 2004 à 2017.

Une équipe de chercheurs a combiné et analysé les images radar prises par Cassini pour déterminer les propriétés de la surface. Le résultat est une carte détaillée du site d’atterrissage potentiel de Dragonfly, révélant un paysage de dunes et de sol glacé fragmenté. EN 2019 déjà, la NASA révélait une carte complète de la surface de Titan.

Source : universetoday

Par Édouard le Ricque, publié le 2 octobre 2022 à 09h53

Photo en titre : Titan – © Wikimedia

https://www.tomsguide.fr/nasa-un-helicoptere-nucleaire-va-explorer-titan/

QUE SE PASSERAIT-IL SI VLADIMIR POUTINE ORDONNAIT UNE ATTAQUE NUCLÉAIRE EN UKRAINE ?

Le président russe Vladimir Poutine vient d’officialiser l’annexion par la Russie des oblasts de Louhansk, Donetsk, Kherson et Zaporijia. Or, mercredi 28 septembre, il avait affirmé être prêt à défendre le territoire russe par tous les moyens nécessaires, y compris en utilisant les armes nucléaires.

S’il est difficile de prédire exactement si Vladimir Poutine allait ordonner une frappe nucléaire en Ukraine, de nombreux experts ont déclaré à Forbes que Moscou déploierait très probablement des armes nucléaires tactiques (des dispositifs de courte portée conçus pour être utilisés sur le champ de bataille) contre les troupes ukrainiennes ou pour détruire des centres logistiques.

Les armes nucléaires tactiques sont bien plus petites que les ogives stratégiques à longue portée conçues pour détruire des villes, mais la puissance est relative : les plus grandes armes tactiques peuvent atteindre les 100 kilotonnes (1 kilotonne = 1000 tonnes de TNT). Pour rappel, la bombe que les États-Unis ont lâchée sur Hiroshima était de 15 kilotonnes. Ainsi, Rod Thornton, expert en sécurité au King’s College London, a déclaré à Forbes que les armes nucléaires tactiques pouvaient être dévastatrices.

Il est très peu probable que Vladimir Poutine vise une ville ukrainienne lors d’une première frappe et il éviterait même de faire des victimes, a déclaré Rod Thornton, expliquant qu’une attaque nucléaire serait surtout un signal envoyé par Moscou pour montrer sa détermination.

Il est difficile de prédire les cibles possibles, a ajouté Rod Thornton, mais il évoque notamment l’île des Serpents, un avant-poste ukrainien en mer Noire pris par la Russie au début de la guerre, qui a depuis été repris et est devenu un symbole de la résistance ukrainienne.

Les conséquences d’une frappe nucléaire dépendent beaucoup du type d’arme utilisée, de la manière dont elle est utilisée, de l’endroit ciblée et des conditions à l’instant T. Cependant, même une bombe nucléaire à faible intensité pourrait avoir des conséquences considérables : les radiations de l’explosion pourraient causer des problèmes de santé à long terme aux survivants et les retombées radioactives pourraient contaminer l’environnement et dériver sur l’Europe et l’Asie.

Ainsi, les conséquences d’une frappe nucléaire en Ukraine pourraient se retourner contre la Russie, notamment avec les retombées radioactives qui pourraient dériver au-dessus de la Russie ou unir des nations contre elle, a déclaré Rod Thornton, ajoutant que Moscou utiliserait probablement une arme conçue pour minimiser les retombées radioactives.

« Sur de nombreux fronts, Vladimir Poutine est sous pression », a indiqué Rod Thornton à Forbes, soulignant les pertes russes en Ukraine, les protestations en Russie sur la mobilisation des réservistes et l’opposition internationale continue. « Plus Vladimir Poutine est désespéré, plus il est poussé dans ses derniers retranchements, plus il devient probable que les armes nucléaires soient utilisées », a ajouté l’expert en sécurité. Le choix d’utiliser une arme nucléaire pourrait poser de nouveaux problèmes à Vladimir Poutine au sein de son pays, et peut-être susciter l’opposition de l’armée ou d’autres instances clés peu désireuses d’envenimer la situation et de pousser l’OTAN à soutenir directement l’Ukraine.

Après avoir subi une série de défaites et de lourdes pertes en Ukraine, Vladimir Poutine a ordonné la semaine dernière une « mobilisation partielle » immédiate pour consolider son invasion chancelante. Cette annonce a déclenché un exode de plusieurs milliers d’hommes russes qui ont fui vers des pays voisins comme le Kazakhstan et la Finlande pour échapper à une éventuelle conscription. Vladimir Poutine a également exprimé son soutien à une série de référendums fantoches dans quatre régions occupées : un prétexte évident pour l’annexion et considéré comme illégitime par la communauté internationale. En outre, il a déclaré que Moscou défendrait ses intérêts par tous les moyens, y compris avec les armes nucléaires. Vladimir Poutine, qui a déjà menacé à plusieurs reprises d’utiliser les armes nucléaires en Ukraine, a insisté sur le fait qu’il ne bluffait pas et que les autres nations devaient prendre cet avertissement au sérieux.

Dmitri Medvedev, ancien président russe et actuel vice-président du conseil de sécurité du pays, a déclaré que les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN avaient trop peur d’une « apocalypse nucléaire » pour intervenir en Ukraine, même si Moscou utilisait des armes nucléaires. L’on ignore encore comment le reste du monde pourrait réagir. Les déclarations de Vladimir Poutine ont incité l’Inde et la Chine à rompre leur long silence sur la guerre en Ukraine et à exprimer leur inquiétude. Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a mis en garde contre les « conséquences graves » d’une utilisation des armes nucléaires en Ukraine par la Russie, faisant écho aux avertissements lancés par Washington en privé. Une frappe nucléaire de représailles est possible, mais elle constituerait une escalade dramatique et dangereuse. Une réponse « dévastatrice » de l’OTAN utilisant des armes conventionnelles est plus probable, a déclaré Zbigniew Rau, ministre polonais des Affaires étrangères.

Il est en tout cas peu probable qu’une attaque nucléaire russe prenne l’Occident complètement par surprise, a déclaré Rod Thornton à Forbes. Il y aurait certainement beaucoup de « bruit de fond » et « d’échanges » entre les différentes agences gouvernementales et de défense russes qui seraient captés par les stations d’écoute occidentales si la Russie prévoyait une attaque nucléaire. Si l’Occident détectait des signaux pointant vers une attaque nucléaire, Rod Thornton indique qu’il y aurait une « augmentation massive de la pression diplomatique exercée sur la Russie » pour qu’elle change de cap. Une pression diplomatique importante serait également exercée sur des pays comme la Chine et l’Inde pour qu’ils adoptent une position plus ferme à l’égard de la Russie, ce qui pourrait avoir plus d’influence étant donné que Moscou dépend de ces deux pays pour ses exportations d’énergie.

Au total, la Russie dispose de 5977 ogives nucléaires, selon une estimation de la Federation of American Scientists (FAS). Environ 1500 d’entre elles ont été retirées du service et doivent être démantelées. La plupart des ogives restantes sont stratégiques : des armes plus grandes qui peuvent être utilisées sur de longues distances. Le reste est constitué d’armes tactiques plus petites. On estime que la Russie possède plus d’armes nucléaires que tout autre pays. Elle est suivie par les États-Unis, dont le nombre d’ogives est estimé à 5428, selon la FAS. À eux deux, la Russie et les États-Unis possèdent 90 % de l’ensemble des ogives nucléaires. Sept autres pays possèdent, ou sont soupçonnés de posséder, des armes nucléaires : la Chine (350), la France (290), le Royaume-Uni (225), le Pakistan (165), l’Inde (160), Israël (90) et la Corée du Nord (20).

Publié le 02 octobre 2022

Article traduit de Forbes US – Auteur : Robert Hart

https://www.forbes.fr/business/que-se-passerait-il-si-vladimir-poutine-ordonnait-une-attaque-nucleaire-en-ukraine/

GUERRE EN UKRAINE : LA RUSSIE A MOBILISÉ SON NOUVEAU SOUS-MARIN NUCLÉAIRE BELGOROD, ÉQUIPÉ DES « TORPILLES DE L’APOCALYPSE », ALERTE L’OTAN

Selon le quotidien italien La Repubblica, l’Otan a prévenu ses États membres du déploiement par la Russie du sous-marin nucléaire K-329 Belgorod, qui transporte le missile nucléaire Poséidon.

Sous-marin le plus long de l’océan, le Belgorod, livré à la marine russe début juillet, serait actuellement immergé dans les eaux arctiques après une possible implication dans le sabotage des gazoducs Nord Stream 1 et 2, selon La Repubblica.

À lire aussi : Guerre en Ukraine – Fuites sur les gazoducs Nord Stream 1 et 2 : Kiev dénonce « une attaque terroriste planifiée » par Moscou, l’Europe évoque de plus en plus un sabotage

L’Otan craint que la prochaine mission du Belgorod, long de 184 mètres pour 18 mètres de largeur et 9 de hauteur, soit de tester les surpuissantes torpilles Poséidon, également connues sous le nom de « torpilles de l’Apocalypse« . Ces dernières mesureraient 24 mètres de long, 2,5 mètres de diamètre pour un poids d’environ 100 tonnes.

À lire aussi : Guerre en Ukraine : des navires russes aperçus près des gazoducs Nord Stream peu de temps avant les explosions

Dotées d’une propulsion nucléaire et pouvant être armées d’une tête atomique, elles auraient une portée de près de 10.000 kilomètres, rapporte L’Express. Équipées d’une charge nucléaire, les torpilles Poséidon seraient capables de frapper près des côtes pour provoquer un « tsunami radioactif ».

À lire aussi : Guerre en Ukraine : L’OTAN menace de représailles après le « sabotage délibéré » des gazoducs Nord Stream

La torpille Poséidon avait été présentée en 2018 par la Russie, qui a agité par la voix de Vladimir Poutine la menace nucléaire la semaine dernière, comme « le moyen d’assurer sa suprématie militaire »« C’est un type d’arme complètement nouveau qui obligera les marines occidentales à modifier leur planification et à développer de nouvelles contre-mesures », a souligné l’expert HI Sutton dans La Repubblica.

À lire aussi : Guerre en Ukraine : les drones iraniens envoyés en renfort à l’armée russe subissent déjà « de nombreux échecs sur le champ de bataille« 

À lire aussi : Guerre en Ukraine – Nouveau revers pour Vladimir Poutine : Lyman est « totalement libérée« , affirme Volodymyr Zelensky

Par Laurent Morales, publié le 02/10/2022 à 19h32, mis à jour à 22h58

Photo en titre : Avec 184 mètres de long, 18 mètres de largeur et 9 mètres de hauteur, le sous-marin russe Belgorod est aujourd’hui le sous-marin le plus long de l’océan. – Capture d’écran Twitter

Pour retrouver et écouter cet article (1mn23s par ETX Studio), cliquer sur : https://www.lindependant.fr/2022/10/02/guerre-en-ukraine-la-russie-a-mobilise-son-nouveau-sous-marin-nucleaire-belgorod-equipe-des-torpilles-de-lapocalypse-alerte-lotan-10708099.php

ESSAIS NUCLÉAIRES EN POLYNÉSIE : LA COMMUNAUTÉ SCIENTIFIQUE ET UNIVERSITAIRE VALIDE LES RÉSULTATS DE L’ENQUÊTE TOXIQUE

Un article universitaire, reprenant les résultats de l’enquête Toxique de mars 2021, a été publié le 15 septembre dans la revue spécialisée Science & Global Security. Une publication qui valide les résultats de l’enquête révélant notamment la sous-estimation de l’impact radiologique des retombées radioactives des essais nucléaires atmosphériques en Polynésie, de 1966 à 1974.

Mars 2021. Le journaliste du média d’investigation Disclose Tomas Statius et le chercheur de l’Université de Princeton Sébastien Philippe publient l’enquête Toxique, assortie d’une plateforme internet présentant la modélisation des retombées radioactives des essais atmosphériques menés par la France de 1966 à 1974 en Polynésie française. L’enquête révèle notamment les erreurs des résultats fournis par le Commissariat à l’énergie nucléaire (CEA) de 2006, et pointe une sous-estimation d’un facteur de 2 à 10 des doses qu’ont pu recevoir la population polynésienne suite aux retombées radioactives des essais nucléaires Français.

Surtout, l’enquête révèle que l’essai Centaure de 1974, « à l’issue duquel un nuage radioactif se déplace directement vers les îles du vent, dont Tahiti, et les îles sous le vent, a impacté plus de 100 000 personnes, soit la quasi-totalité de la population à cette époque » rappelle Sébastien Philippe. La publication de l’enquête a l’effet d’une déflagration en Polynésie, poussant Paris à organiser une « table ronde sur les conséquences des essais nucléaires » et le président de la république Emmanuel Macron à promettre, lors de son discours de Papeete du 28 juillet 2021, de faire toute la vérité sur cette période encore trouble de l’histoire contemporaine de la Collectivité d’Outre-mer.

En parallèle, Sébastien Philippe, reprend les grands résultats de l’enquête journalistique dans un article universitaire qui depuis, a suivi le processus académique classique d’évaluation lui permettant d’être reconnu et validé par la communauté scientifique et universitaire internationale. À ses côtés dans cette entreprise, Sonya Schoenberger, « qui est à l’Université de Yale et à l’Université de Stanford et qui s’est occupée de la partie légale parce que l’article est écrit d’un point de vue « preuves scientifiques » dans le cadre légal de la compensation des victimes des essais nucléaires », et Nabil Ahmed, professeur en Norvège et spécialiste de l’étude des crimes environnementaux, et qui avait obtenus une série de documents déclassifiés « directement de Bruno Barrillot » peu avant sa mort.

Reconstitution de la trajectoire du nuage de l’essai Centaure (1974) (Radiation Exposures and Compensation of Victims of French Atmospheric Nuclear Tests in Polynesia – Science & Global Security)

En janvier 2022, l’article « a été soumis à un journal et ça a pris des mois pour passer à travers tout ce processus d’évaluation par des pairs ». Il a ensuite été accepté le 11 juillet pour être publié le 15 septembre dans les colonnes du Science & Global Security, une revue internationale d’études scientifiques et techniques évaluées par des pairs pour soutenir la sécurité internationale, le contrôle des armements, le désarmement et la politique de non-prolifération. Cet article « est important car c’est là où on explique comment on a réévalué les doses, comment on a fait les modélisations des trajectoires des nuages … » poursuit Sébastien Philippe.

L’article est dans un premier temps mis en ligne, « au même moment que le livre, la plateforme et l’enquête journalistique », dans sa version « auteur », « c’est-à-dire une version qui n’a pas été encore validé par tout le processus standard académique, par des universitaires dont on ne connaît pas l’identité, qui vont relire, réagir, critiquer les résultats, envoyer des commentaires aux auteurs auxquels on doit répondre, et à l’issue de tout ce processus, l’article est publié. Ça devient un résultat scientifique et académique classique » ajoute l’universitaire, décrivant un procédé universitaire et scientifique rigoureux qui « nous a poussé sur certains points à tout revérifier et à améliorer les choses. La critique scientifique permet d’apporter certains éclairages et on modifie l’article en fonction pour faire en sorte qu’il soit encore meilleur ».

Pour Sébastien Philippe et Tomas Statius, son co-auteur de l’enquête Toxique, cette publication confère donc un caractère scientifique irréfutable à leurs différents résultats tout en répondant aux tentatives de décrédibilisation du CEA ou du Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires (CIVEN). « Les calculs de l’enquête Toxique sont faux ! » avait notamment lancé François Bugaut, délégué à la sûreté nucléaire de la Défense, lors d’un déplacement en Polynésie en décembre 2021, mais sans en apporter aucune preuve. « J’espère pouvoir avoir une discussion sereine potentiellement avec le CIVEN et de présenter ce travail. Et s’ils souhaitent répondre, qu’ils répondent sur une base scientifique solide et non pas ce qui a été fait jusqu’à aujourd’hui. C’est une des choses qui m’a le plus choqué en tant que scientifique » commente aujourd’hui Sébastien Philippe.

Manifestation anti-nucléaire à Papeete, le 2 juillet 2021 (date commémorant le premier essai nucléaire en Polynésie), pendant que se tenait à Paris une table ronde sur les conséquences des essais nucléaires (Radio 1 Tahiti)

Pour les victimes, et les associations qui militent en leur faveur, les résultats de l’enquête mettent à mal l’un des critères d’indemnisation : celui fixant un seuil d’exposition d’1 millisievert (mSv) par an ouvrant droit à indemnisation. « Le CIVEN se base sur les calculs réalisés par le CEA en 2006 », or « ce qu’on montre dans cet article, et qui a été repris dans l’enquête Toxique, c’est que, ce que le CEA appelait les doses maximales reçues par les populations ont été sous-estimées sur un facteur de 2 à 10 ». « En prenant toute l’étude de calcul de dose par le CEA, on a trouvé des erreurs, dont certaines sont assez importantes pour que les doses qu’auraient pu recevoir le public soient supérieures à 1 mSv pour toute l’île de Tahiti », ajoute Sébastien Philippe.

De là à remettre en question tout le processus d’indemnisation, il y a encore du chemin et notamment « une barrière en droit français ». « L’article est écrit en anglais dans un journal anglais, donc il faut d’abord en faire la traduction, c’est une première étape », explique encore Sébastien Philippe. « Mais pour moi c’est important parce qu’on a pu apporter une pierre supplémentaire à ce débat scientifique » et « montrer encore une fois que toute une partie de la population a été impactée par les essais (aériens, ndlr) de 1966 à 1974 ». Pour la suite, Sébastien Philippe entend continuer à travailler sur les retombées des essais en Polynésie : « Cet article montre que plus de 90% de la population pendant les essais aériens ont pu recevoir une dose supérieure à 1 mSv et en réalité c’est un peu plus, de l’ordre de 95% » … À suivre.

L’article « Radiation Exposures and Compensation of Victims of French Atmospheric Nuclear Tests in Polynesia » disponible ici. 

Par Jean-Tenahe FAATAU ; publié le 30 septembre 2022

https://outremers360.com/bassin-pacifique-appli/essais-nucleaires-en-polynesie-la-communaute-scientifique-et-universitaire-valide-les-resultats-de-lenquete-toxique

GUERRE EN UKRAINE : L’ARME NUCLÉAIRE DE PLUS EN PLUS ÉVOQUÉE EN RUSSIE

Face à l’avancée de troupes ukrainiennes dans les territoires annexés, des voix toujours plus nombreuses invitent Vladimir Poutine à recourir à des armes nucléaires de « faible puissance ».

GUERRE EN UKRAINE – C’est une menace qui est agitée avec régularité depuis le début de l’invasion de l’Ukraine, mais qui revient particulièrement ces jours-ci. Depuis que la Russie a reconnu les référendums illégaux sur l’annexion de plusieurs territoires ukrainiens et que l’armée locale a commencé à progresser aux dépens des troupes de Moscou, l’idée d’employer l’arme nucléaire se fait de plus en plus pressante.

Ainsi, le dirigeant tchétchène Ramzan Kadyrov, fervent soutien de Vladimir Poutine, a appelé ce samedi 1er octobre le Kremlin à utiliser « des armes nucléaires de faible puissance » contre les Ukrainiens. L’idée est en effet de dire que les terres annexées font désormais partie de la Russie, et qu’à ce titre, tous les moyens sont bons pour protéger le territoire national.

« Il faut mener ’l’opération militaire spéciale’ (il est interdit de parler de guerre ou d’invasion en Russie, ndlr) au sens plein du terme, et non s’amuser à jouer », a notamment insisté Ramzan Kadyrov, très critique envers la manière dont le commandement russe agit dans les zones annexées. Tant et si bien que pour lui, il faut agir de manière « drastique » et donc frapper au moyen d’armes nucléaires stratégiques, mais aussi déclarer la loi martiale dans les territoires frontaliers.

Une petite musique qui monte, malgré les condamnations

Des demandes qui font écho à une petite musique de plus en plus audible en Russie ces dernières semaines. Dans son discours d’annonce de mobilisation partielle, déjà, Vladimir Poutine avait ainsi laissé entendre qu’il pourrait avoir recours à ces armes nucléaires. Moscou est prête à utiliser « tous ses moyens » pour « protéger la Russie et notre peuple », déclarait-il notamment, une manière d’agiter sans la nommer l’arme nucléaire.

Des propos appuyés par le ministre des Affaires étrangères et face auxquels l’Ukraine a fait part de son indignation. « Ces déclarations irresponsables sur l’usage possible d’armes nucléaires sont absolument inacceptables », a par exemple tweeté Dmytro Kuleba, le chef de la diplomatie ukrainienne. « L’Ukraine ne cédera pas. Nous demandons à toutes les puissances nucléaires de dénoncer la Russie et de signifier que cette rhétorique intolérable met le monde entier en péril. »

Une sortie qui n’empêche pas l’opinion russe d’être matraquée à longueur de journée sur cette perspective peu réjouissante. Comme le rapporte le journaliste de la BBC Francis Scarr, en charge du suivi des médias russes, sur la chaîne de télévision NTV, un polémiste pro-Kremlin du nom de Maxim Yusin a ainsi évoqué la possible fin de l’Humanité.

Voir le tweet

« Les gens devraient s’amuser parce que ce serait dommage de ne pas profiter des derniers jours qui nous restent à vivre », a-t-il par exemple lancé, évoquant clairement le spectre d’une menace nucléaire. Et pour cause, à l’entendre il serait indigne que la Russie se laisse éteindre à petit feu alors qu’elle est une puissance nucléaire, « un ours nucléaire », comme il l’appelle. Et que quitte à perdre une guerre, elle devrait à cet égard emporter tout le monde dans sa chute.

Les préparatifs d’une telle frappe seraient détectés

Autant d’appels à recourir aux armes nucléaires qui pour l’instant ne semblent pas inquiéter outre mesure les experts et la communauté internationale. « Il y a un risque, étant donné la légèreté et l’attitude guerrière avec laquelle Vladimir Poutine en parle », mais « nous ne voyons présentement pas d’indications d’un usage imminent d’armes nucléaires », a notamment déclaré vendredi 30 septembre à la presse Jake Sullivan, le conseiller pour la sécurité nationale de la Maison Blanche. D’autant, a-t-il ajouté, que les États-Unis ont été « très clairs sur ce que seraient les conséquences » de telles frappes.

De la même manière, auprès de l’AFP, Pavel Podvig, chercheur à l’Institut des Nations unies pour la recherche sur le désarmement (Unidir) à Genève, se montre rassurant, expliquant que les États-Unis seraient au courant si jamais la Russie préparait réellement une attaque nucléaire contre l’Ukraine.

Ce que corrobore, toujours chez l’AFP, Mark Cancian, ancien fonctionnaire américain et désormais expert sur le sujet. Selon lui, entre le déplacement des armes nucléaire et la fourniture d’équipement de protection aux troupes russes qui seraient détectés, et la crainte d’une attaque préventive de l’Occident en cas de préparatifs réels, les contraintes sont trop nombreuses pour que la Russie puisse se permettre d’agir en toute discrétion.

En effet, les différents sites de stockage de ces armes nucléaires en Russie sont constamment surveillés par des satellites du renseignement américain, mais aussi d’autres pays. C’est notamment par ce biais que Washington a un œil sur l’avancement de la Corée du Nord en matière de nucléaire. Et si la Russie a disposé des armes nucléaires longue portée sur différents équipements stratégiques (sous-marins, missiles…) qui sont donc plus compliqués à surveiller, Pavel Podvig n’envisage pas que Moscou fasse usage de ces outils terriblement destructeurs en Ukraine, mais plutôt d’armes (nucléaires tout de même) de courte portée qui pourraient par exemple être lancées grâce à un missile balistique.

Enfin, Pavel Podig ajoute que des préparatifs discrets de la Russie seraient de toute façon contraires à sa stratégie depuis le début du conflit, et que Moscou a tout intérêt à utiliser la mise en branle de son armement nucléaire comme d’un avertissement particulièrement puissant pour l’Occident. « Ce serait une sorte de pas en avant dans l’escalade (et) la Russie voudrait que cela soit visible. » Le reste du monde beaucoup moins.

Par Paul Guyonnet, publié le 2 octobre 2022 à 12h06, actualisé le 2 octobre 2022 à 14h44

Photo en titre : Fervent allié de Vladimir Poutine, le leader tchétchène Ramzan Kadyrov invite la Russie à utiliser des armes nucléaires en Ukraine. Une demande qui se fait de plus en plus bruyante à Moscou (photo d’archive prise en septembre 2016 à Moscou). Mikhail Svetlov / Getty Images

https://www.huffingtonpost.fr/international/article/guerre-en-ukraine-l-arme-nucleaire-de-plus-en-plus-evoquee-en-russie_208454.html

AU-DELÀ DU BLUFF NUCLÉAIRE DE POUTINE

Les nouvelles menaces proférées par le président russe laissent supposer qu’il a abaissé le seuil de déclenchement d’une possible frappe nucléaire. Mais quelle est la portée du message de Vladimir Poutine?

C’est avec une froide solennité que, le mercredi 21 septembre, le Président russe Vladimir Poutine s’est adressé au peuple russe et au monde. Après avoir annoncé aux citoyens de son pays son intention de procéder à une mobilisation partielle de près de 300.000 hommes aptes au combat afin d’appuyer et relayer les troupes déjà fort éprouvées sur le terrain ukrainien, le locataire du Kremlin a, une fois de plus, rappelé la ferme résolution de la Russie de recourir « à tous les moyens à sa disposition«  afin de dissuader toute puissance étrangère qui s’en prendrait directement à l’existence ou à la survie de l’État russe.

À travers cette formule sibylline, Vladimir Poutine a réitéré, de manière à peine voilée, la menace nucléaire qu’entend faire peser son pays sur tout État qui entraverait l’action de la Russie au point de remettre en cause son existence. La crainte de voir la contre-offensive ukrainienne se transformer en une percée sur le territoire russe avec l’aide des moyens militaires lourds fournis par certains pays occidentaux est évoquée comme un casus belli dont on peine à percevoir clairement les possibles conséquences.

On touche ici au cœur de la logique de la dissuasion qui associe détermination, crédibilité et ambiguïté: détermination au travers du discours, crédibilité sur le plan des moyens et ambiguïté pour ce qui concerne les facteurs qui pourraient faire entrer la Russie dans un processus pouvant impliquer l’arme nucléaire.

Lire aussi : Vladimir Poutine annonce une mobilisation partielle des Russes contre l’Ukraine

Réapprendre la grammaire de la menace nucléaire…

En accusant les pays occidentaux d’appuyer et de former militairement les Ukrainiens afin que ceux-ci se lancent dans une invasion de la Russie, Vladimir Poutine a laissé supposer qu’il opérait à un abaissement du seuil de déclenchement d’une possible frappe nucléaire.

N’en déplaise au Président russe, la dissuasion nucléaire, plus que toute autre forme de menace, repose entièrement sur le bluff.

Comment analyser le discours de la Russie dans le contexte actuel ? Et quelle est la portée du message de Vladimir Poutine?

Il faut tout d’abord souligner un point central: la dissuasion nucléaire possède une grammaire propre. Et n’en déplaise au Président russe, la dissuasion nucléaire, plus que toute autre forme de menace, repose entièrement sur le bluff.

Il est vain de chercher à connaître avec précision les motifs qui pourraient pousser une puissance nucléaire à enclencher un processus d’escalade nucléaire et/ou à faire emploi de telles armes. Cette ambiguïté est constitutive de la logique même de la dissuasion. C’est là une incertitude, glaçante, effroyable, avec laquelle nous devons cependant réapprendre à vivre tant il est vrai que depuis la dissolution de l’Union soviétique nos logiciels des relations internationales et stratégiques avaient rangé la menace nucléaire globale au rang des reliques de la guerre froide. Ce fut là une grave erreur.

Le monde a assisté à la désagrégation progressive, mais irrémédiable des régimes de sécurité qui avaient été bâtis après 1945.

Paradoxalement, le succès de la logique de la dissuasion a effacé au sein de nos esprits « l’idée que l’armement nucléaire puisse constituer une menace pour notre survie« , comme le souligne Thérèse Delpech. Ainsi, durant ces vingt dernières années, a-t-on assisté à l’émergence de dispositifs technologiques supposés rendre, sur le plan balistique, cette menace nucléaire inopérante. Le programme de bouclier antimissile américain, bientôt rejoint par sa version otanienne, s’inscrit dans cette approche. Et la question de savoir si la logique antimissile déforce ou renforce la dissuasion nucléaire demeure ouverte. De même, les guerres expéditionnaires conduites dans le cadre de la lutte mondiale contre le terrorisme ont-elles participé à faire basculer nos organisations militaires dans des modalités inédites de combat contre des adversaires hybrides, sortes de croisements entre milices, groupes religieux et trafiquants de divers réseaux.

Simultanément, le monde a assisté à la désagrégation progressive, mais irrémédiable des régimes de sécurité qui avaient été bâtis après 1945 et maintenus tant bien que mal au lendemain de la guerre froide. Qu’il s’agisse du Traité ABM (Anti-Balistic Missile), du Traité sur les forces conventionnelles en Europe (FCE), des accords « Opens Skies » ou du Traité sur les forces nucléaires de portée intermédiaire (INF), chacun de ces régimes a vu ses principaux signataires renoncer aux obligations qui découlaient de leur ratification. L’équilibre des forces se voyait ainsi dépourvu de cadres régulateurs.

Ce nouveau chantage nucléaire s’inscrit dans un contexte différent de celui qui prévalait au début du printemps.

… et son double niveau de lecture

Le dernier rappel à l’ordre en date lancé par le président russe à l’adresse du monde et, surtout, de l’Occident peut certes être abordé comme l’expression brutale d’une menace ouverte à l’encontre de toute puissance étrangère qui s’aventurerait à attaquer la Russie.

Il existe toutefois un second niveau de lecture de cette allocution. Rappelons, en effet, que ce nouveau chantage nucléaire s’inscrit dans un contexte différent de celui qui prévalait au début du printemps, à l’entame de « l’opération militaire spéciale« .

Il y a d’abord les lourds revers subis par les forces conventionnelles russes sur le terrain ukrainien, rendus possibles par le soutien militaire de certains pays de l’OTAN. À cela s’ajoutent, sur le plan interne, les tentatives de fuite et de désertion des citoyens russes rappelés par le décret de mobilisation partielle et la renaissance d’une certaine forme embryonnaire de contestation sociale.

On peut dès lors se demander si l’intention de Vladimir Poutine n’était pas d’inciter l’Occident à s’interroger sur les risques que pourrait entraîner pour la sécurité européenne et internationale le renversement du régime présidentiel d’une puissance détentrice du stock d’armes nucléaires le plus important au monde. Autrement dit, le message que le locataire actuel du Kremlin laisse filtrer est que si la situation sécuritaire en Europe est actuellement détestable, elle pourrait très rapidement devenir irréversiblement tragique.

L’arme nucléaire ne constitue pas seulement la garantie ultime de la sécurité nationale pour le pays qui en est détenteur, elle incarne aussi – même si nous l’oublions trop souvent – un instrument de consolidation de l’État. Le monde ne peut pas se permettre d’assister à l’effondrement d’un État nucléaire. À la crainte de voir imploser la Corée du Nord et le Pakistan, Vladimir Poutine ajoute la perspective d’un écroulement russe et ses conséquences. Or, pas plus qu’elle ne montre quelque don pour tirer les leçons des événements qu’elle n’a pas eu à connaître, l’humanité se révèle plus incapable encore de comprendre et mesurer ce que Jean-Baptiste Duroselle qualifiait de « changements brusques » des relations internationales.

Par Alain De Neve , Chercheur au Centre d’Etudes de Sécurité et Défense (CESD) de l’Institut Royal Supérieur de Défense (IRSD – Bruxelles), publié le 1er octobre 2022 à 01h20

Photo en titre : Alain De Neve. ©Sophie Leroy

https://www.lecho.be/opinions/carte-blanche/au-dela-du-bluff-nucleaire-de-poutine/10417314.html

GUERRE EN UKRAINE : LE DIRECTEUR DE LA CENTRALE NUCLÉAIRE DE ZAPORIJIA ENLEVÉ PAR LES RUSSES

Selon le patron de la société exploitant le nucléaire ukrainien, le dirigeant de la centrale nucléaire de Zaporijia, occupée par les troupes russes, a été enlevé par ces mêmes forces d’occupation. 

Le directeur de la société nationale ukrainienne administrant la production nucléaire du pays, Petro Kotine, a annoncé le 1er octobre l’arrestation du directeur de la centrale de Zaporijia, occupée par la Russie.

Un enlèvement vers une « destination inconnue« 

Le dirigeant d’Energoatom a expliqué sur Telegram qu’Igor Mourachov, directeur de la centrale nucléaire de Zaporijia a été arrêté le 30 septembre par les forces russes.

Igor Mourachov aurait été interpellé par une « patrouille russe » alors qu’il se rendait depuis la centrale vers la ville d’Ernogodar, contrôlée par les Russes. Selon Petro Kotine, « Il a été sorti de la voiture, on lui a bandé les yeux et il a été emmené en voiture pour une destination inconnue« .

Le dirigeant d’Energoatom indique par ailleurs ne pas savoir ce qu’il est advenu d’Igor Mourachov. Il poursuit en expliquant qu’une telle arrestation « compromet la sûreté des activités de la plus grande centrale nucléaire d’Ukraine et d’Europe« .

À lire aussi : Guerre en Ukraine : Poutine reconnaît l’indépendance des régions de Zaporijjia et de Kherson

Igor Mourachov endosse « la responsabilité exclusive de la sûreté nucléaire et radioactive« , selon Petro Kotine, qui a exigé que les Russes « mettent fin immédiatement à leurs actes de terrorisme nucléaire à l’égard de la direction et du personnel du site nucléaire« .

Les frappes répétées autour de la centrale nucléaire, qui sont imputées par Moscou et Kiev au camp adverse, font craindre un accident nucléaire au cœur de la plus grande centrale d’Europe, alors même que la Russie vient d’annexer cette région.

Par BFMTV.com, publié le 01/10/2022 à 10h14

Photo en titre : Vue de la centrale nucléaire de Zaporijia, en Ukraine. – AFP

https://www.ladepeche.fr/2022/10/01/guerre-en-ukraine-le-directeur-de-la-centrale-nucleaire-de-zaporijia-enleve-par-les-russes-10706158.php

LES DÉFIS QUI ATTENDENT LUC RÉMONT, LE NOUVEAU PATRON D’EDF

Il n’y a pas à dire, ça accélère. Lundi dernier, en même temps qu’il présentait au Parlement son projet de loi sur l’accélération des énergies renouvelables, le gouvernement soumettait à consultation préalable son projet de loi visant à accélérer la construction de nouveaux réacteurs nucléaires.

Sur le premier dossier, le Conseil d’État a déploré une étude d’impact bâclée et une procédure de consultation expéditive. À propos de la brièveté des délais, son avis indique: « La régularité formelle des consultations a certes été assurée, mais l’esprit qui préside à l’obligation de consulter ne peut être considéré, dans ces conditions, comme respecté. »

Mais de quoi se plaint-il, franchement ? N’a-t-il pas eu plusieurs semaines pour s’exprimer sur un texte dont il a été saisi le 8 août, et qui ne fait que modifier durablement les règles qui déterminent le déploiement des énergies renouvelables dans le pays ?

Sur le second projet de loi portant sur l’accélération du nucléaire, le Conseil national de la transition écologique (CNTE), saisi le 26 septembre donc, n’a eu droit qu’à une semaine pour rendre ses commentaires. Et le gouvernement n’a pas jugé nécessaire de fournir une étude d’impact. Tout cela représente du temps inutile, quand toutes les décisions ont déjà été prises à l’Élysée.

Débat public court-circuité

Que trouve-t-on dans ce projet qui pourrait arriver fin octobre sur le bureau du Parlement ? Un article qui permet de rectifier d’autorité les documents d’urbanisme des collectivités locales si d’aventure ils n’autorisaient pas l’installation de nouveaux réacteurs EPR sur les sites choisis (les centrales de Penly, de Gravelines et Bugey ou Tricastin pour commencer).

Un autre qui autorise le démarrage des travaux avant la clôture de l’enquête préalable pour tous les bâtiments non nucléaires (il y en a beaucoup sur une centrale). Cela offrira la possibilité, comme le dit joliment l’exposé des motifs, de « paralléliser ces travaux et la procédure d’autorisation ».

Traduction : on pourra commencer les chantiers avant autorisation des réacteurs. Le projet de loi comporte aussi trois articles pour sécuriser la prolongation de l’exploitation du parc ancien. Avec notamment la possibilité de faire redémarrer un réacteur arrêté depuis deux ans.

Le gouvernement ne saurait mieux signifier, avec ce projet de loi, qu’il ne fait aucun cas du débat public décidé par la Commission nationale du débat public (CNDP), lequel doit être l’occasion pour les Français de s’exprimer sur l’opportunité même d’un programme de construction de nouveaux réacteurs.

Ce débat s’ouvre le 27 octobre et durera 4 mois. Ensuite, et comme l’a rappelé la CNDP, la décision d’un tel programme doit, conformément à la loi énergie-climat de 2019, être prise dans le cadre du vote au Parlement de la future loi énergie-climat, qui doit être adoptée avant juillet 2023.

Ce n’est qu’une fois la lourde décision politique prise par l’Assemblée souveraine – construire ou non de nouveaux réacteurs – que devrait être examinée la question de la « simplification » des procédures administratives de mise en œuvre.

En lançant aujourd’hui une loi visant à accélérer la construction de nouveaux réacteurs nucléaires, un choix qu’il présente comme nécessaire pour tenir nos objectifs de décarbonation alors que d’autres options écologiquement, techniquement et économiquement crédibles sont sur la table (1), le gouvernement accélère surtout dans les coups de poing portés à la démocratie environnementale. Et par ricochet à la démocratie tout court.

Note 1 : Voir Nucléaire, stop ou encore, Les Petits matins, 2022.

Par Antoine de Ravignan, Rédacteur en chef adjoint d’Alternatives Économiques, publié le 30/09/2022

Abonnez-vous pour commenter son article

https://www.alternatives-economiques.fr/antoine-de-ravignan/une-loi-faire-avancer-nucleaire-reculer-democratie/00104644

LA FRANCE PEINE À FAIRE BAISSER SES ÉMISSIONS DE GAZ À EFFET DE SERRE

En raison de l’arrêt des réacteurs nucléaires et le recours aux centrales à gaz, les émissions de gaz à effet de serre de la France peinent à baisser. Lors du premier semestre 2022, elles sont restées quasiment stables par rapport à la même période en 2021 (-0,6%). La situation est contrastée selon les secteurs d’activité mais c’est bien celui de l’énergie qui tire vers le haut les émissions.

La France doit en effet faire face à l’indisponibilité de la moitié de son parc nucléaire, ce qui explique la difficulté du pays à faire baisser les émissions de gaz à effet de serre. (Crédits : Reuters)

Alors que la France s’est engagée à réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES) de 40% d’ici 2030, une ambition qui doit être renforcée pour tenir compte de nouveaux objectifs européens (-55%), elle n’aura pas réussi à les faire baisser lors du premier semestre 2022. « Les émissions de GES des six premiers mois de 2022 sont quasiment stables par rapport à celles des six premiers mois de 2021 (-0,6% de différence sur le semestre), au total tous secteurs hors puits de carbone », indique le Citepa, organisme mandaté pour réaliser l’inventaire français des émissions dont les estimations sont, à ce stade, encore provisoires.

La production électrique nucléaire devrait atteindre 280 TWh en 2022, un plus bas historique

Le secteur de la production d’énergie a ainsi connu une hausse marquée de 7,6% sur le semestre, et cela « en lien avec les nombreux arrêts de centrales nucléaires en 2022 », souligne le Citepa. La France doit en effet faire face à l’indisponibilité de la moitié de son parc nucléaire actuellement en raison de maintenances programmées ou de problèmes de microfissures apparues l’hiver dernier. Résultat, la production électrique nucléaire devrait atteindre 280 TWh en 2022, un plus bas historique. Pour produire son électricité, le pays a ainsi notamment eu recours aux centrales à gaz et, beaucoup plus marginalement, à charbon. Ces moyens de production émettent du CO2, contrairement au nucléaire.

Le secteur des transports a aussi vu ses émissions augmenter sur la période (+7,0%), « avec deux facteurs opposés qui ont pu entrer en compétition, la suite du rebond post covid 2020 de reprise d’activité et la crise énergétique ». Une étude de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) en 2021 a ainsi révélé que le secteur du tourisme en 2018 était à l’origine de 11% de l’émission des gaz à effet de serre en France alors qu’il représente 7,4% du PIB. Le transport aérien représente 40% des émissions du tourisme, l’hébergement, les achats de biens et la restauration, 20%.

À l’inverse, le secteur des bâtiments (-12,5%) et de l’industrie manufacturière et de la construction (-5,2%) ont vu leurs émissions reculer, une tendance pour laquelle le Citepa évoque la crise de l’énergie mais aussi la météo plus douce, qui a des effets sur le chauffage.

D’autres pays peinent à tenir leurs engagements

La France n’est pas le seul pays à connaître des difficultés dans ses engagements. Ainsi, le Canada, quatrième plus gros producteur de pétrole au monde, envisageait cet été de repousser les objectifs de réduction de gaz à effet de serre de son industrie pétrolière.

Le gouvernement de Justin Trudeau a déposé il y a un an aux Nations unies son plan pour se conformer à l’Accord de Paris sur le climat, qui prévoit une réduction de 40% à 45% de ses émissions de GES d’ici 2030 par rapport au niveau de 2005.

Avec plus d’un quart des émissions carboniques du pays, l’industrie pétrolière et gazière canadienne est incontournable pour atteindre cet objectif, présenté comme une cible intermédiaire en vue de la neutralité carbone en 2050. Or, « certaines mesures requises pour réussir ces franches réductions pourraient demander plus de temps que ce dont nous disposons entre maintenant et 2030 », observait alors le ministre canadien de l’Environnement, Steven Guilbeault.

Gaz de schiste, dérégulation… Au Royaume-Uni, les premières décisions du gouvernement conservateur de Liz Truss au Royaume-Uni suscitent des inquiétudes sur sa politique climatique, dans un pays qui traverse une crise énergétique inédite. Liz Truss la nouvelle Première ministre a entamé ses fonctions début septembre en annonçant accélérer l’exploitation de pétrole et de gaz en mer du Nord et geler le moratoire sur la fracturation hydraulique, une technique polluante d’extraction des hydrocarbures de schiste.

ZOOM – le nouveau patron d’EDF va devoir accélérer sur le nucléaire pour se passer des énergies fossiles

L’Élysée a proposé jeudi de nommer à la tête d’EDF Luc Rémont, actuel dirigeant de Schneider Electric, en remplacement de l’actuel PDG Jean-Bernard Lévy. Dossier au sommet de la pile : celui de la relance de la production électrique en berne, en raison de problèmes sur certains réacteurs nucléaires, mais aussi de la sécheresse qui a fragilisé la production hydroélectrique.

Sur 56 réacteurs, environ la moitié est à l’arrêt en raison de problèmes de corrosion ou pour des maintenances, ce qui devrait faire chuter pour 2022 la production à un plus bas historique de 280 TWh. Or, tout l’enjeu sera de faire redémarrer suffisamment de réacteurs pour faire face aux pics de consommation, notamment en cas d’hiver très froid.

D’autres chantiers plus structurels attendent le nouvel homme fort d’EDF. À moyen et long terme, le nouveau patron aura aussi à gérer le branchement de l’EPR Flamanville, qui accuse dix ans de retard, et de faramineux investissements à venir pour relancer le nucléaire, selon la feuille de route fixée par Emmanuel Macron en février 2022.

L’exécutif veut doter la France de six nouveaux EPR de seconde génération, avec une option pour huit autres tout en prolongeant la durée de vie d’un parc vieillissant au-delà de 50 ans, pour accroître la sécurité énergétique de la France, alors qu’il faudra de plus en plus se passer des énergies fossiles, et le gouvernement veut presser le pas.

Par latribune.fr (avec agences), publié le 30 septembre 2022 à 06h31

Photo en titre : La France doit en effet faire face à l’indisponibilité de la moitié de son parc nucléaire, ce qui explique la difficulté du pays à faire baisser les émissions de gaz à effet de serre. (Crédits : Reuters)Vous pouvez retrouver et écouter cet article (par ETX Studio 5mn32s) en cliquant sur : 

https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/energie-environnement/la-france-peine-a-faire-baisser-ses-emissions-de-gaz-a-effet-de-serre-934805.html

COMMENT L’ITALIE A RENONCÉ AU NUCLÉAIRE

Au lieu de se lancer dans d’improbables scénarios de « sortie » du nucléaire à 5, 10, 20, 30 ou 50 ans, il est sans doute plus utile d’analyser les expériences concrètes d’arrêt du nucléaire faites dans des pays qui ne sont toujours pas revenus à la bougie. Et qui ont une empreinte carbone tout à fait comparable à celle de la France, tout en étant des pays industrialisés (à la différence de notre beau pays qui a subi une désindustrialisation accélérée).

Cela nous montre au passage que la « décarbonation » d’un pays n’est pas seulement un problème de production d’énergie électrique, mais une question de civilisation (industrielle) et de structure économico-sociale, donc bien plus complexe que nos gouvernants voudraient nous le faire croire.

Le cas de l’Italie est de ce point de vue particulièrement intéressant. L’étudier peut nous permettre d’éviter certaines des contradictions et erreurs qui ont marqué sa transition vers le renouvelable.

Pour lire la suite de cet article très bien documenté, cliquer sur: http://coordination-antinucleaire-sudest.net/2012/index.php?post/2022/09/26/Comment-l-Italie-a-renonce-au-nucleaire

Publié le 26 septembre 2022 à 14h43

LUC RÉMONT VA ÊTRE NOMMÉ PDG D’EDF

Selon une information du Figaro confirmée par BFM Business, l’exécutif a choisi de nommer le responsable des opérations internationales de Schneider Electric à la tête de l’entreprise publique avec le statut de PDG.

Ce sera uniquement Luc Rémont. Pressenti depuis plusieurs semaines pour être le nouveau directeur général de l’entreprise publique, le chargé des opérations internationales de Schneider Electric sera finalement seul à la tête d’EDF. Le président de la République a reçu Luc Rémont mercredi après-midi et sa nomination doit désormais être validée par les parlementaires avant d’être effective en conseil des ministres.

Malgré cette volonté longtemps d’une gouvernance dissociée longtemps affichée par Emmanuel Macron, le président de la République a finalement opté pour que ce soit une seule et même personne qui dirige l’électricien. Cette décision en faveur d’une gouvernance unique se plie en réalité aux statuts d’EDF dont modification aurait été trop complexe.

Un programme très dense

Dans un contexte de crise énergétique qui persiste et va même s’accroître dans les mois à venir, le nouveau patron d’EDF doit agir sur plusieurs fronts. Sa première mission est tout d’abord de mener à bien le programme de maintenance des réacteurs nucléaires alors que près de la moitié du parc français est encore à l’arrêt à l’approche de la période hivernale critique. Alors que le projet de loi d’accélération du nucléaire a été soumis au CNTE en début de semaine, Luc Rémont prendra largement part aux différents projets d’EPR2 qui doivent émerger jusqu’en 2035.

Sur le plan financier, son objectif sera de redresser la situation de l’électricien mise à mal par la baisse de production et l’entrée en vigueur du bouclier tarifaire, récemment prolongé jusqu’en 2023. À ce titre, le projet d’offre publique n’a toujours pas été déposé par l’État dans le cadre de la sortie de la bourse d’EDF.

Par Timothée Talbi, publié le 29/09/2022 à 12h24

Photo en titre : Luc Rémont

https://www.bfmtv.com/economie/entreprises/energie/luc-remont-va-etre-nomme-pdg-d-edf_AV-202209290338.html

FAUT-IL RÉSERVER UN RÉACTEUR NUCLÉAIRE POUR ALIMENTER LES STATIONS DE SKI ?

Le risque de pénurie d’électricité et la hausse des prix des énergies forcent les stations de ski à adapter leur plan d’exploitation. Elles promettent d’appliquer des mesures de sobriété comme la réduction de la vitesse des remontées mécaniques, un damage plus précis et des techniques d’enneigement artificiel moins énergivores. Mais quel-est réellement l’impact d’une station de ski sur le réseau électrique ?

La France est l’un des plus grands pays de ski au monde. Elle possède 350 stations, qui opèrent 3 346 remontées mécaniques d’après France Montagne, une association des acteurs du tourisme en montagne.

Chaque saison, ces domaines consomment de grandes quantités d’énergie, principalement de l’électricité pour les remontées et le chauffage, mais aussi des carburants pour le damage et les véhicules.

Le risque de blackout qui plane sur le réseau électrique national et les hausses de prix des énergies ne leur permet plus de dépenser sans compter.

À lire aussi : Vers un blackout électrique en France l’hiver prochain ?

Ne pas faire de généralités

Il existe toutefois de grandes disparités entre stations, dont l’approvisionnement en électricité varie selon le fournisseur et le contrat négocié. Leur consommation fluctue également selon l’exposition au soleil, l’altitude, la solution d’enneigement artificiel et le parc de dameuses, entre autres paramètres.

« Chaque station a sa propre consommation d’énergie, sa propre gestion des charges d’exploitation Le contexte est compliqué pour toutes les stations mais il ne faut pas faire de généralités » nous explique Jordane Juschka, le directeur de l’office du tourisme de la station d’Orcières-Merlette (Hautes-Alpes), qui regrette « l’effet dévastateur des communications de certaines stations dans les médias ».

Parmi les plus exposées à l’envolée des prix de l’électricité, il y a les stations dont le contrat de fourniture a été renouvelé récemment, mal négocié ou expire prochainement. À l’inverse, certains domaines sont assurés d’un tarif avantageux durant quelques années encore. C’est par exemple le cas de Superdévoluy dans les Hautes-Alpes, qui, comme Orcières-Merlette, compte 100 km de pistes.

À lire aussi : Pour éviter le blackout électrique cet hiver, il faudra lever le pied pendant les pics selon RTE

60 € le mégawattheure

« On a des contrats triennaux, on a fait le choix d’un prix fixe, mais ce n’est pas le cas de tout le monde » nous dévoile Laurent Thélène, le directeur du domaine skiable du Dévoluy. Il assure payer son électricité 60 € du mégawattheure (MWh), un tarif extrêmement intéressant alors qu’il se négociait jusqu’à 1 200 € il y a quelques semaines sur le marché SPOT.

Le prix de l’électricité est particulièrement déterminant pour les stations de ski. Avec une consommation annuelle d’environ 4 GWh tous équipements compris (remontées, chauffage des cabanes, caisses et bâtiments administratifs) selon son dirigeant, la facture d’électricité de Superdévoluy passerait de 240 000 à… 1,4 million d’euros s’il s’acquittait d’un MWh à 350 € au lieu de 60 €.

Au tarif élevé du courant s’ajoute le risque de pénuries cet hiver. Si le gouvernement assure avec beaucoup d’optimisme qu’ « il n’y aura pas de coupure électrique » dans les stations de ski cet hiver, rien ne peut réellement le garantir.

À lire aussi : Comment un simple SMS pourrait sauver la France d’un blackout l’hiver prochain

Des remontées mécaniques très gourmandes en électricité

Réunis, les domaines skiables constituent une industrie très gourmande en électricité. Elles appellent une puissance élevée, notamment au démarrage des remontées. D’autant que leur ouverture le matin correspond aux horaires du premier pic de consommation de la journée, entre 8 h et 13 h. Elles n’ont toutefois aucun impact sur le pic de 19 h, le plus délicat pour le réseau, puisqu’elles ferment généralement autour de 17 h.

Pour se faire une idée, un téléski nécessite de quelques dizaines de kilowatts (kW) pour les plus courts à plusieurs centaines de kW pour les plus longs. Avec ses 1 783 m de long pour 430 m de dénivelé, le téléski du Loup à Superdévoluy absorbe par exemple 199 kW.

La puissance d’un télésiège se compte en centaines de kW, voire en MW pour les plus grands. Avec 2 848 m de long et 945 m de dénivelé, celui de Coulouvrier dans le domaine du Grand Massif (Samoëns) est équipé de deux moteurs à courant continu de 800 kW.

À lui seul, il engloutit 1,6 MW, quand un télésiège classique consomme entre 200 et 800 kW, d’après les données compilées par le forum remontees-mecaniques.net.

À lire aussi : Ces sites vont faire de vous un expert du réseau électrique

Un réacteur nucléaire monopolisé pour les stations de ski ?

En considérant une puissance moyenne totalement arbitraire de 200 kW par remontée mécanique, les 3 346 machines installées en France développeraient une puissance cumulée d’environ 670 MW, pas si éloignée d’un réacteur nucléaire de palier CP0/Y (900 MW).

Un chiffre qui ne tient pas compte des pertes liées au transport et à la conversion du courant sur certaines machines ainsi que des consommations auxiliaires (moteurs des systèmes débrayables, tapis d’embarquement, chauffage…).

Bien sûr, toutes les remontées ne fonctionnent pas en même temps et à puissance maximale. Si la puissance réellement appelée par les stations de ski est certainement bien inférieure à notre calcul, elle reste significative. Ainsi, les opérateurs prévoient déjà des mesures pour réduire la consommation des leurs remontées.

À lire aussi : Le parc nucléaire sera-t-il au rendez-vous cet hiver ?

Réduire la vitesse des télésièges

« On a eu quelques éléments communiqués, on sait déjà qu’on aura 16 scénarios à préparer en fonction de la météo et de la tension qu’il peut y avoir sur la production d’électricité » déclare Jordane Juschka. Selon un signal envoyé 24 heures à l’avance, la station devra adapter son plan d’exploitation pour réaliser 10 à 20 % d’économies d’énergie.

Parmi les mesures : « décaler l’ouverture de certaines remontées, voire s’en dispenser dans les cas les plus extrêmes tout en étant vigilants sur les flux de skieurs » explique le responsable de l’office du tourisme d’Orcières-Merlette. Par ailleurs, si plusieurs remontées desservent une même piste, une seule pourrait être conservée selon l’exploitant.

À lire aussi : Comment les trains économisent-ils l’énergie en France ?

La réduction de la vitesse d’exploitation des remontées est également au programme des 2 stations que nous avons interrogées. À Superdévoluy par exemple, les télésièges pourraient réduire leur allure. « Quand un appareil tourne à 4 m/s au lieu de 5 m/s, on économise 18 % d’électricité » assure Laurent Thélène.

« En tournant légèrement moins vite, on améliore le débit. Quand on laisse un peu plus de temps entre les sièges, les gens embarquent mieux. Il y a plus de confort donc moins d’arrêts et moins on s’arrête moins on consomme » précise le dirigeant du domaine skiable du Dévoluy.

Dans tous les cas, les stations promettent que ces changements seront « quasi imperceptibles » pour les skieurs et que la qualité de service ne sera pas dégradée. Une attention particulière dans un contexte de hausse du tarif des forfaits.

L’enneigement artificiel, second poste de consommation

Outre les remontées mécaniques, l’enneigement artificiel est également un poste de consommation électrique important. Il nécessite de puissantes stations de compression pour les systèmes à perches et de vigoureux ventilateurs pour les canons.

« On est à peu près à 25 % de notre consommation totale pour l’enneigement selon la saison » précise Laurent Thélène. « Sur la neige de culture, on prend le parti de baisser notre production de 10 % » promet-il.

Le dirigeant assure qu’ « en 10 ans, il y a eu des progrès colossaux » concernant la pulvérisation, avec « de nouvelles buses qui améliorent la congélation et la nucléation ». Ces technologies auraient déjà permis une réduction d’environ 40 % de la consommation d’électricité.

À lire aussi : Pourquoi de la neige « nucléaire » est-elle tombée en Moselle ?

Les économies passeraient également par la préparation des surfaces durant l’été. « Avec une surface linéaire sans aspérités, vous aurez beaucoup moins besoin de neige pour rendre le domaine skiable » explique-t-il. « L’engazonnement permet aussi de donner une surface qui va optimiser la production de neige, en réduisant la fonte. Elle fait l’effet d’une couche isolant de l’inertie thermique de la roche » précise l’exploitant.

De façon plus anecdotique, la sobriété passera aussi par la réduction « du chauffage dans les cabanes, locaux d’exploitation et caisses » lance son homologue d’Orcières-Merlette.

100 000 litres de diesel pour les dameuses

L’électricité n’est pas la seule énergie dépensée par les stations de ski. Elles consomment également du fioul pour chauffer certains bâtiments, mais surtout du gasoil pour le damage des pistes.

Ainsi, le domaine skiable du Dévoluy engloutirait environ 100 000 litres de diesel chaque année pour l’ensemble de sa flotte roulante (dameuses, 4×4 et véhicules divers), explique son dirigeant. Un poste coûteux, qui serait optimisé grâce à des « plans de damage » minutieux.

À lire aussi : PistenBully 100E : la première dameuse 100% électrique dévoilée

« On a des GPS qui nous permettent d’éviter de repasser au même endroit. Les chauffeurs ont un objectif de consommation à ne pas dépasser et pratiquent l’écoconduite » explique Laurent Thélène. « On peut aussi se poser la question : est-ce qu’on dame tous les jours ou non, selon la fréquentation » détaille-t-il.

Même son de cloche chez son confrère d’Orcières Merlette, Jordane Juschka, qui évoque aussi la possibilité d’adapter le plan de damage en « priorisant certains secteurs » et en « réduisant le nombre de passes ».

À propos de l’auteur, Hugo LARA

Hugo est un journaliste spécialisé dans les énergies renouvelables et transports décarbonés. Il sonde l’évolution des pays dans ces domaines et rêve de pouvoir un jour voyager en avion électrique.

Par Hugo LARA, publié le 29 septembre 2022

https://www.revolution-energetique.com/faut-il-reserver-un-reacteur-nucleaire-pour-alimenter-les-stations-de-ski/

ISRAËL «  PRÊT  » À PARTAGER SA TECHNOLOGIE NUCLÉAIRE AVEC LE MAROC

Les autorités israéliennes se disent prêtes à mettre leur technologie nucléaire à la disposition des pays arabes qui ont normalisé leurs relations avec l’État hébreu, parmi lesquels se trouve le Maroc. C’est ce qu’a annoncé mercredi, le directeur général de la Commission israélienne de l’énergie atomique (IAEC), Moshe Edri.

Cette déclaration a été faite dans le cadre de la 66ème Conférence générale de l’Agence Internationale de l’Énergie qui s’est tenue à Vienne. Moshe Edri a affirmé que c’est un autre tournant dans les relations entre Israël et les pays arabes comme le Maroc, les Émirats arabes unis, Bahreïn qui ont accepté de signer un traité de paix avec l’État hébreu, explique un communiqué publié par l’IAEC.

À lire : Le Maroc forme à la sûreté nucléaire

En se disant « prêt » à partager sa technologie nucléaire, Israël entend renforcer davantage les différents accords de coopération signés avec ces pays depuis qu’ils ont décidés de rétablir leurs relations. Dans son discours, le directeur général de la commission israélienne de l’énergie atomique espère que les accords de normalisation signés en 2020 avec le Maroc, les Émirats arabes unis, Bahreïn « ouvriront la voie à un dialogue direct significatif dans la région, y compris dans les forums nucléaires », soulignant que cette nouvelle coopération sera placée sous l’égide de l’AIEA.

Par GA, publié le 29 septembre 2022 à 10h40

Photo en titre : NRBC

https://www.bladi.net/israel-partage-technologie-nucleaire-maroc,96774.html

ENFOUISSEMENT DES DÉCHETS NUCLÉAIRE À BURE : UN OBSERVATOIRE POUR SCRUTER LA SANTÉ DES RIVERAINS

Création de l’Observatoire de la Santé des Riverains du laboratoire Cigéo de Bure. Ce dispositif va permettre de suivre l’état sanitaire des populations voisines du futur centre de stockage souterrain des déchets nucléaires les plus dangereux.

C’est une demande du Comité Local d’Information et de Suivi (CLIS) du laboratoire de Bure. Elle est dans les tuyaux depuis 1997 mais ne s’était jamais concrétisée. C’est désormais chose faite. L’Observatoire de la Santé des Riverains du projet de centre de stockage de Bure (OSARIB) est devenu réalité.

L’Andra a des obligations environnementales mais rien sur la santé ! (Benoît Jaquet, Secrétaire général du CLIS)

Le centre d’enfouissement en couche géologique profonde s’il voit le jour, doit accueillir pour 100 000 ans les déchets nucléaires les plus dangereux. Cette installation industrielle sensible génère auprès des populations voisines beaucoup de questions quant aux risques environnementaux et sanitaires.

Dans les profondeurs du sous-sol meusien, au cœur du laboratoire Cigeo, à Bure (Meuse) • © Lodoïs Gravel. France Télévisions

Le secrétaire général du CLIS explique l’origine de la démarche : » Dans les années 90, une étude était sortie, pointant une augmentation des cancers autour de l’usine de la Cogéma à la Hague. Le problème était qu’il n’existait pas de point de référence établi avant l’entrée en fonction de cette usine pour en tirer des conclusions. »

Afin d’éviter cet écueil méthodologique, la mission de l’observatoire sera dans un premier temps d’établir un point zéro de l’état de santé des riverains avant l’éventuelle entrée en fonction du centre de stockage. À partir de ce point de référence, il sera possible d’analyser les pathologies qui viendraient à évoluer ou à se déclarer dans la population riveraine. Seront recueillies aussi les données concernant la santé perçue, la qualité de vie et de bien-être.

Un dispositif inédit

Le CLIS invite la population à la présentation de ce dispositif inédit avec les opérateurs de l’observatoire, la Préfecture de la Meuse qui coordonne la mission Cigéo, l’Agence Régionale de Santé (ARS) Grand Est et Santé publique France.  » Le lancement de cette première étude vise à réaliser un état de référence sanitaire et inclut un niveau important de participation des parties prenantes (riverains, élus, associations, professionnels de santé…). »

La réunion publique se tiendra vendredi 30 Septembre 2022 à 15h dans le bâtiment « APAVE« , 6 rue Antoine Durenne à Bar-Le-Duc

Par Eric Molodtzoff . publié le 28/09/2022 à 12h13, mis à jour le 28/09/2022 à 14h42

Photo en titre : Aperçu 3D du futur centre de stockage de déchets nucléaire Cigéo à Bure (Meuse). • © France 3 Lorraine

https://france3-regions.francetvinfo.fr/grand-est/meuse/enfouissement-des-dechets-nucleaire-a-bure-un-observatoire-pour-scruter-la-sante-des-riverains-2623392.html

SANCTIONS DE L’UE À L’ENCONTRE DE LA RUSSIE : LE NUCLÉAIRE ÉPARGNÉ, ALORS QU’UN CARGO RUSSE EST AU PORT DE DUNKERQUE POUR CHARGER DES DÉCHETS NUCLÉAIRES

Publiée aujourd’hui par la Commission européenne, une nouvelle liste de sanctions à l’encontre de la Russie exclut le commerce lié à l’industrie nucléaire. 

Alors que l’Union européenne rechigne à inscrire le nucléaire parmi les sanctions, les cargos assurant les échanges de combustibles nucléaires entre l’Europe et la Russie continuent de circuler, finançant la guerre en Ukraine, prolongeant sa dépendance énergétique et retardant la transition vers les énergies renouvelables. 

Aujourd’hui encore, le cargo Mikhail Dudin, repéré à plusieurs reprises ces derniers mois dans le cadre du commerce nucléaire avec la Russie, a accosté à Dunkerque pour charger des containers d’uranium usé à destination de la Russie.

Selon Pauline Boyer, chargée de campagne Transition énergétique et nucléaire à Greenpeace France, “Les allers-retours ininterrompus du cargo Mikhail Dudin entre Saint-Pétersbourg et Dunkerque trahissent à quel point l’industrie nucléaire française est prise au piège de sa dépendance à la Russie. La France doit de toute urgence se défaire de ces liens criminels et stopper sans exception tout commerce d’énergie nucléaire avec la Russie.”

“L’opposition de certains pays européens comme la Hongrie et la France à des sanctions concernant le nucléaire russe, montrent que la dépendance à l’entreprise russe Rosatom prend le pas sur les volontés affichées de soutenir le peuple et le gouvernement ukrainiens.”

Dans sa note L’industrie nucléaire française, une alliée du régime de Vladimir Poutine, publiée en mars dernier, Greenpeace France démontrait les interdépendances entre les filières française et russe à tous les niveaux de la chaîne de cette industrie, de l’extraction de l’uranium au retraitement du combustible usé, de la construction des centrales à leur exploitation.

Publié le 28 septembre 2022

Photo en titre : Des photos et une vidéo du cargo Mikhail Dudin au port de Dunkerque sont mises à disposition ici. Crédit ©Greenpeace

https://www.greenpeace.fr/espace-presse/sanctions-de-lue-a-lencontre-de-la-russie-le-nucleaire-epargne-alors-quun-cargo-russe-est-au-port-de-dunkerque-pour-charger-des-dechets-nucleaires/

NDLR : Vous avez dit que le nucléaire assurait l’indépendance de la France ? Vous en êtes toujours convaincu ?

ATTAQUER LE DROIT DE L’ENVIRONNEMENT POUR ACCÉLÉRER LA CONSTRUCTION DE NOUVEAUX RÉACTEURS NUCLÉAIRES : LE PROJET ASSUMÉ DE MACRON

Le 22 septembre, à l’occasion de l’inauguration du parc éolien maritime de St Nazaire, et devançant une fois de plus le débat public censé se tenir sur les projets d’EPR à Penly, Emmanuel Macron a réaffirmé son projet d’un « déploiement d’une stratégie à marche forcée du nucléaire » (sic !). À cette occasion, il a annoncé une accélération des procédures censée permettre de démarrer les premiers réacteurs encore plus tôt que prévu. 

À peine une semaine après, le projet de loi dédié est parvenu au Conseil National de la Transition Écologique, sommé de se prononcer dans un délai extrêmement court. Ce passage en force et la déconstruction assumée du droit de l’environnement présentée dans ce texte sont tout simplement honteux. Mais fouler au pied le droit et la démocratie ne fera pas disparaître d’un coup de baguette magique les problèmes d’une filière minée par le manque de compétence, et d’une technologie trop lente et trop lourde pour répondre à l’urgence climatique.

Un déploiement « à marche forcée » assumé

Plus question de « volonté » de construire de nouveaux réacteurs : à St Nazaire, Emmanuel Macron a carrément évoqué le « lancement dès maintenant » d’un programme de construction, en assumant un « déploiement à marche forcée« . Ce faisant, il confirme son intention de tenir pour quantité négligeable les procédures délibératives censées précéder une telle décision officielle de construction, qu’il s’agisse du débat public sur les projets d’EPR à Penly ou du vote des parlementaires sur la future loi de programmation énergie-climat. 

Dans la parfaite continuité de la tradition française, le nucléaire reste le fait du prince ; un monarque qui prend ses désirs et ceux de la filière pour la réalité, alors qu’il ne sera plus là dans 5 ans pour assumer les conséquences de l’impasse économique et industrielle dans laquelle il compte entraîner le pays.

Le droit de l’environnement piétiné

Dans le droit fil de la loi ASAP, qui accélérait déjà les procédures de consultation et d’autorisation, le gouvernement se livre ici à un torpillage en règle de la législation environnementale. Dispense d’autorisation d’urbanisme pour les projets de création de réacteurs nucléaires, dérogation à la Loi Littoral et aux textes réglementant la destruction d’espèces protégées, temps de consultation réduit à la portion congrue, autorisation de démarrer de premiers travaux avant même la fin de l’enquête publique… le bulldozer est déjà prêt à démarrer !

Fondamentalement contraire au principe de non-régression du droit de l’environnement, ce projet inacceptable est symptomatique de la brutalité macronienne et de son empressement à piétiner le cadre législatif dans ce qu’il a de protecteur. Pour aller plus vite, Macron souhaite-t-il donc bâcler les enquêtes publiques et les études d’impact ? Autoriser la construction de réacteurs dans des zones dangereuses, exposant ainsi la population à des risques supplémentaires ? 

Des procédures bâclées ne rendront pas la filière nucléaire plus performante !

À Saint-Nazaire, rêvant tout haut, Emmanuel Macron a annoncé son souhait qu’un premier réacteur puisse être opérationnel avant 2035. Mais qui peut croire que réaliser les procédures au pas de course suffira à accélérer les chantiers, au regard des déboires colossaux de la filière, entre perte de compétence, manque de rigueur et affaires de fraudes ? Le fiasco de l’EPR de Flamanville, toujours pas démarré et cumulant 11 années de retard, des malfaçons innombrables et des coûts multipliés par 6, n’est certainement pas dû à la réglementation environnementale ! N’a-t-il pas servi de leçon, sans même parler des avaries rencontrées par les autres EPR en Chine et en Finlande ?

Espérer reproduire cette expérience en six exemplaires sans retard ni surcoût, et en allant plus vite que prévu, relève d’un aveuglément irresponsable. Et ce, d’autant qu’un rapport interne de la Direction Générale de l’Énergie et du Climat dévoilé en octobre 2021, soulignait au contraire le caractère hautement irréaliste du calendrier officiel, indiquant que le couplage du premier réacteur au réseau électrique « aurait lieu vraisemblablement au plus tôt en 2040 » dans un scénario de « relative maîtrise industrielle », voire plutôt en 2043* !

Même en bâclant les procédures, la construction de nouveaux réacteurs restera une opération lente, lourde, sujette aux retards. Miser sur cette technologie revient à mettre en danger nos objectifs climatiques. Tirer ainsi des plans sur la comète est impardonnable au regard de notre responsabilité vis-à-vis des générations futures, d’autant que des travaux officiels attestent clairement de la faisabilité du 100% renouvelable.

Communiqué du Réseau « Sortir du nucléaire » du 28 septembre 2022

Pour retrouver cet article et lire le projet de loi et l’exposé des motifs, cliquer sur : https://www.sortirdunucleaire.org/Attaquer-le-droit-de-l-environnement-pour